La Double inconstance

SCENES | Théâtre / À la Croix-Rousse, un jeune duo de metteurs en scène s’attaque aux deux premières parties de la Trilogie de la Villégiature signée Goldoni. Un spectacle inégal qui alterne bonnes surprises et trous d’air. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 6 octobre 2011

Un petit groupe bourgeois trépigne à Livourne. Ils doivent partir dans l'après-midi pour la campagne, passer l'été dans leur villégiature. Mais rien ne va plus ; ils n'ont plus assez d'argent et s'accusent tous de dépenser maladroitement ce qui leur reste. Les filles, de véritables précieuses ridicules, se font concurrence pour savoir qui est la plus belle ; les hommes s'arrachent les convoitises de l'une ou l'autre en paradant. Bref, tout n'est qu'absurdité, nonchalance et frivolité de la part de ces jeunes gens qui se veulent plus grands qu'ils ne sont en rêvant d'aristocratie. Jouée pour la première fois à Venise en 1761, cette pièce en trois parties (mais il est rare qu'elle soit montée dans son intégralité – Giorgio Strehler l'avait fait en 1979, Alain Françon le fera au Français en janvier) est d'une actualité glaçante encore aujourd'hui dans ce monde en crise où il est manifeste que les préoccupations des plus aisés sont à mille lieues de celles des moins chanceux. Deux siècles et demi plus tard, le texte n'a rien perdu de son mordant. D'autant plus que dans la deuxième partie, les protagonistes s'ennuient ferme dans leur propriété, passant d'un mode comédie de mœurs à une tragédie tchékhovienne oppressante ; enfermés comme hier dans la datcha de La Cerisaie ou aujourd'hui sur une île paradisiaque et sépulcrale. 

Les Provinciaux

Thomas Quillardet et Jeanne Candel ont eu la bonne idée de coincer leurs personnages en ras de scène dans la première partie afin de les faire se bousculer au cours de ces préparatifs laborieux, avant d'ouvrir grand l'espace sur des murs nus pour figurer la campagne. La première surface trop étroite fait place à une autre trop grande dans laquelle les acteurs se perdent, fidèle en cela à l'esprit du dramaturge italien. Mais les deux acolytes enlaidissent la pièce d'un décor de bois brut peu soigné et surtout de costumes aux tissus volontairement atroces. Cette touche de modernisme tombe à côté et souligne inutilement le manque de goût de ces bourgeois trop sûrs d'eux. Mais plus troublante est l'inconstance de la distribution. Si les filles sont d'efficaces pimbêches, le futur mari mal-aimé un énergique énervé et le père un excellent chef de troupe esseulé (Olivier Achard), l'imposteur et l'amant sont transparents. Difficile de croire à leurs personnages, notamment au dernier, mollasson, dont on se demande bien pourquoi la fraîche Giancinta n'arrive à s'en départir.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Voyage en Italie

SCENES | Théâtre / Laurent Pelly met en scène ‘Le Menteur’ de Goldoni, une comédie grinçante comme il les aime. Et une grande réussite à découvrir au Théâtre Les Célestins. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 12 octobre 2009

Voyage en Italie

Il sont peu nombreux les metteurs en scène qui savent donner des comédies de haute volée. Laurent Pelly est de ceux-là. Il aime quand ça faire rire, mais un peu jaune, quand ça pique derrière l’apparente douceur. ‘Le Menteur’ de Goldoni était donc la pièce idéale. Le Docteur Balanzoni a deux filles à marier, Béatrice et Rosaura, la première courtisée par Ottavio, la seconde par le timide Florindo, élève du docteur. Mais l’arrivée de Lélio, un fils de marchand napolitain qui se fait passer pour un gentilhomme, va bouleverser les plans de chacun. De retour à Venise après vingt ans d’exil à Naples et un petit séjour à Rome, le jeune homme entreprend de séduire les deux filles du docteur avec force «inventions spirituelles». Les mensonges s’enchaînent et deviennent tellement énormes que l’intriguant Lélio ne peut finir que pris à son propre piège, amoureux et dépité... Coups de théâtre à répétition, quiproquos, situations absurdes, la pièce de Goldoni est drôle. Mais elle met également en scène des personnages sombres, légers, inconstants ou fous dont l’ambiguïté n’a rien à envier au menteur, coupable tout désigné. À la perfectionPelly figure une Venise décadente, tantôt en

Continuer à lire

Pelly, maître de la comédie

SCENES | Entretien / Laurent Pelly met en scène ‘Le Menteur’ de Goldoni. Il s’explique sur son amour pour la comédie, sans complexe. Propos recueillis par DA

Dorotée Aznar | Vendredi 9 octobre 2009

Pelly, maître de la comédie

Petit Bulletin : Pourquoi avez-vous choisi de mettre en scène cette pièce de Goldoni ? Qu’aimez-vous dans ce ‘Menteur’ ?Laurent Pelly : Je connais cette pièce depuis très longtemps, j’ai une véritable passion pour Goldoni, LE maître de la comédie. Ce que j’aime dans cette pièce, c’est que –comme toujours chez Goldoni- l’intrigue est assez classique mais tous les personnages ont une saveur, une matière. Ce sont tous des imbéciles, sauf Lélio qui est un fou, et pourtant l’auteur les regarde avec beaucoup de tendresse. Et puis la thématique du mensonge est merveilleuse, elle est fédératrice et parle autant du théâtre que de la politique… Lélio est fou selon vous ? Lélio est le menteur, c’est l’homme libre, le rêveur, le poète, l’inventeur… dans une société étriquée. Il est fou car il ne peut pas s’empêcher de mentir, mais c’est également lui qui permet à tous les autres de ne pas s’ennuyer. J’ai choisi Simon Abkarian pour interpréter Lélio car c’est un acteur que l’on aime en deux minutes et qui pourtant a une noirceur en lui… Quant à Florindo, le seul homme vraiment sincère de la pièce, vous en faites presque un personnage de cartoon…La pièc

Continuer à lire