Debout les morts

SCENES | C’est peu dire que la mort est en pleine forme dans la dernière création de Bartabas, Calacas. Au-dessus de nos têtes, dans notre dos, devant nos yeux, les morts sont partout et triomphent dans un ballet équestre ébouriffant. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 28 juin 2012

Photo : Agathe Poupeney


Au Mexique, le mort fait partie du décor, il se trouve au premier rang des peintures de familles comme dans Rêve d'un dimanche après-midi au parc de l'Alameda de Diego Rivera. Et il rit eux éclats. Dents en avant posées sur son corps réduit au squelette (un "calacas" comme on dit en langage familier à Mexico), le mort est à la fête. Bartabas l'a bien compris et s'empare de cette figure pour la marier aux chevaux avec qui il a construit sa carrière et son théâtre, Zingaro, depuis 1985. Tantôt sous forme de marionnettes, tantôt en apparence humaine (les écuyers revêtent une combinaison ou un masque de squelette), la mort cavale et nous cerne. Car – c'est la grande innovation technique de ce spectacle – Bartabas a construit sa scénographie sur deux niveaux : la traditionnelle piste centrale comme au cirque, et une galerie qui encercle les spectateurs sans cesse pris par surprise dans ce bal en mouvement continu. L'impression de se trouver au cœur d'un zootrope (invention cylindrique à travers les fentes desquelles une succession d'images se mettent en action) est saisissante, comme si ces vieilles images précédant l'invention du cinématographe prenaient du relief.

Le cheval humain

Le joyeux barnum de Bartabas tourne à une vitesse époustouflante et montre des chevaux d'une beauté à couper le souffle, même pour celui qui ne voyait jusque là en cet animal qu'une bonne raison de se rendre dans une boucherie chevaline. Quand il ne joue pas seul sa partition, le cheval est le partenaire indissociable des acteurs/écuyers qui l'effleurent, rebondissent sur son dos pour mieux s'envoyer dans les airs ou l'accompagnent avec douceur comme lors de ce moment improbable et fantasmagorique où une Calavara Catrina se meut sur une balançoire face au cheval. Si l'animal majestueux et brillant demeure la star de ce spectacle, il n'est jamais trop impérieux. Bartabas sait aussi le coucher à terre et simplement le regarder respirer, le rendant ainsi… plus humain ! Il fait également acte de modestie en ouvrant la scène à quelques dindons, une oie grise et un petit dalmatien docile et étonné. Enfin, dans ce ballet orchestré au millimètre (avec costumes et lumières impeccables), une grande place est faite aux musiciens. Un duo de percussionnistes français partage la partition avec deux Chiliens, des chinchineros, véritables hommes-orchestre, grosse caisse et cymbale attachées dans le dos. Quatre membres, trois rythmes, ils sont épatant musicalement et physiquement, à l'image de ce spectacle inoubliable.

Calacas
Au parc de Parilly, dans le cadre des Nuits de Fourvière
Jusqu'au samedi 21 juillet

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Le souffle des chevaux de Bartabas

Nuits de Fourvière | C’est sa dernière tournée de ce genre. Depuis trente ans, Bartabas mène la compagnie Zingaro d’Aubervilliers vers différents continents avec chapiteau, écuries et une quarantaine d’animaux. Cet été, il s’arrête six semaines à Lyon où il a présenté chacun de ses spectacles. Cette fidélité est aussi celle qu’il voue à des animaux, seuls mis en avant dans cette fascinante contemplation qu’est Ex Anima.

Nadja Pobel | Mardi 18 juin 2019

Le souffle des chevaux de Bartabas

Pourquoi est-il donc intéressant d’aller voir de quoi retourne l’art équestre de Bartabas ? Certains – nombreux ! - d’entre vous le savent déjà, qui le suivez depuis trois décennies dans des pérégrinations ultra enjouées et techniques telles Battuta ou Calacas. Parfois plus crépusculaires avec l’avant-dernier né, On achève bien les anges - Élégies, post attentat contre Charlie Hebdo. Pourquoi se rendre sous cette toile de 1300 places où s’ébrouent des animaux ? Le temps de la voltige est finie. Les cavaliers pourtant, selon leur dire, ne sont pas frustrés. Au sol, encadrant dans l’ombre ces animaux avec lesquels ils ont grandit et qui eux aussi finissent leur carrière, ils terminent leur récit commun. Il s’agit tout à la fois d’une histoire d’humains, d’animaux mais aussi d’époque. Ces épopées commencées dans les années 80 (voire précédemment comme pour Ariane Mnouchkine et son Théâtre du Soleil) quand l’argent coulait à flots est révolu. Pas de tournée internationale pour Ex Anima, créé à l’automne 2017 et qui aura fait un joli parcours hexagonal s’achevant à Tou

Continuer à lire

Bartabas et Lorraine de Sagazan, plébiscite et nouveauté

Nuits de Fourvière | Entre fidélité aux artistes confirmés et confiance à ceux qui esquissent le théâtre de demain, le festival des Nuits de Fourvière présente deux artistes aimés : Bartabas et Lorraine de Sagazan, hors des théâtres gallo-romains, amènent leur regard si singulier sur le monde.

Nadja Pobel | Mardi 11 juin 2019

Bartabas et Lorraine de Sagazan, plébiscite et nouveauté

Bartabas Il l’a considéré comme son ultime spectacle lorsqu’il l’a crée chez lui, dans ses écuries d’Aubervilliers au pied des tours d’immeubles. À l’automne 2017, Ex Anima devait être sa dernière œuvre. Rien n’est moins sûr, mais là n’est pas la question car ce spectacle est bien dans la continuité de ce que Bartabas esquisse depuis plus de trente ans : mettre le cheval au cœur de son dispositif et lui laisser peu à peu toute la place au point qu’ici les humains s’effacent avec un hommage pour tant de services (en situation de guerre, de travail des champs…) rendus. « Le cheval n’est obligé à rien » comme il nous le confiait au printemps. Dans des tableaux qui laissent le spectateur en suspension, il est question de souffle, celui de l’âme selon la traduction latine de Ex Anima. Il s’agit de « regarder un cheval raconter l’Homme » car « le cheval est perçu comme un acteur ». Si Bartabas fait ce parallèle, c’est qu’il y a la même intensité à voir l’animal s’avancer sur une poutre qu’un comédien à saisir un verre d’eau sur une table sur scène. Le spectateur est dans la même positi

Continuer à lire

Bartabas de retour à Fourvière

Nuits de Fourvière | Du 14 juin au 24 juillet, durant trente représentations, Bartabas sera de retour aux Nuits de Fourvière, sous chapiteau au parc de Parilly pour (...)

Nadja Pobel | Mardi 29 janvier 2019

Bartabas de retour à Fourvière

Du 14 juin au 24 juillet, durant trente représentations, Bartabas sera de retour aux Nuits de Fourvière, sous chapiteau au parc de Parilly pour présenter sa création de l'automne 2017, Ex Anima. Crépusculaire et sidérante, cette proposition est vierge de présence humaine ! Les chevaux (et quelques loups et volatiles) livrent la partition seuls. La billetterie ouvre le 29 janvier à 14h (places de 24€ à 53€).

Continuer à lire

Bartabas : le cheval à corps et à vie

Cabaret équestre | Délestés des humains (ou presque), les chevaux de Bartabas présentent leurs tableaux comme des grands. Moins immédiatement séduisant que ses précédentes créations, cet Ex anima est une expérience unique et sidérante qui s'installe en Savoie pour un mois.

Nadja Pobel | Mardi 17 avril 2018

Bartabas : le cheval à corps et à vie

C'est son expérience ultime, la dernière d'une série de dix-sept entamée en 1984 avec son premier Cabaret équestre. Échappé du cirque Aligre, l'écuyer mène un parcours clairvoyant et cohérent qui séduit un public d'une hétérogénéité complète. Comment sinon, afficher complet des mois durant à Aubervilliers ou lors des vingt représentations au Bourget-du-Lac (1300 places sous chapiteau !), seule une vingtaine de tickets restant à vendre chaque soir. Longtemps passé par les Nuits de Fourvière, Bartabas se décale un peu géographiquement avec ce spectacle radical et empreint d'une humanité déconcertante. S'il est question de sensibilité à l'approche d'Ex Anima, celui-ci nécessite, plus que les autres, d'être pensé en le regardant. Car quoi ? Des chevaux entrent en piste, font un numéro et repartent ? Oui, mais ce que l'on voit ne peut suffire à décrire ce qui se passe sur la piste. Bartabas a poussé si loin son compagnonnage avec ces animaux - qu'il n'a pas la bêtise de mesurer à l'humain - qu'il leur rend entièrement leur singularité. Il travaille avec certains d'entre eux depuis des dizaines d'années, il lui faut cinq à six ans p

Continuer à lire

Bartabas : « le cheval, cet acteur... »

Entretien | Il nous reçoit dans sa caravane accolé au chapiteau et aux écuries dans cet antre étrange et lunaire : un haras à la sortie de la ligne 7 du métro Fort d'Aubervilliers. Généreux, passionné, Bartabas revient sur cette création qu'il annonce comme ultime. Rencontre au soir de la 28e représentation : c'était le 27 novembre 2017.

Nadja Pobel | Mardi 17 avril 2018

Bartabas : « le cheval, cet acteur... »

D’où vient cette idée de ne mettre que vos chevaux sur le plateau ? Bartabas : Zingaro est une compagnie moitié homme moitié chevaux. Les chevaux nous servent avec générosité depuis trente ans. Comme je le dis souvent, les humains ont choisi de travailler ici ; les chevaux, on a choisi pour eux, donc j’ai eu l’idée de leur rendre hommage et, par extension, de célébrer les chevaux en général. Le spectacle vient de l’observation de ces chevaux qui a présidé à pas mal de tableaux, dont certains disent ce qu'ils ont apporté à l’humanité. Modestement, car on ne peut pas traiter ça en deux minutes. Il y a des tableaux sur ce qu'a payé comme tribut le cheval à l'humain : le cheval de guerre, le cheval de travail, de traie… Quelle est la part de risque ? Là, les chevaux ont compris que c'était un jeu et qu'ils vont jouer tous les soirs à faire ça. Je ne sais pas comment ça va se passer dans deux ans et demi. Ça va évoluer peut-être. C'est ça la part de risque du spectacle, comment on va gérer sur le temps. C'est intéressant, car c'est une notion de jeu comme chez les humains qui jouent la comédie. Vous en êtes

Continuer à lire

Les Nuits de Fourvière – Jusqu'au 31 juillet à Lyon (69)

SCENES | Après une édition 2014 riche en prises de risques, le festival phare de l'été lyonnais est revenu à ses fondamentaux bankable. On peut le déplorer. On peut, plus prosaïquement, se satisfaire de l'aubaine que constitue la venue d'artistes de haute stature dans un cadre aussi magistral que celui dessiné par les théâtres romains de Fourvière. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Les Nuits de Fourvière – Jusqu'au 31 juillet à Lyon (69)

Timorée la programmation des Nuits de Fourvière 2015 ? Assurément. Mais ce ne serait un problème que si la perspective de revivre cet instant magique où les coussins à l'effigie du festival, propulsés en signe d'acclamation par les 4500 spectateurs du grand théâtre qui l'accueille chaque été depuis 70 ans, éclipsent les étoiles et les lumières de la ville en contrebas, ne valait pas blanc-seing. Qu'importe en effet, s'il honore son vœu de pluridisciplinarité jusqu'au non sens, en accueillant six représentations de Florence Foresti et s'il nous refait pour la énième fois le coup des phénomènes de foire médiatique (Lily Wood & the Prick, Christine & the Queens), de la variété propre sur elle (Charlie Winston, Calogero) et du rock'n'roll fossilisé (Iggy Pop, Patti Smith, Robert Plant). Là-haut, tout est forcément plus beau. Surtout ce qui l'est déjà à la base, évidemment : l'électro-pop givrée de Björk, les miniatures avant-gardistes de Pascale Comelade, l'indie rock patraque de

Continuer à lire

Mathias Lyon : «Un travail participatif»

SCENES | Mathias Lyon, 21 ans, est l'un des dix cavaliers de "On achève bien les anges". Il revient pour nous sur la méthode de travail de Bartabas et son rapport à l'équitation. Propos recueillis par Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 23 juin 2015

Mathias Lyon : «Un travail participatif»

Comment avez-vous intégré Zingaro ? Je suis arrivé à 17 ans pour Calacas en tant que danseur de hip-hop et cavalier. C’est Étienne Regnier, présent à Zingaro depuis environ vingt ans et que je connaissais qui m’a dit que Bartabas cherchait des danseurs hip-hop ; je suis passé voir une répétition, je suis un peu monté à cheval (j’en faisais depuis l'enfance), j’ai un peu dansé et ça c’est fait comme ça, j’étais engagé à la fin de la journée. Je n’avais pas encore mon bac, je l’ai eu à Zingaro ! Que saviez-vous d’Élégies avant de commencer les répétitions ? Bartabas a commencé par nous parler de Tom Waits. La musique est souvent la base de ses créations. Et le processus est assez participatif. Par exemple moi, comme je dessine, j’ai dessiné des anges, proposé des images… Bartabas attendait de nous qu’on se documente, qu’on montre notre interprétation. Après, c’est lui qui décide, qui sélectionne ce qu’il aime. Quand le projet débute, on ne sait pas du tout ce que ça va être. Il n’écrit pas seul pendant six mois quelque chose que l’on répèterait ensemble. Ça s’est construit tous les jours pendant six mois a

Continuer à lire

Tom à l'écurie

MUSIQUES | Grand fan de Tom Waits, Bartabas a fait du plus buriné du crooner l'ombre sonore de ses "Élégies". Un choix judicieux.

Stéphane Duchêne | Mardi 23 juin 2015

Tom à l'écurie

D'une de ses grandes idoles musicales, Bartabas dit qu'il est une sorte de Kurt Weill de son époque. Et c'est vrai : on retrouve chez Tom Waits le roulis brinquebalant de certaines des compositions de Weill, également à l'affiche sonore d'On achève bien les Anges (Mandalay Song, La Ballade du souteneur, le classique des classiques Alabama Song et ses déambulations d'un whiskey bar à l'autre immortalisées par les Doors et David Bowie, grand fan de Weill). Pour On achève bien les anges, Bartabas a ainsi puisé dans l'œuvre pléthorique et circassienne de Waits certaines de ses plus belles comptines déglinguées, comme ce A Sight for Sore Eyes («pour le plaisir des yeux», mise en abîme de l'effet produit par les spectacles de Zingaro) qui démarre sur les douces notes déchirantes d'Auld Lang Syne, un traditionnel écossais connu en France sous le titre Ce n'est qu'un au revoir, sur les jours passés et les vieilles amitiés – on note d'ailleurs que le chef de Zingaro est également allé chercher le nostalgique Dirty Old Town d'Ewan McColl (1949), satellisé bien plus tard par les Pog

Continuer à lire

Le spleen idéal de Bartabas

SCENES | Bartabas ne rigole plus. Conçu en début d’année dans une France secouée par les attentats, "On achève bien les anges" est un spectacle dont la mélancolie n'a d'égale que la rigueur et la virtuosité. Retour sur la création, aux Nuits de Fourvière, de cette oraison funèbre équestre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 23 juin 2015

Le spleen idéal de Bartabas

Sous le grand chapiteau de l’hippodrome de Parilly (1300 places), aucun muret ne sépare les artistes du public qui, installé en surplomb, les regarde évoluer sur une vaste piste sableuse semblant les aspirer. Cette sobriété mâtinée de modestie est une première indication des desseins de Bartabas : dans un monde où l’homme est plus que jamais un loup pour l’homme, seule la cavale des chevaux insuffle encore un peu de vie. Pas question de les parquer. En janvier dernier, Bartabas a perdu un ami proche, Cabu. Et si On achève bien les anges (sous-titrée Élégies, par fidélité aux mots de sept lettres : Éclipse, Battuta, Calacas…) n’a pas de lien direct avec les attentats de Charlie Hebdo, il est emprunt de cette mélancolie sourde qui a violemment drapé la France à l’entame de 2015. La musique, elle aussi, en dit long sur la tristesse qui irrigue cette création : funèbre, nappée d'orgues et hantée par la voix «fumée au fût de chêne» de Tom Waits, ainsi que la qualifie le maître équestre, qui danse avec ses différe

Continuer à lire

Bartabas en création mondiale aux Nuits de Fourvière

SCENES | Toutes les créations de Bartabas, depuis près de 30 ans qu'il porte à leur quintessence les rapports homme/animal, sont passées par ici. Lyon est même la seule (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 18 février 2015

Bartabas en création mondiale aux Nuits de Fourvière

Toutes les créations de Bartabas, depuis près de 30 ans qu'il porte à leur quintessence les rapports homme/animal, sont passées par ici. Lyon est même la seule ville de France, avec Paris, dans laquelle ses treize spectacles auront été présentés. C’est donc logiquement que les Nuits de Fourvière accueilleront la première mondiale de son nouvel opus, On achève bien les anges - Elégies. En plein travail dans son théâtre équestre au Fort d’Aubervilliers, Bartabas a donc encore quatre mois de travail devant lui pour mener à bien cette création, avant de la présenter sous chapiteau au parc de Parilly, où il avait déjà, en 2012, montré le fabuleux Calacas,  inspiré des (joyeux) rites mortuaires mexicains. Ce sera aussi pour lui l’occasion de retrouver un espace de jeu qu’il avait abandonné depuis quelques années. 26 chevaux, 9 cavaliers et 6 musiciens seront sur la piste. Ces derniers feront entendre du Prokofiev, du Bach et du Messiaen, mais aussi et surtout du Tom Waits, que le cavalier a depuis longtemps en tête. «C’est un Jacques Brel américain» dit-il pour lui rendre hommage. Waits ne sera évidemment pas

Continuer à lire

Antony Queen

MUSIQUES | Comment parler de ce concert à venir d'Antony au Théâtre Antique, sans évoquer celui que l'Anglo-New-Yorkais donna en 2009 avec l'orchestre de l'Opéra de Lyon dans des conditions similaires. La nuit tombait doucement sur Fourvière, le vent soufflait en rafale, mais c'est la voix d'Antony qui faisait virevolter les poils sur les bras.

Stéphane Duchêne | Vendredi 29 juin 2012

Antony Queen

            Antony and The Johnsons aux Nuits de Fourvière par NuitsdeFourviere Et l'on doit dire que peu de ceux qui étaient présents lors de cet événement bouderont leur plaisir face à cette nouvelle performance baptisée Cut The World. Surtout si l'on se souvient que l'on y avait découvert un Antony détendu – si cela est possible –, bavard et même cabotin. Ce qui n'était guère le cas à ses débuts. Dans les bras d'un orchestre, concentré sur la maîtrise insensée d'une voix comme on n'en a rarement entendue, Antony peut déployer toutes les palettes de couleurs souvent sombres de cette pop pour laquelle le terme transgenre n'aura jamais aussi bien porté son nom. Sombres, mais pas que, car entre les histoires borderline, les amours compliquées et les tourment identitaires, se glissent parfois

Continuer à lire

Annulation du concert de Jane Birkin aux Nuits de Fourvière

MUSIQUES | Le concert de Jane Birkin, «Serge Gainsbourg et Jane via Japan» initialement prévu le 28 Juin est annulé pour raisons de santé  (...)

Dorotée Aznar | Lundi 25 juin 2012

Annulation du concert de Jane Birkin aux Nuits de Fourvière

Le concert de Jane Birkin, «Serge Gainsbourg et Jane via Japan» initialement prévu le 28 Juin est annulé pour raisons de santé 

Continuer à lire

Mutatis mutandisque

MUSIQUES | Avant d’être cette somme caricaturale de sirène boréale, d’elfe panthéiste, d’étoile polaire et autres noms exotiques dont les journalistes issus (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 22 juin 2012

Mutatis mutandisque

Avant d’être cette somme caricaturale de sirène boréale, d’elfe panthéiste, d’étoile polaire et autres noms exotiques dont les journalistes issus d’ex-puissances coloniales l’ont souvent affublée, Björk peut d’abord et surtout prétendre au titre de mutante. Elle l’a chanté haut et fort sur Pluto : «I just have to explode, explode this body». Et elle l’a fait, systématiquement, que ce soit dans ses clips (merci Michel Gondry) ou sur ses différentes pochettes de disques. On l’a connue femme enfant mutine sur Debut, geisha cybernétique sur Homogenic, femme cygne au tournant de Vespertine, puis revenant de plein pied à ses foudres animistes sur Volta. Grimée comme une sorcière, danse du feu et peintures de guerre, l’explosif prédécesseur de Biophilia annonçait un «necessary voodoo». Mutatis mutandis, alors que les paroles de Pluto concluaient sur un «Wake up tomorrow, brand new», revoilà Björk qui renaît de ses cendres, toute ravalée en rousse orangée, perruque de façade pour imbroglio d’applications iPad. Plastiquement parlant, c’est parfait, les visuels des graphistes M/M sont au sommet de leur art. L

Continuer à lire

Si Reine des Nuits

MUSIQUES | Cela fait neuf ans que Les Nuits de Fourvière en rêvaient. Björk Gudmundsdottir, fille de Gudmund et de l’étoile Polaire, nous prouvera samedi 30 juin que 2012 est bel et bien l’année du changement : en étant présente, tout simplement. Stéphanie Lopez

Dorotée Aznar | Vendredi 22 juin 2012

Si Reine des Nuits

Vous avez peut-être détesté Biophilia, le dernier album de Björk, et on vous comprend. Mais on vous rassure aussi, si vous faites partie des 4200 chanceux qui ont leur place en poche. Car découvrir un album de Björk sur scène, ce n’est jamais réécouter le même disque que sur la platine du salon. Ceux qui ont déjà tenté l’expérience lors de la tournée Vespertine, à l’Auditorium, savent quelle alchimie peut se produire quand la musique de Björk reprend vie en public, qu’elle soit chantée en catimini a capella ou entourée d’une chorale Inuit. Pour les autres, une petite cure de Live Box pourra faire office de piqûre de rappel. Un coffret, 4 CD, 4 tournées : de Debut à Vespertine, chaque volet rend compte des métamorphoses successives de l’Islandaise, qui non contente de se renouveler sur toute la ligne à chaque album, réinvente aussi chaque disque à chaque apparition sur scène. «Le truc en concert, c’est que les instrumentations et les arrangements ne doivent plus être les mêmes. Il faut pouvoir déchirer l’emballage en préservant le contenu», explique-t-elle sur le livret qui complète sa Live Box. De ses Dé

Continuer à lire

Trois questions à Dominique Delorme

MUSIQUES | Dominique Delorme, le directeur des Nuits de Fourvière, revient sur neuf ans de gestation avant l’événement. Propos recueillis par Stéphanie Lopez

Dorotée Aznar | Vendredi 22 juin 2012

Trois questions à Dominique Delorme

Sur  I Miss You, Björk chante : “If you believe in dreams, or what is more important, that a dream can come true”. Pour le festival, c’est donc un vieux rêve qui va se réaliser le 30 juin ? Dominique Delorme : Quand je suis arrivé à la programmation des Nuits de Fourvière en 2003, c’est la première artiste à qui j’ai fait une demande. J’ai réitéré cette demande chaque année, patiemment, jusqu’à cet hiver où elle a fini par accepter. Mais d’abord je suis allé à son concert de Nîmes pour la rencontrer, puis à Reykjavik, l’automne dernier, pour la voir dans le théâtre où elle se produisait. C’est le cumul de toutes ces intentions qui a permis ce que je considère comme un aboutissement. La persévérance a été payante avec Björk, comme avec d’autres artistes d’ailleurs. Nous avons dû attendre des années aussi avant de pouvoir programmer Leonard Cohen ou Antony. Que pouvez-vous nous révéler quant à la scénographie – supposée spectaculaire – du concert et du concept Biophilia ? Tout l’enjeu de cette programmation tenait au fait que Björk et son

Continuer à lire

Deux pour le prix d'A

MUSIQUES | Si l'on devait écrire une histoire capillaire et musicale de Dominique A, on dirait que sa musique s'est déployée au fil des ans à mesure que ses cheveux (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 8 juin 2012

Deux pour le prix d'A

Si l'on devait écrire une histoire capillaire et musicale de Dominique A, on dirait que sa musique s'est déployée au fil des ans à mesure que ses cheveux s'amenuisaient sur son crâne. L'enfant de Provins s'est également un peu épaissi, de même que son talent musical et sa tessiture vocale, mais au fond, l'auteur de La Fossette, cet album fondateur d'une «autre chanson française», au minimalisme sec comme un coup de trique et qui fête ses vingt ans cette année, est bien le même que celui de Vers les lueurs, son splendide dernier album. Tout juste sera-t-il passé en vingt ans par tous les états de lui-même. Comme si le chemin musical parcouru entre les deux était de ces voyages immobiles (mais pas immobilistes) qui mènent très loin. C'est la bonne idée de ce petit jeu auquel va s'adonner Monsieur A sur la scène du Théâtre antique de Fourvière. L'ancien Dominique A – en réalité celui d'aujourd'hui, puisqu'il ne sera fait aucun usage d'hologramme – y jouera en première partie une relecture de La Fossette (qui contient quelques-uns de ses plus beaux titres comme Va-t'en, Les Habi

Continuer à lire

Sylvie Guillem, deux pas sur trois

SCENES | La danseuse étoile, Sylvie Guillem (née en 1965), est l’une des rares interprètes à pouvoir organiser un spectacle en son nom, tout en attirant dans son sillage les meilleurs chorégraphes actuels.

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 7 juin 2012

Sylvie Guillem, deux pas sur trois

Après Russell Maliphant et Akram Khan, c’est William Forsyhte, Jirí Kylián et Mats Ek (la crème de la danse néo/classique) qui ont collaboré avec la star pour 6000 Miles Away. Le résultat est discutable, voire un peu paradoxal puisque la pièce la plus forte, signée Jirí Kylián, n’est pas dansée par Sylvie Guillem. Soit en l’occurrence une transposition de 27’52’’, pièce ancienne de Kylián, pour un duo sous très haute tension, formé par Aurélie Cayla et Lukas Timulak. Le chorégraphe tchèque y explore l’une de ses obsessions, le rapport homme-femme, et étonne toujours avec ses rythmes syncopés, ses accélérations, ses figures précipitées. Le tout se déliant peu à peu vers la sensualité, la rencontre, l’érotisme. L’autre duo du programme, signé William Forstyhe et interprété par Guillem, s’avère lui aussi de bonne tenue, sorte d’exercice de style où le chorégraphe manie avec brio sens de l’espace (semblant continuellement «respirer» entre dilatation et contraction), superbes jeux de lumières et virtuosité sèche et tranchante des gestes. Mais ces bonnes impressions se voient «gâchées» par le solo final de Sylvie Guillem créé par Mats Ek. L’ha

Continuer à lire

Hannon solo

MUSIQUES | The Divine Comedy en solo : hérésie ou idée de génie ? La réponse ici et plus encore aux Nuits de Fourvière, dans le cadre de l'Odéon. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 7 juin 2012

Hannon solo

L'annonce de la venue de Neil Hannon/The Divine Comedy, que l'on n'avait plus vu à Lyon depuis le début des années 2000 provoqua chez le fan de base du Nord-Irlandais une réaction qui se décline ainsi : «Ouuuuaais !!!» suivi de «Hein ? Mais qu'est-ce que c'est que cette blague ?». «Ouuuuais !!!» parce qu'on allait enfin pouvoir se refaire en live le best-of de l'auteur de Casanova (le disque, donc) et que, comme on connaît nos Nuits de Fourvière, elles allaient nous dégainer l'Orchestre national de Lyon, de Pékin ou même de Vesoul, peu importe, pour aller avec. Et «Hein ? Qu'est-ce que c'est que cette blague ?» au moment où l'on apprenait qu'An Evening with Neil Hannon signifiait qu'en réalité le petit homme allait se produire en solo à l'Odéon, au piano et à la guitare. Onze ans qu'on n'a pas vu Nilou et il se pointe les mains dans les poches, et pourquoi pas en pyjama ? Petite précision pour qui n'est pas familier de The Divine Comedy : sa pop aux accents baroques, classiques ou romantiques, faisant la part belle, entre autres, aux arrangements emphatiques, Neil Hannon seul, c'est u

Continuer à lire

Les Stone Roses à Fourvière

MUSIQUES | La programmation des prochaines Nuits de Fourvière continue a être dévoilée par les sites officiels des groupes qui vont s'y produire. Ce matin, après Björk, (...)

Christophe Chabert | Vendredi 9 mars 2012

Les Stone Roses à Fourvière

La programmation des prochaines Nuits de Fourvière continue a être dévoilée par les sites officiels des groupes qui vont s'y produire. Ce matin, après Björk, c'était au tour des Stone Roses, mythique groupe de brit-pop emmené par Ian Brown, récemment reformé, d'annoncer leur venue dans le théâtre antique le 25 juin. Les billets seront mis en vente le 26 mars, soit le jour de la révélation de la programmation complète !

Continuer à lire

Et rond, et rond, petits canassons…

SCENES | Théâtre équestre / Avec un entêtement proche de la mule, Les Nuits de Fourvière prolongent cette année encore leur fidélité à certains artistes. Mais pour corser le (...)

Christophe Chabert | Mardi 27 mai 2008

Et rond, et rond, petits canassons…

Théâtre équestre / Avec un entêtement proche de la mule, Les Nuits de Fourvière prolongent cette année encore leur fidélité à certains artistes. Mais pour corser le cocktail et éviter la redite, les voilà qui se plaisent à mélanger leurs dadas et à produire de nouvelles formules artistiques. Ainsi de Bartabas, venu au festival il y a deux ans pour un Récital équestre où chevaux et cavaliers de son Académie de Versailles galopaient autour du piano d’Alexandre Tharaud, et de Philip Glass, présent en 2004, 2005, 2006 et 2007 ; les voilà réunis pour des Partitions équestres où les mêmes équidés tournoient autour de la musique de Glass (interprétée par un quatuor de saxophonistes, l’ensemble Ossia). À moins que ce ne soit, hypothèse poétique, l’inverse ! Car aux fondements des compositions du musicien new-yorkais, il y a le cercle, ces spirales mélodiques qui s’enroulent les unes sur les autres et produisent une sensation de vertige et d’hypnose. La rime était presque naturelle avec la circularité de la piste sur laquelle Bartabas met en scène ses chevaux, rime qu’il ne se prive pas de décliner dans ce spectacle prometteur. Ainsi, aux tourbillons sonores de Glass répondront l

Continuer à lire