Festival des Maudits Films : la passion du bis

Onzième édition pour le Festival des Maudits Films, qui revient du mardi 22 au samedi 26 janvier au cinéma Juliet-Berto avec une équipe renouvelée mais un objectif inchangé : faire découvrir l’époustouflante richesse du cinéma bis à travers un vaste panorama d’œuvres souvent méconnues. Et passées au crible par nos soins ci-dessous, histoire de vous repérer au sein de cette programmation foisonnante.

Les apparences sont parfois trompeuses : le plus ancien des films projetés cette année dans le cadre du festival, Les Chasses du comte Zaroff (1932 ; à voir mercredi 23 janvier à 20h) d’Irving Pichel et Ernest B. Schoedsack, est également l’un des plus rythmés et des plus palpitants. Tourné en même temps, dans les mêmes décors et par la même équipe que le mythique King Kong, cette aventure à mi-chemin entre thriller horrifique et récit d’aventure accumule en l’espace d’à peine 63 minutes les moments de bravoure avec une grâce infinie. On est donc là sur l'un des immanquables de cette nouvelle édition du Festival des Maudits Films.

Tout comme cette autre pépite : Des monstres attaquent la ville (1954 ; vendredi 25 à 18h) de Gordon Douglas, avec sa colonie de fourmis géantes issues d’une mutation génétique, qui reste sans doute l’une des plus grandes réussites de la vague de films de science fiction surfant sur la peur du nucléaire en vogue dans les années 1950.

Toujours dans le registre des bestioles géantes, c'est un peu moins le cas du Monde perdu (1960 ; samedi 26 à 18h) d’Irwin Allen, adaptation du roman éponyme de Sir Arthur Conan Doyle sur la découverte d’une zone isolée d’Amazonie peuplée de monstres préhistoriques, qui accuse déjà nettement plus le poids des années. Il n’est néanmoins pas interdit de trouver un certain charme à ses varans déguisés à la va-vite en dinosaures.

Un charme qu’on retrouve également dans le très touchant (mais un peu raté) La Revanche de King Kong (1967 ; vendredi 25 à 20h) dans lequel le réalisateur de Godzilla Ishiro Honda croise les codes du film de monstres japonais (le "kaiju eiga") à ceux des récits d’espionnage de l’époque.

Psychédélisme et volupté

Mais les Maudits Films, ce ne sont pas que des monstres. La preuve avec le très rare Salomé (1972 ; jeudi 24 à 20h) du dramaturge italien Carmelo Bene, qui revisite la figure clé du Nouveau Testament dans un incroyable film psychédélique d’une beauté à couper le souffle. Une expérience de cinéma radicale où la narration devient un concept très flou, mais qui s’impose comme un choc esthétique sans commune mesure. Et, à notre humble avis, comme LE film de la programmation à ne rater sous aucun prétexte pour les amateurs de cinéma "différent".

Psychédélisme toujours avec le film-culte d’Alejandro Jodorowsky El Topo (1972 ; mardi 22 à 20h), western halluciné sur la quête mystique d’un mystérieux pistolero vêtu de noir. Une œuvre phare du cinéma des années 1970 certes un peu bancale mais qui, en dépit de ses longueurs, vaut cependant le détour pour la force graphique de certaines scènes et son caractère assez unique dans l’histoire du cinéma.

Dans un registre plus mineur, mais non dénué d’intérêt pour autant, on retiendra également la coproduction germano-britannique Circus of Fear (1966 ; jeudi 24 à 22h) de John Llewellyn Moxey, dans lequel le butin d’un braquage caché dans un cirque ambulant entraîne une sanglante série de meurtres, et deux films d’exploitation américains très 70s, Soleil de feu (1979 ; mercredi 23 à 18h) et Barracuda (1978 ; vendredi 25 à 22h).

Pop-corn et mauvais goût

On ne va pas se le cacher, pour une bonne partie des spectateurs, le Festival des Maudits Films, c’est avant tout du mauvais goût, de l’outrance et des éclats de rire. Et dans ce domaine, il y aura également de quoi faire avec notamment le classique "camp" Pink Flamingos (1972 ; samedi 26 à 20h) de John Waters, dans lequel la drag queen Divine va devoir faire face à une concurrence acharnée pour conserver son titre de « personne la plus immonde vivante ». Compensant un budget inexistant et un amateurisme total par une succession de déviances inégalée (zoophilie, inceste, cannibalisme, scatologie et on passe), le film n’en reste pas moins avant tout une déclaration d’amour d’une tendresse infinie envers les freaks et les marginaux en tout genre.

Sorti en 1986, Massacre à la tronçonneuse 2 (vendredi 25 à minuit) de Tobe Hooper ne fait pas non plus dans la demi-mesure. Alors que le premier volet, tourné douze ans plus tôt, reste aujourd’hui encore l’un des plus grands chefs-d’œuvre du cinéma horrifique américain par sa capacité à suggérer l’horreur indicible sans jamais ou presque la dévoiler à l’écran, ce deuxième opus fait l’exact inverse en mettant les pieds dans le plat avec une allégresse hystérique des plus communicatives.

Pour terminer, citons enfin le sympathique mais oubliable Capitaine Orgazmo (1997 ; samedi 26 à 20h) de Trey Parker, farce potache dans laquelle le co-créateur de South Park transforme un pieux mormon… en nouvelle star du cinéma porno.

Festival des Maudits Films
Au cinéma Juliet-Berto du mardi 22 au samedi 26 janvier


« Remettre au goût du jour ces films rares et un peu oubliés »

Reprenant au pied levé le formidable travail effectué dix années durant par la créatrice du festival Karel Quistrebert, Clara Sebastiao et Martin Bollet, nouvelles têtes pensantes des Maudits Films, n’ont pas démérité, loin s’en faut. Comme l’explique Clara, « l'idée reste de faire découvrir aux curieux et aux néophytes ce qui constitue le cinéma bis. On a envie de remettre au goût du jour ces films rares et un peu oubliés qui ne sont plus à la page voire qui ne l’ont jamais été, et qu’on ne verra peut-être plus jamais sur grand écran si personne ne les passe ». Toujours portée par la volonté d’éclectisme qui caractérise le festival depuis sa création, la programmation 2019 réunit ainsi des films « de toutes époques, de tous genres et de toutes nationalités » où se croisent aussi bien plaisirs coupables fédérateurs que perles rares pointues à destination d’un public plus cinéphile.

« Comme le terme de "nanar" est très populaire, les gens ont un peu tendance à tout englober là-dedans. Notre rôle, c’est aussi de leur faire découvrir qu’il y a plus de nuances, de casser les a priori, et de peut-être les faire changer d’avis. De leur montrer ce qu’ils s’attendent à voir, donc des films devant lesquels ils vont rire, parce qu’on aime ça nous aussi, mais aussi d’autres films à petit budget portés par une certaine ambition, une certaine profondeur, dans lesquels le réalisateur et son équipe réussissent, malgré des moyens limités, à créer quelque chose d’extrêmement étrange et intéressant. Si le festival permet aux gens d’identifier ce cinéma et de l’apprécier, alors on a atteint notre but. »


Autour du festival

_ Maudit Blind-test !
Et exposition
Mercredi 16 janvier à 20h au bar À l’Ouest

_ Maudites Petites Formes
Courts-métrages de Circé Deslandes
Jeudi 24 janvier à 18h au cinéma Juliet-Berto

_ Courts Maudits
Projection de courts-métrages
Samedi 26 janvier de 14h30 à 16h au cinéma Juliet-Berto

_ Rencontre et dédicace avec Fabien Mauro
Autour de son ouvrage Ishiro Honda, humanisme monstre (éditions Rouge Profond)
Samedi 26 janvier de 15h à 17h30 à la librairie Omerveilles

_ Maudit Mix - fiesta de clôture
Avec les DJs Yann Cracker et Drake Static
Samedi 26 janvier à 21h30 au Keep It Weird

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