Nathalie Baye : « Quand je tombe, je tombe vraiment »

Les Gardiennes | Pour sa troisième collaboration avec Xavier Beauvois, Nathalie Baye incarne la matriarche d’une ferme tentant de préserver ses terres alors que la Grande Guerre fait rage. Rencontre avec une comédienne drôle et investie.

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

Photo : © Guy Ferrandis / Pathé


C'est plutôt rare de vous voir dans un film d'époque…
Nathalie Baye : Il y a très longtemps, j'avais fait L'Ombre rouge, un film improbable de Jean-Louis Comolli qui se passait pendant la dernière guerre, Et puis j'avais fait le Moyen Âge avec Le Retour de Martin Guerre — mais Laura n'était pas née (rires). Je me souviens qu'à l'époque, l'équipe maquillage-coiffure m'avait fait essayé des trucs, et que j'étais effondrée : on aurait dit Mamie Nova (rires) ! Pour Les Gardiennes, on a cherché. Une fois qu'on a trouvé le juste équilibre, c'était merveilleux. Car lorsque que vous arrangez les cheveux et le maquillage d'une manière particulière, que vous sentez le poids du costume, une partie du travail est faite. Et toute la gestuelle suit. Quand je me rhabillais “normalement”, je ne marchais plus du tout de la même manière.

Vos gestes étaient-ils à ce point différents ?
On marche, on bouge différemment… On devient ce qu'on doit être au moment d'interpréter ses personnages. Quand je laboure dans le film, je laboure vraiment ; quand je tombe, je tombe vraiment. Il [Xavier Beauvois, NDLR] ne coupait pas, l'enfoiré (rires) ! Je me suis cassé la figure bien des fois pendant les répétitions : on ne se rend pas compte, mais une charrue tirée par deux bœufs, c'est beaucoup plus difficile qu'un cheval de trait. Surtout dans les sillons de terre bien dure, car la charrue est extrêmement lourde. Quand je suis tombée, comme il ne coupait pas, je devais ronchonner à l'intérieur… Mais grâce à cela, ça m'a mise en connexion avec cette femme. J'ai réalisé l'âpreté, la difficulté de sa vie : en plus de faire les travaux physiques des hommes, elle avait la peur au ventre pour ses deux fils et son gendre à la guerre.

Là où l'on a tourné, dans cette très belle campagne à la lisière de la Creuse, de la Haute-Vienne et de l'Indre, on voit dans le moindre petit village des monuments aux morts avec parfois 70 ou 80 noms. En Creuse, il y a même l'un des rares monuments aux morts contre la guerre, avec un petit garçon brandissant le poing et l'inscription : « maudite guerre ! »

Hortense change : pour sa famille, cette femme ouverte va renoncer à ses convictions…
Oui. C'est-à-dire qu'elle protège ; elle fait ce que les hommes sans doute auraient fait : défendre le patrimoine. Si elle n'agit pas de la sorte, ses terres risquent de se disperser. Elle le fait contre son désir profond et contre sa conscience. Et du reste, elle le paiera toute sa vie… Ces femmes n'avaient pas le choix : elles avaient la culpabilité et la douleur. Depuis, ce n'est pas un siècle qui est passé, mais bien trois. Vu l'évolution des femmes et de la vie.

Avez-vous été surprise que Xavier Beauvois vous confie ce personnage d'Hortense ?
Venant de Xavier, je ne suis pas surprise. D'abord, je le connais bien : il sait qu'on a une très grande confiance mutuelle et que si je m'étais sentie incapable de faire ce rôle-là, je le lui aurais dit — et s'il avait pensé que c'était un coup de poker, il ne me l'aurait pas proposé. Notre relation est trop limpide. Mais ce qu'il y a de très curieux, c'est qu'un autre réalisateur, Damien Odoul, a cherché pendant un moment sans succès à adapter ce livre de Perrochon, et qu'il est venu me voir. C'est étrange, hein ? Je me demande ce que ça veut dire (rires). Je suis vraiment une vieille taupe ! (rires)

Les femmes vieillissaient plus vite à l'époque, c'étaient des caractères forts. Et plus je fais des choses différentes, plus j'aime mon métier. Au début, quand on m'offrait toujours le même genre de rôle, je refusais. Aujourd'hui, on me propose tellement de choses différentes, des comédies, des trucs sombres ou de dingues… Donc je les prends. (sourire) Sinon, le désir fout le camp. Dans Pour la fin du monde, Dolan m'a proposé aussi un rôle haut en couleurs, et j'ai été arrangé physiquement. Et pour le démaquillage, c'était encore plus long (sourire).

Xavier Beauvois dit être passé par vous pour attribuer le rôle de votre fille à Laura Smet…
Il me l'a annoncé. Régulièrement, il me téléphonait pour me dire : « ah, j'ai pensé à Untel pour jouer ton fils. » Un jour, il m'a dit : « pour le rôle de Solange, je sais qui va la jouer. C'est Laura. » Il voulait avoir mon approbation, sans doute. Et je n'allais pas lui dire non parce que c'était une très très bonne idée (rires). C'est le premier film que l'on fait ensemble, après un épisode de la série Dix pour cent où l'on jouait nos vrais rôles dans une situation qui n'était pas la nôtre — ce qui est plus difficile : je préfère jouer quelqu'un d'autre, qui n'est pas moi.

Laura, je la trouve formidable. On rigole beaucoup avec elle, on est complices, mais au moment de tourner, c'est une bosseuse, elle devient le personnage, elle est très investie, elle ne triche pas du tout. Elle a fait un truc qui est passé sur Arte qui s'appelle La Bête curieuse de Laurent Perreau. J'ai vu le film, j'étais tendue comme un arc ; à un moment je me suis dit : « calme-toi, c'est ta fille ! ».


Les Gardiennes

De Xavier Beauvois (Fr, 2h14) avec Nathalie Baye, Laura Smet...

De Xavier Beauvois (Fr, 2h14) avec Nathalie Baye, Laura Smet...

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1915. A la ferme du Paridier, les femmes ont pris la relève des hommes partis au front. Travaillant sans relâche, leur vie est rythmée entre le dur labeur et le retour des hommes en permission. Hortense, la doyenne, engage une jeune fille de l'assistance publique pour les seconder. Francine croit avoir enfin trouvé une famille...


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OSEF le nombrilisme : "Garçon Chiffon" de Nicolas Maury

Comédie | Ego trip rural avec distribution de prestige.

Vincent Raymond | Mardi 27 octobre 2020

OSEF le nombrilisme :

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Ministère à mère : "La Sainte Famille"

Comédie Dramatique | Sa femme s’éloigne, son frère se sépare, son aristocrate de mère le fait tourner en bourrique, sa grand-mère n’est plus très vaillante, sa cousine lui fait de l’œil ; il a du mal avec ses filles… Malgré cet environnement intime bancal, le novice en politique Jean est nommé ministre de la Famille…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Ministère à mère :

La particule de son patronyme laisse supposer que l’auteur-interprète principal a pioché dans un décor, disons, familier : celui d’une lignée enracinée dans l’aristocratie ou la grande bourgeoisie, habituée aux parquets point de Hongrie des beaux quartiers parisiens, prenant ses quartiers de campagne dans quelque gentilhommière d’Île-de-France ; où l’usage veut que les enfants voussoient leurs parents. Un contexte où sa silhouette mi-guindée, mi-ébahie, évolue visiblement en pays de connaissance. Si on ne peut dire qu’on n’a jamais vu de films avec des familles de bourges en crise — c’est même le fonds de commerce d’un certain cinéma français —, ce qui tranche ici, c’est « la pudeur des sentiments », pour reprendre Gainsbourg : les situations se résolvent davantage dans l’écoute et l’étreinte que dans l’hystérie collective, tout mucus sorti. Et la fin, d’une infinie tendresse, s’avère un modèle de douceur. Mais La Sainte Famille sonne aussi le glas de ce “monde ancien“, conscient de sa désuétude, qui anticipe sa dissolution en même temps que la disparition de ses aînées : le pa

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En l’absence des hommes : "Les Gardiennes"

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Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

En l’absence des hommes :

1915. Privée de ses hommes partis au front, la ferme du Paridier doit continuer à tourner. À l’approche des moissons, Hortense embauche Francine, une orpheline dure à la tâche pour la seconder auprès de sa fille Solange. Les saisons se suivent et Francine semble adoptée… C’est une figure bien paradoxale que Xavier Beauvois s’emploie à dessiner de film en film (et poursuit donc ici tout naturellement) : celle de l’absence, de la disparition, de l’effacement. Succédant à La Rançon de la gloire (2013) et son histoire de sépulture sans mort, Les Gardiennes évoque les morts sans sépulture de la grande boucherie de 14-18. Un conflit d’ailleurs quasiment traité in absentia puisque le Paridier, barycentre des héroïnes, se trouve loin de la ligne de front : quelques rares images de contextualisation au début, puis des cauchemars des militaires en permission, montrent le visage effrayant des combats. Le front et la ferme Pourtant, dans cette saga paysanne “de l’arrière”, la

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Variable à orageux : "Un beau soleil intérieur" de Claire Denis

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Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

Variable à orageux :

Isabelle, parisienne à la quarantaine flamboyante, traverse une mauvaise passe sentimentalement parlant. Les hommes ne manquent pourtant pas dans sa vie : un amant balourd, son ex mesquin, un jeune comédien qui boit trop, un voisin fantasque. Mais aucun ne ranime sa petite flamme… Tout musicien qui se respecte éprouve, en présence d’un stradivarius, la nécessité de le faire vibrer entre ses doigts. Juliette Binoche est de ce bois dont les instruments d’exception sont faits : une source d’inspiration, de vie et de naturel à même de sauver bien des scripts défaillants ; un sauf-conduit pour film sans centre de gravité. Un beau soleil intérieur ne tient que sur (et grâce à) elle : Claire Denis se contente de la filmer dans tous ses états (une aubaine), chopant forcément des instants magiques de vérité au milieu d’un océan de pas grand chose. C’est moins ouvragé que lorsque Sautet façonnait du sur-mesure pour Romy Schneider. Le pompon du WTF revient au face-à-face final avec Depardieu jo

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"Juste la fin du monde" : Dolan au début d’un nouveau cycle ?

Le Film de la Semaine | Ébauche de renouveau pour Xavier Dolan qui adapte ici une pièce de Lagarce, où un homme vient annoncer son trépas prochain à sa famille dysfonctionnelle qu’il a fuie depuis une décennie. Du maniérisme en sourdine et une découverte : Marion Cotillard, en comédienne.

Vincent Raymond | Mardi 20 septembre 2016

La parentèle recuite dans sa rancœur d’un côté ; de l’autre le fils prodigue… C’est une bien belle collection de menteurs et de névrosés qui défile. De lâches, aussi. Ensemble ou séparément, ils ne parviennent pas à extérioriser ni leur amour, ni leur haine. Dans la présence des corps, c’est l’absence des mots qui les foudroie. La pièce de Lagarde dont Dolan s’est emparée est un de ces psychodrames familiaux à la Festen, où jamais les traumas originels n’arrivent à s’exprimer, ni les abcès à se vider. Personne n’a le luxe de respirer dans cette succession de têtes à têtes : à la canicule s’ajoute l’oppression de gros plans implacables entravant jusqu’au mouvement de la pensée. Comment peut-on être aussi seul en coexistant à plusieurs, aussi éloignés en ayant tant en commun ? Cotillard, épure et pure Avouons que l’on redoutait la surenchère de têtes d’affiches ; on la craignait comme un artifice obscène, un signe extérieur de richesse vulgaire, un mesquin coupe-file pour la Croisette… Oubliant qu’une réunion de comédiens de renom dans un quasi huis clos les condamne à se mesurer les uns aux autres ; accen

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La Rançon de la gloire

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Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

La Rançon de la gloire

Eddy sort de prison après y avoir passé quelques années pour des trafics dont on ne saura jamais la nature, et se voit recueilli par Osman, éboueur à Vevey, Suisse. Il vit avec sa fille dans une caravane, tandis que sa femme est à l’hôpital à cause d’une lourde maladie. Nous sommes en 1977, peu avant Noël, et c’est justement ce jour-là que Charlie Chaplin casse sa pipe au bord du lac Léman. Eddy et Osman décident de déterrer son cercueil et de demander une rançon. La Rançon de la gloire est inspiré d’une histoire vraie, comme le précédent film de Xavier Beauvois, le triomphal Des hommes et des Dieux. Entre les deux, le cinéma français n’a cessé d’adapter faits divers et affaires célèbres, dans une quête de véracité qui va de pair avec un assèchement progressif de sa foi en la fiction. Beauvois, justement, semble avoir glissé sur la même pente : ici, l’anecdote, pourtant mince, ne débouche jamais sur un projet plus vaste où les personnages et le récit conduiraient à une forme de fantaisie ou de grâce, et où l’argument de départ ne se

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Tiens-toi droite

ECRANS | De Katia Lewkowicz (Fr, 1h35) avec Marina Foïs, Laura Smet, Noémie Lvovsky…

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

Tiens-toi droite

Désireux de redonner du souffle à un féminisme attaqué de toute part par les tenants réac' de la pensée zemmourienne, Tiens-toi droite s’enfonce dans un récit multiple dont les contours sont particulièrement flous. Les protagonistes sont présentées par une voix-off introductive — la mère de famille nombreuse, la miss réduite à un objet sexuel, la chef d’entreprise dont la vie personnelle est entamée par son activité professionnelle — mais en cours de route, Lewkowicz en rajoute une quatrième, une petite fille boulotte obsédée par les canons de la beauté féminine telle que la société les impose. Impossible de voir dans ce genre de coup de force narratif autre chose qu’un grand fouillis qui semble avoir échappé à tout contrôle : si Tiens-toi droite a un sujet, il n’a à proprement parler aucune forme, ni scénaristique, ni filmique, avançant au gré des intentions de son auteur et de séquences sans début ni fin, visiblement rapiécées par un montage hystérique. Le film paraît surtout totalement coupé du monde réel, fantasme d’une cinéaste qui oublie le spectateur, proche de ces piles de romans français qui déferlent à la rentrée littéraire et disparaissent en

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96 heures

ECRANS | De Frédéric Schoendoerffer (Fr, 1h36) avec Niels Arestrup, Gérard Lanvin, Laura Smet…

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2014

96 heures

Pris en otage par Kancel, un truand suave mais très méchant, le patron de la BRB a 96 heures pour avouer quel est l’enfant de salaud qui l’a balancé et l’a envoyé croupir derrière les barreaux. Entouré d’hommes de main aussi bêtes que sadiques, Kancel boit du bon vin, fait un barbecue, va rendre visite à sa fille et à son petit fils et s’énerve de temps en temps, de préférence quand on ne s’y attend pas. Un rôle sur mesure pour un Niels Arestrup excellent mais qui, cette fois-ci, ne sauve pas le film de la médiocrité totale. Entre un Gérard Lanvin qui laisse ses couilles tranquilles pour s’occuper exclusivement de l’oreillette très visible dans laquelle on lui souffle ses dialogues, des rebondissements que l’on devine en moyenne vingt minutes avant leur arrivée à l’écran et une direction artistique calamiteuse qui souligne le budget visiblement serré de cette série B mal assumée au scénario débile, tout est au bas mot grotesque et dépourvu de toute intensité dans le suspense. Depuis son nanar Truands, on ne croit plus trop en un sursaut de Schoendoerffer ; 96 heures confirme qu’il ferait mieux d’aller tourner des épisodes de Braquo — à moins qu

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Laurence anyways

ECRANS | Bonne nouvelle : Xavier Dolan fait sa mue et commence à devenir le cinéaste qu’il prétend être. Si Laurence anyways est encore plein de scories, d’arrogances et de références mal digérées, on y trouve enfin de vraies visions de cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 juillet 2012

Laurence anyways

Jusqu’ici, on avait du mal à excuser le côté tête à claques de Xavier Dolan, sinon par la fougue de sa jeunesse (il n’a que 23 ans et signe déjà son troisième film). S’imaginant à la fois comme un esthète et un penseur, il enfilait les clichés comme des perles et surfilmait ses maigres fictions, n’en révélant finalement que la profonde vacuité. La première heure de Laurence anyways montre Dolan tel qu’en lui-même. Pour raconter la décision de Laurence Alia (Melvil Poupaud, deuxième choix du réalisateur après la défection de Louis Garrel, une bonne chose à l’arrivée) de devenir une femme au grand désarroi de son amie Fred (Suzanne Clément, parfaite), il sort l’artillerie lourde : citations littéraires et références cinématographiques, hystérie pour figurer les rapports amoureux, ralentis chichiteux pour souligner les émotions et une barrique de tubes 80’s afin de coller avec l’époque du récit… C’est très simple : on se croirait face à un vieil Adrian Lyne ! Le clou étant cette fête costumée sur l’air de Fade to grey, où Dolan pousse son goût du vidéoclip kitsch jusqu’à son point de non retour. Désordre(s) Alors qu’on s’apprêtait à ferme

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De vrais mensonges

ECRANS | De Pierre Salvadori (Fr, 1h45) avec Audrey Tautou, Sami Bouajila, Nathalie Baye…

Christophe Chabert | Mercredi 1 décembre 2010

De vrais mensonges

Quand un cinéaste qu’on aime rate un film, cela ne remet pas en cause l’estime qu’on peut avoir pour son travail. C’est le cas de Salvadori avec "De vrais mensonges", où l’on retrouve ce qu’on apprécie d’ordinaire chez lui — une écriture rigoureuse et un regard doux-amer sur des personnages à côté de leurs pompes — mais comme joué par un orchestre aux instruments déréglés. La théâtralité des situations et des dialogues n’est assumée qu’à moitié (par exemple, le choix de décors naturels renvoie à un réalisme hors sujet), l’humour ne fonctionne jamais et le film est plombé par un cruel manque de rythme mal camouflé par un montage hystérique. Quant aux acteurs, si Nathalie Baye est à l’aise en mère déprimée virant femme cougar, Bouajila adopte d’incompréhensibles airs de tragédien et Tautou se perd dans des mimiques qui enlèvent toute spontanéité et tout naturel à son jeu. Un coup d’épée dans l’eau, surtout après l’excellent "Hors de prix". CC

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Des hommes et des dieux

ECRANS | Les derniers jours des moines de Tibéhirine reconstitués par un Xavier Beauvois fasciné par son sujet, mais peu inspiré dans sa mise en scène, qui emprunte les chemins les plus attendus et évacue systématiquement le politique au profit du religieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 1 septembre 2010

Des hommes et des dieux

Des hommes et des dieux, ce n’est pas 12 hommes en colère, mais 7 moines en paix. Comme pour son précédent Petit lieutenant, qui prenait ses aises avec le polar tout en en respectant les lieux communs, Xavier Beauvois retrace les derniers jours des moines de Tibéhirine avant leur massacre dans les montagnes de l’Atlas algérien en détournant les codes du huis clos «cas de conscience». Pas de procès cependant ; la décision finale n’a de conséquence que pour ceux qui la prennent : partir en abandonnant sa mission ou rester quitte à y laisser la vie. Le scénario du film est donc rythmé par trois grandes scènes de réunion où chacun doit prendre position, donner ses raisons puis finalement participer au vote. Le reste du temps, Beauvois alterne entre plusieurs modes de récit : la rencontre entre les moines et les habitants du village (les moments les plus libres du film, quoique non exempts de facilités didactiques), l’irruption des terroristes puis de l’armée au sein du monastère et les rituels liturgiques filmés dans leur continuité. Le goût du sacré Si le cinéaste fait preuve d’une indéniable ma

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Les Bureaux de Dieu

ECRANS | De Claire Simon (Fr, 2h) avec Nathalie Baye, Michel Boujenah…

Dorotée Aznar | Vendredi 31 octobre 2008

Les Bureaux de Dieu

De ses observations dans plusieurs Plannings familiaux français, la réalisatrice a tiré un film construit en une succession de plans-séquences, ignorant sciemment toute notion de mise en scène. Un casting littéralement hallucinant y compose le personnel en proie aux interrogations les plus diverses sur la sexualité – le résultat est souvent pertinent, mais le côté procédurier du film, son côté “œuvre nécessaire“ finit par prendre le pas sur son appréciation. Même les apartés avec l’évanescent Emmanuel Mouret n’apportent pas vraiment les respirations escomptées, et l’ensemble finit par devenir extrêmement pesant. FC

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Cliente

ECRANS | de et avec Josiane Balasko (Fr, 1h45) avec Nathalie Baye, Éric Caravaca…

Christophe Chabert | Mardi 23 septembre 2008

Cliente

Une quinquagénaire friquée se paie un gigolo trentenaire, marié et dans la dèche ; voilà un sujet qui convenait parfaitement à Josiane Balasko. Pour preuve : elle l’avait déjà traité dans un bouquin éponyme, faute de trouver des producteurs assez courageux pour le porter directement à l’écran. Plus personnel que son précédent et désastreux L’Ex-femme de ma vie, Cliente n’en est pas moins raté. Un ratage latent plus que criant, le film se contentant d’accumuler des scènes assez convenues et platement filmées, des dialogues pimentés de mots d’auteur pas toujours heureux jusqu’à un dernier tiers franchement laborieux. Ce qui manque pour que la sauce prenne, c’est le désir : les rapports Baye-Caravaca ne sont jamais charnels, alors qu’ils ne sont, au départ du moins, rien d’autre, et tout le trouble qui devrait en découler en est annihilé. Seule la description d’une banlieue multiraciale qui ne pose pas de problème à ceux qui y vivent apporte un peu de chaleur à un film étrangement désincarné et lointainement ennuyeux.CC

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Passe-passe

ECRANS | Tonie Marshall réussit une hilarante et généreuse comédie fourre-tout au casting aussi improbable que réjouissant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 8 avril 2008

Passe-passe

D’abord, dire le plaisir éprouvé à la vision de Passe-passe. La comédie française ne nous a plus habitués à autant de générosité, préférant en général une approche prudente faite de connivence complice et de calcul marketing. Tonie Marshall, elle, choisit de faire l’inverse, avançant en kamikaze sur tous les fronts, du burlesque à la comédie de caractère, du rire grinçant à la franche déconnade. Ce qui produit un film apparemment sans queue ni tête, à l’intrigue parfois incompréhensible mélangeant sans ménagement trafics internationaux et petites combines, coucheries politiques et coup de foudre romantique, altermondialisme et Alzheimer, Darry Cowl et Frank Sinatra. En fait, Passe-passe est plutôt un film à plusieurs têtes et plusieurs queues, tiré vers des extrêmes a priori inconciliables qui lui confèrent pourtant sa folie contagieuse. Bien vu, bien connuCe poisson-film a cependant un corps et des arêtes : le couple hilarant formé par Nathalie Baye et Edouard Baer. Elle, grande bourgeoise fuyant son amant de ministre avec un sac bourré de billets ; lui, prestidigitateur raté naviguant à vue entre une mère malade et un beau-frère magouilleur. Ce tandem-là est

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