"Zoologie" : le diable au corps, par la queue

Vincent Raymond | Mardi 14 mars 2017

Photo : © Arizona Distribution


Quinquagénaire renfermée vivant avec sa bigote de mère, Natacha est régulièrement prise pour cible par ses collègues du parc zoologique, qui lui infligent moult mauvaises blagues et vexations. Lorsqu'un jour une queue lui pousse, sa vie change…

Conte néo-kafkaïen aussi trouble et troublant que Freaks, Zoologie s'adapte avec brio au visage de la Russie contemporaine, dressant au passage une caricature acérée de ses habitants : les consœurs de Natacha y sont de monstrueuses matrones étouffées par leur triple menton, exsudant leur vulgarité par tous les pores de leur face luisante de maquillage. La population vit recluse dans une crédulité crasse et une superstition entretenues par un prêtre timoré, soutenues par un bouche à oreille plus contagieux qu'une épidémie de fièvre aphteuse.

Ivan Tverdovsky, lui, n'hésite pas à moquer les tabous rétrogrades ; à transformer une femme a priori négligeable car négligée en objet de désir, voire à la fétichiser au prix d'une métamorphose physique, puis psychologique — Natalya Pavlenkova se révèle aussi bouleversante que sensuelle dans ce rôle très “physique”, justement.

Zoologie n'est cependant pas un conte de fées ; le prince charmant n'étant pas conforme à ce qu'on peut en attendre. Il participe de la cruauté réaliste de ce film attestant de la prometteuse vigueur du jeune cinéma russe.

de Ivan I. Tverdovsky (Rus-All-Fr, 1h27) avec Natalya Pavlenkova, Dmitri Groshev, Irina Chipizhenko…


Zoologie

De Ivan I. Tverdovsky (Russ-All-Fr, 1h27) avec Natalya Pavlenkova, Dmitri Groshev...

De Ivan I. Tverdovsky (Russ-All-Fr, 1h27) avec Natalya Pavlenkova, Dmitri Groshev...

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Il pousse une queue dans le bas du dos de Natacha. Résignée jusqu’alors à une vie plutôt terne, cette étrangeté lui offre une liberté nouvelle.


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Souffre-douleur : "L'Insensible"

Drame | Placé à l’orphelinat, Denis, 16 ans, est soudain récupéré par sa mère qui veut profiter de son “talent“. Insensible à la douleur, Denis est en effet contraint de se précipiter contre des voitures afin de faire condamner comme chauffards les conducteurs au terme d’un procès truqué.

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Souffre-douleur :

Les noms de ses représentants les plus indociles se trouvent souvent à la page des faits divers par volonté du pouvoir — tels Kirill Serebrennikov ou Oleh Stensov — pourtant, le cinéma russe continue de produire des réalisateurs d’importance, à l’image d'Andrey Zvyagintsev ou d’Ivan I. Tverdovsky. Auteur du déjà stupéfiant (et réussi) Zoologie, dont l’héroïne se voyait gratifiée d’un appendice caudal, le cinéaste emprunte à nouveau ici les chemins d’un proto-fantastique ultra réaliste pour saisir les aberrations de son pays. De même convoque-t-il un personnage principal atypique dont une particularité lui vaut d’être traité

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