On a failli être amies

ECRANS | D’Anne Le Ny (Fr, 1h31) avec Karin Viard, Emmanuelle Devos, Roschdy Zem…

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

Au départ d'On a failli être amies, il y a un beau sujet : comment deux femmes en viennent à échanger leurs rôles, l'une par ennui de sa vie conjugale, l'autre par envie d'une aventure sentimentale. Au lieu de se jouer sur le terrain du vaudeville, cela se fait par le biais du travail : la conseillère Pôle Emploi tente de recaser professionnellement sa rivale pour lui piquer son patron de mari.

Curieusement, Anne Le Ny ne choisit pas de creuser ce regard profondément inquiet sur une époque où la compétition libérale se répercute même dans les rapports amoureux ; elle préfère broder une comédie vieillotte et télévisuelle aux dialogues impossibles et à la musique régulièrement à côté de la plaque, où tout sonne faux et où le boulevard reprend sans cesse le dessus sur l'observation sociale. Ce mix de calibrage et de décisions hasardeuses fait un dommage collatéral : les deux actrices, qu'on a rarement vues autant à la peine. Il faut dire aussi que Karin Viard et Emmanuelle Devos trustent tellement les écrans depuis un an — et même six mois pour Viard — qu'on a l'impression de ne plus voir que leurs tics de jeu et pas les personnages qu'elles défendent.

Christophe Chabert


On a failli être amies

D'Anne Le Ny (Fr, 1h35) avec Karin Viard, Emmanuelle Devos...

D'Anne Le Ny (Fr, 1h35) avec Karin Viard, Emmanuelle Devos...

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Marithé travaille dans un centre de formation pour adultes. Sa mission : aider les autres à changer de métier et à trouver leur vocation. Se présente alors Carole, qui vit et travaille dans l’ombre de Sam, son mari, énergique et talentueux chef étoilé.


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"Les Fantasmes" des frères Foenkinos : six couples en quête d’ardeur

Comédie | Faut-il mettre du piment ou du sel sur sa vie de couple ? Et comment faire son conjoint ne partage pas les mêmes goûts ? Les frères Foenkinos s’attaquent à la drôle de cuisine des fantasmes amoureux dans un film à sketches où les uns mitonnent, les autres mythonnent…

Vincent Raymond | Lundi 16 août 2021

Six histoires où les relations amoureuses répondent à des impératifs différents de la “norme“ car l’un des partenaires (ou les deux) vit sa passion en assouvissant un jeu de rôle sexuel. Six sketches autour de fantasmes, de ce qu’ils provoquent au sein d’un ménage, mais aussi à l’extérieur… Rêve ou pulsion, le fantasme tient à la fois de l’idéal, de l’interdit ou de la transgression possible dont on ne sait jamais s’il faut, si l’on doit, la conserver comme une ligne d’horizon infranchissable ou bien l’assouvir. Parfait Janus, sa capiteuse ambiguïté le rattache autant à la séduction érotique mutuelle qu’à des formes de perversions inquiétantes qu’on n’aimerait pas croiser le soir dans une rue déserte. Bref, il est doté d’un spectre large et affriolant lui permettant d’être attaqué par la face nord du drame et de la perversion sinistre comme celle, plus légère, de la comédie ludique. Si telle est l’option retenue par les frères Foenkinos, ceux-ci ne se privent cependant jamais de recourir à l’humour noir-grinçant. L’on croise

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David Dufresne et Karin Viard attendus au Comœdia

Avant-Premières | Sortez vos agendas tous neufs, vous allez avoir de quoi noter : à peine les Hallus terminées, le Comœdia (Lyon 7e) embraye avec un chapelet de (...)

Vincent Raymond | Vendredi 11 septembre 2020

David Dufresne et Karin Viard attendus au Comœdia

Sortez vos agendas tous neufs, vous allez avoir de quoi noter : à peine les Hallus terminées, le Comœdia (Lyon 7e) embraye avec un chapelet de films présentés en avant-première par leurs réalisateurs et/ou interprètes. Avec l’attachante dramédie sentimentale Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait d’Emmanuel Mouret escorté par celui-ci le jeudi 10 septembre à 20h, le thriller Les Apparences de Marc Fitoussi accompagné (sous réserves) par Karin Viard le mercredi 16 à 20h, et enfin l’explosif documentaire Un pays qui se tient sage dégoupillé par David Dufresne le dimanche 20 à 18h. Juste après viendra le tour de la sélection cannoise 2020 des films de l’ACID — on en reparlera.

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Emmanuelle Devos, et néanmoins patronne…. : "Les Parfums"

Comédie | En galère de boulot, Guillaume devient le chauffeur d’Anna Walberg, “nez“ indépendante dans l’univers de la parfumerie et femme si exigeante qu’elle a épuisé tous ses prédécesseurs. Mais Guillaume va s’accrocher en lui tenant tête. Une manière de leur rendre service à tous les deux…

Vincent Raymond | Vendredi 26 juin 2020

Emmanuelle Devos, et néanmoins patronne…. :

Devenu un visage familier grâce à la série 10% , Grégory Montel avait “éclos“ en 2012 au côté du regretté Michel Delpech dans le très beau L’Air de rien, première réalisation de Stéphane Viard et… Grégory Magne. Après l’ouïe, celui-ci s’intéresse donc à l’odorat mais conserve peu ou prou un schéma narratif similaire puisque son héros ordinaire-mais-sincère parvient à nouveau à redonner du lustre à une vieille gloire recluse prisonnière de son passé et/ou ses névroses, tout en s’affirmant lui-même ; la différence majeure réside dans le fait qu’une relation fatalement plus sentimentale que filiale se noue ici entre les protagonistes. Loin d’être une bluette à l’anglaise où les deux tourtereaux roucoulent après avoir fait chien et chat pendant l’essentiel du film, cette comédie sentimentale mise beaucoup — à raison — sur les à-côté des personnages : le métier de sentir et composer des fragrances (étrangement peu exploité jusqu’à pré

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"Roubaix" : prix Jacques Deray

ECRANS | (À lire à haute voix, façon Stéphane de Groodt) « —Prenons les paris, ce sera Roubaix. —Quoi donc ? —Le César, à Paris le 28 février. —Sauf si Ly l'a, (...)

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

(À lire à haute voix, façon Stéphane de Groodt) « —Prenons les paris, ce sera Roubaix. —Quoi donc ? —Le César, à Paris le 28 février. —Sauf si Ly l'a, évidemment. —Quel lilas ? —Non, le Ly, Ladj. —Le Ly qui l'Oscar n'a pas eu ? —Celui-là même. —Admettons. —Mais à Lyon, sans pari, Roubaix aura le 22 son Prix. -De consolation ? —Non, Deray. —Comme Odile ? —On s'égare… —D’ailleurs pourquoi la Gare de Lyon est à Paris et pas à Roubaix ? —Parce que Paris est tout petit pour ceux qui Zem comme nous d'un si grand amour… » etc. Roubaix À l’Institut Lumière ​le samedi 22 février

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Stéphane Demoustier : « les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

La Fille au bracelet | Stéphane Demoustier signe un “film de prétoire“ inspiré d’un fait divers argentin en forme d’énigme absolue. Un film où la question de la culpabilité apparaît au second plan, derrière une étude fine de l’adolescence contemporaine…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Stéphane Demoustier : « les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

Pourquoi avoir voulu questionner l’adolescence à travers la justice ? Stéphane Demoustier : Parce que je trouve ça captivant ! On m’a parlé de ce fait divers argentin et, à la faveur de cette affaire, c’était un super moyen d’aborder l’adolescence comme de faire le portrait de cette jeune fille. Il y avait aussi la volonté de faire un film sur une question qui me hantait et que j’avais envie de partager : “connaît-on oui ou non ses enfants ?“. Un procès est un moment idéal pour cela : le père découvre sa fille sous un jour nouveau. Cette affaire m’a convaincu de raconter l’histoire du point de vue de cette jeune fille et de faire en creux le portrait de son altérité. Cette idée d’altérité est exacerbée au moment de l’adolescence. Acusada de Gonzalo Tobal a-t-il été un obstacle entre ce fait divers et votre film ? Oui, car il était tiré du même fait divers. Je l’ai su et tout de suite s’est posée la question de leur angle. Ils étai

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Maillons à partir avec la justice : "La Fille au bracelet"

Drame | Sur une plage estivale, la police interpelle Lise, 16 ans. Deux ans plus tard, la cheville ceinte d’un bracelet électronique, la jeune femme s’apprête à comparaître pour l’assassinat de sa meilleure amie. Le procès va révéler un visage insoupçonné de Lise. En particulier pour ses parents...

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Maillons à partir avec la justice :

Deux plans d’une brillante maîtrise encadrent La Fille au bracelet : l’interpellation de Lise, vue à distance sans autre son que le bruit océanique des vacanciers alentours ; et puis Lise, une fois le jugement prononcé, accomplissant un geste si particulier qu’il ne permet pas de statuer sur son innocence ni sa culpabilité. Deux plans qu’on aurait pu voir chez Ozon ou Haneke, exposant sans imposer, donnant en somme la “règle du jeu“ au public : « voici les faits objectifs, à vous de vous prononcer en votre âme et conscience ». Certes, si l’on en sait un peu plus que des jurés lambda en “s’invitant“ dans le foyer familial de la jeune fille un peu avant et pendant le procès, ce film de prétoire suit scrupuleusement la procédure, dans son crescendo dramatique ponctué de révélations, coups et rebondissements, sans jamais désopacifier l’affaire, bien au contraire. Il offre aussi des portraits pondérés de l’entourage, c’est-à-dire les parents confrontés à l’étonnant pouvoir de dissimulation de leurs ados ou à leur aveuglement, peinant à admettre que leurs “petits“ ont des désirs, bes

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Requiem pour un film : "Chanson Douce"

Drame | Un couple de trentenaires parisiens épanouis recherche la perle rare pour s’occuper de leurs deux enfants afin que la mère puisse reprendre son activité professionnelle. Leur choix s’arrête sur Louise, une quinquagénaire en tout point parfaite. Plus que parfaite, même. En apparence…

Vincent Raymond | Mardi 26 novembre 2019

Requiem pour un film :

De l’éternel gouffre séparant un livre de son adaptation cinématographique… Sous la plume de Leïla Slimani, Chanson douce fut un roman d’une épouvantable précision, menant avec une limpidité rigoureuse et clinique vers le dénouement macabre annoncé dès ses premières pages. Ni “objet“ littéraire surstylisé (bien que couronné par le Prix Goncourt), ni polar des familles, cette œuvre profonde et captivante rendait compte d’un faisceau de vérités sociologiques contemporaines — notamment que la précarité peut conduire de la déréliction à la névrose, l’inconsciente arrogance des privilégiés servant alors de catalyseur à une effroyable tragédie. Sur le papier, il y avait tout pour construire un thriller et faire vibrer l’écran. La distribution elle-même était prometteuse — mais ne l’était-elle pas trop ? Le rendez-vous s’avère manqué. Parce que Karin Viard est trop prévisible dans le rôle d’une nounou désaxée, que Leïla Bekhti et Antoine Reinartz se révèlent

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Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

Roubaix, une lumière | Arnaud Desplechin délaisse, en apparence, la veine introspective pour signer un film noir tiré d’un fait divers authentique survenu dans sa ville natale. Rencontre avec le cinéaste autour de la genèse de cette œuvre, sa méthode, ses doutes et ses joies. Mais aussi du théâtre… (attention, spoilers)

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

La tension est-elle un peu retombée depuis Cannes ? Arnaud Desplechin : C’était très intense ! Le soir de la projection a été un moment assez bouleversant pour chacun des acteurs. Il y a eu deuxième ovation pour eux et j’ai vu Roschdy qui était comme un petit garçon. Il y a un amour des acteurs spécifique à Cannes : c’est le seul endroit où vous pouvez leur offrir cet accueil. Avec les photographes, les sourires, les encouragements, il y a tout un rituel qui est mis en place… À Venise, c’est différent, c’est le metteur en scène qui ramasse tout. Comment avez-vous choisi Roschdy Zem ? Je le connais depuis très longtemps, par ma maison de production. Je l’avais déjà repéré dans les films de Téchiné où il avait fait de petites apparitions et je m’étais dit : « celui-là, on va compter avec lui ». Et quand j’ai vu N’oublie pas que tu vas mourir… Même sa partition dans Le Petit Lieutenant est vachement bien. Après toute sa carrière, Indigènes… Il a une performance meurtrie de vie dans un film qui m’avait bouleversé, La Fille de Monaco. Ce n’est pas un film “noble“ — il n’avait pas co

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Divers faits d’hiver : "Roubaix, une lumière"

Thriller | Arnaud Desplechin retourne dans son Nord natal pour saisir le quotidien d’un commissariat de police piloté par un chef intuitif et retenu. Un polar humaniste où la vérité tient de l’épiphanie, et la parole du remède. Le premier choc de la rentrée cinématographique.

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Divers faits d’hiver :

L’arrivée d’un nouveau lieutenant, des incendies, une disparition de mineure, le crime d’une personne âgée… Quelques jours dans la vie et la brigade de Yacoub Daoud, patron du commissariat de Roubaix, pendant les fêtes de Noël… « On est de son enfance comme on est de son pays », écrivait Saint-Exupéry. Mais quid du pays de son enfance ? En-dehors de tous les territoires, échappant à toute cartographie physique, il délimite un espace mental aux contours flous : une dimension géographique affective personnelle, propre à tout un chacun. Et les années passant, le poids de la nostalgie se faisant ressentir, ce pays se rappelle aux bons (et moins bons) souvenirs : il revient comme pour solder un vieux compte, avec la fascination d’un assassin de retour sur les lieux d’un crime. Aux yeux du public hexagonal, voire international, Arnaud Desplechin incarne la quintessence d’un cinéma parisien — un malentendu né probablement de l’inscription de La Sentinelle et de Comment je me suis disputé dans des élites situées, jacobinisme ob

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Touchée mais pas coulée : "Les Chatouilles"

Le Film de la Semaine | Portant le fardeau d’une enfance abusée, Odette craque et solde son passé, subissant en sus l’incrédulité hostile de sa mère. Une histoire vraie passée par la scène peinant à trouver sa pleine voix au cinéma, heureusement relayée par des comédiens d’exception.

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Touchée mais pas coulée :

Enfant, Odette a été régulièrement abusée par Gilbert, un ami de la famille masquant ses sévices en “chatouilles“. À l’âge adulte, la danse ne suffisant plus pour exorciser son passé, Odette entreprend (à reculons) une psychanalyse. Et lutte en sus contre le déni maternel… Comme un écho douloureux. Une semaine après la sortie d’Un amour impossible, ce premier long-métrage coréalisé par Éric Métayer et Andréa Bescond — adaptation du spectacle autobio-cathartique de cette dernière — aborde à nouveau (et plus frontalement encore) l’abominable question des attouchements et des viols sur mineurs. S’il a fallu à l’autrice-interprète principale une dose de courage à peine concevable pour se livrer aussi crûment et se reconstruire, on ne peut cependant pas taire sa perplexité face à la forme de ce film-témoignage : quelque remuant qu’il soit, aucun projet cinématographique ne saurait se prévaloir d’une absolution de principe quant à sa facture, au motif qu

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Les lauriers sont fanés : "Voyez comme on danse"

Suite | de et avec Michel Blanc (Fr, 1h28) avec également Karin Viard, Carole Bouquet, Charlotte Rampling…

Vincent Raymond | Mardi 9 octobre 2018

Les lauriers sont fanés :

Quinze ans environ après leurs premières aventures, le groupe d’Embrassez qui vous voudrez poursuit sa vie : Véro la poissarde, Elizabeth la distinguée et son fraudeur fiscal de mari, Lucie et son nouveau jules, Julien, un parano qui la trompe. Sans compter la descendance… On attendait avec une confiance raisonnable Michel Blanc pour cette suite d’un divertissement pimpant ayant laissé un agréable souvenir dans le flot des comédies chorales — ce désormais genre en soi qui nous gratifie trop souvent de représentants de piteuse qualité, à oublier comme de vieux mouchoirs. Force est de constater que le comédien-réalisateur et (jadis brillant) scénariste dilue ici paresseusement un ou deux rebondissements et quiproquos à l’ancienne (genre XIXe siècle) en rentabilisant les personnages caractérisés dans l’opus précédent. Seul Jean-Paul Rouve, très bon en velléitaire chronique, apporte un soupçon de fraîcheur. Cela devient une habitude chez lui, entre la vocation et l’apostolat, de sauver l’honneur des machins de guingois.

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Homme de passage : "Amin"

Le Film de la Semaine | Chronique de l’existence d’un travailleur sénégalais entre sa famille restée au pays et son parcours en France, Amin marque le retour d’un Philippe Faucon comme “dardennisé“ après le triomphe de Fatima dans une tranche de vie élargie à l’entourage de son personnage-titre. De l’humanisme à revendre.

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Homme de passage :

Ouvrier du bâtiment en France, Amin rentre rarement au Sénégal pour voir sa famille. Vivant en foyer, son horizon se limite à ses voisins, partageant le même quotidien. Lors d’un chantier chez un particulier, Amin est entrepris par Gabrielle, la propriétaire des lieux. Une liaison commence. Samia, Fatima, et maintenant Amin. Les titres de Philippe Faucon annoncent en toute transparence leur ambition programmatique : raconter des histoires à hauteur humaine. Ce qui peut sembler infime s’avère a contrario d’une insondable richesse, puisque ses films dévoilent des personnages-mondes en marge des récits communs, dont les existences sont autant dignes d’être contées que celles, au hasard, de profs neurasthéniques du XVe arrondissement parisien. De fait, Amin, mène plusieurs vies simultanées, entre le monde “d’ici“ (celui de l’expatriation par nécessité où il s’acquitte dans une discrétion prudente de ses tâches) et le “là-ba

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L’envie d’avoir envie : "Jalouse"

ECRANS | de David & Stéphane Foenkinos (Fr, 1h42) avec Karin Viard, Anne Dorval, Thibault de Montalembert…

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

L’envie d’avoir envie :

Nathalie est bizarre en ce moment : elle éprouve le besoin de tancer en public sa charmante fille à peine majeure ; elle dénigre une jeune collègue et ne loupe pas une occasion de causer du tort à ses proches qu’elle envie pour tout et rien. Sa névrose serait-elle due à la pré-ménopause ? Pour leur premier long, les frères Foenkinos s’étaient rassurés en adaptant un roman de David, La Délicatesse, pour un résultat mitigé — malgré François Damiens. Partant ici d’un scénario original, ils semblent avoir davantage pensé leur narration et leurs personnages pour le cinéma, c’est-à-dire en laissant aux comédiens la possibilité de les investir. Karin Viard excellant dans les emplois de râleuse-déprimée-déboussolée (revoyez La Nouvelle Ève ou Reines d’un jour), sa présence prédatrice s’imposait au centre de cette toile d’araignée. Bien contrebalancée par un aréopage de partenaires solides — même si certain·e·s, comme Anaïs Demoustier, auraient mérité plus d’espace —, l’actrice oscille à la merveille dans ce qu

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Elle fut la première : "Numéro Une" de Tonie Marshall

Le Film de la Semaine | Jusqu’où doit aller une femme pour conquérir un fauteuil de PDG ? Forcément plus loin que les hommes, puisqu’elle doit contourner les chausse-trapes que ceux-ci lui tendent. Illustration d’un combat tristement ordinaire par une Tonie Marshall au top.

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Elle fut la première :

Cadre supérieure chez un géant de l’énergie, Emmanuelle Blachey est approchée par un cercle de femmes d’influence pour briguer la tête d’une grande entreprise — ce qui ferait d’elle la 1ère PDG d’un fleuron du CAC40. Mais le roué Beaumel lui oppose son candidat et ses coups fourrés… Si elle conteste avec justesse l’insupportable car très réductrice appellation “film de femme” —dans la mesure où celle-ci perpétue une catégorisation genrée ostracisante des œuvres au lieu de permettre leur plus grande diffusion —, Tonie Marshall signe ici un portrait bien (res)senti de notre société, dont une femme en particulier est l’héroïne et le propos imprégné d’une conscience féministe affirmée. Peu importe qu’un ou une cinéaste ait été à son origine (« je m’en fous de savoir si un film été fait par une femme ou un homme », ajoute d’ailleurs Marshall) : l’important est que ledit film existe. Madame est asservie Comme toute œuvre-dossier ou à thèse, Numéro Une ne fait pas l’économie d’un certa

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Tonie Marshall : « avec une réelle mixité, les répercussions seraient énormes sur la société »

Entretien | Dans Vénus Beauté (Institut), elle avait exploré un territoire exclusivement féminin. Pour Numéro Une, Tonie Marshall part à l’assaut d’un bastion masculin : le monde du patronat, qui aurait grand besoin de mixité, voire de parité…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Tonie Marshall : « avec une réelle mixité, les répercussions seraient énormes sur la société »

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à la (non-)place des femmes dans les hautes sphères du pouvoir ? Tonie Marshall : J’avais pensé en 2009 faire une série autour d’un club féministe, avec huit personnages principaux très différents. Chaque épisode aurait été autour d’un dîner avec un invité et aurait interrogé la politique, l’industrie, les médias, pour voir un peu où ça bloquait du côté des femmes. J’allais vraiment dans la fiction parce que ce n’est pas quelque chose dans lequel j’ai infusé. Mais je n’ai trouvé aucune chaîne que ça intéressait — on m’a même dit que c’était pour une audience de niche ! Et la vie passe, on fait autre chose… Et j’arrive à un certain moment de ma vie où non seulement ça bloque, mais l’ambiance de l’époque est un peu plus régressive. Moi qui suis d’une génération sans doute heureuse, qui ai connu la contraception, une forme de liberté, je vois cette atmosphère bizarre avec de la morale, de l’identité, de la religion qui n’est pas favorable aux femmes. De mes huit personnages, j’ai décidé de n’en faire qu’un et de le situer dans l’industrie. Parce qu’

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Jalouse

Avant-Première | La jalousie, en plus d’être une espèce de store, se révèle un vilain défaut. Il semble toucher le personnage joué par Karin Viard dans le nouveau film des frères (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

Jalouse

La jalousie, en plus d’être une espèce de store, se révèle un vilain défaut. Il semble toucher le personnage joué par Karin Viard dans le nouveau film des frères Foenkinos, Jalouse. Comptez sur eux pour vous en dire plus à l’occasion de l’avant-première de cette comédie : la comédienne sera escortée par les deux co-scénaristes et réalisateurs, et elle viendra dans deux salles de cinéma. Pas de jaloux. Jalouse Au Pathé Bellecour et UGC Confuence ​le mardi 3 octobre à 20h

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La rançon de la gloire (et la monnaie de sa pièce) : "Le Prix du succès" de Teddy Lussi-Modeste

Drame | de Teddy Lussi-Modeste (Fr, 1h32) avec Tahar Rahim, Maïwenn, Roschdy Zem…

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

La rançon de la gloire (et la monnaie de sa pièce) :

Sur scène, Brahim fait rire. Et son succès profite à toute sa famille, en particulier à son irascible aîné Mourad qui le cornaque depuis toujours. Violent, jaloux de Linda (la fiancée et metteuse en scène de Brahim) Mourad devient un obstacle dont son frère décide de se séparer. Sans le lui dire… Teddy Lussi-Modeste quitte le monde gitan servant de décor à Jimmy Rivière, sa première réalisation, mais n’abandonne pas pour autant les histoires d’emprises claniques, où la parole (autant le verbe que la promesse) joue un rôle central. Il reste également proche des Écritures : ces histoires de bisbille entre frères, de prodigalité, de respect des anciens, de trahison des proches, de tentation… tout cela à des relents ma foi bien bibliques. Mais si la progression dramatique de son intrigue impliquait un inéluctable virage vers le genre polar, celui-ci intervient hélas trop tard, dans un croupion de film — alors qu’il y avait matière à en faire un ressort pal

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Nicolas Boukhrief : « je voulais surtout faire un portrait de femme »

Entretien | Dix-huit mois après la sortie en salles avortée de "Made in France", le cinéaste revient avec un projet mûri pendant vingt ans : une nouvelle adaptation de "Léon Morin, prêtre".

Vincent Raymond | Mercredi 15 mars 2017

Nicolas Boukhrief : « je voulais surtout faire un portrait de femme »

Cette nouvelle adaptation du livre de Beatrix Beck n’en porte pas le titre. Vous a-t-il été confisqué ou interdit à cause, justement, de l’adaptation de Melville ? Nicolas Boukhrief : Non, pas du tout. Les gens se rappellent plus du film de Melville que de son livre — qui est une histoire autobiographique, un portait de l’homme qui l’avait tellement bouleversée. Appeler le film Léon Morin, prêtre ne me convenait pas, puisque je voulais surtout faire un portrait de femme et que le personnage de Barny soit très mis en avant. Du coup, La Confession est venu assez vite. Hitchcock disait que tout titre doit être une interrogation pour le spectateur, ou une promesse. Tant qu’on n’a pas vu le film, on ne sait pas quelle est la confession, ni qui confesse quoi à qui. Après Made in France, passe-t-on facilement d’une dialectique religieuse à une autre ? Oui, dans la mesure où j’ai écrit les deux scénarios en même tem

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"La Confession" : une drôle de paroissienne

ECRANS | de Nicolas Boukhrief (Fr, 1h56) avec Romain Duris, Marine Vacth, Anne Le Ny…

Vincent Raymond | Mercredi 15 mars 2017

Un village pendant l’Occupation. Militante communiste farouchement athée, Barny entame une joute rhétorique avec le nouveau prêtre, le fringant Léon Morin, dont la beauté et les sermons électrisent ses concitoyennes. À son corps défendant, la jeune femme sent ses certitudes vaciller et un sentiment naître en elle. Serait-ce la foi ou bien l’amour ? Au commencement était le Verbe… Nicolas Boukhrief oublie (presque) pour une fois le cinéphile en lui pour revenir à l’essence des mots ; à l’histoire derrière le Goncourt de Béatrix Beck, bien avant le film de Melville qui l’a presque oblitéré. Des mots qu’il vénère et qu’il enveloppe, pour les transcender, de chair grâce à des comédiens à l’intensité indéniable : Duris, séducteur comme un Gérard Philipe méphistophélique, et Marina Vacth, regard acier en fusion, à la stupéfiante maturité. Hors de leur duo, cette tension se dissipe : le contexte comme les personnages secondaires apparaissent comme fabriqués, théâtraux, alors qu’ils sont censés, “aérer” leurs huis clos et tête-à-têtes. C’est là la limite du film : réussir à capturer l’intime et l’ind

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"Le Petit locataire" : un dernier pour la route

ECRANS | de Nadège Loiseau (Fr, 1h39) avec Karin Viard, Philippe Rebbot, Hélène Vincent…

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Aux abords de la ménopause, une fringante grand-mère se découvre enceinte. Compliqué, quand on fait tourner quasi seule une maisonnée comprenant une aïeule déclinante, un mari velléitaire, une fille immature mère-célibataire, et qu’il faut s’éviter toute émotion… Version rallongée d’un court-métrage (retournée avec une nouvelle distribution, du coup), cette comédie n’a pas grand chose de surprenant dans le ventre. Alors, elle se repose confortablement sur sa distribution, les rôles-clefs étant confiés à des interprètes coutumiers d’emplois similaires : Karin Viard en tornade fofolle mais attach(i)ante et Philippe Rebbot en aboulique sympa mais lunaire — tous deux habillés en un peu trop démodé pour être réaliste. Ça n’est pas bien méchant ; pas tellement rythmé non plus : une enfilade de gags en gestation jusqu’au terme, précipité par quelques contractions artificielles. L’impression d’une soirée téléfilm sans les chaussons, en somme. La toujours lumineuse présence d’Hélène Vincent, en ancêtre yoyotante, et celle du bonhomme Antoine Bertrand, apportent heureusement une bouffée de poésie fanta

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Chocolat

ECRANS | Avec quatre réalisations en dix ans — dont trois depuis juin 2011 — on va finir par oublier que Roschdy Zem a commencé comme comédien. Il aurait intérêt à ralentir la cadence : son parcours de cinéaste ressemble à une course forcenée vers une forme de reconnaissance faisant défaut à l’acteur…

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Chocolat

Rien de tel, pour un réalisateur désireux de s’assurer un consensus tranquille, qu’un bon vieux film-dossier des familles ou la biographie d’une victime de l’Histoire. Qu’importe le résultat artistique : il sera toujours considéré comme une entreprise morale nécessaire visant à rétablir une injustice et réduit à sa (bonne) intention de départ, si naïve qu’elle soit — on l’a vu il y a peu avec le documentaire mou du genou Demain de Cyril Dion & Mélanie Laurent, encensé pour les vérités premières qu’il énonce, malgré sa médiocrité formelle et sa construction scolaire. Chocolat est de ces hyper téléfilms néo-qualité française qui embaument la reconstitution académique et s’appuient sur une distribution comptant le ban et l’arrière-ban du cinéma, figée dans un jeu "concerné", dans l’attente de séquences tire-larmes. La bande originale de Gabriel Yared, étonnamment proche des mélodies de Georges Delerue — mais ce doit être un hasard, Yared étant plutôt connu pour ses “hommages” à John Williams — incitant fortement à l’usage du mouchoir. Un

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La Rançon de la gloire

ECRANS | Cette odyssée dérisoire de deux pieds nickelés décidés à voler le cercueil de Charlie Chaplin creuse surtout la tombe de son réalisateur Xavier Beauvois, qui signe un film apathique à tous les niveaux, sans forme ni fond. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

La Rançon de la gloire

Eddy sort de prison après y avoir passé quelques années pour des trafics dont on ne saura jamais la nature, et se voit recueilli par Osman, éboueur à Vevey, Suisse. Il vit avec sa fille dans une caravane, tandis que sa femme est à l’hôpital à cause d’une lourde maladie. Nous sommes en 1977, peu avant Noël, et c’est justement ce jour-là que Charlie Chaplin casse sa pipe au bord du lac Léman. Eddy et Osman décident de déterrer son cercueil et de demander une rançon. La Rançon de la gloire est inspiré d’une histoire vraie, comme le précédent film de Xavier Beauvois, le triomphal Des hommes et des Dieux. Entre les deux, le cinéma français n’a cessé d’adapter faits divers et affaires célèbres, dans une quête de véracité qui va de pair avec un assèchement progressif de sa foi en la fiction. Beauvois, justement, semble avoir glissé sur la même pente : ici, l’anecdote, pourtant mince, ne débouche jamais sur un projet plus vaste où les personnages et le récit conduiraient à une forme de fantaisie ou de grâce, et où l’argument de départ ne se

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La Famille Bélier

ECRANS | Bons sentiments à la louche, pincée d’humour trash, mise en orbite d’une star de télé-crochet, célébration de l’art de Michel Sardou, regard pataud sur le handicap, populisme facile : Eric Lartigau signe un film dans l’air moisi du temps, qui donne des envies de seppuku critique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

La Famille Bélier

«Bélier : n. m. 1) Mâle non châtré de la brebis. 2) Machine de guerre des anciens servant à battre les murailles en brèche.» Cette double définition piquée dans le Robert sonne comme la meilleure critique possible de La Famille Bélier. 1) Le nouveau film d’Éric Lartigau s’apparente à une comédie sentimentale mi-chèvre, mi-chou, qui met les pieds dans le purin campagnard et la tête dans les étoiles de la réussite, les mains dans le cambouis du populisme et le nez dans la grande cause du handicap, via une famille de sourds-muets avec en son centre Paula, jeune adolescente qui non seulement parle et entend, mais en plus chante d’une voix d’or. Lartigau emprunte d’abord la piste gonflée du comique trash, avec une scène chez le médecin où les parents s’engueulent à cause de la mycose de madame et de l’appétit sexuel de monsieur. Admirateur des Farrelly, Lartigau est loin de leur humanisme par la provoc’ : le vrai gag de la séquence, ce sont les traductions de Paula, et les reproches qu’elle adresse à ses géniteurs. Ce qui compte, ce n’est pas que le spectateur s’identifie aux parents sourds, mais à la petite valide. Qui, comme le spectateur,

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Réparer les vivants

SCENES | Aux Célestins, "Platonov" nous plonge, 3h30 durant et en (très) bonne compagnie du collectif Les Possédés et d’Emmanuelle Devos, dans une Russie qui ne subodore pas encore les révolutions du XXe siècle. Un beau voyage. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 18 novembre 2014

Réparer les vivants

«Qu’est-ce qu’il y a ? – Rien, on s’ennuie». Pas de doute, dès la première réplique de la pièce, nous sommes chez Tchekhov. À la campagne bien sûr, loin de la fureur urbaine de Moscou ou Saint-Petersbourg. Loin de la vie. Quoique. Car si les personnages du maître russe perdent leurs repères et leur richesse en même temps que leurs amours s’écroulent – tandis que d’autres, gravitant autour d’eux, cherchent à récupérer quelque cœur ou argent – de toute évidence, tous vivent, leur ennui devenant le terreau de leurs désirs balbutiants. Anna Petrovna, jeune veuve criblée de dettes, reçoit dans sa maison, comme chaque été. Parmi les convives, l’orgueilleux Mikhaïl Vassilievitch Platonov, instituteur marié, frustré de ne pas être un grand écrivain au bras d’une femme plus désirable que la sienne, au point qu'il va se mettre en tête de séduire celles des autres. Pour restituer tous ces liens avec fluidité, il fallait un collectif fort. Celui des Possédés s’est formé il y a dix ans et la plupart de ses membres sont issus du cours Florent. Emmenés par Rodolphe Dana, metteur en scène et acteur (Platonov himself), ils ont un sens du rythme et de l’espace qui, c’est

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Bodybuilder

ECRANS | De et avec Roschdy Zem (Fr, 1h44) avec Vincent Rottiers, Yolin François Gauvin, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2014

Bodybuilder

Faire un film réaliste et honnête sur le milieu du bodybuilding français est un défi inattendu de la part de Roschdy Zem, dont c’est le troisième long en tant que réalisateur après deux tentatives — Mauvaise foi et Omar m’a tuer — assez catastrophiques, chacune à leur manière. La vision de ces corps monstrueux et l’appréhension de l’esprit quasi philosophique qui préside à leur transformation produit d’ailleurs parfois un certain vertige. Mais c’est surtout grâce à la présence incroyable de Yolin François Gauvin, sommet de virilité tranquille dont le visage et la voix impassibles semblent déconnectés de son impressionnante masse musculaire, que le film trouve une vraie raison d’être. Il rejoint ainsi la belle lignée des Ventura ou Michel Constantin, anciens boxeurs devenus acteurs charismatiques du cinéma populaire français. Mais Zem n’est pas Melville ou Giovanni, et plutôt que de lui offrir une solide intrigue de polar, il le plonge dans une très banale histoire de transmission père / fils compliquée, dans laquelle Vincent Rottiers fait assez

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Arrête ou je continue

ECRANS | De Sophie Fillières (Fr, 1h42) avec Emmanuelle Devos, Mathieu Amalric…

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

Arrête ou je continue

Un chat, un chat hérissait déjà le poil ; Arrête ou je continue donne sérieusement envie d’en finir avec le cinéma de Sophie Fillières, désormais pris au piège de son autarcie, comme coupé de la réalité — du monde comme du cinéma d’aujourd’hui. Pour raconter la peur du temps qui passe chez une quadragénaire qui voit ses enfants grandir, son corps lui échapper et l’amour pour son mari s’éroder, elle en passe par des situations où seule l’intention de la scène compte, jamais sa mise en forme à l’écran. Dialogues signifiants et surécrits — à côté, ceux des Larrieu paraissent naturalistes —, direction artistique proche de zéro — murs blancs, accessoires choisis au supermarché du coin — figurants livrés à eux-mêmes — la scène de la fête atteint des sommets en la matière — et absence hallucinante de rythme ; tout concourt à une grande caricature d’auteurisme à la française, à la fois arrogant et pauvre, où l’on ne voit ni les personnages, ni l’histoire, juste Fillières riant toute seule de ses piètres trouvailles — elle s’appelle Pomme, il s’appelle Pier

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Lulu femme nue

ECRANS | De Solveig Anspach (Fr, 1h27) avec Karin Viard, Bouli Lanners, Claude Gensac…

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

Lulu femme nue

Signe des temps : après Elle s’en va, voici un nouveau portrait de femme qui choisit la rupture sociale, l’errance et l’aventure au confort étouffant de sa vie bourgeoise. Là où Bercot se fourvoyait dans une vague et embarrassante pulsion ethnologique, Solveig Anspach choisit au contraire la fantaisie comique pour montrer comment Lulu se "dénude" socialement, réapprend l’amour physique puis la compassion envers autrui. La première moitié, où elle batifole avec un ancien repris de justice à qui ses deux frères un peu tarés collent en permanence aux basques, fait preuve d’un sens du croquis burlesque sans doute hérité de la BD originale. Le tandem Karin Viard / Bouli Lanners fonctionne à la perfection, et la mise en scène, qui utilise avec intelligence l’écran large pour donner de l’air aux situations, prend à revers le bâclage en vigueur dans la comédie française. La deuxième partie, autour de la vieille dame interprétée par Claude Gensac, est moins convaincante, plus attendue et moins farfelue, mais le film a pour lui sa concision et

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L’Amour est un crime parfait

ECRANS | Derrière une intrigue de polar conduite avec nonchalance et un manque revendiqué de rigueur, les frères Larrieu offrent une nouvelle variation autour de l’amour fou et du désir compulsif. Si tant est qu’on en accepte les règles, le jeu se révèle assez fascinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 10 janvier 2014

L’Amour est un crime parfait

Dans le campus suisse high tech où se déroule une partie de L’Amour est un crime parfait, débarquent à mi-film des spécialistes américains des techniques scénaristiques, venus à la pêche aux jeunes talents parmi les classes de lettres de l’université. Ce que Marc, le professeur de littérature incarné par un Mathieu Amalric frénétique, passant de l’exaltation à l’angoisse avec le même regard fiévreux, voit comme une menace. Plus tard, le même Marc, rejoignant son chalet isolé dans les montagnes enneigées, y découvre sa sœur Marianne (Karin Viard) avachie sur le canapé avec son rival Richard (Denis Podalydès), tous deux affublés de lunettes ridicules pour voir sur un écran plasma gigantesque la version 3D des Derniers jours du monde, le précédent film des frères Larrieu… Deux digressions sans rapport avec le récit policier qu’ils nous racontent, mais qui font office de plaidoyer pro domo rigolard envers leur méthode, peu soucieuse d’efficacité ou de rigueur narrative. En cela, L’Amour est un crime parfait

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La Vie domestique

ECRANS | D’Isabelle Czajka (Fr, 1h33) avec Emmanuelle Devos, Julie Ferrier, Natacha Régnier…

Christophe Chabert | Mardi 24 septembre 2013

La Vie domestique

Version lénifiante et léthargique d’un épisode de Desperate housewives, La Vie domestique est une sorte de cauchemar qui prendrait l’allure d’une sieste tranquille dans le jardin. Claquemuré dans une banlieue bourgeoise parisienne, le film suit quatre femmes au bord de la crise de nerfs, réduites à un pesant statut d’épouses ou de mères. La plus lucide — Emmanuelle Devos — tente de s’affranchir de ce patriarcat en retrouvant un job et en dispensant des ateliers de littérature à des élèves en difficulté, mais elle finira elle aussi par rentrer résignée dans ses pénates. Les autres se traînent entre shopping, McDo, dégustation de Nespresso et considérations sur la vie, soit le Grand Chelem du placement produit et de la scène à ne pas faire — on y ajouterait bien ce moment, ahurissant, où le mari de Devos vante les mérites d’Agnès Obel, avec bio Itunes en guise d’argumentaire. Où Isabelle Czajka veut-elle en venir avec ce regard sourdement ricanant sur des personnages confits dans l’aigreur ? Aucune critique sociale ne pointe à l’horizon sinon un vague drame en lointain arrière-plan, noyé dans les d

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Le Temps de l’aventure

ECRANS | Brève rencontre entre une comédienne de théâtre et un Anglais endeuillé, un 21 juin à Paris : un petit film charmant et très français de Jérôme Bonnell, sans fausse note mais sans élan non plus. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 avril 2013

Le Temps de l’aventure

Il y a toujours quelque chose de touchant à voir un cinéaste faire une déclaration d’amour à une actrice… C’est en tout cas une évidence qui saute aux yeux dès le début du Temps de l’aventure : Jérôme Bonnell a voulu offrir un beau cadeau à Emmanuelle Devos, dont on sait à quel point elle se plaint de la maigreur des personnages féminins dans le cinéma français, à travers Alix, comédienne de théâtre vivant depuis longtemps avec un homme que l’on ne verra jamais, et dont on imagine que leur relation est à un tournant — on ne dira pas lequel. Une séquence, d’ailleurs, est une merveilleuse mise en abyme de cette fascination. Alix va passer un casting pour un long métrage : seule face à la caméra vidéo d’un obscur assistant qui lui donne la réplique, elle a droit à deux "prises", la première sur un ton de comédie, la deuxième beaucoup plus mélodramatique. Dans les deux, elle est parfaite et c’est évidemment tout le talent d’Emmanuelle Devos, son sens magistral de la rupture de jeu, qui éclate à l’écran. Paris vaut bien une aventure… C

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Prix Jacques Deray 2013

ECRANS | Chaque année depuis 2005, le Prix Jacques Deray, créé par l'Institut Lumière et par l'Association des Amis de Jacques Deray (cinéaste qui fut vice-Président de (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 30 janvier 2013

Prix Jacques Deray 2013

Chaque année depuis 2005, le Prix Jacques Deray, créé par l'Institut Lumière et par l'Association des Amis de Jacques Deray (cinéaste qui fut vice-Président de l'Institut), récompense le meilleur film policier français de l’année. Pour 2013, le Prix est attribué à Une Nuit, film qui, on le confesse, a échappé à notre vigilance et au générique duquel figurent Roschdy Zem, Sara Forestier, Samuel Le Bihan et Richard Bohringer. Il succède au navrant Polisse de Maïwenn. Il sera remis à son réalisateur, Philippe Lefebvre, en sa présence et en celle de Bertrand Tavernier, le président de l'Institut, samedi 16 février au terme de la projection d'une oeuvre de Deray.

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Mains armées

ECRANS | De Pierre Jolivet (Fr, 1h45) avec Roschdy Zem, Leïla Bekhti…

Christophe Chabert | Vendredi 6 juillet 2012

Mains armées

Que le polar ne soit qu’un prétexte pour raconter quelque chose de plus intime et existentiel, c’est un fait vieux comme Hérode. Encore faut-il que le texte (le polar) soit palpitant et que le sous-texte (le drame) soit pertinent. Ce n’est le cas ni de l’un ni de l’autre dans Mains armées, qui montre un Pierre Jolivet plus consciencieux que d’ordinaire, mais toujours aussi à la ramasse du cinéma de l’époque. Suivant un flic d’une brigade d’intervention spéciale marseillaise (Zem) qui doit collaborer avec les stups parisiens dans laquelle officie sa propre fille (Bekhti), qu’il n’a jamais vraiment connue, Jolivet tente d’imbriquer son récit, assez confus, avec une étude psychologique plutôt grossière (la fille qui tente de plaire à son père en allant le défier sur son propre terrain), échouant à être à la fois efficace et profond. Seul intérêt : le duo de comédiens. Toujours à la limite du surjeu lorsqu’ils sont séparés, leur rencontre est à l’inverse passionnante, cherchant un territoire commun de virilité et de fragilité pour exprimer ce qui peut les rapprocher. Grâce à eux, le film évite de justesse la vacuité. Christophe Chabert

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Le Fils de l’autre

ECRANS | De Lorraine Levy (Fr, 1h45) avec Emmanuelle Devos, Pascal Elbé, Jules Sitruk…

Christophe Chabert | Mercredi 28 mars 2012

Le Fils de l’autre

Casse-gueule au possible, le sujet du Fils de l’autre ressemble à une version sérieuse de La Vie est un long fleuve tranquille transposé dans le contexte israélo-palestinien. Soient deux couples, l’un juif, l’autre arabe, dont les enfants ont été échangés par inadvertance à la maternité et qui, dix-sept ans plus tard, découvrent la méprise. Peut-être consciente qu’elle marche sur des œufs, Lorraine Levy (sœur de Marc et réalisatrice de deux films plutôt oubliables jusqu’ici) s’applique à se sortir par le haut des embûches de son script. Le questionnement identitaire des deux ados, notamment, est finement traité, l’enfant de Gaza ayant déjà une longueur d’avance sur son "frère" de Tel-Aviv, maturité acquise dans l’adversité et lui offrant un recul salutaire face à la situation. À l’arrivée, cette identité apparaît avant tout comme une construction culturelle, et non une question de sang ou de sol, donc aisément déplaçable. Levy choisit clairement d’aller vers l’optimisme ce qui lui évite, à la différence du récent Une bo

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"Polisse", Prix Jacques Deray 2012

ECRANS | Après À bout portant l'an dernier, c'est Polisse de Maïwenn qui recevra le Prix Jacques Deray récompensant le meilleur film policier français de l'année. Il (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 26 janvier 2012

Après À bout portant l'an dernier, c'est Polisse de Maïwenn qui recevra le Prix Jacques Deray récompensant le meilleur film policier français de l'année. Il sera remis à la réalisatrice le samedi 11 février à 19h à l'Institut Lumière. La remise du prix et la projection du film seront précédées à 16h45 du très rareDoucement les basses de Jacques Deray.

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Polisse

ECRANS | Avec son troisième film, Maïwenn tente de sortir de l'autobiographie en mettant en scène une brigade de protection des mineurs. Mais sa fiction chorale est rattrapée par une mise en scène qui ne cherche qu'à reproduire les codes du reportage télé. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 12 octobre 2011

Polisse

Au terme des 2 heures de Polisse et de son insupportable conclusion, ultime faute de goût d'un film qui en commet beaucoup, une question se pose : que veut Maïwenn avec cette chronique hystérique, répétitive et sans enjeu d'une brigade de protection des mineurs où le défilé des cas alterne avec la difficulté pour ces flics à mener à bien leur vie personnelle ? Le film n'est que coups de poing et baffes envoyées sans répit dans la figure du spectateur, avec un style pseudo-documentaire qui s'inspire plus de Zone interdite que de Ken Loach. Quelque chose ici traduit une peur phobique de la fiction, les personnages marinant dans leur stéréotype, de la femme bafouée au policier intello de gauche (Jérémie Elkaim, ah, ah, ah !), du couple soudé à la fille trop seule. Quant à Maïwenn, elle débarque dans son film avec un rôle-alibi transparent et révélateur : une photographe bourgeoise venue faire un reportage dans la vraie vie. Mue par la curiosité puis par l'indignation, l'actrice-réalisatrice ne connaît que deux registres pour raconter son histoire : l'engueulade ou la scène-choc. Dans le premier, Polisse est lassant ; dans le second, il est parfois efficace, notamm

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Omar m’a tuer

ECRANS | De Roschdy Zem (Fr, 1h25) avec Sami Bouajila, Denis Podalydès…

Christophe Chabert | Mardi 14 juin 2011

Omar m’a tuer

Projet porté par Rachid Bouchareb qui en a finalement confié la réalisation à Roschdy Zem, Omar m’a tuer conserve toutefois la marque du cinéaste de Hors la loi. Ennemi de la dialectique et partisan d’un cinéma à thèse dont le but est d’avoir un écho sur les bancs de l’assemblée, Bouchareb traite l’affaire Omar Radad selon deux points de vue qui enfoncent le même clou : l’enquête menée par Jean-Marie Rouard (dont le nom a mystérieusement été changé dans le film) pour disculper Omar, et la reconstitution des mois qui suivirent l’arrestation du jardinier accusé d’homicide. Dans les deux cas, aucune ambiguïté : Radad est un coupable fabriqué par la justice et la police (on ne voit rien à l’écran de cette mécanique-là, et on le regrette), un brave type pris dans une machination dont le film se garde bien de révéler les commanditaires. Au-delà de ce parti-pris discutable, Omar m’a tuer frappe par son manque de souffle, ses fausses bonnes idées (la narration alternée est laborieuse) et la prestation gênante de Sami Bouajila, acteur lettré qui fait ici de visibles efforts pour baragouiner un français approximatif. La faiblesse de la mise en scène fait que l’u

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Pourquoi tu pleures ?

ECRANS | De Katia Lewkowicz (Fr, 1h39) avec Benjamin Biolay, Emmanuelle Devos, Nicole Garcia…

Christophe Chabert | Mardi 7 juin 2011

Pourquoi tu pleures ?

Avant qu’il ne s’enfonce dans une énième chronique des atermoiements amoureux, il y a une bonne idée dans Pourquoi tu pleures ? : raconter les dernières heures de célibat de son héros (Benjamin Biolay, autour de qui le film a manifestement été conçu) comme un labyrinthe kafkaïen dont nous serions, comme lui, les témoins passifs et incrédules. Une nuit d’ivresse, des Israëliens qu’on conduit dans un appartement surpeuplé et une absente, Anna, dont on ne sait ni où elle est, ni qui elle est. Bien sûr, Lewkowicz doit à un moment clarifier les choses, et le petit charme du film s’envole, laissant la place à une galerie de personnages colorés mais antipathiques digne du pire Klapisch. Les acteurs font alors ce qu’ils veulent, la caméra aussi, et le montage tente de mettre en ordre ce grand foutoir moyennement accueillant, qui fait appel au vécu du spectateur plutôt que de soigner pour lui ses effets (comiques, notamment) et sa direction artistique (décors tristes de quotidienneté, mixage incohérent). Beaucoup d’intentions, peu de réalisation : un travers très français. Christophe Chabert

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Ma part du gâteau

ECRANS | De Cédric Klapisch (Fr, 1h45) avec Karin Viard, Gilles Lellouche…

Christophe Chabert | Mercredi 9 mars 2011

Ma part du gâteau

D’un côté, un trader irresponsable, mauvais père et vrai goujat (Lellouche, plutôt bien) ; de l’autre, une ouvrière du Nord licenciée de son usine, qui se fait embaucher comme femme à tout faire chez ce même trader (Karin Viard, méritante vu ce qu’on lui demande de faire). De cet argument pioché dans l’actualité, Cédric Klapisch tire une comédie pamphlétaire, ce qui résume assez bien l’impasse dans laquelle il s’engouffre. Imaginez Stéphane Hessel ayant glissé des blagues Carambar dans son "Indignez-vous", et vous aurez une idée de ce qu’est "Ma Part du gâteau". Non seulement la comédie est lourde (Karin Viard avec l’accent russe, Karin Viard parle anglais avec les maîtres du Dow Jones, arf !), mais elle annule toute la colère que le cinéaste voulait exprimer face à son sujet. Lors de l’escapade vénitienne de Lellouche avec la mannequin ou pendant les adieux de Karin Viard à son ancien mari, le film ébauche ce qu’il aurait pu être : un conte amer, sérieux et cruel. Mais non, ce sont les vieux fantasmes sociologiques et les réflexes sarcastiques de Klapisch qui l’emportent, conduisant vers une dernière séquence qui pose un gros problème, soudain appel à l’insurrection lancé par u

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La Permission de minuit

ECRANS | De Delphine Gleize (Fr, 1h50) avec Vincent Lindon, Quentin Challal, Emmanuelle Devos…

Christophe Chabert | Mercredi 23 février 2011

La Permission de minuit

La Permission de minuit permet à Delphine Gleize de sublimer le thème qui parcourait ses courts et ses longs-métrages : la question de la normalité face au pathologique. À travers l’amitié entre un médecin quinquagénaire et un adolescent atteint d’une maladie génétique rare lui interdisant de s’exposer à la lumière, la cinéaste aborde la question avec la bonne distance. La maladie et le cérémonial qui l’entoure (des combinaisons futuristes, une maison aux vitres teintées…) introduisent une étrangeté presque fantastique dans le récit. Les rapports entre David et Romain, très crus et loin du sérieux de la relation médecin patient, sont un autre contre-pied au mélodrame attendu. Le choix de Vincent Lindon, acteur intense et intègre, est pour beaucoup dans ce naturel bienvenu. Dommage que Gleize soit meilleur cinéaste que scénariste : le deuxième acte perd du temps avec le personnage-fonction d’Emmanuelle Devos, et le film n’arrive pas à se choisir une fin. Il faut dire qu’il trouve son point d’orgue bien plus tôt, dans une très belle et très gonflée scène d’amour entre deux ados où Gleize ne détourne pas plus le regard de la nudité qu’elle ne le faisait de la maladie. CC

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À bout portant

ECRANS | De Fred Cavayé (Fr, 1h25) avec Gilles Lellouche, Roschdy Zem…

Dorotée Aznar | Vendredi 26 novembre 2010

À bout portant

La deuxième réalisation de Fred Cavayé est grosso modo une variation plus frénétique de "Pour elle" (il y est encore question d’un homme “ordinaire“ embringué dans une intrigue de thriller pour sauver la femme de sa vie), avec les mêmes écueils – des raccourcis narratifs parfois énormes, des dialogues globalement faiblards, et des personnages secondaires mal dégrossis (mention spéciale à Gérard Lanvin et ses inénarrables moues crispées pour bien montrer qu’il a les plus grosses cojones du cinéma français). Une fois ces scories mises de côté, il faut reconnaître au garçon des talents indéniables de metteur en scène, à la fois dans les scènes d’intimité (pourtant flanquées de l’intolérable Gilles Lellouche), mais surtout dans ses dynamiques de suspense et d’action. Vu le caractère peu convaincant des dernières tentatives en la matière, on en viendrait presque, horreur suprême, à comprendre le mépris du 7e art français d’aujourd’hui pour le cinéma de genre. Fred Cavayé, disons-le, fait partie des rares réalisateurs actuels à pouvoir inverser la tendance… Il suffirait juste qu’il se dégotte un meilleur co-scénariste. FC

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Hors-la-loi

ECRANS | De Rachid Bouchareb (Fr-Alg, 2h18) avec Roschdy Zem, Djamel Debbouze, Sami Bouajila…

Christophe Chabert | Mardi 14 septembre 2010

Hors-la-loi

Hors-la-loi cherche, à la manière d’"Il était une fois en Amérique" de Sergio Leone ou de "L’Armée des ombres" de Melville, à raconter la naissance du FLN à travers le parcours de trois enfants ayant connu le massacre de Sétif le 8 mai 1845. Bouchareb, qui avait réussi à marier épique et grand sujet dans "Indigènes", n’arrive ici qu’à un résultat péniblement académique. Les personnages n’ont aucune liberté, pieds et poings liés au discours du film ; quand ils ouvrent la bouche, c’est pour faire une grande phrase sentencieuse. Et encore, les hommes ont le droit de l’ouvrir, car les femmes, elles, sont réduites à un silence assourdissant… La reconstitution est tout aussi empesée, entre costumes sentant encore le loueur et bidonvilles géants survolés avec une overdose de plans à la grue. Même la musique n’est qu’un plagiat ridicule de celle de "Dark Knight". Les acteurs s’expriment avec des accents arabes qui sonnent faux, les scènes d’action sont illisibles, les rebondissements téléphonés et l’ensemble tire vers un manichéisme assez choquant au nom des codes du genre (la police française torture, point). Le plus embarrassant, c’est quand Bouchareb fait de gros clins d’œil à l’actu

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Happy few

ECRANS | D’Antony Cordier (Fr, 1h47) avec Roschdy Zem, Marina Foïs, Élodie Bouchez…

Christophe Chabert | Mardi 7 septembre 2010

Happy few

Qu’ont donc les cinéastes français trentenaires avec la question de la liberté sexuelle ? Après "Peindre ou faire l’amour" des frères Larrieu, Antony Cordier, qui avait signé le déjà surestimé "Douches froides", en remet une couche : deux couples se rencontrent, et échangent leur partenaire tout en restant ensemble. Peu de drames, pas de vagues, tout cela est montré avec une normalité qui sent le volontarisme. Cette banalité contamine tous les étages du film : l’image est affreuse, la caméra à l’épaule produit plus de flous que de nets, les dialogues sont exsangues… On nage dans l’auteurisme le plus creux, jusqu’au dernier tiers où Cordier se rend quand même compte qu’il va falloir faire entrer un peu de scénario dans son film. D’où une série de renversements qui non seulement sont totalement factices, mais finissent par produire un discours réactionnaire bien de son temps, comme un sursaut moralisateur dans un film plus faux-cul que vraiment cul. CC

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Tête de Turc

ECRANS | De Pascal Elbé (Fr, 1h27) avec Roschdy Zem, Pascal Elbé, Samir Makhlouf…

Dorotée Aznar | Vendredi 26 mars 2010

Tête de Turc

En cinq minutes, Tête de Turc donne le ton : une banlieue sous pression, des personnages aux destins croisés, un flic nerveux et son frère médecin sauvé de la mort par l’adolescent qui a manqué de le tuer, leurs familles respectives, l’immigration, les politiques, les media. Pascal Elbé, acteur, tourne son premier film et il est ambitieux. Bien. Sauf que passé les premiers plans, on a tout pigé : Elbé est le premier disciple déclaré d’Iñàrritu. À tel point que son film décalque, en les recolorant à peine voire en les citant maladroitement, 21 grammes et Babel. Inutile alors d’aller plus loin. Quand Iñàrritu, docteur en tragédie cosmique, devient une référence, on se dit que le cinéma français a vraiment un problème. JD

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Les Invités de mon père

ECRANS | Derrière ses allures de comédie à message élégamment filmée, écrite et interprétée, le deuxième long d’Anne Le Ny cache un film au discours contestable, dont les maladresses rejoignent un ennuyeux air du temps. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 mars 2010

Les Invités de mon père

L’honnêteté critique oblige à reconnaître que Les Invités de mon père est un film plutôt bien écrit, filmé avec un classicisme post-Sautet efficace et servi par des acteurs talentueux (Fabrice Luchini et Michel Aumont sont formidables, Karin Viard un peu moins, surtout quand son personnage perd les pédales à la fin). Ce deuxième long-métrage d’Anne Le Ny après Ceux qui restent n’a donc rien à voir avec certains navets franchouillards vus récemment. Mais son propos, déplaisant, se présente comme une réponse venue du bord opposé au Welcome de Philippe Lioret, un film déjà très faible ! Un bourgeois septuagénaire pas encore revenu de ses idéaux de la Résistance décide d’héberger chez lui des sans-papiers. Ses enfants poussent d’abord des cris d’orfraie, pensant voir débarquer un troupeau de Maliens dans le salon. Surprise : c’est une Ukrainienne blonde et sculpturale accompagnée de sa gentille petite fille qui s’installe chez leur père. Soulagement ? Un temps seulement, car ils découvrent que l’invitée est à la fois l’objet sexuel du paternel et une femme prête à tout pour rester en France. Not welcome…

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Complices

ECRANS | De Frédéric Mermoud (Fr-Suisse, 1h33) avec Gilbert Melki, Emmanuelle Devos, Cyril Descours…

Christophe Chabert | Mercredi 13 janvier 2010

Complices

Complices, premier film d’un jeune cinéaste suisse aux courts-métrages prometteurs, souffre d’une schizophrénie fatale. Présenté comme un polar avec meurtres, flics et enquête, il s’agit en fait d’une énième laborieuse chronique de mœurs. Le corps d’un ado est retrouvé sur les rives du Rhône ; au fil d’incessants flashbacks (la pire idée du scénario, qui tue dans l’œuf l’envie d’en connaître l’issue), on découvre que Vincent était un gigolo ayant entraîné sa petite amie dans ses relations tarifées avec des hommes mariés. En parallèle, les inspecteurs Melki (qui refait peu ou prou son personnage dans la trilogie de Belvaux) et Devos (dont les apartés placement produit pour Meetic font vraiment peine), passent plus de temps à se tourner autour qu’à élucider le fait-divers. Le film accumule au passage tous les clichés — les notables partouzeurs, les jeunes friqués et pervers, les homos honteux ou solitaires… et ne masque pas son véritable dessein : se repaître de l’anatomie de son acteur principal, filmé comme une couverture de Têtu, ce qui en dit long sur la visée générale de Complices, à savoir du Téchiné new-look et branché. CC

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À l'origine

ECRANS | Remonté et raccourci après sa présentation cannoise, le quatrième film de Xavier Gianolli y a gagné en force, cohérence et mystère, donnant à l’odyssée d’un petit escroc construisant un tronçon d’autoroute un caractère épique et fascinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 novembre 2009

À l'origine

Lors du dernier festival de Cannes, 'À l’origine' avait surtout frappé par sa durée un peu mégalo (2h35 !) et son désir de tout expliquer, frisant la surdose psychologique. Xavier Gianolli a depuis revu sa copie, dans le bon sens : la version qui sort en salles est bien meilleure, puisqu’elle ressert et opacifie les enjeux, se concentre sur l’action et relègue les motivations à l’arrière-plan (il en reste toutefois quelques traces dans des dialogues qui, parfois, mettent dans la bouche des personnages les intentions de l’auteur). Ainsi du protagoniste de l’histoire ; on ne sait plus rien du passé de ce type bizarre qui, dès les premiers plans, monte un «coup» aussi énorme qu’étrange. Il se fait passer pour Philippe Miller, patron d’une filiale fictive de la CGI, une entreprise de travaux publics qui a arrêté net la construction d’une autoroute sous la pression des écologistes locaux défendant une race de scarabées. Miller fait croire qu’il va la remettre en chantier. Son plan fonctionne au-delà de ses attentes : dans une région dévastée par le chômage, il apparaît comme un messie moderne, ressuscitant les rêves de travail de la population, élus ou citoyens, entrepreneurs ou simples

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Les Derniers Jours du monde

ECRANS | D’Arnaud et Jean-Marie Larrieu (Fr, 2h10) avec Mathieu Amalric, Karin Viard… (sortie le 19 août)

Christophe Chabert | Vendredi 10 juillet 2009

Les Derniers Jours du monde

Que faire alors que la fin du monde se profile et qu’on reste hanté par le souvenir prégnant d’une fille mystérieuse et disparue ? Robinson, l’anti-héros des Derniers Jours du monde incarné par un Mathieu Amalric formidable d’hébétude, choisit de traîner cette obsession mortifère au milieu du chaos, et de la raconter dans les marges d’un livre de cuisine — le papier manque pour conserver ses souvenirs. Le projet des frères Larrieu est donc de faire un film d’anticipation au passé simple : alors que les événements se dramatisent dans le présent (pluie de cendres, virus mortel), le film s’absorbe dans des flashbacks à haute teneur romanesque retraçant cette passion sexuelle. D’autres personnages se greffent à l’intrigue (un ténor bisexuel, une libraire quittée par son mari, une serveuse de bar), et il faut avaler que tout ce petit monde ne cesse de se retrouver au gré des déplacements et malgré l’apocalypse annoncée. Dans ce road movie languide et souvent inspiré, les Larrieu privilégient l’imprévisible : la poussée libidinale qui accompagne l’approche de la fin. Tout le monde s’envoie en l’air avant de partir en fumée, et règle au passage quelques rapport

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Commis d’office

ECRANS | D’Hannelore Cayre (Fr, 1h31) avec Roschdy Zem, Jean-Philippe Ecoffey…

Christophe Chabert | Jeudi 30 avril 2009

Commis d’office

Disons-le tout de go : au bout de vingt minutes, on a laissé tomber ce truc qui avait réussi à nous mettre les nerfs en pagaille à force de néant, et dont on n’a pas décoléré depuis ! En vingt minutes, on a eu droit à des raccourcis scénaristiques hallucinants (en trois plans, l’avocat idéaliste joué par Roschdy Zem se convertit au bling bling et au cynisme), une réalisation d’un amateurisme surprenant (jump cut sur le même Zem ouvrant une porte !) et de la caricature démente (des dealers tous noirs ou arabes parlant comme des zyvas). Amis lecteurs qui tiendrez jusqu’au bout, dites-nous si le reste est à l’avenant… CC

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Le Code a changé

ECRANS | De Danièle Thompson (Fr, 1h40) avec Patrick Bruel, Karin Viard, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mercredi 11 février 2009

Le Code a changé

Insupportable ! Ami lecteur, arme-toi de courage pour aller affronter la dernière comédie sociologisante de Danièle Thompson, valeur sûre et usurpée du cinéma français, qui s’adonne ici à un exercice périlleux : la fausse satire sociale. Soit une «bande de connards» (dixit Marina Hands dans le film) autour d’une table, parlant de leurs plus graves problèmes dans l’existence : l’infidélité et l’argent. Condamnation de la bourgeoisie, de gauche et de droite ? Que nenni ! Ici, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Un cancérologue (Patrick Bruel : top crédibilité) met vingt ans pour se rendre compte que c’est dur d’apprendre aux gens qu’ils vont mourir, une fille découvre qu’elle cherche chez son amant ce que son père ne lui a jamais donné, et le hasard lelouchien fait bien les choses : la colonne pétée, on se rend compte qu’un mari, finalement, c’est bien utile. Raconté n’importe comment, dialogué à la truelle, filmé en pilote automatique, Le Code a changé matérialise comme jamais le refrain entonné par les Guignols de l’info : ce cinéma français est un calvaire. CC

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La très très grande entreprise

ECRANS | de Pierre Jolivet (Fr, 1h45) avec Roschdy Zem, Jean-Paul Rouve, Marie Gillain…

Christophe Chabert | Jeudi 30 octobre 2008

La très très grande entreprise

Après une comédie romantique déplorable qui flattait les nouveaux riches comblés par l’élection de Sarkozy (Je crois que je l’aime), l’insaisissable Pierre Jolivet pourfend ici le méchant libéralisme qui broie les vies d’honnêtes travailleurs. Comprenne qui pourra… C’est une comédie, mais une comédie grise, un film de bureaux et d’appartements exigus, qui tente de compenser cette claustrophobie par quelques gimmicks de réalisation (la fiche signalétique des employés de l’entreprise, idée bien maladroite…). Ça se regarde comme un téléfilm mou du genou, inoffensif sur le fond (les portes ouvertes sont régulièrement enfoncées), et n’était le talent des acteurs (Roschdy Zem et surtout Jean-Paul Rouve, vraiment bien), on s’ennuierait ferme. CC

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