Parfum de Printemps

ECRANS | de Férid Boughedir (Fr/Tun, 1h39) avec Zied Ayadi, Sara Hanachi, Fatma Ben Saïdane…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Photo : © DR


Si, dans les faits, la Révolution de jasmin tunisienne a commencé par une immolation à Sidi Bouzid, Férid Boughedir lui imagine des prémices plus fleur bleue. Cette manière “romantique” de reconsidérer l'Histoire immédiate peut surprendre ; pourtant, elle vaut (par l'esprit, conservons des proportions à chaque entreprise) la latitude que s'octroyait Shakespeare en relatant les guerres civiles britanniques, ou Musset lorsqu'il façonnait Lorenzaccio à partir des rivalités à la cour florentine.

Parfait candide, le héros de Parfum de Printemps parcourt une capitale-cocotte-minute peu avant que Ben Ali ne soit déposé. Indifférent aux factions, imperméable aux idéologies, hermétique aux événements, le brave garçon joue pourtant à son insu (mais par amour) un rôle déterminant dans la Révolution. La fable rappelle en cela Bienvenue Mr Chance de Hal Ashby, en gentillet (Zied Ayadi surjoue quand Peter Sellers visait l'understatement) ; quant à Boughedir, il renoue timidement avec l'érotisme de son film le plus connu, Halfaouine. Mais là aussi, en plus naïf.

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Sans-papiers, sans pantalon : "Corps étranger"

DRAME NU | de Raja Amari (Fr-Tun, 1h32) avec Hiam Abbass, Sara Hanachi, Salim Kechiouche…

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Sans-papiers, sans pantalon :

Le drame des réfugiés est le sujet du moment ; il irrigue donc à des degrés divers, et avec plus ou moins d’inspiration, une part non négligeable des scénarios actuels. Parfois, on a l’impression qu’il sert de prétexte commode à des auteurs pour “faire concernant” ou donne une colonne vertébrale socio-politique à une histoire manquant d’assise. Tel Corps étranger. Bien sûr, il y a à la base l’arrivée clandestine en France de Samia, ayant fui le Maghreb et un frère fondamentaliste. Mais le cœur du film, c’est surtout la relation qu’elle va entretenir avec la femme qui lui donne un toit et du travail, Leila, ainsi qu’un jeune homme de son village, Imed. Ce ménage à trois violent et délétère, fait de trouble sensualité, de jalousies et de dominations à géométrie variable, intéresse en premier chef la réalisatrice, davantage que les misères des sans-papiers. Il ne s’agit pas là d’un jugement moral, seulement un constat. Le fait est que ses réalisations précédentes montraient déjà sa fascination pour l’érotisation des corps et le charme vénéneux qu’ils pouvaie

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Citoyens tunisiens

ARTS | L’avenue Bourguiba et ses chars d’artillerie, une foule de manifestants faisant imperturbablement face aux forces de l’ordre et aux barbelés... Dans (...)

Nadja Pobel | Mercredi 13 juin 2012

Citoyens tunisiens

L’avenue Bourguiba et ses chars d’artillerie, une foule de manifestants faisant imperturbablement face aux forces de l’ordre et aux barbelés... Dans Tunisie belle et rebelle, l’exposition réunissant six photographes de presse, présentée à l’Hôtel de Région jusqu’au vendredi 29 juin, les Tunisiens sont fiers. En janvier 2011, ils allaient au péril de leur vie dans la rue pour faire tomber un dictateur ami des démocrates et le bouter hors de leurs frontières. Sur ces photos, ils ont tantôt la rage, tantôt un sourire apaisant quand, dans un moment de fraternité, ils mangent une assida offerte par une femme du quartier. Leur courage et leur détermination sont au cœur de ces clichés. Et les photographes ont eu la curiosité et l’intelligence de quitter Tunis pour constater qu’à Bizerte ou dans les villages du Sud, le bonheur d’accéder à la liberté est le même que dans la bouillonnante capitale. Il faut voir cette potière du village de Sejnan présentant une sculpture en hommage à la révolution ou ces longues files d’attente le 23 octobre. Pour la première fois, les Tunisiens se rendent aux urnes pour une élection non truquée. Ils exhibent, presque hilar

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Passé, présent, futur

ECRANS | Actu / Le Festival À nous de voir de Oullins a 25 ans. Un quart de siècle que cet événement consacré aux films scientifiques explore tous les domaines de (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 10 novembre 2011

Passé, présent, futur

Actu / Le Festival À nous de voir de Oullins a 25 ans. Un quart de siècle que cet événement consacré aux films scientifiques explore tous les domaines de son concept : sciences dures, mais aussi sciences sociales, sciences de la terre et de l’environnement… Pour cette édition anniversaire, À nous de voir récapitule avec panache cette ouverture maximale. D’abord en choisissant la réactivité face à l’actualité : l’Histoire en marche du côté des pays arabes sera doublement représentée au sein de sa sélection, avec Tahrir (place de la libération) de Stefano Savona et Fragments d’une révolution, montage de documents amateurs tournés pendant l’insurrection réprimée en Iran. Actualité encore avec un double programme consacré à la crise financière où seront projetés Les Coulisses de la crise d’Hervé Vacheresse et La Stratégie du choc de Michael Winterbottom. Actualité enfin avec la venue d’Ariane Doublet, une des grandes documentaristes françaises, qui présentera son dernier film, La Pluie et le beau temps, où elle évoque la mondialisation à travers la production du lin en France et son exploitation en Chine. Dans ce festival riche en proposi

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