Claus Drexel : « l'idée était de faire un conte »

Sous les étoiles de Paris | Après le visionnaire "America", Claus Drexel revient à la fiction à la demande de Catherine Frot pour un étrange buddy movie entre une clocharde et un petit migrant dans le décor somptueux de Paris. Un projet venu tout droit d’un autre documentaire, "Au bord du monde"…

Vincent Raymond | Mardi 27 octobre 2020

Photo : © Lucas del Rex


C'est par un documentaire, Au bord du monde (2013), que vous êtes arrivé à Sous les étoiles de Paris
Claus Drexel :
Oui, mais je faisais déjà de la fiction avant. J'ai plutôt fait un virage vers le documentaire sans jamais avoir envie d'arrêter la fiction. Ce qui s'est passé à l'époque de Au bord du monde, c'est que je voyais des reportages sur les gens de la rue où ces personnes ne s'exprimaient jamais parce qu'on interviewait les associations — qui font un travail formidable. J'avais l'impression de vivre dans une ville avec des personnes que je ne connaissais pas, dont je ne savais rien. J'ai eu envie de les rencontrer, en tant qu'individu. C'est un peu par hasard qu'est venue ensuite l'idée de tirer un documentaire de ces rencontres, Au bord du monde, et finalement j'ai adoré ça. Ce film a changé mon regard sur le monde à plusieurs niveaux. Car j'ai adoré le concept de documentaire et j'ai eu envie de continuer à en faire, sans perdre l'envie de faire de la fiction qui était ma voie d'origine. Alors, quand Catherine Frot m'a contacté après avoir vu Au bord du monde, en me proposant de réfléchir à un film ensemble, très rapidement on en est venus à cette idée.

Comment avez-vous fait des personnes que vous aviez rencontrées des personnages de fiction ?
C'est extrêmement délicat. J'ai l'impression que pour ce genre de sujet on est plus libre en documentaire : le spectateur sait bien que ce sont de vraies personnes. Notre idée dans Au bord du monde, c'était de montrer le contraste extrêmement violent mais aussi très beau entre cette misère et la splendeur de la ville — un peu Les Fleurs du mal ou, en peinture, les toiles de Francis Bacon. Dans un documentaire on peut plus facilement le faire. Dans une fiction, on invente, on raconte par métaphore, donc on a presque plus de responsabilité : comme on écrit, il faut particulièrement veiller à être juste et ne pas trahir ce que sont ces personnes. Pour ce film, l'idée de départ avec Catherine et mon coscénariste Olivier Brunhes c'était de faire un conte. On a donc créé un personnage en se remémorant toutes ces personnes qui étaient à la rue, en prenant une sélection d'éléments fantastiques, merveilleux, étonnants. Tout ce qui est dans le film est vrai, mais c'est une sélection pour faire un conte.

C'est donc vrai que l'on peut croiser des enfants seuls, qui ont perdu leurs parents ?
On me l'a raconté, ça arrive souvent mais je ne l'ai pas vécu concrètement. Pendant la préparation du film, dans la Jungle de Calais avec mon coscénariste, j'ai notamment vu une maman avec deux enfants en bas âge, qui avait donc fait un voyage extrêmement difficile, violent, dangereux. Qu'est-ce qui pouvait se passer en cas de descente de police ? Ils risquaient d'être séparés, c'était épouvantable.

Comment avez-vous choisi le jeune Mahamadou Yaffa pour interpréter Suli ?
Initialement, j'avais envie de faire le film avec un vrai enfant migrant. Mais c'était quasiment impossible du point de vue administratif parce qu'il fallait que les enfants soient en règle. L'idée est venue de faire un casting ici, avec la difficulté de trouver un enfant qui parle couramment une langue africaine. Alors on a commencé à faire des recherches à très grande échelle, à la fois dans les écoles, les clubs de sport, sur Internet. Ma directrice de casting a fait une sélection, j'ai regardé des essais avec des dizaines de gamins différents et puis forcément on a resserré comme dans un entonnoir pour garder une petite dizaine de gamins qui allaient rencontrer Catherine.

Il s'est produit quelque chose lors de la rencontre en Catherine et Mahamadou. Ils ont joué la scène prévue, je n'ai pas dit « coupez », j'ai laissé vivre l'instant. Elle a alors commencé à lui apprendre des trucs, des jeux de doigts, c'était absolument charmant et je sentais qu'il se passait quelque chose entre eux. Et à la fin du bout d'essai, Catherine lui a dit « Bon, on va se revoir bientôt », et quand il est parti, Catherine s'est retournée vers moi « ah mais pardon c'est pas moi qui choisis ».

Mais j'avais bien senti qu'il y avait quelque chose de très important. Cette femme aigrie, coupée du monde, qui ne veut plus avoir à faire qui que ce soit et qui voit ce gamin, il fallait que ce soit touchant. Et c'est ce qui a déterminé notre choix final. Les enfant étaient tous magnifiques mais différents. Certains portaient plus de tristesse, et le côté très solaire et rayonnant de Mahamadou m'a touché aussi. Car certains des gamins que j'avais vus à Calais étaient hyper joyeux.

La métamorphose de Christine au contact du petit Suli est en plusieurs étapes : d'abord, sa parole revient, le corps suit… Comment avez-vous créé cette “fusée à plusieurs étages” ?
C'est vraiment à l'écriture : on s'est dit qu'il fallait qu'elle soit propulsée hors de son cocon car son abri sur les quais est certes une chance, mais il la fait se replier sur elle-même. On avait des repères : il fallait que quelque chose la jette au-dehors, puis qu'elle perde ses sacs, puis tout ce qui la rattachait à son passé…

Au début du film, il y a une scène très marquante de petit-déjeuner dans un dispensaire. Où l'avez-vous tournée ?
On l'a tournée pendant une vraie distribution de repas, avec des gens que je connais bien. C'est une église rue Saint-Denis à Paris, qui accueille les pauvres depuis plusieurs siècles — c'est une tradition le samedi matin. J'y avais été souvent, on avait d'ailleurs fait l'avant-première d'Au bord du monde dans l'église, en montant un grand écran. Je connaissais la plupart des usagers et j'avais demandé à ceux qui voulaient de participer au tournage. Pour Au bord du monde, ils n'avaient pas été payés — déontologiquement, dans un documentaire, on ne paie pas parce que sinon on peu exiger des choses — mais là bien sûr, c'était évident et même légalement obligatoire : ils avaient tous un contrat. Après c'était hyper compliqué parce que beaucoup n'avaient pas de compte en banque, donc il fallait payer en cash.

On les aussi tous invités à une projection dans un cinéma, mais beaucoup ne sont pas venus. J'ai l'impression qu'ils ont trouvé sympa de faire le film, mais qu'ils s'en foutaient un peu. Pendant le tournage, ils demandaient si ça allait être encore long parce qu'ils étaient super occupés (rires)

Quatre ans après le choc America, referiez-vous aujourd'hui un autre documentaire sur les États-Unis ?
(soupir) Ça m'intéresserait beaucoup. Après, moi je suis cinéaste plus que journaliste. J'y suis allé pour faire un film à l'époque, j'aurais adoré y être maintenant parce que je suis passionné par tout le truc, c'est un moment incroyable mais très inquiétant. Justement, j'ai peur qu'il y ait une guerre civile. Ils avaient quand même prévu d'enlever la gouverneure du Michigan. C'est inquiétant…


Sous les étoiles de Paris

De Claus Drexel (Fr, 1h30) avec Catherine Frot, Mahamadou Yaffa, Jean-Henri Compère Depuis de nombreuses années, Christine vit sous un pont, isolée de toute famille et amis. Par une nuit comme il n’en existe que dans les contes, un jeune garçon de 8 ans fait irruption devant son abri. Suli ne parle pas français, il est perdu, séparé de sa mère… Ensemble, ils partent à sa recherche. A travers les rues de Paris, Christine et Suli vont apprendre à se connaître et à s’apprivoiser. Et Christine à retrouver une humanité qu’elle croyait disparue.
UGC Ciné-Cité Internationale 80 quai Charles de Gaulle Lyon 6e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Un enfant à la mère : "Sous les étoiles de Paris" de Claus Drexel

Comédie dramatique | Claus Drexel l’affirme d’emblée : il s’agit d’un conte.

Vincent Raymond | Mardi 27 octobre 2020

Un enfant à la mère :

Clocharde vivant recluse dans le silence d’un local sous un pont de Paris, Christine voit surgir le petit Suli, un migrant africain dont la mère a été arrêtée pour se faire expulser. D’abord revêche avec l’enfant, Christine le prend sous son aile mitée et tente l’impossible : retrouver la mère… Claus Drexel l’affirme d’emblée : il s’agit d’un conte. Silhouette hors d’âge et claudiquante, Catherine Frot fait en effet figure de Carabosse des égouts attendant d’être délivrée d'un mauvais sort par le petit chevalier Suli au terme de leur déambulation-apprivoisement initiatique. S'il révèle les invisibles au sein de la foule solitaire, ce film démarrant comme un diesel trouve quelques moments de grâce dans le lien entre les deux personnages, et quelques images choc : l’évocation d’une “cour des miracles“ peuplée de drogués sous un parking ou les terribles (et bien réels) plans sur les bidonvilles de migrants de l’autre côté du périph’. Sur un registre plus anecdotique, il s’agit sans doute de l’un des rares — le seul ? — films où les deux sœurs Frot se donnent la réplique.

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Éloge du sur-place en marche arrière : "Qui m'aime me suive !"

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Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Éloge du sur-place en marche arrière :

Parce que son grincheux de mari Gilbert s’obstine à conserver son garage, qu’il est fâché avec leur fille depuis qu’elle a convolé, qu’ils sont fauchés, que son voisin et amant a déménagé, Simone quitte le foyer. Pile le jour où le petit-fils débarque. Gilbert, affolé, part à ses trousses. Courses-poursuites poussives, septuagénaires s’escrimant à paraître dix ans de moins, surjeu outré généralisé, accumulation d’enjeux dramatiques éventés évoquant un tout-à-l’égout de pitchs scénaristiques… Est-il bien raisonnable, à l’heure où les plateformes de vidéo en ligne prennent d’assaut le secteur cinématographique, que les salles soient les récipiendaires de médiocrités aussi ineptes ? Même le petit écran, qui jadis leur permettait de trouver une incarnation dans le format téléfilm, semble avoir jeté l’éponge. À raison : un tel objet aurait raison de la meilleure indulgence — pardon, audience. ll y a quelque chose de pathétique à observer des acteurs estimables se livrer à un concours de cabotinage pour tenter de donner quelque intérêt à une comédie. Surtout lorsque leur carrière peut

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God blesse : "America"

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God blesse :

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"Sage Femme" : critique et interview de Martin Provost

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Sage-femme, Claire travaille dans une maternité qui va bientôt fermer. Sa vie se retrouve chamboulée par l’irruption de Béatrice, amante de son défunt père. Passions, regrets et nostalgie vont s’inviter chez ces deux femmes que tout oppose. Étude sur l’acceptation du passé, cette petite histoire s’accompagne d’une mise en scène discrète, presque invisible de Martin Provost. Écrasé par deux actrices qu’il admire, le réalisateur limite la forme à une simple illustration. Seuls Quentin Dolmaire et Olivier Gourmet irradient leurs apparitions d’un charisme qui dénote avec l’ensemble. En dépit d’une première heure touchante, la simplicité recherchée donne un sentiment d’inabouti. Des images calmes, une musique calme et un scénario calme, achèvent de rendre le troisième acte maladroit, presque ennuyeux dans les adie

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Vincent Raymond | Mardi 15 septembre 2015

Marguerite

Marguerite, baronne férue d’art lyrique, donne des récitals à domicile lors de soirées de bienfaisance. Sa prodigalité retient tous ses obligés, à commencer par son époux, de lui révéler qu’elle chante comme une casserole. Quand lui prend l’envie d’organiser un concert public, ses proches tentent de l'en dissuader, puis de limiter la casse en embauchant un coach… Capable de l’épouvantable (Quand j’étais chanteur) comme du très correct (À l’origine), Giannoli délaisse rapidement le "gag" de la voix de crécelle pour s’intéresser à la singulière personnalité de Marguerite, à sa solitude de femme délaissée et sa conquête d’indépendance ; à sa générosité et son absence d’a priori — en témoigne la galaxie de freaks dont elle s’entoure sans ciller. Du nanan pour Catherine Frot. Il perd hélas en subtilité dans la réalisation des récitals. Multipliant les très gros plans sur la bouche, voire la glotte de la diva, il crée un effet caricatural inutile, car redondant avec la bande-son : même la plus atrophiée des oreilles entend que les mugissements de Marguerite sont une injure à la justesse.

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Oh le vieux style !

Au procès intenté contre la version de Oh les beaux jours présentée par Marc Paquien, il n’y aura qu’une seule acquittée : Catherine Frot. La comédienne, que l’on n’avait pas vue depuis plusieurs années sur les planches, prend un plaisir immense (et communicatif) à jouer Winnie, cette femme qui s’enlise inexorablement, face à un interlocuteur muet la plupart du temps. Avec un mélange de candeur et d’ironie lucide, Frot fait merveille en personnage tragi-comique, digne quand il n’y a plus rien à sauver, gaie jusqu’au dernier souffle. Si l’on retrouve dans Oh les beaux jours des thèmes chers à Beckett : la faillite du langage, le dépérissement des corps, la répétition sans but et sans issue, on est clairement ici du côté de la vie. Du côté des accusés, on retrouvera en premier lieu Marc Paquien. Le metteur en scène aurait pu se contenter d’un fort soupçon d’emploi fictif, considérant que son travail se réduit ici à la portion congrue : asseoir Catherine Frot sur une chaise et appliquer à la lettre les indications de l’auteur. Malheureusement, dès le lever de rideau, on penchera davantage vers une association de malfaiteurs où s’illustre notamment le décor

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Dorotée Aznar | Jeudi 1 septembre 2011

Viens voir les comédiens…

S’il y a un acteur qu’on n’attendait pas là, c’est bien lui. Qu’Éric Cantona, pour qui on a une affection particulière, s’associe à Dan Jemmett, metteur en scène ayant l’habitude de mettre en pièces le répertoire (on se souvient de sa Nuit des Rois d’après Shakespeare), pourquoi pas ? Mais que les deux aient trouvé comme terrain d’entente Ubu enchaîné d’Alfred Jarry, voilà qui a de quoi stimuler les attentes et laisser s’épanouir tous les fantasmes. Ce qui fascine chez Cantona, c’est ce corps à la fois massif et sportif, cette voix puissante et chantante (combien d’acteurs en France ont le droit de jouer avec leur accent d’origine ?) ; un drôle de comédien dans une drôle de pièce, où le tyran devient esclave mais conserve ses humeurs et ses emportements. Romain Duris aussi a su faire de son corps souple et nerveux un instrument de fascination pour les metteurs en scène de cinéma. C’est en le filmant pour son très raté Persécution que Patrice Chéreau, qui ne rechigne plus autant à revenir au théâtre, a décidé de le pousser sur scène, faisant de lui le nouvel interprète (après Pascal Greggory, qui a fait le trajet inverse de Duris, des planches à l’écran) de son auteur fétiche, Berna

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Coup d’éclat

ECRANS | De José Alcala (Fr, 1h30) avec Catherine Frot, Nicolas Giraud…

Christophe Chabert | Mercredi 20 avril 2011

Coup d’éclat

Véhicule pour Catherine Frot en femme-flic au bout du rouleau, de plus en plus seule au fil du récit et qui tente de se raccrocher à une enquête concernant l’assassinat d’une fille de l’Est, Coup d’éclat ne fait pas d’étincelles. Le rythme est léthargique, les rebondissements prévisibles, les dialogues mal écrits ; on se croirait devant un épisode de Derrick ! Et les zones d’ombre sont tellement soulignées qu’elles participent du manque de subtilité générale. Sans parler du contenu social du film, qui n’est là que pour rappeler qu’il s’agit d’un polar de gauche. Il est aussi mauvais que les polars de droite. Christophe Chabert

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Le Vilain

ECRANS | De et avec Albert Dupontel (Fr, 1h25) avec Catherine Frot, Nicolas Marié…

Christophe Chabert | Mardi 17 novembre 2009

Le Vilain

Au cinéma de Dupontel, on accole souvent l’étiquette de «cartoon live», ce quEnfermés dehors, son œuvre la plus ambitieuse, avait entériné. Le Vilain, projet plus modeste, s’inscrit plutôt dans une ligne claire franco-belge, où le dessin s’efface devant le récit. Soient les retrouvailles entre un truand cinglé et sa gentille et increvable maman, vingt-cinq ans après le départ du fiston. Découvrant que son rejeton est une crapule depuis sa pas tendre enfance, elle décide de lui faire regretter ses errements ; en retour, il s’entête à la faire passer de vie à trépas. L’argument fait très bip bip contre le coyote, mais le scénario met un point d’honneur à ne pas s’enfermer dans son pitch. Plein de bifurcations au risque d’être inégal, le film fonctionne comme une comédie noire et méchante où Dupontel en fait des tonnes et Catherine Frot ne boude pas son plaisir d’abîmer son image d’actrice pour lecteurs de 'Télérama'. D’ordinaire, on n’aime pas écrire ça, mais Le Vilain est vraiment un film sympa — parce qu’il ne l’est pas, justement. CC

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Le Crime est notre affaire

ECRANS | De Pascal Thomas (Fr, 1h49) avec André Dussollier, Catherine Frot, Claude Rich…

Christophe Chabert | Mercredi 8 octobre 2008

Le Crime est notre affaire

Pendant que Belisair Dussollier met son ordinateur «à la poubelle», Prudence Frot lui lance un cinglant «Ça sent le vieux !». Sacré Pascal Thomas ! Il faut être sûr de son coup pour ouvrir un film sur une séquence qui résume, avec humour, toute son œuvre récente. Alors, oui, cette suite de Mon petit doigt m’a dit sera encore plus old school et fière de l’être. Après le bâclé L’Heure zéro, Le Crime est notre affaire fait preuve d’un solide sens de la mise en scène, et l’intrigue d’Agatha Christie a cette fois suffisamment de substance pour contenter le spectateur jusqu’à la dernière séquence. Mais ça, à la limite, on s’en fout ! Scindant son couple de détectives amateurs en deux pour les besoins de l’histoire, Pascal Thomas propulse Prudence dans un château enneigé. Elle y découvre une famille partiellement rescapée du dernier Desplechin qu’un vieillard pingre — Claude Rich, avec une réplique géniale : «Elle est bonne, la soupe !» — couvre de reproches. De ce choc générationnel, il ressort que les vieux ne sont pas ceux que l’on croit, et qu’une quadra bien conservée suscite un appétit sexuel plus affolant qu’une blonde minette — qui court en jupe plissée dans les couloirs, au cas o

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Affaire de famille

ECRANS | De Claus Drexel (Fr, 1h30) avec André Dussollier, Miou-Miou, Hanke Kodja…

Christophe Chabert | Mardi 27 mai 2008

Affaire de famille

Ce nouvel effort pour redonner du tonus au cinéma de genre français est, une fois encore, décevant. Niveau scénario, il faut souligner l’originalité de la construction : après un casse a priori sans grande conséquence (la recette d’un match de foot), une famille se retrouve avec le magot sur les bras, la police en embuscade et les braqueurs à leurs basques. De petits mensonges en grandes tromperies, on découvrira cependant à travers une ludique alternance de points de vue que personne n’est tout blanc dans l’histoire. Si le casting, à l’exception embarrassante d’un Éric Caravaca à côté de la plaque, est plutôt convaincant, c’est bien la réalisation qui fait dérailler l’ensemble. Drexel hésite entre le réalisme télévisuel et une nécessaire stylisation, ce qui donne au film un rythme de sénateur aux antipodes de son modèle visible, la comédie noire façon Petits meurtres entre amis. La comédie manque de tempo, le polar manque de suspense, et seuls les coups de théâtre du script électrisent un peu le spectateur. Le sentiment final face à Affaire de famille est celui d’assister au brouillon d’une œuvre prête pour un hypothétique, et fatalement plus professio

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