Les Chants de mars soufflent un vent de renouveauÂ
Festival / C'est un bel anniversaire que fête le festival de chanson francophone porté par la MJC du Vieux Lyon et la Maison pour tous des Rancy du 12 au 28 mars 2026. Focus sur un festival qui programme des propositions toujours plus variées, reliées par leur francophonie.
Photo : Le concert de Thea au Transbordeur en 2025. DR
Arrivée à la rentrée 2024, Claudia Courtial incarne le renouveau d'un festival qui défend la chanson francophone et l'émergence depuis 20 ans. Alors que les MJC du Vieux-Lyon et la Maison pour tous des Rancy avaient toujours mobilisé une partie de leurs équipes sur le festival, c'est la première fois qu'un poste à mi-temps est uniquement dédié à l'organisation et la coordination de l'événement. « ça fonctionnait très bien jusque-là , mais les MJC ont souhaité qu'on soit plus visibles dans les réseaux professionnels, ceux des producteurs de spectacle, et qu'on ait une représentation au niveau national », détaille celle qui est passée par Grand Bureau, et qui est - entre autres - cofondatrice du micro-festival ardéchois Oh Plateau ! et du collectif Les Canutes qui œuvre pour l'égalité des genres sur la scène artistique. Arrivée en même temps que Nina Bailly, programmatrice de la MJC du Vieux-Lyon et Margaux Canaméla, coordinatrice culturelle à la Maison pour tous des Rancy, elles ont pu s'emparer du festival ensemble.

Décloisonner, vite
Trois femmes à la tête de l'organisation et de la programmation d'un festival ? C'est plutôt rare, à Lyon comme ailleurs. Claudia Courtial n'y voit cependant pas une révolution : « ce n'est pas si rare de voir les programmations des MJC portées par des femmes, parce que ce sont des salles à petites jauges, en lien avec l'éducation populaire, aux valeurs sociales assez fortes. En revanche, on peut observer un plafond de verre : il n'y a qu'une seule femme à la tête d'une "grosse" salle de la métropole lyonnaise ». Si le festival est effectivement porté par des MJC aux petites jauges (de 75 à 100 places assises), Les Chants de mars est l'occasion de proposer des concerts dans des espaces plus grands (le Transbordeur, le Sucre, la Rayonne, L'Épicerie moderne) : « La dimension "multi-lieux" du festival est notre point fort et notre point faible », analyse Claudia Courtial : « on peut proposer plein de manières d'appréhender la chanson francophone, passer des formats interactifs en petit comité à des concerts un peu plus massifs, en invitant des artistes émergent·es puis des têtes d'affiche... mais comme tous les festivals itinérants, on souffre d'un déficit d'identification ». Un sujet d'autant plus important que le festival s'empare depuis plusieurs années d'esthétiques où on l'attend moins, comme le rap ou l'electro. On pense notamment au concert hyperpop de Théa au Transbordeur l'année dernière : « Le public n'avait pas forcément conscience de voir ce concert dans le cadre d'un festival de chanson francophone, et donc n'identifiait pas les superbes découvertes qu'il pourrait faire en revenant un autre soir », détaille Claudia Courtial.Â
La chanson française, c'est cool
Pour la coordinatrice, le problème viendrait aussi de ce que les publics imaginent en entendant l'expression "chanson française". Le professeur et chercheur Joël July, dans son article académique Chanson française contemporaine : état des lieux communs publié en 2012 dans la revue Fixxion, questionnait déjà « le dédain pour une chanson française vieillissante » reposant sur une conception englobant seulement les artistes de « l'âge d'or de la chanson française » parmi lesquels Alain Souchon ou Francis Cabrel par exemple. Rien à voir avec Les Chants de mars ? Pour Claudia Courtial, « le seul point commun entre tous les artistes qu'on va programmer, c'est qu'elles et ils chantent en français : rap, rock, formes hybrides, art du drag et chanson française plus "classique" : l'idée est que tout le monde puisse y trouver son compte, et, en sus, quelques découvertes. C'est aussi pour ça qu'on a proposé la soirée avec MPL, ou celle avec Sam Sauvage qui sont à la fois identifiés "chanson française" mais aussi pop ». Elle cite aussi la soirée du 14 mars à la Rayonne, organisée par un groupe d'ados qui, accompagné·es par les équipes du festival, se sont exercé·es à la communication, à la régie, à la production et à la programmation. Elles et ils ont choisi d'inviter l'étoile montante de la chanson française en partie révélée par les réseaux sociaux, Zélie, les rockeurs grunge de Salut l'orage, et le rappeur local Mister Switch.
À lire aussi dans Le Petit Bulletin :
• 20 ans des Chants de mars avec Terrenoire, Sheng, Zélie, Sam sauvage, MPL
• Sheng, « j'aime bien chouiner, mais en dansant ! »
Autre nouveauté : le format des 24h du mot prendra une forme originale pour célébrer ses dix ans. Le festival investira cette fois-ci le Transbordeur, dans une forme augmentée, avec des invités qui ont marqué les éditions passées. Comme chaque année, il sera proposé à 24 artistes de se mettre par groupes de 3, sans se connaître, et d'écrire et composer en 24 heures une chanson avec un thème imposé et quelques contraintes d'écriture. Avec restitution en live, bien entendu.
Les Chants de mars
Du 12 au 28 mars 2026, dans toute la métropole ; de 0 à 33 €Â
