Tous les chemins mènent à l'homme : "Roads"

Drame | Après une friction familiale, Gyllen tout juste 18 ans, “emprunte“ en guise de représailles le camping-car de son beau-père et décide de rallier la France depuis le Maroc. Il embarque William, jeune Congolais en quête de son frère exilé. Leur route épique les mènera à Calais…

Vincent Raymond | Mercredi 17 juillet 2019

Photo : © Eniac Martinez


D'un extrême l'autre pour Sebastian Schipper qui, après le plan-séquence berlinois de Victoria (2015), se lance ici dans un road movie de 3000 km. Le défi kilométrique remplace le concentré temporel, mais le principe demeure, au fond, le même : raconter un “moment“ tellement décisif pour ses jeunes protagonistes qu'il est susceptible d'en conditionner l'existence entière. Transposition du roman de voyage initiatique, le road movie permet de télescoper paysages et visages, récit picaresque et drames saisissant ; bref d'offrir un concentré de vie qui “rode“ le jeune adulte : un hippie allemand bipolaire, des sans-papiers africains en détresse, une savonnette de haschisch, un père peu amène, des Français racistes, les assauts des forces de l'ordre sur les migrants contribueront donc à dégrossir Gyllen de son reliquat d'innocence — William, quant à lui, avait pris de l'avance…

Si Gyllen gagne en maturité et en conscience au fil du film, ce dernier suit une évolution parallèle : en se rapprochant de Calais et des réfugiés, la fiction se dilue progressivement dans un réel documentarisant ; Gyllen quitte un passé triste et inconsistant (juste évoqué au gré de quelques confidences) pour s'immerger dans le concret en devenant bénévole auprès des malheureux échoués. Il n'y a pas qu'Erasmus pour édifier la jeunesse…

Roads
Un film de Sebastian Schipper (All-Fr, 1h40) avec Fionn Whitehead, Stéphane Bak, Moritz Bleibtreu…


Roads

De Sebastian Schipper (2019, All-Fr, 1h40) avec Fionn Whitehead, Stéphane Bak...

De Sebastian Schipper (2019, All-Fr, 1h40) avec Fionn Whitehead, Stéphane Bak...

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Gyllen, un jeune garçon de 18 ans originaire de Londres, fuit les vacances familiales au Maroc à bord du camping-car volé à son beau-père. Sur sa route, il rencontre William, un jeune congolais de son âge qui souhaite rejoindre l’Europe à la recherche de son frère disparu.


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Victoria

ECRANS | En temps réel et en un seul plan séquence de 2h20, Sebastian Schipper passe de la chronique nocturne berlinoise au thriller avec une virtuosité qui laisse pantois, nécessitant une immersion totale dans son dispositif pour en apprécier pleinement l’ivresse. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 1 juillet 2015

Victoria

Bombardée par une lumière stroboscopique et les basses d’un morceau techno, une jeune fille danse au milieu des fêtards dans un club berlinois ; le plan dure, le son est lourd, l’effet de lumière aveuglant ; à peine a-t-on ouvert les yeux sur son film que, déjà, Sebastian Schipper nous demande un abandon complet à cette expérience qu’est Victoria. Celle d’une immersion totale dans sa réalité plutôt que dans son réalisme car, malgré les apparences, tout ici célèbre l’artificialité de la mise en scène cinématographique. En effet, les deux heures vingt à suivre ne connaîtront aucune coupe de montage, proposant un plan-séquence en temps réel où la caméra, toujours en mouvement, va parcourir à vue d’œil quatre bons kilomètres à travers les rues, les immeubles et les hôtels de la capitale allemande. Et pourtant, le film s’abandonnera à toutes les ruptures — de ton, de genre, de vitesse — répondant à un scénario qui jouerait à cache-cache avec le spectateur, très visible dès qu’on prend un peu de distance avec ce qui se passe sur l’écran, indécelable lorsqu’on se laisse absorber par le dispositif. Celle qui nous sert de guide s’appelle Victoria : elle arriv

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Berlinale 2015, jour 3. Au-dessous du volcan.

ECRANS | « Ixcanul » de Jayro Bustamente. « Journal d’une femme de chambre » de Benoît Jacquot. « Victoria » de Sebastian Schipper. « Une jeunesse allemande » de Jean-Gabriel Périot.

Christophe Chabert | Dimanche 8 février 2015

Berlinale 2015, jour 3. Au-dessous du volcan.

Encore une bonne surprise dans la compétition berlinoise ! Cette fois, elle vient du Guatemala, un pays à peu près inconnu sur la carte cinématographique mondiale, d’un jeune cinéaste nommé Jayro Bustamente qui a, d’emblée, conquis les festivaliers — belle salve d’applaudissements à la fin de la projection matinale. Il y avait cependant tout à craindre aujourd’hui de ce world cinema pour festivals dont on connaît désormais les ressorts : un mélange d’exotisme et de misère, d’esthétisme et de lenteur, de scénario en vignettes et de mise en scène intimiste. Ixcanul, à première vue, ne déroge pas à la règle. Nous voici dans une famille d’indiens maya Kaqchikel, des fermiers pauvres vivants aux abords d’un volcan où ils perpétuent des traditions ancestrales. Maria, jeune fille de 17 ans, est promise au propriétaire terrien, ce qui arrange à la fois les affaires des parents, dans la crainte d’être expulsés, et du mari, qui cherche une jeune fille pure pour lui servir d’épouse dévouée. Sauf que Maria est amoureuse de Pepe, Indien comme elle, qui rêve de partir pour les États-Unis et qui, en attendant, se bourre la gueule avec ses amis et travaille san

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Soul Kitchen

ECRANS | Après deux très grands films, "Head on" et "De l’autre côté", Fatih Akin s’offre un break avec une comédie utopiste et musicale, pas toujours drôle mais souvent plaisante, joli portrait du Hambourg d’aujourd’hui et de sa population. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 mars 2010

Soul Kitchen

De la part d’un cinéaste qui semblait parti pour s’installer dans le clan des grands auteurs européens, Soul Kitchen surprend. Après la tragédie Head on et le drame choral De l’autre côté, Fatih Akin ose une comédie simple, linéaire et dans l’air du temps. Où l’on voit un ado attardé gérer un restaurant plutôt glauque dans un quartier en friche de Hambourg. Il laisse sa petite amie friquée s’envoler à Shanghaï pour devenir correspondante de presse et recueille son frère, en liberté provisoire. Sa rencontre avec un chef aussi irascible qu’inspiré (le génial Birol Ünel, découvert dans Head on), un mal de dos qui le conduit chez une jolie kiné, sa passion pour la musique soul et, en fin de compte, le désir d’inventer un lieu d’utopie où la cuisine serait l’âme d’une communauté, forme le ciment des nombreuses péripéties qui rythment le scénario, généreux quoiqu’un rien boulimique. Gastro utopique Pour filer la métaphore, disons que Fatih Akin est meilleur lorsqu’il travaille sur la finesse des ingrédients ou le mélange des saveurs que quand, comme ici, il s’emploie à une grande bouffe un peu rob

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La Bande à Baäder

ECRANS | Se proposant de faire la «chronique des années de plomb» ouest-allemandes, Uli Edel fonce droit dans la polémique avec ce film efficace, un peu long mais assez gonflé. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 7 novembre 2008

La Bande à Baäder

La Bande à Baäder est un groupe terroriste fondé au début des années 70 pour répondre à l’état policier de l’Allemagne de l’ouest et à l’impérialisme américain qui s’exprimait de la République Fédérale Allemande au Vietnam. Il passa à l’action avec de sanglants attentats, mais aussi, plus curieux, des braquages de banques ! Alliance de la carpe et du lapin entre le jeune agité Andreas Baäder, un peu voyou et un peu hippie, et la journaliste Ulrike Meinhof, le groupe originel disparut dans ce qui fut officiellement un suicide collectif en prison (mais qui pourrait bien être un assassinat étatique au moment où d’autres générations de terroristes d’extrême gauche prenaient le relais ; une thèse non retenue par le film). Rassurons le futur spectateur : La Bande à Baäder expose ces événements avec beaucoup de clarté, fléchant spatialement et chronologiquement l’action pour éviter l’écueil du produit à usage purement national. Le choix d’Uli Edel derrière la caméra, Allemand longtemps exilé à Hollywood (où il signa une étrange adaptation du Last exit to Brooklyn de Selby), va dans ce même sens d’une fresque criminelle efficace et exportable, sur le mo

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