Magali Chabroud : « ouvrir l'imaginaire sur la ville »

Art de la Rue | Dans la ville, sous vos fenêtres, gratuitement, les compagnies d’art de la rue frayent et regardent la ville autrement. BlÖffique pose un regard poétique et politique sur nos lieux de vie. Sa fondatrice Magali Chabroud évoque pour nous ces aventures.

Nadja Pobel | Mardi 24 septembre 2019

Photo : © DR


D'où vient ce drôle de nom de votre compagnie, blÖffique, créée en 2006 ?
Magali Chabroud : C'est un mot inventé par Samuel Daiber Ernest, auteur d'art brut qui a fabriqué son propre langage à l'intérieur du français. Quand il n'avait pas suffisamment de mots qui lui convenait pour décrire son univers, il en rajoutait tout en continuant à construire ses phrases sur le mode grammatical que l'on connait. Du coup, ça fait une écoute à trou pour le spectateur : on doit compléter avec son imagination, parfois on n'est pas très sûr de ce qu'il veut dire. C'est assez fondateur de notre travail. Le spectateur est vraiment un partenaire de la construction du sens des spectacles qu'on fait.

Dans la langue de Daiber, ce mot blöffique est équivalent à "machin" ou "truc". C'est un mot-valise qui lui sert à beaucoup de choses, qui peut prendre plein d'identités différentes, un mot caméléon. Nous lui avons ajouté une majuscule pour attirer l'attention comme dans notre dernier spectacle ONIRé. On travaille beaucoup sur le rapport à l'écrit, notamment avec le processus La Ville s'écrit, installation plastique de plusieurs kilomètres d'écriture dans l'espace public.

Comment le projet d'ONIRé s'est construit ? C'est un va-et-vient avec les habitants ?
Oui. Il y a une partie enfant et une pour les adultes. On a commencé par cette dernière et, au fur et à mesure du travail, dans des villes différentes, on a fait avancer l'écriture en dialogue avec les urbanités et les habitants. La partie des enfants s'est vraiment créée avec eux, le texte émane de collectes de leurs rêves et, à chaque fois qu'on était en résidence de création, on travaillait avec un groupe d'enfants de la ville où on était pour tester nos avancées, nos mises en situation, en sensation des spectateurs. On cherchait aussi une économie de moyens pour ne pas leur proposer une immersion qui ne passe que par la technologie. On a souhaité ouvrir leur imaginaire sur la ville. C'est ce qu'on cherche dans tous nos spectacles.

Travailler sur les visions oniriques de la ville

Comment se déroule précisément ONIRé ?
On a un point de rendez-vous où on va séparer les deux groupes de public : les enfants (des 6-12 ans, encadrés par des accompagnateurs qui ne sont pas leurs parents) et les adultes. Chacun va vivre la même histoire d'un point de vue différent et se retrouver pour la scène de dénouement qui est commune aux deux. Chaque groupe suit un personnage qui est lui-même en train de mener une enquête, il lui arrive des choses étranges et il a l'impression d'être sur la piste de quelqu'un qui sème des extraits de son journal intime dans la ville. C'est assez interactif avec les enfants – ils sont dans la mise en jeu des corps et des sensations. Pour les adultes s'instaure un rapport plus contemplatif à la ville, en marchant. À la fin, les familles pourront se raconter l'histoire différente qu'elles ont vécue.

Quant au terme ONIRé c'est un néologisme que nous avons inventé. Avec la compagnie, nous voulions travailler sur les visions oniriques de la ville car on plonge dans les rêves du personnage que l'on suit.

Est-ce qu'avec cette vision poétique de la ville, vous avez le sentiment de poser un regard politique sur le territoire, de nous décaler des préoccupations pratiques ou économiques qui la régissent ?
La poésie est aussi une façon de réinventer le réel. Si on arrive à le voir autrement, on va avoir de nouvelles idées pour modifier des choses, si infimes soient-elles. Ça ouvre une distanciation, au sens brechtien si j'ose dire. Si on voit le quotidien différemment une fois, c'est qu'il peut exister autrement. Ça ouvre ce potentiel. Il y a d'autres possibles qu'on n'est d'ailleurs pas forcément en capacité d'inventer. C'est à tout le monde de les questionner. Et ça, oui, c'est politique.

ONIRé
Rendez-vous devant le centre social Thomassin de Tarare le samedi 28 septembre à 15h et 18h

Nocturne
Déambulation à Villeurbanne le samedi 5 octobre à la tombée de la nuit

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Pour la deuxième édition du festival Avril en vrille du 30 mars au 2 avril, Les Subsistances renouent avec la forme des grands week-ends de quatre jours si chère à leur coeur. Quatre jours donc pour fêter le printemps en ouvrant le site - exceptionnel rappelons-le : à flanc de falaise, les pieds baignant dans la Saône et étoffé des jolis bâtiments abritant l’école nationale supérieure des Beaux-Arts. Une invitation conviviale à profiter de l’extérieur avec au programme : des spectacles gratuits en plein air pour toute la famille, un cours de danse géant, des ateliers coloriage ou collage avec des graphistes pour les enfants et les grands... Et une curiosité à ne pas manquer : la visite insolite des Subsistances par Magali Chabroud et le Blöffique théâtre. Son travail axé sur la création de formes théâtrales dans des lieux non dédiés à la représentation comme des immeubles, des squares, l’espace public en général, l'a amené à proposer Ce qui subsiste, brève histoire d’ici, une visite invitant à créer une brèche de fiction dans le quotidien.

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