La mort en direct ? : "Yalda, la nuit du pardon" de Massoud Bakhshi

Drame | "Yalda, la nuit du pardon" : une rencontre entre Ionesco, Jafar Panahi et Philip K. Dick...

Vincent Raymond | Vendredi 9 octobre 2020

Photo : © Little Dream Entertainment


Un programme de télévision durant lequel une condamnée à mort tente d'obtenir sa grâce auprès de la fille de son défunt époux, le tout devant les caméras, en direct et en temps réel… Cela pourrait être une pièce de théâtre de l'absurde contemporaine ; quelque chose comme la rencontre entre Ionesco, Jafar Panahi (la scène se déroulant dans l'Iran d'aujourd'hui) et Philip K. Dick, allant au-delà de ce que Le Prix du danger (1983) et Running Man (1988) extrapolaient avec l'avénement de la société du spectacle et du capitalisme. Ici, la loi religieuse se soumet à ces nouveaux maîtres (ce qui en dit long sur son élasticité morale) et c'est étonnamment le représentant de la justice — de l'État ! — qui porte la voix la plus modérée et la plus humaine, dépassé qu'il est par l'immondice du procédé incitant les téléspectateurs à infléchir le sort de la malheureuse, comme aux jeux du cirque. Sauf qu'en 2020, la responsabilité de chacun est diluée et la mise à mort, virtuelle. Avec son huis clos propice à une adaptation sur les planches, Yalda serait-il une parabole ? Hélas non : les émissions de télé-réalité dont l'enjeu sont le pardon et la grâce existent en Iran, notamment durant le ramadan…

Yalda la nuit du pardon
★★★☆☆ Un film de Massoud Bakhshi (Ir-Fr-All-Sui-Lux, 1h29) avec Sadaf Asgari, Behnaz Jafari, Babak Karimi…


Yalda, la nuit du pardon

De Massoud Bakhshi (Ira, fr, 1h29) avec Sadaf Asgari, Behnaz Jafari, Babak Karimi

De Massoud Bakhshi (Ira, fr, 1h29) avec Sadaf Asgari, Behnaz Jafari, Babak Karimi

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Iran, de nos jours. Maryam, 22 ans, tue accidentellement son mari Nasser, 65 ans. Elle est condamnée à mort. La seule personne qui puisse la sauver est Mona, la fille de Nasser. Il suffirait que Mona accepte de pardonner Maryam en direct devant des millions de spectateurs, lors d’une émission de téléréalité. En Iran cette émission existe, elle a inspiré cette fiction.


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Jafar Panahi, éblouissant Prix du scénario à Cannes : "Trois visages"

Le Film de la Semaine | Passé expert dans l’art de la prétérition et de la mise en abyme, le cinéaste Jafar Panahi brave l’interdiction qui lui est faite de réaliser des films en signant une œuvre tout entière marquée par la question de l’empêchement. Éblouissant Prix du scénario à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Jafar Panahi, éblouissant Prix du scénario à Cannes :

Dans une vidéo filmée au portable, Marziyeh, une jeune villageoise se montre en train de se pendre parce que la comédienne Behnaz Jafari n’a pas répondu à ses appels à l’aide. Troublée, Behnaz se rend sur place accompagnée par le réalisateur Jafar Panahi. Mais Marziyeh a disparu… Avoir été mis à l’index par le régime iranien en 2010 semble avoir stimulé Jafar Panahi : malgré les brimades, condamnations et interdictions diverses d’exercer son métier comme de quitter son pays, le cinéaste n’a cessé de tourner des œuvres portées par un subtil esprit de résistance, où se ressent imperceptiblement la férule des autorités (le confinement proche de la réclusion pénitentiaire dans Taxi Téhéran ou Pardé), où s’expriment à mi-mots ses ukases et ses sentences — c’est encore ici le cas, lorsqu’un villageois candide demande benoîtement pourquoi Panahi ne peut pas aller à l’étranger. Auto-fiction Le cinéaste Panahi joue ici son propre rôle, tout en servant dans cette fiction de chauffeur et de témoin-confident à s

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"Noces" : la mariée l’était contre son gré

ECRANS | Ayant grandi dans une famille d’origine pakistanaise parfaitement intégrée en Belgique, Zahira a une vie de lycéenne classique. Jusqu’à ce qu’elle apprenne (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Ayant grandi dans une famille d’origine pakistanaise parfaitement intégrée en Belgique, Zahira a une vie de lycéenne classique. Jusqu’à ce qu’elle apprenne ses prochaines noces avec un inconnu au pays, au nom de la coutume. Si elle se dérobe, le déshonneur sera pour les siens, lui dit-on… L’histoire de Zahira n’a rien d’un cas d’école, puisque Stephan Streker s’est nourri d’(au moins) un fait divers tragique. Les mariages arrangés sont encore communément pratiqués, justifiés à la fois par la tradition et la supposée stabilité des unions ainsi contractées — des arguments équivoques, puisque la pression communautaire et la peur du qu’en-dira-t-on entretiennent artificiellement cette prétendue stabilité, dissuadant les rebelles de sortir de ce cercle vicieux. Sauf s’ils sont prêts à couper tout lien avec leur famille, et à porter la responsabilité de sa disgrâce. C’est à ce douloureux cas de conscience que Zahira se trouve confrontée, qu’elle n’a pas la liberté de trancher seule. L’intimidation, la tromperie et la lâcheté de ses proches auront raison de son avenir, dans le temps que ses amis se révèleront incapables de l’aider. Maniant un sujet

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"Le Client" : justice est défaite

Le film de la Semaine | Un homme recherche l’agresseur de son épouse en s’affranchissant des circuits légaux. Mais que tient-il réellement à satisfaire par cette quête : la justice ou bien son ego ? Asghar Farhadi compose un nouveau drame moral implacable, doublement primé à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Devant déménager en catastrophe, Rana et Emad se voient proposer par leur confrère comédien Babak l’appartement tout juste récupéré d’une locataire “compliquée”. Mais à peine dans les lieux, Rana est agressée par un étrange visiteur nocturne, pensant avoir affaire à la précédente résidente — une prostituée. Blessé dans son orgueil, Emad traque le coupable… Moins oublié en apparence que Mademoiselle au palmarès du dernier festival de Cannes, Le Client fait figure en définitive de grand perdant, tout en étant le film le plus lauré : il a décroché deux très belles récompenses, les Prix du scénario et d’interprétation masculine pour Shahab Hosseini. Nul besoin d’être grand clerc pour en déduire qu’une bonne histoire bien jouée promet un grand film, surtout signée par l’auteur de Une séparation et de

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Une famille respectable

ECRANS | De Massoud Bakhshi (Iran-Fr, 1h30) avec Babak Hamidian, Mehrdad Sedighian…

Christophe Chabert | Jeudi 25 octobre 2012

Une famille respectable

S’inscrivant dans le courant, visiblement en plein essor, du réalisme social iranien, Massoud Bakhshi jette un regard particulièrement sombre et désespéré sur son pays. Le destin du protagoniste se retrouve ainsi obstrué de tous les côtés : le souvenir douloureux d’une enfance où son père, violent et tyrannique, est allé jusqu’à faire subir des électrochocs à sa propre femme qui le déteste au point de refuser l’argent qu’il lui lègue, et qui lui permettrait de quitter le pays ; et la rigidité bureaucratique de l’État iranien, qui refuse à ce professeur d’enseigner librement, mais aussi de rentrer en Europe où il a pourtant passé la majeure partie de sa vie. Avec des éclats de cinéma qui rappellent le film noir — l’enlèvement au début filmé en caméra subjective, mais aussi la séquence avec le frère dans la tour — Une famille respectable révèle un cinéaste à suivre, même s’il lui manque encore le style et la rigueur d’un Asghar Farhadi. Christophe Chabert

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