Á l'URDLA, une amitié surréaliste

ARTS | Tous deux mus par l'esprit du surréalisme, Jean-Claude Silbermann et Daniel Nadaud exposent en écho leurs œuvres à l'URDLA. Au moindre coup de dés du sort c'est, avec eux, l'amitié qui prend le quart. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 2 juin 2015

Photo : Vues de l'expo Silbermann et Nadaud


Si un coup de dés jamais n'abolira le hasard, il est possible aussi qu'un coup de pinceau, un cadavre exquis ou un coup de pied aux cultes, jamais n'achèvera le surréalisme. Il y aurait comme cela une pulsion (scopique, épistémologique, artistique...), une pulsation, une ouverture qui dépasserait, en aval et en amont, les limites temporelles strictes du mouvement (comprises entre le Premier Manifeste du Surréalisme signé par André Breton en 1924 et la dissolution officielle du groupe en 1969).

La disparition du groupe n'a en rien changé ce que j'étais, ce que je suis. Pour moi, comme pour tous ceux qui, de près ou de loin, j'en suis convaincu, s'y sont trouvés embarqués, être surréaliste, c'est être

écrit ainsi Jean-Claude Silbermann.

L'artiste et écrivain, né en 1935, s'est associé avec son ami Daniel Nadaud (né en 1942) pour une double rémanence surréaliste à l'URDLA intitulée La langue au chat. Face littéraire, le centre d'art publie un jeu de questions-réponses où, aux questions de Daniel Nadaud, Jean-Claude Silbermann répond... sans en connaître le contenu. Face artistique, les deux artistes exposent leurs œuvres dans un libre jeu de renvois des unes aux autres.

N'importe quoi

Également marqué par l'œuvre de Marcel Duchamp, Daniel Nadaud pratique à la fois le dessin, le volume et la performance. On verra de lui à l'URDLA un bel ensemble de cloches en porcelaines aussi fragiles que rieuses et plusieurs séries d'estampes et de dessins. La série Les Écervelées, directement inspirée par les opérations chirurgicales du cerveau, libèrent les crânes et les fantasmes de plusieurs jeunes filles. Tout a l'air joyeux et naïf au premier abord, puis sombre au deuxième regard dans la cruauté et l'angoisse.

Jean-Claude Silbermann présente quant à lui des œuvres très diverses formellement (parfois même réalisées sur mousse !), rarement figuratives et toujours guidées par la pratique phare du surréalisme : l'automatisme.

Je commence par faire n'importe quoi. Ce n'est pas si facile : n'importe quoi finit toujours par être quelque chose. Il y a des n'importe quoi de première grandeur qui demandent à qui les tente un certain emportement dans le marasme. Il me faut aller au pire qui conduit au meilleur

écrit à ce propos l'artiste. Et, comme le précise Cyrille Noirjean (directeur de l'URDLA) : «Ce qui se partage ici, avec Nadaud et Silbermann, c'est l'amour du savoir insu qui ordonne nos connaissances et guide nos conduites.»

Daniel Nadaud et Jean-Claude Silbermann
Á l'URLDA jusqu'au 17 juillet


Daniel Nadaud et Jean-Claude Silbermann

"La langue du chat"
URDLA 207 rue Francis de Pressensé Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Le fol imaginaire de J.-C. Silbermann

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