La création perpétuelle

SCENES | Mathurin Bolze reprend la Tangente ces mardi et mercredi au Centre Culturel de Saint-Priest. L'occasion pour nous de faire le point sur l'énergie créatrice de cet acrobate actuellement en résidence aux Subsistances. Propos recueillis par Marion Quillard

Marion Quillard | Mardi 25 novembre 2008

Photo : Ali Thabet


Petit Bulletin : Vous rejouez "Tangentes" cette semaine, une création qui date de 2005. Comment expliquez-vous le succès de ce spectacle ?
Mathurin Bolze: Je ne l'explique pas ! C'est un travail qu'on a joué une centaine de fois, et là c'est bientôt la fin... Ce n'est pas le public qui choisit un spectacle, mais les directeurs de salle. Ce sont eux qui nous programment. Ça veut dire que le spectacle a plu à un certain nombre d'entre eux, et qu'ils ont décidé de le diffuser... Nous, par ce biais-là, nous avons pu rencontrer leur public. Des publics variés, parce qu'on était dans différentes régions, dans différents pays...
S'il y a une chose à mettre au compte du spectacle, c'est qu'il y a très peu de texte, donc c'est un langage qui est compréhensible par tous. C'est un langage visuel, véhiculé par des émotions, des impressions... Il n'y a pas besoin d'être un habitué du spectacle, un habitué du monde culturel, pour apprécier un spectacle de cirque. C'est pour cela que le cirque est une forme populaire qui permet une forme d'exigence...Le spectacle a-t-il évolué depuis 2005 ?
Oui ! Il a beaucoup évolué depuis sa création... Un spectacle de cirque prend du temps à se mettre en route, à s'affranchir des difficultés de la technique, pour être dans le récit. Et ce spectacle a commencé avec beaucoup de fraîcheur ; j'aurais aimé être plus prêt au moment de la sortie qu'on ne l'était. Et le travail de tournée a rempli ce rôle-là. Les répétitions, l'habitude de jouer nous a permis de faire petit à petit des modifications. Des modifications légères mais nombreuses qui ont permis de préciser des timings. Quand on est passé sur une bande son enregistrée, cela nous a permis de serrer une écriture, on pouvait trouver des repères liés à la musique. Et il y a eu des blessures. Le fait d'apprendre à changer les choses nous a offert une connaissance un peu plus large de ce qu'on a fabriqué. Et quand on revient à la forme initiale, c'est avec le sentiment d'avoir parcouru un bout de chemin à droite, à gauche, devant, de s'être un peu bougé dans le rôle qu'on s'était fixé. Petit à petit, on gagne en liberté, en disponibilité, en expression...Vous êtes actuellement en résidence aux Subsistances pour une nouvelle création, qui va s'appeler «Du goudron et des plumes»: que pouvez-vous nous dire de ce nouveau projet ?
Qu'il sera prêt dans un an. C'est un travail qui va se faire avec d'autres acrobates, mais il y a trop de choses en définition actuellement: l'équipe n'est pas encore constituée par exemple, donc je préfère faire patienter un tout petit peu avant d'en dévoiler plus... J'en sais trop peu encore. C'est encore un laboratoire de recherche destiné à faire des rencontres avec des acrobates.On dit que ce spectacle est inspiré du livre de Steinbeck, «Des souris et des hommes»?
«Tiré», c'est un peu fort... Comme précédemment, comme pour Tangentes, j'aime partir de quelques matériaux, de la lecture. Il peut s'agir de livres, de films, ou d'autres sources ; des sons, des récits de voyage... Ce sont des choses sur lesquelles on peut revenir dans le processus de création. Et qui nous donnent parfois un guide, parfois juste un exemple, parfois une idée, parfois un contre-exemple... Cela nous aide à nous positionner dans le travail. Donc «Des souris et des hommes» en fait partie, mais le travail ne sera pas «tiré» du livre, loin de là. Ce n'est pas une adaptation.Quels sont les éléments de ce roman qui vous ont inspiré ?
C'est encore une fois une question d'hommes, Lennie et George. Ils font le choix de fonctionner ensemble quand tout pousserait George à abandonner Lennie... qui est déficient mental. Le roman explore le mystère de cette amitié, la pudeur, la limite de la folie, le basculement dans la folie... Lennie bascule surtout dans l'irréparable, en tuant un homme, et peut-être même un autre, puisqu'on croit deviner qu'il a déjà commis des actes comme celui-là. C'est cette fragilité humaine qui m'intéresse.Et avez-vous une idée de la forme que ce spectacle va prendre ?
Non pas du tout.Comment décrivez-vous la relation qui vous lie avec les Subsistances?
C'est le deuxième spectacle qu'ils accompagnent en production et en création. Ils ont accueilli entre temps de nombreux laboratoires de travail... C'est un lieu qui nous réaffirme un suivi pour nos projets, et ça, c'est précieux....Et quand pourrons-nous découvrir cette nouvelle création?
A priori, la sortie est prévue pour janvier 2010."Du goudron et des plumes"
Rendez-vous public aux Subsistances mardi 9 décembre à 18h30.

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