Brain Damage à la conquête de la Jamaïque

Walk the Walk #1 | Durant huit épisodes, à raison d'un par semaine, nous allons vous convier à suivre Brain Damage lors de sa virée en Jamaïque : Walk the walk, réalisée par Wasaru, conte pas à pas l'enregistrement de l'album éponyme, au mythique Harry J Studio, en compagnie de Sam Clayton Jr. Premier épisode : Horace Andy, la voix mythique de Massive Attack.

Sébastien Broquet | Vendredi 13 mai 2016

Photo : Brain Damage © DR


Plusieurs voix mythiques sont venues à la rencontre de Brain Damage sur cet album sorti le 16 octobre 2015 sur Jarring Effects : de Horace Andy à Ras Michael, en passant par Kiddus I, Willi Williams (qui l'accompagne aujourd'hui sur scène) et Winston McAnuff. Tous se sont prêtés au jeu : écrire un texte concernant l'éducation, la jeunesse, leur enfance. On s'est demandés, du coup, comment cette volonté de transmission était venue au maître d'œuvre, Martin, l'âme de Brain Damage.

Choisir de demander aux artistes d'écrire sur leur enfance, sur la jeunesse, c'est aussi faire œuvre de transmission, devenir passeur : qu'est-ce qui t'a amené vers ce thème, cette envie ? Le besoin de transmission vers les jeunes générations s'est-il imposé après 15 ans de carrière ?
Martin Nathan : J'ai l'impression que la transmission s'est effectuée d'elle même sans que je n'y prête attention ! Il y a aujourd'hui toute une génération de jeunes artistes en France me confiant régulièrement directement découler de mon héritage. Ils constituent aujourd'hui une vraie scène, pleine de vitalité, c'est troublant.
La volonté d'en savoir plus sur les jeunes années, forcément fondatrices, des artistes légendaires dont il est question ici, est sûrement liée au fait que j'ai moi-même un enfant en bas-âge. Plus que jamais pour moi, le thème de l'éducation est d'actualité. Artistiquement, il y a évidemment un charme indéniable qui se dégage des anecdotes distillées par ces cinq "helders", comme autant de cartes postales d'une Jamaïque des années 50, 60...
Kiddus I nous parle de ses souvenirs dominicaux, lorsqu'il préparait, avec sa grand-mère, le fameux pudding aux patates douces, en se léchant les doigts... Les récits sont parfois poignants comme celui de Ras Michael se remémorant miser quelque cents au loto illégal du quartier, dans l'espoir de se nourrir d'un paquet de crackers comme unique repas, qu'il lui faudrait pourtant partager, avec les enfants moins chanceux que lui ce jour là...

Toi, est-ce qu'ils t'ont fait grandir, encore un peu plus, lorsque tu les as rencontré ces légendes du reggae que tu avais tous beaucoup écouté avant, dont tu connaissais les textes et les voix ? Qu'est-ce qu'il ont apporté de plus à ta personnalité que tu n'avais pas au moment de prendre l'avion pour Kingston ?
En fait, ce voyage et ces rencontres ont peut-être réhabilité le genre à mes yeux. Le reggae, et tout le "folklore jamaïcain", ont tellement voyagé, y compris jusqu'à nous, qu'ils ont pu parfois devenir caricaturaux.
La crédibilité de ces artistes, qui en ont fait l'âge d'or, elle est intacte. Ainsi par exemple, quand un Winston McAnuff en transe, éructe dans le micro : "no wicked can cold I up, Jah hold I up", soit "aucun mal ne peut me détruire, Jah me protège", la magie opère instantanément sur ma personne, pourtant si peu portée vers la religion... Mais ne peut-on pas admirer une église, sans pour autant s'agenouiller ?

Est-ce qu'il y a chez toi une part de nostalgie pour cet âge d'or du reggae des années 70 qui s'incarne dans les voix que tu as convié ?
Oui, incontestablement. Ce sont à la fois les années de fondation du reggae et du dub, mais aussi leur âge d'or. J'ai coutume de dire que tout genre doit être en perpétuelle évolution, évitant ainsi de se figer et de finir dans un musée. Mais je suis obligé de reconnaître que malgré les nombreuses merveilleuses mutations qu'ont subies ces styles là, je pense que rien n'égale ce qui a été fait à l'époque.
Loin de moi l'idée de refaire la même chose, j'en suis bien incapable. Mais j'avoue ces temps-ci être plus influencé que jamais par cette période magique.

Pour voir les autres épisodes...

Walk the Walk #2 : Ras Michael

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Retour des concerts : summer time au Transbordeur

Summer Sessions | Retour des Summer Sessions le 1er juillet, avec en ouverture Pat Kalla & co. Hors d'œuvre d'une saison estivale qui s'annonce prometteuse aux abords extérieurs du Transbordeur.

Stéphane Duchêne | Lundi 14 juin 2021

Retour des concerts : summer time au Transbordeur

Il était déjà revenu un peu timidement et reviendra sans doute encore bien plus fort mais voici que le live fait sa rentrée d'été au Transbordeur. En extérieur et selon la désormais bonne vieille tradition des Summer Sessions. Lesquelles fleurissent généralement avec le mois de juillet. Ouverture le 1er juillet donc avec Pat Kalla & le Super Mojo en release party du tout frais album Hymne à la vie, à la pochette (et musique) très Summer Session. Kalla qui sera accompagné ce soir-là du projet tout aussi solaire de Paola, Povoa et Jerge (appelez-les PPJ), trio né du confinement et dont le 1er EP vient de paraître. Un set encadré en ouverture du warm-up (où on fera chauffer les pneus, sauf qu'il n'y aura pas de pneus) d'Heavenly Sweetness Sound System (avec Hugo Mendez, fondateur du label Sofrito !) et du closing (c'est quand on ferme la soirée) dispensé par Pedro Bertho. Comme c'est l'ouverture, c'est gratuit (même si sur réservations, la cour du Transbo n'est pas extensib

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Sam Clayton, l'homme de l'ombre

Walk the Walk #6 | C'est avec lui que tout s'est lancé : Sam Clayton Jr, ami de longue date de Martin Nathan, est l'homme-clé de ce projet jamaïcain de Brain Damage. Plongée dans un épisode crucial de Walk the Walk, la Web-série signée Wasaru, à la découverte de l'homme qui relie tous les participants.

Sébastien Broquet | Vendredi 17 juin 2016

Sam Clayton, l'homme de l'ombre

Le point de départ, la cheville ouvrière du projet, c’est Sam Clayton Jr. Peux-tu nous conter qui est ce personnage de l’ombre mais omniprésent, comment tu l’as rencontré, le lien qui s’est tissé entre vous deux ? Martin Nathan : Sam est un personnage fascinant, au parcours atypique. Jamaïcain, il est le fils de Brother Samuel Clayton, qui pris la direction en 1976 des Mystic Revelation of Rastafari, au départ de Count Ossie. Après avoir longuement vécu à New York, il s'est installé en France, où nous nous sommes rencontrés il y a une quinzaine d'années. C'est un ami depuis. Ingénieur du son hors pair, il est aussi connu pour ses talents "d'entremetteur" en quelque sorte. Via ses innombrables connections sur l'île, c'est lui qui m'a ouvert les portes du mythique studio Harry J à Kingston, et qui y a fait venir les artistes qui ont participé au projet. LES AUTRES ÉPISODES

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Brain Damage meets Winston McAnuff

Walk the Walk #5 | Cinquième épisode de Walk the Walk, la Web-série consacrée au voyage en Jamaïque de Brain Damage qui cette fois se frotte à Winston McAnuff.

Sébastien Broquet | Vendredi 10 juin 2016

Brain Damage meets Winston McAnuff

Cet épisode conte l’enregistrement avec Winston McAnuff, que l’on connaît bien en France puisqu’il multiplie les collaborations par ici. C’est aussi l’occasion d’évoquer ces problèmes de droits récurrents autour des auteurs en Jamaïque, dont beaucoup d’artistes ont été spoliés. En as-tu parlé avec eux, avais-tu conscience de ça avant ce voyage ? Est-ce un sujet de méfiance préalable de la part d’artistes des années 70 qui ont été le plus victime de ça ? Martin Nathan : C'est tout le problème, et les limites du sampling... J'ai toujours essayé de ne pas dépasser les bornes les rares fois ou j'ai pu avoir recours à cette technique. Bon nombre d'artistes ont fait leur succès en s'appropriant de longs passages de musiques dites "ethniques", ou évidemment des voix en provenance de Jamaïque, directement piochées dans leurs disques de chevet, sans le moindre crédit, la moindre autorisation, la moindre rémunération. J'ai eu maintes fois cette conversation avec les jamaïcains que j'ai croisé à Kingston : ils sont exaspérés. Ils en ont marre. Depuis de nombreuses années, je privilégie les vraies collaborations et les séances studio qui me p

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Brain Damage meets Willi Williams

Walk the Walk #4 | Quatrième épisode de notre virée en Jamaïque sur les traces de Brain Damage, qui se confronte à une nouvelle légende : l'immense Willi Williams.

Sébastien Broquet | Vendredi 3 juin 2016

Brain Damage meets Willi Williams

Willi Williams, c’est le single extrait de cet album, c’est aussi l’artiste qui t’a accompagné sur scène à la sortie du disque : qu’est-ce qu’il y a eu de plus entre vous, lors de cette rencontre ? Martin Nathan : Le choix du single n'a pas été simple. J'aurais pu choisir en effet quasiment n'importe quel titre de l'album, tant j'étais satisfait des prestations des différents intervenants. Par contre, quand il a fallu choisir qui j'allais inviter à venir me rejoindre pour tourner en Europe, je n'ai pas hésité. Wiili m'a instantanément convaincu par sa simplicité, sa disponibilité, son efficacité en studio, sa voix, son aura. De plus, le fait que son hit Armagideon Time, qui l'a promu au statut de légende, ait été repris par The Clash en 1980, est fondateur pour moi. C'est l'un des marqueurs de la collision qu'il y a eu à l'époque entre certains jamaïcains et punk rockers anglais, soit l'un des métissages sociaux-culturels les plus intéressants de ses dernières années. Imaginez le plaisir et la fierté qui furent les miens au moment de r

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Brain Damage, back to the roots

Festival 6e Continent | Brain Damage, qui dévoile chaque vendredi un épisode sa Web-série Walk the Walk sur le site du Petit Bulletin, est également à l'affiche du festival 6e Continent.

Sébastien Broquet | Mercredi 1 juin 2016

Brain Damage, back to the roots

La thèse vaut la peine de s'y attarder : ce serait en reculant que l'on avance. Deux des groupes les plus intéressants de la scène dub apparue dans nos contrées au mitan des années 90 ont continué de passionner en se retournant vers le passé plutôt qu'en poursuivant une quête éperdue du nouveau son, d'essayer de coller aux tendances. Inventant largement à ses débuts, Zenzile à Angers s'est retourné au moment où ce dub en live périclitait, vers un post-punk à la PIL pour se ressourcer. Brain Damage a fini par faire de même, de manière assez radicale avec son dernier disque paru l'an dernier sur Jarring Effects : une plongée en apnée dans les seventies et le reggae roots, avec une idée derrière le crâne dépourvu de dreadlocks de Martin Nathan, la tête pensante et agissante : convier de légendaires voix du genre à venir écrire puis conter au micro leur jeunesse, autour des thèmes de la transmission et de l'éducation.

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Brain Damage : rockers style

Walk the Walk #3 | Troisième épisode : cette fois-ci, c'est l'une des figures du film Rockers, le rare Kiddus I, qui se frotte en studio avec le Stéphanois Brain Damage. Deux époques, mais un même lieu : Harry J.

Sébastien Broquet | Vendredi 27 mai 2016

Brain Damage : rockers style

Kiddus I, c’est une apparition dans le mythique film Rockers : est-ce là que tu l’as découvert la première fois ? Que représente pour toi ce chanteur ? Martin Nathan : Je n'ai pas la prétention de dire que je suis un spécialiste du reggae ni de tout ce qui concerne la Jamaïque de manière générale. Lorsque Sam Clayton Jr m'a évoqué la possibilité de travailler avec Kiddus, je lui ai immédiatement avoué ne pas le connaître. Je n'avais en fait pas associé son nom à son inégalable apparition dans Rockers, l'un des moments forts de ce film, qui m'avait pourtant marqué. Ironie de l'histoire, cette scène mythique fût également tournée au studio Harry J... Que représente pour toi ce chanteur ? Il est pour moi une belle représentation de ce qu'a pu être l'exploitation de bon nombre d'artistes de cette époque-là par certains producteurs. Kiddus I, c'est une voix, un personnage, un charisme, et enfin... une carrière gâchée. Si son apparition dans Rockers a soudainement propulsé sa notoriété à l'international, son parcours reste un ensemble de projets avortés, de bandes master égarées ou de productions con

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Brain Damage à la rencontre de la voix du nyabinghi

Walk the Walk #2 | Voici le second épisode de Walk the Walk, la Web série réalisée par Wasaru, filant sur les traces de Brain Damage en Jamaïque. Après Horace Andy, place pour ce second épisode à une autre légende : Ras Michael.

Sébastien Broquet | Vendredi 20 mai 2016

Brain Damage à la rencontre de la voix du nyabinghi

Le reggae, le roots, c’est aussi le rastafarisme. Quel est ton rapport à la spiritualité en général et à la philosophie rasta en particulier ? Comment sont perçus les musiciens de reggae européens, non sensibles à cette philosophie, par les rastas, est-ce que vous en parlez ? Martin Nathan : Je suis un sceptique. Plutôt sur une ligne "ni Jah ni maître". Mais j'avoue avoir été plus que séduit par ce qu'il se dégage artistiquement des convictions de ces chanteurs avec lesquels j'ai pu travailler à Kingston. Je redis que je peux admirer un temple sans pour autant prier, ou encore apprécier la forme d'une publicité sans acheter le produit qu'elle vante. Nous n'avons pas eu le temps d'aborder sérieusement ces sujets ensemble, cela demanderait de se connaître davantage et je ne voudrais pas donner le sentiment d'un manque de respect de leurs convictions. Ce terrain est miné, et j'ai moi-même tendance à m'emporter sur le sujet, alors, prudence... Ras Michael, c’est aussi le nyabinghi. Est-ce que cette musique, découverte en France grâce à Mystic Revelation, t’a marqué autant que le reggae et le dub ? Comment perç

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Quel Damage ?!

MUSIQUES | High Damage, comme son titre l'indique, c'est la rencontre, sous l'égide Jarring Effects, le choc, entre High Tone et Brain Damage. Ne pas s'attendre (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 avril 2012

Quel Damage ?!

High Damage, comme son titre l'indique, c'est la rencontre, sous l'égide Jarring Effects, le choc, entre High Tone et Brain Damage. Ne pas s'attendre pour autant à pertes et fracas, ni à des «damage» collatéraux dévastateurs. D'une part, parce que High Tone est habitué de ce genre de duel amical labellisé «In a dubtone session» (Kaltone avec Kaly Live Dub, Zentone avec Zenzile...). D'autre part, parce qu'on est ici dans le clash, le crash, mais au ralenti, tout en infra-basses et rythmique electro-dub traîne la patte, le tout rehaussé de filtres sur les voix, échos, reverbs et clins d'œil world jusqu'au moyen et même à l'extrême orient. Qu'est-ce qui fait dès lors que l'on reste assez imperméable à ce bon disque d'électro-dub ? Le fait qu'il soit sans surprise ? Le fait qu'il soit répétitif par essence autour de sa base électro-dub ? Le fait que le genre ait quelque peu fait son temps et vieillisse assez mal (ou est-ce nous ?) ? Le fait qu'il n'y ait guère dans ce genre précisément de juste milieu entre une musique d'ambiance à écouter chez soi en comatant, ou en live, secoué de basses et emporté par la houle ? Pour le tenants de la seconde option, ça se passe au

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