Aux racines de la folie : "La Forêt de mon père" de Vero Cratzborn

Drame | Élagueur, Jimmy vient de se faire licencier parce qu’il agissait bizarrement. À la maison, son comportement lunatique devient difficile à supporter pour sa femme et ses trois enfants. Jusqu’à une crise qui lui vaut d’être interné. Mais Gina, son aînée de 15 ans, ne parvient pas à l’accepter…

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

Photo : © KMBO


Sensée être vécue à travers les yeux de la grande ado — comme en atteste le possessif au singulier du titre — l'histoire se diffracte un peu pour être vue également à travers les yeux de ses cadets et de sa mère. On perd en pure subjectivité, mais on gagne quelques contrepoints utiles pour composer, avec du recul, un tableau familial plus précis et assembler les pièces du tableau clinique de la maladie psychique de Jimmy. Bien sûr, l'élément végétal est abondant, fondateur, aussi enveloppant qu'inquiétant dans La Forêt de mon père, puisque c'est le territoire dans lequel cet “homme des bois“ évolue, au premier degré. Cette forêt est également mentale, un dédale à l'intérieur duquel il s'égare sans trouver de sortie, où il tente même d'aspirer les siens.

Il faut mettre au crédit de Vero Cratzborn sa volonté de traiter d'un trouble psychique et de l'internement sur un strict plan dramatique, sans verser dans le thriller — parti-pris suffisamment rare pour être souligné. En revanche, la romance cousue de fil blanc avec le voisin à moto bien serviable épuise par sa banalité. Dommage.

La Forêt de mon père
Un film de Vero Cratzborn (Bel-Fr-Sui, 1h31) avec Léonie Souchaud, Ludivine Sagnier, Alban Lenoir…


La forêt de mon père

De Vero Cratzborn (Bel-Fr-Sui, 1h31) avec Léonie Souchaud, Ludivine Sagnier, Alban Lenoir

De Vero Cratzborn (Bel-Fr-Sui, 1h31) avec Léonie Souchaud, Ludivine Sagnier, Alban Lenoir

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Gina, 15 ans, grandit dans une famille aimante en lisière de forêt. Elle admire son père Jimmy, imprévisible et fantasque, dont elle est prête à pardonner tous les excès. Jusqu’au jour où la situation devient intenable : Jimmy bascule et le fragile équilibre familial est rompu. Dans l’incompréhension et la révolte, Gina s’allie avec un adolescent de son quartier pour sauver son père.


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Homos au bain : "Les Crevettes pailletées"

Comédie | De Cédric Le Gallo & Maxime Govare (Fr, 1h40) avec Nicolas Gob, Alban Lenoir, Michaël Abiteboul…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Homos au bain :

Parce qu’il a lâché une insulte homophobe à un journaliste, la Fédération de Natation oblige Mathias à redorer son image en l’envoyant entraîner une équipe de water-polo gay. L’objectif ? La qualifier pour les Gay Games. Le problème ? Ils sont très mauvais et Mathias peu motivé… Un merveilleux hasard fait succéder ce film au Grand Bain dont le succès, à la façon d’un Moïse des bassins chlorés, est susceptible de faciliter l’existence dans les salles de ces Crevettes pailletées. Tant mieux pour elles, même s’il n’y a pas de quoi plonger du tremplin des dix mètres : cette gentille fable célébrant la tolérance à coup de déhanchés suggestifs, de moues mutines et d’exubérance glitter à la Liberace (vous avez dit “cliché“ ?) semble bien terne comparée à Priscilla folle du désert, douche australienne maniant le show et froid de la dérision… sans pour autant donner l’impression d’illustrer une version aquatique de Comme ils disent. Le

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Les affaires de famille de Jean-Paul Rouve : "Lola et ses frères"

Comédie Dramatique | de et avec Jean-Paul Rouve (Fr, 1h45) avec également Ludivine Sagnier, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Les affaires de famille de Jean-Paul Rouve :

Depuis la mort de leurs parents, Lola joue un peu le rôle de grande sœur pour ses deux frères aînés que rien ne rapproche : Benoît est aisé et aime tout contrôler ; Pierre, en difficulté, très soupe-au-lait. Ils en oublieraient presque que leur benjamine a, elle aussi, une vie à elle… Voici l’histoire de famille que l’on aurait aimé voir réalisée par Michel Blanc il y a quelques semaines, et que son excellent interprète du pathétique Voyez comme on danse signe avec la sensibilité qu’on lui connaît. Oh certes, il ne retrouve pas la grâce de Quand je serai petit (2012) mais s’obstine (à raison) dans cette trajectoire qui lui fera accomplir un jour une indiscutable réussite ; ce film sur les relations entre frères et sœurs, parents et enfants autour duquel beaucoup tournent sans aller nulle part, mais que lui pressent. Dans les familles cinématographiques de Rouve — et donc dans celle de Lola — il n’y a pas que des cadres sup’ urbains, ni de coucheries entre notaires blancs, ni de magot en héritage : c’est la recherche du

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Seule et soûle : "Gueule d’ange"

Drame | Quelque part, dans le sud. Mère célibataire d’Elli, qu’elle appelle Gueule d’ange, Marlène tient pour prioritaires sa vie de jeune femme et ses sorties. Un (...)

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

Seule et soûle :

Quelque part, dans le sud. Mère célibataire d’Elli, qu’elle appelle Gueule d’ange, Marlène tient pour prioritaires sa vie de jeune femme et ses sorties. Un soir, elle prolonge la fête avec un type et laisse sa gamine de 8 ans seule, pour une durée indéterminée. Elli dissimule son absence. Et boit. Gueule d’ange est l’exemple parfait du film avec lequel on peut jouer au bingo : sur la foi de l’affiche et du synopsis, le public peut préparer un carton et cocher les clichés dès qu’ils traversent le champ. Rôle social “de composition“ avec mèches blondes et tenue de cagole, taillé pour un festival/une nomination au César : bingo, Cotillard. Référent masculin revêche au premier abord, cachant sa tendresse sous une (et même plusieurs) blessures intimes et vivant dans une caravane : gagné, Alban Lenoir ! Gamine-à-z’yeux-bleus-pleine-de-bravitude-grave-dévastée-à-l’intérieur-alors-elle-picole : meilleur espoir pour Ayline Aksoy-Etaix. Décor de station balnéaire avec fête foraine intégrée (pour le côté “ces adultes qui n’ont jamais grandi“) : carton plein ! En su

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Le Voyage de Fanny : Lola Doillon se frotte à l'Histoire

ECRANS | de Lola Doillon (Fr, 1h34) avec Léonie Souchaud, Fantine Harduin, Juliane Lepoureau…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Le Voyage de Fanny : Lola Doillon se frotte à l'Histoire

Au départ, il y avait l’histoire vraie de Fanny Ben-Ami, gamine de 12 ans ayant courageusement mené en sûreté (en Suisse) une troupe de gamins juifs menacés d’être raflés pendant l’Occupation. Et Lola Doillon, qui désirait pour son troisième long-métrage se confronter à l’Histoire tout en dirigeant à nouveau de jeunes interprètes. La rencontre entre le sujet et la réalisatrice a donné lieu à ce film qu’elle souhaitait “d’aventures”. Certes, il y a ce focus utile sur les enfants cachés (bon point) ; bien sûr la détermination de l’héroïne est très visible grâce à Léonie Souchaud, belle découverte rappelant par certains aspects Adèle Haenel à l’époque des Diables (2001) de Christophe Ruggia. Mais Le Voyage de Fanny demeure terriblement scolaire, comme si justement il ne tenait pas spécialement à s’adresser à un autre public que celui des écoles. Pourtant, quel splendide défi que celui de filmer pour tous et pour chacun...

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Un Français

ECRANS | De Diastème (Fr, 1h38) avec Alban Lenoir, Samuel Jouy, Patrick Pineau…

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Un Français

Un peu à la manière de La Loi du marché, Diastème s’est emparé d’un sujet hautement abrasif et d’actualité (la mouvance skinhead, des années 80 à aujourd’hui) qu’il approche avec une sècheresse narrative payante : l’itinéraire de Marco (Alban Lenoir, enfin dans un rôle à sa mesure au cinéma) est raconté caméra à l’épaule, sans musique, sans affèterie mais sans masquer non plus la violence de ses actes, puis découpé en blocs séparés par d’énormes ellipses. Le procédé permet au personnage de rester jusqu’au bout une énigme : qu’est-ce qui le fait peu à peu revenir dans le droit chemin ? Une étincelle de conscience ? Son dégoût vis-à-vis des méthodes de ses camarades ? Son envie de devenir un bon père et un bon mari ? Ou sa rencontre avec un pharmacien qui refuse de le juger ? Peut-être rien de tout cela en définitive, et si Marco traverse ainsi 28 années où l’extrême droite est passée de la violence clandestine à une façade de respectabilité, il le fait comme un fantôme en équilibre précaire, mal armé pour affronter les enjeux politiques de son temps, porté par un besoin d

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Tristesse Club

ECRANS | Premier film sous influence Wes Anderson à l’humour doucement acide de Vincent Mariette, où deux frères et une sœur partent enterrer un père/amant devenu un fantôme dans leur vie, pour un road movie immobile stylisé et séduisant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Tristesse Club

Dans Tristesse Club, comme dans tout bon road movie, une voiture tient un rôle décisif : c’est une vieille Porsche et elle appartient à Léon, ancien tennisman tombé dans la lose intégrale, plaqué par sa femme et méprisé par son propre fils de dix ans, à qui il essaie pathétiquement de taxer de l’argent. Cette voiture, c’est un peu la dernière chose qu’il possède dans l’existence, et il s’y accroche comme à une bouée de sauvetage face au naufrage de sa vie. Ladite Porsche va servir à beaucoup de choses au cours du film : par exemple, elle se transformera en abri protecteur contre une meute de chiens errants, ou d’issue de secours pour échapper à la rancœur ambiante. Car Léon a rendez-vous avec son frère Bruno pour enterrer leur père, qu’ils n’ont pas vus depuis des lustres et avec qui ils entretenaient des rapports opposés : houleux pour Léon, résignés pour Bruno. Les choses s’enveniment encore lorsqu’ils font la connaissance d’une demi-sœur dont ils ignoraient l’existence. Elle leur avoue que leur père n’est pas mort ;  il a juste disparu sans laisser de traces. Le deuil d’un fantôme Voilà donc un trio de comédie formidablement constit

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Amour & turbulences

ECRANS | D'Alexandre Castagnetti (Fr, 1h36) avec Ludivine Sagnier, Nicolas Bedos, Clémentine Célarié

Jerôme Dittmar | Mercredi 27 mars 2013

Amour & turbulences

La comédie française étant ce qu'elle est, massivement lourde et vulgaire, il lui fallait un truc pour tromper sa beaufitude. Depuis le succès de L'Arnacœur, la comédie romantique est ainsi devenue son nouvel horizon, supposé apporter supplément d'âme et élégance à un cinéma qui fait peine à voir. Nouveau film éjectable du genre, Amour & turbulences commence pile là où se matérialise le rêve frustré de la comédie frenchy : à New York, entre les deux appartements chics des personnages, couple séparé avec fracas et se retrouvant dans un avion pour Paris, où ils refont le film de leur histoire. Malgré un pitch respectable et une mise en scène chiadée s'acharnant à faire la pub de sa virtuosité, ce petit kaléidoscope du déboire amoureux ne débouche sur rien, sinon son envie d'imiter joliment un patron auquel il ne pige pas l'essentiel. Alourdi par des dialogues balourds, des personnages insipides et un casting sans charme (Bedos sauve à peine sa peau), l'apprenti Lubitsch Alexandre Castagnetti se crash dès le décollage. Jérôme Dittmar

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Les Bien-aimés

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 2h15) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier…

Christophe Chabert | Samedi 9 juillet 2011

Les Bien-aimés

Une mère et sa fille. Dans les années 60, la mère (Ludivine Sagnier) fait la pute pour se payer des chaussures et tombe amoureuse d’un médecin tchèque qu’elle quitte au moment du Printemps de Prague. Au début des années 2000, la fille (Chiara Mastroianni) s’éprend d’un gay malade du sida, tandis que la mère (Catherine Deneuve) retrouve son amant de l’époque (Milos Forman). Plus que jamais, le cinéma de Christophe Honoré joue de la référence (Truffaut et ses romans cinématographiques est le grand parrain du film) mais aussi de l’autoréférence : comme dans Les Chansons d’amour, Alex Beaupain a composé de pénibles intermèdes musicaux, sans doute ce qu’il y a de moins bien dans le film. Pénible aussi, la capacité d’Honoré dialoguiste à mettre dans la bouche de ses acteurs un texte bourré de poncifs sentencieux sur l’amour, la vie, le temps qui passe. Ratée enfin, l’évocation de l’époque : la reconstitution au début donne une sensation désagréable d’entre-deux, ni rigoureuse, ni fantaisiste, et quand le 11 septembre passe par là, on change vite de chaîne. Si Les Bien-aimés s’avère toutefois supérieur aux précédents Honoré, c’est grâce à l’énergie fantasque que lui c

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Pieds nus sur les limaces

ECRANS | De Fabienne Berthaud (Fr, 1h48) avec Ludivine Sagnier, Diane Krüger…

Christophe Chabert | Mardi 23 novembre 2010

Pieds nus sur les limaces

Le plus insupportable dans cette comédie, ce n’est pas la mise en scène, avec sa caméra hasardeuse et ses couleurs criardes ; pas non plus le simplisme d’un scénario où les doux dingues révèlent la vérité des gens «normaux», leur bonté ou leur égoïsme. Non, ce qui ne passe pas ici, c’est bien la performance de Ludivine Sagnier en attardée mentale (mais pas complètement, elle a retenu la leçon de "Tonnerre sous les tropiques" !) ; elle a l’esprit d’une fille de huit ans dans le corps d’une trentenaire. L’actrice disparaît totalement derrière sa composition, son cabotinage ne faisant pourtant jamais apparaître le personnage. Il s’agit de la regarder jouer, de s’incliner devant son courage et son talent. Réduit à l’état de votant impuissant face à ce film horripilant, le spectateur souffre en silence — mais la colère gronde sous son crâne. CC

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Mesrine, l'Ennemi public N°1

ECRANS | Après le blockbuster superficiel L’Instict de mort, Jean-François Richet se décide enfin à traiter son sujet. Mais après une première heure réussie, Mesrine révèle sa vraie nature de film de compromis. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2008

Mesrine, l'Ennemi public N°1

Dès la première scène de L’Ennemi public n°1, on sent que les choses ont changé dans le Mesrine de Jean-François Richet. Certes, il y a à nouveau une scène d’évasion, mais ce n’est plus l’action qui guide la séquence ; c’est le personnage dans toute sa démesure. Ouf ! On se demandait si, sur quatre heures, Richet allait faire de Jacques Mesrine autre chose qu’un prétexte, bad guy de convention visitant le grand musée du cinéma de genre. Donc le voilà enfin et, paradoxalement, Mesrine se présente à nous comme un comédien, génie du masque plus que du mal, agitateur incorrigible qui se rêve en «ennemi public» et ne pense qu’à se hisser en tête du hit parade («Numéro 1 !» s’exclame-t-il avec fierté). Il vient de rédiger ses mémoires et une réplique de son avocate nous apprend que tout cela est peut-être pures foutaises. Mythomane obsédé par la popularité, Mesrine révèle le visage crédible d’un criminel médiatique, bouffon provoquant un pouvoir déstabilisé. Du coup, surprise, L’Ennemi public n°1 est un film assez drôle, grâce notamment à la prestation de Vincent Cassel qui excelle dans ce registre de bateleur flamboyant. Q

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