Une Nuit de la lecture... interdite aux moins de 16 ans !

Interview | "La Nuit des lectures interdites" s’annonce brûlante à plus d’une ligne. Initiée par le ministère de la culture, sa déclinaison grenobloise traitera de la censure, politique comme érotique. Rencontre avec Carine D’Inca, organisatrice du Printemps du livre et porteuse du projet, pour en savoir plus sur le déroulé de la soirée et les auteurs choisis (comme la romancière turque récemment libérée Asli Erdogan).

Charline Corubolo | Mardi 10 janvier 2017

Photo : Charline Corubolo


Samedi 14 janvier aura lieu à Grenoble "La Nuit des lectures interdites". De quoi s'agit-il ?

La manifestation nationale s'intitule "La Nuit de la lecture", et pour Grenoble, nous l'avons baptisée "La Nuit des lectures interdites". Comme on est un peu pris par le temps, il y a un seul événement à la bibliothèque du centre-ville. Ça sera plus développé l'année prochaine et avec différents axes.

Avec l'équipe du Printemps du livre, les comédiens du collectif Troisième bureau et un noyau de bibliothécaires, on s'est ainsi dit : "si on faisait un truc pour les adultes, voire poussons le truc un peu loin en interdisant la soirée aux enfants". D'où les lectures interdites aux moins de 16 ans. Mais on s'amuse avec ça en fait, ça ne peut pas être très dangereux d'entendre des textes.

Et du coup, que recouvre cette expression de "lectures interdites" ?

On s'est orientés sur des lectures interdites au sens large, ce qui ouvre le champ à des textes érotiques mais aussi politiques, d'hier et d'aujourd'hui, car il y a différentes sortes d'interdits. De tout temps, il y a eu des textes décriés, censurés, soit parce que ce n'était pas correcte politiquement par rapport au pouvoir en place, soit pour outrage aux bonnes mœurs. On joue sur ces différents paliers.

Comment se déroulera de la soirée ?

Il y aura trois comédiens professionnels du collectif Troisième bureau ainsi qu'un petit groupe de bibliothécaires, pour compléter les forces, qui feront des lectures. On est en train de creuser les textes, en cherchant à toucher un public large et en le sollicitant pour qu'il nous propose des romans.

Mais on souhaite aussi toucher les gens individuellement, en se rappelant nos propres lectures interdites. Des livres qu'on a lus alors qu'ils ne nous étaient pas destinés. On invite donc le public à raconter des souvenirs de lectures interdites et à discuter autour du plaisir ressenti en transgressant cet interdit.

Et pour que ça soit convivial, on demande aux gens d'amener leur fruit défendu, les textes en question ou de quoi grignoter, ou même les deux. Les lectures seront ainsi coupées par des moments d'échanges.

Pouvez-vous nous donner quelques noms d'auteurs qui seront lus, même si la sélection est encore en cours ?

Côté censure contemporaine, s'il y a bien une auteure pas loin de chez nous dont on veut faire taire la voix d'écrivaine et de journaliste, c'est Asli Erdogan. À savoir qu'on ne se découvre pas des affinités avec cette auteure seulement aujourd'hui, elles existent depuis longtemps puisqu'on l'avait fait venir à Grenoble il y a quelques années. C'est une belle manière de faire entendre ces voix, qui dans leur pays sont bridées.

On lira aussi des extraits du livre Le Messie du Darfour d'Abdelaziz Baraka Sakin. Il a été expulsé de son pays à cause de ses écrits, mais son livre circule sous le manteau dans les camps de réfugiés au Darfour.

On entendra également du Nicolas Genka. Il parle notamment de pédophilie et de pédophilie homosexuelle. Ce ne sont pas des textes faciles mais entendre des extraits pour leur qualité littéraire et dans le gênant de leur propos, c'est intéressant. La littérature, ce n'est pas quelque chose de lisse, ça peut perturber, déranger.

Il y aura aussi du Pierre Guyotat, avec Eden Eden, texte censuré jusqu'au début des années 1980 ; Genet car c'est bien de s'appuyer sur des classiques. Et des femmes avec Violette Leduc, Colette, mais aussi Annie Ernaux, dont les livres ont fait sacrément scandale car c'est de l'autofiction.

Et aussi du Sade, du Baudelaire, du Boris Vian, du Stendhal… Une soirée de lecture assez hétérogène dans les styles, le but étant d'amener des commentaires pour expliquer la censure.

Quels sont les objectifs de cette nuit ?

Avec le Printemps, on a développé des moments de lecture. Ce sont des beaux moments de partages autour de la littérature. La faire porter par un comédien ou un auteur et être plusieurs à l'entendre pour échanger ensuite, c'est une proposition qui plaît au public.

La lecture, c'est quand même une pratique essentiellement solitaire et pourtant on a des choses à dire dessus. C'est extrêmement stimulant pour les lecteurs de confronter leurs avis, leurs impressions. Puis la lecture par les auteurs ou des comédiens ouvre des portes, c'est une façon de saisir les textes autrement.


La nuit des lectures interdites

Des textes classiques ou méconnus, interdits ou censurés, lus par les comédiens du collectif Troisième bureau. Soirée ponctuée de lectures des écrits de Asli Erdogan.
Bibliothèque centre-ville 10 rue de la République Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Troisième Bureau entretient la flamme

Théâtre | Le comité de lecture du collectif artistique grenoblois a publié, fin février, la liste des textes qu’il a retenus pour cette année. L’occasion pour nous de solliciter Bernard Garnier, coordinateur artistique, afin de faire un point complet sur son fonctionnement et son actualité, en attendant les prochaines représentations publiques.

Martin de Kerimel | Vendredi 12 mars 2021

Troisième Bureau entretient la flamme

Quelle présentation feriez-vous de Troisième Bureau ? Bernard Garnier : Le collectif a été créé il y a une vingtaine d’années, autour principalement de professionnels du théâtre (comédiens, metteurs en scène, auteurs, scénographes… entre autres). Au départ, il y a un constat : les écritures théâtrales contemporaines restent peu représentées sur les scènes des théâtres subventionnés. Nous aimons jouer les classiques, mais disons que le théâtre contemporain a une manière d’interroger le monde autrement, avec une langue d’aujourd’hui. C’est son intérêt et sa force. Comment travaillez-vous ? Très modestement, notre idée est de mener un travail de groupe en parallèle des projets personnels de chacun, afin de pouvoir faire découvrir ces œuvres au milieu professionnel et de les partager avec le public. Avec Troisième Bureau, nous avons commencé à lire ensemble des pièces contemporaines et à nous réunir pour en discuter. Nous avons ensuite mis en place un certain nombre d’actions, la plus emblématique étant sans doute le festival Regards croisés, qui invite chaque année des auteurs et autrices pour des lectures, rencontres, ateli

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Regards croisés : quand le théâtre répond (au) présent

Festival | Dix-neuvième édition pour le festival grenoblois Regards croisés dédié au théâtre qui s’écrit aujourd’hui. Avec, pendant cinq jours dans le Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d’en-bas, des lectures en scène de textes contemporains choisis par le collectif Troisième bureau. On a lu tout ça en amont. Spoiler : il y a du très bon.

Aurélien Martinez | Lundi 13 mai 2019

Regards croisés : quand le théâtre répond (au) présent

« Non c’est non » : c’est avec un tel cri de ralliement que s’avance cette année le « festival des nouvelles écritures théâtrales » Regards croisés, qui met en avant depuis presque vingt ans les auteurs et autrices qui, aujourd’hui, écrivent du théâtre. Une phrase en lien avec l’actu (notamment la question du harcèlement sexuel) qui interpelle. Et qui résonne avec les textes les plus percutants de cette nouvelle édition de l’événement porté par le collectif grenoblois Troisième bureau. On pense notamment au Cinglée de l’autrice Céline Delbecq, qui sera lu samedi 18 mai à 18h. Un drame de poche centré sur une femme de 59 ans qui, un jour, prend conscience en lisant un journal que les violences conjugales ne sont pas un petit phénomène. Elles sont même un « génocide ». « Alors Marta s’est dit qu’elle garderait les deux articles, celui de Carmen et celui de Florence, et qu’elle retiendrait leurs noms, ensemble. Et qu’elle retiendrait les noms de toutes celles qui suivraient, s’il y en avait d’autres qui suivaient. »

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Le Printemps du livre : « C'est génial de fédérer autant d'auteurs dans un si bel endroit »

Festival | Et revoici le Printemps du livre pour une dix-septième édition, mais surtout une cinquième organisée en grande partie au sein du prestigieux Musée de Grenoble (en accès libre pour l’occasion). Un déménagement qui a conduit la manifestation sur d’autres terrains artistiques, même si son essence (faire rencontrer au public des auteurs et des autrices) est toujours là comme nous l’a expliqué la directrice du Printemps Carine D’Inca.

Aurélien Martinez | Lundi 18 mars 2019

Le Printemps du livre : « C'est génial de fédérer autant d'auteurs dans un si bel endroit »

Depuis 2015, le Printemps du livre a établi son camp de base dans le Musée de Grenoble, ce qui a dû vous changer… Carine D’Inca : Oui, et c'est génial de fédérer autant d'auteurs dans un même endroit ! Même si je dois dire que quand la Ville nous a annoncé qu'on quittait le chapiteau du Jardin de Ville qui tenait lieu de librairie, j'ai été un peu réticente comme j'avais le sentiment qu'on allait perdre une manière de capter un public qui venait par hasard. Mais très vite, quand on nous a expliqué que le nouvel endroit serait le Musée de Grenoble, l'un des plus beaux de France, on s'est dit que ça allait ouvrir de nombreuses perspectives. Et je n'avais pas mesuré à quel point ce serait vrai. En quoi ce déménagement a-t-il influé sur la programmation ? Pour moi, il était évident qu'il fallait qu'on trouve du sens au fait qu'un festival littéraire s'installe dans un musée dit des beaux-arts : il ne fallait pas qu’on habite le lieu comme si c'était une salle des fêtes quelconque. Notre chance a été d'avoir des interlocuteur

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Sarah Kane : l’amour et la violence

Lecture | Mercredi 13 février à l'Amphidice, on aura droit à une lecture de la pièce "L’Amour de Phèdre" de la mythique dramaturge anglaise. On vous en dit plus.

Nathalie Gresset | Mardi 5 février 2019

Sarah Kane : l’amour et la violence

Mercredi 13 février, pour la cinquième année consécutive, le collectif grenoblois Troisième bureau et l’Université Grenoble Alpes célèbreront le théâtre contemporain avec une soirée de lecture autour de Sarah Kane, dramaturge britannique morte il y a vingt ans à l’âge de 28 ans. Pour l’occasion, Florent Barret-Boisbertrand, metteur en scène et comédien grenoblois, mettra en voix L’Amour de Phèdre, œuvre inspirée du mythe de l’amour de Phèdre pour Hippolyte magnifié notamment par Racine au XVIIe siècle. « Je m’intéresse aux réécritures contemporaines des mythes et c’est ce que Sarah Kane nous propose ici, avec un parti pris assez singulier, assez noir qui me plaît beaucoup. » Pour lui, l’œuvre de Sarah Kane est « fulgurante » : la dramaturge anglaise a ainsi écrit cinq pièces, qui « sont toujours autant montées aujourd’hui et pourtant difficiles à mettre en scène car Sarah Kane dépeint des rapports d’une extrême tension, brutalité, surtout dans L’Amour de Phèdre. Il règne un certain mystère autour de son écriture et la dimension de violence qui émane de son théâtre m’interroge bea

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Festival Regards croisés : silence, on lit

Théâtre | C’est parti pour la 18e édition du festival Regards croisés consacré aux nouvelles écritures théâtrales. Rendez-vous au Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d'en-Bas de Grenoble pour, pendant une semaine, découvrir le théâtre qui s’écrit aujourd’hui.

Aurélien Martinez | Vendredi 18 mai 2018

Festival Regards croisés : silence, on lit

Le théâtre, ce n’est pas que des auteurs morts depuis bien longtemps : une accroche d’article que l’on a dû utiliser au moins 1258 fois depuis la création du Petit Bulletin, mais qui fonctionne à chaque fois pour expliquer l’activité du collectif grenoblois Troisième bureau. Et, surtout, de son festival Regards croisés en place depuis 2001. Soit, pendant une semaine, des lectures de textes contemporains de théâtre par des comédiens et comédiennes professionnels devant un public et les auteurs et autrices sélectionnés venus de pays francophones et d’ailleurs (d’où la présence de traducteurs et traductrices). Chaque année, les spectateurs se confrontent ainsi à une langue on ne peut plus vivante, et découvrent en avant-première des œuvres que l’on pourra peut-être, dans quelque temps, retrouver sur les planches. La sélection de cette édition est, comme à chaque fois, variée, mêlant pièces courtes et longues, univers contemporains ou plus fantastiques, écritures au plus près du réel

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Marine Bachelot Nguyen : une autrice dans la ville

Théâtre | À partir du 25 avril, l’autrice et metteuse en scène de théâtre Marine Bachelot Nguyen sera en résidence d’écriture à Grenoble pour deux mois, à l’invitation de la MC2 et du collectif Troisième bureau. L’objectif ? Démontrer que le théâtre s’écrit également au présent.

Alice Colmart | Lundi 23 avril 2018

Marine Bachelot Nguyen : une autrice dans la ville

Le théâtre, ce n’est pas que des textes d’auteurs morts, ce que le collectif Troisième bureau et la MC2 démontrent une nouvelle fois en accueillant en résidence à Grenoble Marine Bachelot Nguyen dans le cadre de son projet d’écriture Circulations Capitales, qu’elle présentera vendredi 27 avril à la cantine de la MC2. Pendant les deux mois de sa résidence d’écriture, travail plutôt solitaire, l’autrice et metteuse en scène proposera différents événements publics tant à la MC2 que lors de Regards croisés, festival sur les écritures théâtrales contemporaines organisé fin mai au Nouveau Théâtre Saint-Marie-d’en-Bas par Troisième bureau. Une aventure enthousiasmante pour Bernard Garnier, coordinateur du collectif : « Tout l’intérêt est de mettre en avant une autrice qui traite de thématiques actuelles. » « Se laisser chahuter par les auteurs d’aujourd’hui » Éminemment «

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"Regards croisés" : théâtre d’aujourd’hui mon amour

Festival | Zoom sur la nouvelle édition du festival centré sur les écritures théâtrales contemporaines (avec des lectures), organisé cette année du mercredi 17 au lundi 22 mai au Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas

Aurélien Martinez | Mardi 16 mai 2017

Ces dernières années, le festival Regards croisés, dédié à la promotion des écritures théâtrales contemporaines (un noble but, vu que les auteurs morts depuis des lustres ont toujours les faveurs uniques de nombreux metteurs en scène), se déroulait dans le Théâtre 145. Mais ça, c’était avant ; avant que la Ville de Grenoble ne déloge le collectif Tricycle qui gérait le lieu. Le collectif Troisième bureau, qui pilote Regards croisés, a donc décidé de partir lui aussi pour montrer son mécontentement. Le voici du coup qui s’installe cette semaine dans le Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas dirigé depuis presque deux ans par Antonio Placer. Si ce déménagement va conduire à des changements de scénographie (fini la table au centre de la salle), l’esprit du festival va, lui, rester le même : la découverte six jours durant de plumes d’aujourd’hui via d

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« Pour un "Troisième théâtre" dédié aux auteurs vivants‌ »

Tribune | Alors que la nouvelle édition de Regards croisés, festival centré sur les écritures théâtrales contemporaines, commence ce mercredi 17 mai au Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas, nous avons proposé au collectif Troisième bureau qui l’organise de nous expliquer pourquoi, pour paraphraser Roland Blanche‌, « lire les auteurs vivants, c'est comme manger chaud, c'est meilleur ».

Bernard Garnier, coordinateur artistique du collectif Troisième Bureau | Lundi 15 mai 2017

« Pour un

Où sont les autrices et les auteurs dramatiques de notre époque ? Quoi de neuf sur les scènes des théâtres depuis Shakespeare, Molière, Marivaux, Tchekhov, Brecht, Beckett… ? Cette question, qui semblerait saugrenue dans la plupart des pays européens, reste « dramatiquement » d’actualité en France. C’est celle que nous nous sommes posée il y a dix-sept ans. « Nous », une bande réunissant professionnel-le-s du théâtre, du livre ou de l’éducation, curieux d’un théâtre qui s’écrit maintenant, d’un théâtre qui aborde les problématiques de notre époque, avec une langue d’aujourd’hui. Nous n’av[i]ons rien contre les textes du répertoire, mais comme le déclarait déjà l’auteur Bernard-Marie Koltès dans une série d’entretiens il y a une trentaine d’années (1), « ce n’est pas vrai que des auteurs qui ont deux ou trois cents ans racontent des histoires d’aujourd’hui. On peut toujours trouver des équivalences, mais on ne [me] fera pas croire que les histoires d’amour de Lisette et Arlequin sont contemporaines ; aujourd’hui l’amour se dit autrement, donc ce n’est pas le même ». Ne pas s'endormir

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La pièce "Arlette" d’Antoinette Rychner sera lue lundi au Petit Angle

Lecture | Lundi 13 mars à 19h30, le Petit Angle, maison du collectif Troisième bureau (dédié au théâtre contemporain), accueillera sept très bons comédiens grenoblois pour la (...)

Aurélien Martinez | Mardi 7 mars 2017

La pièce

Lundi 13 mars à 19h30, le Petit Angle, maison du collectif Troisième bureau (dédié au théâtre contemporain), accueillera sept très bons comédiens grenoblois pour la "lecture en scène" d’une drôle de pièce : Arlette d’Antoinette Rychner. La Suisse a ainsi écrit, en français, une curieuse fable familiale qui ouvre de nombreuses portes, notamment surnaturelles. Une lecture qui sera donnée dans le cadre de la résidence d’écriture de deux mois proposée par Troisème bureau et la MC2 à l’auteure née en 1979.

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En mai, le festival Regards croisés s'installera au Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d’en-bas

ACTUS | L’événement dédié à la découverte du théâtre contemporain (via des lectures publiques) du collectif Troisième bureau va changer de crémerie pour sa prochaine édition (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 6 janvier 2017

En mai, le festival Regards croisés s'installera au Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d’en-bas

L’événement dédié à la découverte du théâtre contemporain (via des lectures publiques) du collectif Troisième bureau va changer de crémerie pour sa prochaine édition prévue du 17 au 22 mai. Alors qu’il avait auparavant lieu au Théâtre 145, le festival se déplacera au Nouveau Théâtre Sainte-Marie-d’en-bas d’Antonio Placer, Bernard Garnier et son équipe ayant ainsi souhaité manifester leur désaccord avec le nouveau projet conçu par la Ville de Grenoble et le Théâtre municipal pour le 145 (et le Poche). On en reparle en temps voulu.

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Regards croisés : « Rouvrir la porte des théâtres aux auteurs »

SCENES | Revoici Regards croisés, festival organisé par le collectif Troisième bureau et dédié aux écritures théâtrales contemporaines. Huit journées pour, notamment, rencontrer des auteurs et, surtout, écouter leurs pièces. À la veille de la seizième édition, on a voulu revenir aux bases avec Bernard Garnier, l’un des fondateurs de Troisième bureau.

Aurélien Martinez | Mardi 17 mai 2016

Regards croisés : « Rouvrir la porte des théâtres aux auteurs »

Comment présenter le festival Regards croisés à un néophyte ? Bernard Garnier : C'est un endroit où l’on nous raconte des histoires écrites par des auteurs de théâtre d'aujourd'hui et qui parlent du monde tel qu'il est aujourd'hui. C'est un lieu d'écoute, de discussions, d'échanges… Le théâtre serait un art trop tourné vers le passé, avec les mêmes auteurs du répertoire constamment mis en scène ? Non, je ne crois pas que ça soit ça. Quand on va voir des pièces dites classiques comme celles de Shakespeare ou Molière, on nous dit toujours – et c'est vrai – qu'elles font écho à notre monde, avec une langue très forte qui a traversé les époques. Mais les auteurs d'aujourd'hui travaillent une langue sans doute plus proche de nous, qui dit des choses de notre actualité. Le futur Shakespeare ou le futur Molière est donc peut-être reçu cette année à Regards croisés ? Ça, on le saura dans 200 ou 300 ans ! Votre événement n’est pas que franco-français… Oui, on est ouverts sur le monde, même si on porte un regard attentif sur les auteur

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« Écrire du théâtre, c’est écrire sur ce qui ne va pas »

SCENES | Chaque année, le festival Regards Croisés propose de découvrir des textes de dramaturges contemporains méconnus du public français, au cours de soirées lectures. Pour sa quatorzième édition, le festival fait la part belle aux femmes et aux auteurs d’Europe de l’Est. Rencontre avec Bernard Garnier, l’un des fondateurs du collectif. Propos recueillis par Guillaume Renouard

Guillaume Renouard | Vendredi 16 mai 2014

« Écrire du théâtre, c’est écrire sur ce qui ne va pas »

La lecture de textes contemporains de théâtre est un exercice plutôt pointu. Quel est le profil des spectateurs qui fréquentent habituellement le festival ? Bernard Garnier : Difficile de répondre, car nous n’avons jamais effectué d’enquête approfondie sur le profil de notre public. Néanmoins, nous pourrions être préoccupés s’il ne se renouvelait pas. Or, comme il s’agit d’une petite salle, avec une centaine de personnes par soir, on finit par retenir les visages, et on s’aperçoit qu’il y a bel et bien un renouvellement d’année en année, ce qui nous satisfait. Il ne s’agit d’ailleurs pas forcément de gens qui vont beaucoup au théâtre, puisque la lecture est différente, plus radicale, plus dépouillée. Tous les auteurs présentés sont des auteurs contemporains et plutôt confidentiels, tout du moins en France. Comment faites-vous pour les repérer, puis pour les sélectionner ? Ciblez-vous des zones géographiques particulières, comme l’Europe d

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Haut les mots

SCENES | C’est parti pour dix jours de Regards croisés, festival pendant lequel le Théâtre 145 va se transformer au sens propre comme au figuré en agora dédiée aux (...)

Aurélien Martinez | Mardi 13 mai 2014

Haut les mots

C’est parti pour dix jours de Regards croisés, festival pendant lequel le Théâtre 145 va se transformer au sens propre comme au figuré en agora dédiée aux écritures théâtrales contemporaines. Au sens propre car l’équipe du collectif Troisième bureau, aux manettes depuis treize ans, explose la structure habituelle du théâtre du cours Berriat, plaçant au centre du lieu une immense table autour de laquelle les comédiens lisent les pièces défendues. Le public, quant à lui, se retrouve aux quatre coins du ring. Et au sens figuré car, cette année encore, les organisateurs ne chamboulent en rien leur ambitieuse mission : porter sur le devant de la scène la parole de nouveaux auteurs venus de tous les pays, pour la faire découvrir aux oreilles attentives et aux valeureux metteurs en scène qui accepteraient de laisser de côté Molière & co. Une quatorzième édition riche en propositions qui nous ont interpellés. Sur la première semaine du festival (on évoquera la seconde dans le prochain numéro), on retient avec toute la subjectivité qui nous caractérise la soirée du vendredi autour du texte du Suédois Marcus Lindeen sur deux hommes qui ont changé de sexe. Du théâtre-documentai

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La parole est aux auteurs

SCENES | Le théâtre tourne toujours autour des mêmes auteurs – souvent morts depuis des années d’ailleurs. Le collectif grenoblois Troisième bureau n’est pas d’accord avec ça, et essaie de changer la donne, en mettant en avant de nouvelles écritures théâtrales. Zoom sur la treizième édition de Regards croisés, et les textes qui seront lus au public. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 29 avril 2013

La parole est aux auteurs

« On peut s’étonner de la récurrente difficulté que rencontrent, aujourd’hui encore, les auteurs "vivants" à voir leurs textes passer au plateau. Une sorte "d’inertie"  – déplorée unanimement, ce qui devrait surprendre – tend à annihiler toutes velléités de monter les pièces d’auteurs forcément inconnus puisque ignorés. » Cette phrase, piochée dans l’édito annonçant la nouvelle édition de Regards croisés, résume parfaitement la mission du collectif Troisième bureau – à savoir mettre en avant les nouvelles écritures théâtrales. D’où un festival entièrement centré sur le verbe, avec de nombreuses lectures d’œuvres venant de France, d’Europe et d’ailleurs. Une sélection cette année on ne peut plus erratique, entre auteurs qui tombent dans tous les clichés du théâtre contemporain, et d’autres beaucoup plus inspirés. Bien sûr, c’est sur ces derniers que l’on a choisi de s’attarder ! Vive le jeudi Passons rapidement sur Gilles Granouillet, auteur à succès qui a souvent collaboré avec le metteur en scène François Rancillac (le dernier exe

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Lues et approuvées

SCENES | "Regards croisés", le traditionnel festival grenoblois consacré au théâtre contemporain, revient pour la douzième fois. Avec une sélection très jeune et homogène. AM

Aurélien Martinez | Vendredi 11 mai 2012

Lues et approuvées

« Le théâtre est un des derniers lieux où nous pouvons encore nous questionner sur notre sort collectif en réinterrogeant sans cesse notre place dans la société lors d’un rassemblement, le temps d’une (re)présenation » écrit Magali Mougel, auteure associée à Troisième bureau, pour introduire l’évènement Regards croisés. Une assertion, discutable dans les deux sens (reste-t-il si peu de lieux de la sorte ? et surtout, le théâtre réinterroge-t-il constamment notre place dans la société ?), qui illustre à merveille la philosophie qui anime l’équipe de Troisième bureau, collectif pluridisciplinaire qui s’est donné pour mission de promouvoir et défendre les écritures théâtrales contemporaines. Sur cinq soirs, des pièces d’hommes et de femmes bien vivants seront lues par différents comédiens, dont certains souvent vus dans la sphère théâtrale grenobloise. Des moments qui se termineront à chaque fois par le traditionnel Café des auteurs, pour rencontrer ceux qui ont composé les textes choisis. Ma cité va craquer « Par où commencer ? » : tel est le titre de cette douzième édition du festival, qui a invité des dramaturges à la vision assez som

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Ecoute-moi

SCENES | THÉÂTRE / En cette année 2011 marquant les 150 ans de l’unité italienne, le collectif grenoblois Troisième bureau propose une semaine de spectacles, lectures (...)

François Cau | Lundi 14 novembre 2011

Ecoute-moi

THÉÂTRE / En cette année 2011 marquant les 150 ans de l’unité italienne, le collectif grenoblois Troisième bureau propose une semaine de spectacles, lectures et rencontres bilingues, avec Marco Baliani (photo) et Laura Curino, deux écrivains italiens majeurs du théâtre-récit. Le théâtre-récit est une forme artistique née en Italie il y a une vingtaine d’années, qui élabore un schéma narratif différent (avec notamment le recours à un acteur-narrateur) pour que le spectateur focalise son attention uniquement sur le texte. Un procédé radical dont on a pu avoir un aperçu partiel en 2009 à la MC2, avec la mise en scène de La Fabbrica d’Ascanio Celestini. Au cours de cette semaine très riche, sera entre autres lue la pièce Corps d’État, l’affaire Moro de Marco Baliani : une œuvre où l’auteur, proche au début des années 70 de la gauche extra-parlementaire italienne, convoque ses propres souvenirs sur l’enlèvement puis l’assassinat d’Aldo Moro par les Brigades rouges en 1978, et la scission que cela créa dans le pays. « Et pourtant nous étions tous issus de ce même besoin d’égalité et de justice, nous étions tous issus de ce même grand rêve. » En relatant subjectivement les faits dans u

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Rire de peur que…

SCENES | ZOOM / Le festival Regards croisés fête ses dix ans, avec une édition diablement intéressante au vu des auteurs et des textes retenus. Avant de vous en dire plus sur les différents artistes, on est allés questionner Bernard Garnier, le maître de cérémonie de ce temps fort mené autour des écritures théâtrales d'aujourd'hui. Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 21 mai 2010

Rire de peur que…

Petit bulletin : Le thème de cette nouvelle édition de Regards croisés est "Hé ! Hé !". Ça semble plus joyeux que les précédentes !Bernard Garnier : C’est ce que l’on souhaitait. Même si je ne suis pas sûr que le monde soit beaucoup plus gai que l’année dernière, et que l’on aille vers des printemps qui chantent. C’est donc plus une attitude par rapport au monde, à ce qui nous environne. On peut ainsi évoquer derrière ce "Hé ! Hé !" l’idée de rébellion, de résistance… Car ce "Hé ! Hé !" mis en avant n’est pas du tout un rire de dérision, de moquerie ou d’ironie, mais un rire presque provocateur : tant que l’on rit, on est en vie. Cette idée se matérialise dans les pièces retenues, qui manient beaucoup l’absurde…En choisissant les textes, on n’a pas tout de suite la vision globale. On avait ainsi commencé avec Nez rouges, peste noire, le texte de Peter Barnes [écrivain anglais mort en 2004, NDLR] l’un des évènements de ce festival. Ça a rapidement été l’inspirateur de cette édition puisqu’au départ, on parlait de catastrophe joyeuse. Pourtant, au final, tous les textes ne parlent pas de catastrophe joyeuse, d’

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Parle avec eux

CONNAITRE | Pendant une semaine, chaque soir, un texte de théâtre contemporain sera lu avec soin par le collectif grenoblois Troisième bureau. L’occasion de découvrir des univers et des auteurs passionnants, autour du thème de la désertion. Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 15 mai 2009

Parle avec eux

On déserte. Bye bye, on prend la porte, on quitte ce monde de dingues, sans se retourner et sans même une once de nostalgie. Pourquoi soudainement tant de révolte et de bouillonnement dans nos petits corps d’êtres humains d’habitude si prosaïques? Tout simplement parce que la désertion est le thème de cette neuvième édition du festival « Regards croisés sur les nouvelles dramaturgies » de nos amis de Troisième bureau. Et là, une petite présentation s’impose : formé en 2000, Troisième Bureau est « un collectif artistique pluridisciplinaire réunissant comédiens, auteurs, metteurs en scène […] qui œuvre à une diffusion “critique” des écritures théâtrales d’aujourd’hui ». Le festival évoqué ci-dessus est ainsi l’aboutissement d’un travail annuel prolifique mené autour de lectures publiques mensuelles. « La lecture peut être un moyen de découvrir un texte » nous explique Bernard Garnier, coordinateur de projet et comédien. Écouter un texte de théâtre simplement lu plutôt que de le voir mis en scène permettrait de mieux l’appréhender ? « Mieux je ne sais pas, mais différemment sans doute. On a fait une enquête auprès des auteurs présents l’an dernier, et

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Festival Regards croisés: notre sélection

CONNAITRE | On a lu les textes, on les a aimé, on vous en cause. AM

François Cau | Vendredi 15 mai 2009

Festival Regards croisés: notre sélection

Lyrisme social« La seule façon d’aimer quelqu’un, c’est de le tuer » fait dire l’auteure américaine Naomi Wallace à l’un de ses personnages d’Au pont de Pope Lick. Sur ce pont passe chaque soir, à la même heure et à toute vitesse, une locomotive, « monstre suant, fumant, brûlant de promesses ». Une jeune fille la défie de temps à autre, en traversant les voies à son passage, et entraîne dans cette course suicidaire un jeune garçon. Dans ce texte fort (qu’on imagine renforcé par l’oralité), Naomi Wallace arrive à dépeindre avec pudeur et lyrisme ce qu’il se trame dans la tête de ces gamins paumés et désespérés, en les confrontant aux désillusions du monde environnant (les États-Unis de 1936, en pleine dépression). Du grand théâtre aux résonances sociales percutantes. L’un de nos coups de cœur de ce festival.AU PONT DE POPE LICKVendredi 29 à 20h. Trash & coUn récit fait de longs monologues, débités, jetés, crachés par trois personnages (deux femmes et un homme, nommés seulement par une lettre) déglingués par la vie, engloutis dans la noirceur d’un Dublin des bas-fonds. Grâce à une écri

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Pauvres sans retour

SCENES | Lecture / La pièce Cinq hommes, commande de la Compagnie Théâtrale Müh au dramaturge australien Daniel Keene, fut montée en 2003 au Théâtre du Rond-Point par (...)

| Mercredi 17 janvier 2007

Pauvres sans retour

Lecture / La pièce Cinq hommes, commande de la Compagnie Théâtrale Müh au dramaturge australien Daniel Keene, fut montée en 2003 au Théâtre du Rond-Point par cette même compagnie. Troisième Bureau choisit judicieusement cette pièce pour sa deuxième lecture : la pièce offre une illustration on ne peut plus contemporaine de la thématique de l'exil, thématique choisie cette année par le collectif. Dans ce texte écrit en 2002, la situation de départ s'avère malheureusement très commune : en Europe des ouvriers immigrés clandestins (venus pour raisons économiques et/ou politiques), s'échinent à construire un mur pour le compte d'un patron sans scrupules. Un mur absurde, dont on ne connaîtra jamais la raison de son existence, revêt là, un caractère éminemment symbolique. Il est la frontière infranchissable entre pays riches et pauvres, entres niveaux sociaux, entre domination et exploitation. Sur le chantier, lieu également symbolique car no man's land caché du monde, Luca l'albanais, Samir l'algérien, Edvard le slovène, Slavko le serbe, et Janos le hongrois, personnages abandonnés, apprennent à vivre ensemble, à se respecter, à se soutenir, à se connaître. Une solidarité, une humanité t

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