Le Monde fantastique d'Oz

ECRANS | La rencontre entre Disney et Sam Raimi autour d’une ingénieuse genèse au "Magicien d’Oz" débouche sur un film schizo, où la déclaration d’amour au cinéma du metteur en scène doit cohabiter avec un discours de croisade post-Narnia. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 7 mars 2013

En écrivant la semaine dernière que Spring Breakers était une variation autour du Magicien d'Oz où James Franco serait une version gangsta dudit magicien, on ne savait pas encore que celui-ci l'incarnait pour de bon dans cette version signée Sam Raimi. Il faut dire que le titre français est trompeur : il laisse entendre que l'on est face à un remake du classique de Victor Fleming, alors qu'il en écrit en fait la genèse.

Il s'agit donc de raconter comment un prestidigitateur minable et très porté sur la gent féminine, qui se rêve en Thomas Edison mais se contente de tours à deux sous dans une roulotte du Kansas, va passer de l'autre côté de l'arc-en-ciel et découvrir le monde d'Oz, ses vilaines sorcières et son chemin de briques jaunes.

Sam Raimi rend avant tout un hommage esthétique à l'original : il débute par trente minutes en noir et blanc, son mono et format carré, avant de laisser exploser couleurs, effets sonores et 3D débridée. Il y a là une jolie déclaration d'amour au cinéma comme illusion permanente et nécessaire, un peu à la manière d'un Scorsese ou même, en poussant un peu, un Tarantino – le visage projeté sur la fumée rappelle la « vengeance juive » de Mélanie Laurent à la fin d'Inglourious Basterds.

La mise en scène, constamment inventive, est à la hauteur de l'enjeu, aussi à l'aise dans la comédie, la féerie ou même la terreur pure. Par instants, comme lorsque la montgolfière s'abîme dans le cyclone, Raimi fait preuve d'un sens visuel vraiment époustouflant, rappelant qu'il est un des plus doués de sa génération.

In Oz we trust

Il y a cependant un autre film dans ce Monde fantastique d'Oz, plus embarrassant. Oz / Franco répond au standard désormais éprouvé du héros campbellien, projeté dans un monde magique qui va l'obliger à se transfigurer et se dépasser. À cela s'ajoute un discours qui martèle lourdement la nécessité de la « foi » pour gagner la « guerre » contre l'ennemi, le tout sans violence – mais les mots sont parfois plus pernicieux que les images.

Il y a comme un désagréable parfum de croisade expliquée aux enfants là-derrière, et après avoir fait de l'Alice de Lewis Carroll une ambassadrice du libre-échange avec la Chine dans la version Burton, Disney fait du Magicien d'Oz un chef de guerre illuminé. Raimi compose avec cet encombrant fatras post-Narnia, mais on le sent aussi se boucher le nez, impatient de retourner s'amuser avec ses nouveaux jouets en 3D.


Le Monde fantastique d’Oz

De Sam Raimi (ÉU, 2h07) avec James Franco, Mila Kunis... Lorsque Oscar Diggs, un petit magicien de cirque sans envergure à la moralité douteuse, est emporté à bord de sa montgolfière depuis le Kansas poussiéreux jusqu’à l’extravagant Pays d’Oz, il y voit la chance de sa vie. Tout semble tellement possible dans cet endroit stupéfiant...
Les 6 Rex 13 rue Saint-Jacques Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"La Favorite" : dames de cœur, à qui l’honneur ?

ECRANS | Deux intrigantes se disputent les faveurs de la cyclothymique Anne d’Angleterre afin d’avoir la mainmise sur le royaume… Une fable historique perverse dans laquelle l'actrice Olivia Colman donne à cette reine sous influence un terrible pathétique et le réalisateur Yórgos Lánthimos le meilleur de lui-même.

Vincent Raymond | Lundi 4 février 2019

À l’aube du XVIIIe siècle. La Couronne d’Angleterre repose sur la tête d’Anne (Olivia Colman). Sans héritier malgré dix-sept grossesses, maniaco-dépressive, la souveraine se trouve sous la coupe de Sarah (Rachel Weisz), sa dame de compagnie et amante (par ailleurs épouse de Lord Marlborough, le chef des armées), laquelle en profite pour diriger le royaume par procuration. Lorsque Abigail (Emma Stone), cousine désargentée de Sarah, arrive à la cour, une lutte pour obtenir les faveurs de la Reine s’engage… Demandez à Shakespeare, Marlowe, Welles, Frears, Hooper… La royauté britannique constitue, plus que tout autre monarchie, une source inépuisable d’inspiration pour la scène et l’écran. Au-delà de la fascination désuète qu’elle exerce sur son peuple et ceux du monde, elle forme en dépit des heurts dynastiques une continuité obvie dans l’Histoire anglaise, lui permettant de s’incarner à chaque époque dans l’une des ses figures, fût-elle fantoche. Telle celle d’Anne (1665-1714). Son humeur fragile la fit ductile, favorisant un jeu d’influences féminin inédit que La Favorite raconte san

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"The Disaster Artist" : le fort minable James Franco

ECRANS | de et avec James Franco (ÉU, 1h44) avec également Dave Franco, Seth Rogen…

Vincent Raymond | Lundi 5 mars 2018

Narré du point de vue de Greg Sestero, apprenti acteur fasciné par l’excentrique Tommy Wiseau, son condisciple en cours de théâtre, The Disaster Artist raconte comment ce dernier écrivit, produisit et dirigea The Room (2003), un drame si mauvais qu’il fut sacré nanar culte. Hollywood suit à sa façon le dicton "léché, lâché, lynché" : à l’envers. En clair, une personnalité qui se ridiculise ou déchaîne la vindicte populaire devient, après une nécessaire phase de purgatoire, le substrat idéal pour un film – l’alchimie des studios transformant le vil plomb du réel en or au box-office. Souvent réservés aux politiques (Nixon, Bush), récemment à la patineuse Tonya Harding, ces biopics volontiers endogènes puisent ainsi dans la masse insondable des casseroles californiennes. On se souvient que Ed Wood (1994) avait permis à Burton non seulement payer un tribut sincère au roi de la série Z, mais de participer à sa postérité. The Disaster Artist ne pe

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Hugh Jackman : « Barnum était plus grand que nature »

ECRANS | Pour "The Greatest Showman", Hugh Jackman a posé les griffes de Logan et enfilé la tenue de Monsieur Loyal de l’inventeur du spectacle moderne, Phineas Taylor Barnum. Showtime !

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Hugh Jackman : « Barnum était plus grand que nature »

Pour quelles raisons teniez-vous à ce film ? Hugh Jackman : J’ai grandi dans l’amour des comédies musicales avec Fred Astaire et Gene Kelly – comme Chantons sous la pluie. En 2009, alors que je présentais la cérémonie des Oscars, son producteur Larry Mark m’a proposé de faire un "musical". Mais à l’époque, c’était difficile de convaincre Hollywood sur un projet totalement original et neuf – l’ironie étant que La La Land​ était parallèlement en production, sans que nous le sachions. L’essentiel dans un "musical" étant le livret, c’était risqué de soumettre onze chansons originales à l’approbation du public. Mais lorsque Justin Paul en a écrit cinq, on a su que l’on tenait quelque chose – et le studio aussi. D’abord, le sujet "Barnum" s’adaptait parfaitement à un "musical" : avec ses rêves et son imaginatio

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"The Greatest Showman" : un joyeux Barnum

ECRANS | de Michael Gracey (E.-U., 1h46) avec Hugh Jackman, Michelle Williams, Zac Efron…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Des poussières de son enfance miséreuse aux paillettes de la gloire, en passant par ses échecs, The Greatest Showman est la vie romancée à la façon d’une comédie musicale de l’inventeur du spectacle moderne, l’entrepreneur Phineas Taylor Barnum (1810-1891). Créée ex nihilo pour le cinéma, sans passer par la case Broadway (une exception partagée avec La La Land), cette comédie musicale adopte les codes du grand spectacle contemporain pour en conter la genèse, avec ce qu’il y a d’extravagance, de scintillant, mais aussi de clichés et de tape-à-l’œil façon Baz Luhrmann – la mise en abyme est de ce point de vue réussie. Et quel meilleur ambassadeur pour incarner Barnum que Hugh Jackman ? Ultime représentant de ces showmen plus qu’accomplis : absolus, conservant leur crédibilité sur toutes les scènes, il fait évidemment le job. Paradoxalement, sa franchise sert la rouerie vaguement cynique de l’entrepreneur, dont on ne parvient à savoir ce qui chez lui primait de la soif de reconnaissance sociale et de l’argent ou du désir d’"entertainment". Partition aux notes volontairement appuyées, The Great Showman accuse quelques

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Every thing will be fine

ECRANS | À partir d’un matériau ouvertement intimiste et psychologique, Wim Wenders réaffirme la puissance de la mise en scène en tournant son film en 3D, donnant à cette chronique d’un écrivain tourmenté des allures de prototype audacieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Every thing will be fine

On le croyait engoncé dans sa stature d’icône "has been", contrebalançant la médiocrité de ses films de fiction par des documentaires consacrés à des "stars" culturelles (Pina Bausch, Sebastiao Salgado)… Mais Wim Wenders a encore la gnaque, et c’est ce que prouve Every thing will be fine. Le réalisateur de Paris, Texas est allé dégotter le scénario d’un Norvégien, Bjorn Olaf Johannessen ; l’a transposé dans une autre contrée enneigée mais anglophone, le Canada ; l’a revêtu d’un casting international et sexy (James Franco, Charlotte Gainsbourg, Marie-Josée Croze, Rachel MacAdams) et, surtout, l’a réalisé en 3D. Mais pas pour lancer des objets à la figure du spectateur – il aurait de toute façon du mal puisque l’histoire est du genre intimiste de chez intimiste. On y suit sur une douzaine d’années les vicissitudes d’un écrivain (Franco) en panne et en bisbille avec sa compagne (MacAdams). Après une énième dispute, il écrase par accident l’enfant d’une jeune femme sec

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Palo Alto

ECRANS | Dans la famille Coppola, je demande la petite-fille, Gia, qui s’inscrit dans la lignée de Sofia en regardant l’ennui d’une poignée d’adolescents californiens friqués et à la dérive. Ça pourrait être agaçant, c’est étrangement séduisant et troublant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 10 juin 2014

Palo Alto

Peut-on imaginer projet plus hype que ce premier film de Gia Coppola, petite-fille de Francis et nièce de Sofia et Roman, adapté des nouvelles autobiographiques écrites par James Franco, ici en professeur d’éducation physique qui prend son métier au pied de la lettre, au lycée comme en dehors ? Palo Alto traîne ce côté branché et chic jusque dans la matière de ses images, nimbées d’une légère brume à la mélancolie très arty (le chef opérateur s’appelle Autumn Duram et ça mériterait d’appeler Jacques Lacan), ne lésinant ni sur les ralentis, ni sur la pop et l’électro ambiant. Gia reconduit ainsi en mode mineur le grand thème de Sofia : le spleen adolescent né d’une rumination existentielle teintée d’ennui. On ne sait pas pourquoi April et Teddy, pourtant attirés l’un vers l’autre, se ratent et préfèrent se perdre dans des aventures sans issue, l’une avec son prof de sport donc, l’autre avec l’alcool et la drogue. Il y a bien chez April une famille manifestement à l’ouest (notamment un beau-père vraiment largué, incarné par un Val Kilmer poursuivant le numéro d’autodérision entamé dans

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As I lay dying

ECRANS | De et avec James Franco (ÉU, 1h49) avec Tim Blake Nelson, Danny MacBride…

Christophe Chabert | Mardi 1 octobre 2013

As I lay dying

Qui est James Franco ? Un dandy ? Un intellectuel ? Un phénomène branchouille ? Ainsi, la même semaine, il s’affiche devant la caméra déconnante de son pote Seth Rogen dans C’est la fin et fait ses débuts en tant que réalisateur. Enfin, ses débuts, pas vraiment, car si As I lay dying est son premier film à connaître une distribution sur les écrans français, il en a déjà tourné une quinzaine d’autres à un rythme fassbinderien, courts, moyens et longs, tous restés confidentiels. Cette adaptation de Tandis que j’agonise de Faulkner est en soi une énigme : s’agit-il d’une œuvre culottée, portée par un vrai regard de cinéaste, cherchant l’expérimentation plutôt que le conformisme, ou est-ce seulement le caprice arty d’un comédien à la mode qui se fait mousser en transposant à l’écran ses bouquins de chevet  – aujourd’hui Faulkner, demain Cormac MacCarthy ? La première partie, où Franco utilise avec une certaine audace le split screen pour retranscrire à la fois les actions et les monologues intérieurs des personnages, le tout dans une reconstitution minimale mais crédible, est assez fascinante, fidèle à la lettre du livre et à sa v

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Evil dead

ECRANS | Réalisé par un jeune cinéaste uruguayen plutôt doué, Fede Alvarez, et produit sous l’égide de son créateur Sam Raimi, ce remake est une bonne surprise, très fidèle et en même temps plein de libertés vis-à-vis de son modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 2 mai 2013

Evil dead

L’actualisation intensive du catalogue de l’horreur 70-80 continue, avec ses hauts (rares) et ses bas (nombreux). On va bientôt pouvoir faire le compte des films qui n’ont pas eu droit à leur remake, puis établir des classements, du plus infâmant (le direct to DVD, ce qui est arrivé à I spit on your grave, il faut dire assez pourrave) au plus malin (on pense à Aja, mais aussi à Rob Zombie et son vrai-faux remake d’Halloween). Où placer ce remake d’Evil dead, au demeurant très réussi ? Dans une case qui n’appartiendrait qu’à lui — mais qui ne serait pas loin de l’excellent La Dernière maison sur la gauche… En appelant à la réalisation un jeune cinéaste uruguayen, Fede Alvarez, Sam Raimi a eu l’intelligence de lui laisser les coudées franches pour proposer une relecture cohérente de son opera prima, quitte parfois à en prendre l’exact contre-pied. C’est d’abord cela qui frappe en voya

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Spring breakers

ECRANS | On le croyait égaré dans les paradis artificiels, mais Harmony Korine était en train de les filmer : avec "Spring Breakers", il envoie quatre bimbos vivre le « rêve américain » en Floride, pour un aller sans retour où expérimentations furieuses, visions élégiaques et distance ironique composent une sorte de "Magicien d’Oz" à l’ère du dubstep et de l’ecstasy. Une claque ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 28 février 2013

Spring breakers

« Spring break, bitches ! » : c’est le slogan lancé sur une plage à l’attention de centaines d’étudiants américains ivres de bière et avides de sexe, en maillots de bain ou topless, saisis sur fond de dubstep dans un ralenti qui vient souligner les défauts de leurs corps pas si parfaits. Ici, de la cellulite sur les fesses et les cuisses ; là, une trop visible marque de bronzage une fois le bikini tombé. « Spring break, bitches ! » : c’est aussi un mot de passe qui ouvre sur une autre planète, soudain libérée de cette gravité qui pèse sur l’adolescence. Les parents, les cours, la morale, les interdits, tout cela disparaît quand ce nouveau magicien d’Oz qu’est le rappeur-gangsta James Franco, qui se fait appeler Alien, prononce la formule magique. Le magicien des doses L’apesanteur, Harmony Korine en fait le motif principal de sa mise en scène. Spring breakers se maintient une heure trente durant dans un flottement permanent, le cinéaste prélevant de brefs instants à l’intérieur des scènes pour construire une temporalité irréelle où le passé, le présent et le futur se télescopent sans cesse. L’expérience, hautement narcotique, provoque

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Ted

ECRANS | Dans un glorieux mélange de genres, Seth MacFarlane réinvente la comédie romantique en version politiquement incorrecte, par la grâce d’un ours en peluche qui parle, boit, fume, baise et surtout incarne la résistance des années 80 et de leurs excès. Intelligent et hilarant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 8 octobre 2012

Ted

Quand il avait huit ans, au début des années 80, John Benett était un gamin de Boston introverti. Un miracle s’est produit : son ours en peluche a soudain pris vie, lui jurant d’être pour toujours son meilleur ami. Aujourd’hui, John Benett (Mark Wahlberg, en pleine reconversion comique) a 35 ans, une bombe atomique en guise de copine (Mila Kunis, sublime, mais là, on n’est plus critique de cinéma) et toujours le fameux Ted collé à ses basques. Comme lui, il a grandi, et désormais il passe ses journées à fumer de la beuh, picoler et traîner devant la télé – quand il n’organise pas des soirées putes à la maison. Cohabitation explosive évidemment : Lorie ne supporte plus les excès de Ted et somme son amoureux de choisir entre elle et ce meilleur ami encombrant. Si Seth MacFarlane, créateur de la série Les Griffin, prête sa voix à Ted, on comprend vite qu’il s’identifie surtout à Benett lui-même : un ado attardé qui refuse d’accepter les responsabilités de l’âge adulte et préfère se réfugier dans l’âge radieux où il regardait en VHS Flash Gordon et lisait des comics. Face à lui, Ted n’est pas seulement un extraordinaire personnage de comédie, sarcastique, vanneur,

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Jason Bourne : l’héritage

ECRANS | L’odyssée de Jason Bourne (et la patience de Matt Damon) arrivée à son terme, Tony Gilroy se voit confier la mission de relancer la franchise en inventant un récit parallèle. C’est raté sur toute la ligne : bavard, mal raconté, pauvre en action et parfois ridicule, cet héritage ne vaut pas un kopeck. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 septembre 2012

Jason Bourne : l’héritage

En s’emparant de la franchise Jason Bourne, dont Doug Liman avait signé le brouillon plaisant avec La Mémoire dans la peau, Paul Greengrass, jusqu’ici connu pour sa passionnante reconstitution du Bloody Sunday irlandais, avait fixé une nouvelle ligne esthétique au blockbuster hollywoodien : caméra à l’épaule nerveuse et frénétique, action épileptique, hyper-réalisme des combats et des poursuites. Le style était si frappant qu’une partie des yes men hollywoodiens ont tenté de l’imiter, jusqu’à l’absurde (Marc Foster dans Quantum of Solace). Greengrass et son acteur Matt Damon ayant tiré un trait définitif sur le super-agent amnésique, le studio devait trouver une solution pour continuer la franchise. Plutôt que de faire un reboot avec un nouveau comédien, les executives se sont un peu creusés les méninges, et ont propulsé Tony Gilroy, déjà scénariste de l'opus précédent et réalisateur de Michael Clayton (bâillement) et

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My week with Marilyn

ECRANS | De Simon Curtis (EU/GB, 1h42) avec Michelle Williams, Eddie Redmayne…

François Cau | Vendredi 30 mars 2012

My week with Marilyn

Il n’y a paradoxalement que peu de genres cinématographiques aussi balisés que le biopic (pour “biographic picture“), alors que dans un monde parfait, chaque personnalité ainsi transfigurée par le 7eart devrait au moins voir ses singularités respectées… Las : l’œuvre d’une vie est vouée à y être lapidairement résumée et expliquée par les plus petits dénominateurs communs, et l’interprète se doit de foncer dans un mimétisme outré, garant de nombreuses nominations. Dans ce contexte lénifiant, un film comme My week with Marilyn, où les comédiens courent moins à l’imitation qu’à la réinterprétation, fait donc a priori un bien fou – il ne se concentre que sur une parenthèse désenchantée de la tumultueuse vie de Marilyn Monroe, lors d’un tournage en Angleterre sous la houlette du très pincé Laurence Olivier. L’occasion pour le réalisateur de nous amuser du choc des cultures entre le professionnalisme guindé de l’establishment cinématographique anglais et le capricieux star system américain ne jurant que par la « method » chère à l’Actors Studio. Dans l’écrin d’une mise en scène discrète mais élégante, l’expérience se révèle même savoureuse. Las, quand la trame sentimentale re

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Votre majesté

ECRANS | De David Gordon Green (EU, 1h42) avec Danny McBride, James Franco…

François Cau | Mercredi 31 août 2011

Votre majesté

La fine équipe de Délire Express remet le couvert dans ce film ouvertement régressif, entièrement dicté par l’envie juvénile de s’embarquer dans une aventure chevaleresque gorgée de bestioles magiques crapuleuses, de décolletés plongeants, et d’humour en dessous de la ceinture. Votre majesté a beau bénéficier de la compétence de David Gordon Green à la mise en scène et de l’abattage de Danny McBride, cette sympathique pantalonnade accuse de fâcheux problèmes de rythme, ce qu’on aurait à la limite pu lui pardonner si sa valeur comique avait été à la hauteur de ses ambitions – malheureusement, c’est très loin d’être le cas. Dans le même registre de loser imbécilement arrogant, McBride a déjà tout donné dans l’hallucinante série Eastbound & Down, et le caractère franchement anodin de la filmo récente de Gordon Green nous fait toujours regretter le cinéaste brillant de L’Autre rive. Après, si vous êtes disposés à payer 10 euros pour voir un abruti parader avec une bite de minotaure autour du cou, on ne va pas vous en empêcher. FC

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"Black swan" : Darren Aronofsky et Natalie Portman mènent la danse

ECRANS | Une jeune danseuse introvertie cherche à se dépasser pour incarner le double rôle d’une nouvelle version du "Lac des cygnes". Sans jamais sortir d’un strict réalisme, Darren Aronofsky fait surgir le fantastique et le trouble sexuel dans un film impressionnant, prenant et intelligent.

Christophe Chabert | Jeudi 3 février 2011

Éternel espoir d’une prestigieuse troupe de ballet new-yorkaise, Nina est à deux pas d’obtenir le sésame qui fera décoller sa carrière : le premier rôle d’une nouvelle création du Lac des Cygnes montée par un énigmatique et ambigu chorégraphe français, Thomas. Elle réussit haut la main les auditions dans la peau du cygne blanc, mais sa puérilité et son manque d’érotisme laissent planer un doute sur sa capacité à incarner son envers démoniaque, le cygne noir. D’autant plus qu’une jeune recrue, Lily, paraît bien plus à l’aise qu’elle, libre dans son corps et assumant une sexualité agressive qui nourrit sa prestation. Nina est un personnage polanskien, cousin de celui de Deneuve dans Répulsion, mais accomplissant un trajet inversé : plutôt que de choisir la claustration conduisant à une folie homicide et autodestructrice face à la "menace" du désir, Nina doit au contraire sortir d’elle-même et de l’appartement dans lequel elle vit avec une mère surprotectrice, danseuse ratée reportant sur sa progéniture ses ambitions avortées — là, on est plutôt du côté du Carrie de De Palma. Elle subira cette révélation du sexe comme une transformation monstrue

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Spider-man 3

ECRANS | Critique / Disons-le tout de suite : Spider-man 3 n’est pas aussi enthousiasmant que son prédécesseur. Il lui manque le swing et la grâce qui permettaient (...)

| Mercredi 9 mai 2007

Spider-man 3

Critique / Disons-le tout de suite : Spider-man 3 n’est pas aussi enthousiasmant que son prédécesseur. Il lui manque le swing et la grâce qui permettaient au 2 de slalomer sans accrocs entre les genres, et sa volonté de boucler la trilogie le pousse parfois à faire rentrer au forceps des péripéties qu’on aurait bien vu prendre un peu plus d’espace. Mais ce que Spider-man 3 perd en plaisir immédiat, il le gagne en folie conceptuelle, si bien qu’on y repense longtemps après la projection, un rien frustrante. Sam Raimi a voulu mettre le paquet à tous les niveaux : trois méchants plutôt qu’un, des thématiques à foison, des doubles lectures constantes, des effets spéciaux d’une grande puissance de suggestion… Et aussi une multiplication des registres, jusqu’au hors-jeu : si la comédie est parfois hilarante (géniale séquence avec Bruce Campbell en serveur français), elle n’évite pas toujours un deuxième degré gênant. Bryce Dallas Howard transformée en potiche nunuche, ce n’est pas très gentil, et Peter Parker faisant son Travolta dans les rues, ça n’est pas franchement tordant… C’est quand il cherche à englober tous les visages de ses personnages que le cinéaste s’en sort le

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Une araignée au plafond

ECRANS | "Spider-man 3" prolonge une série qui détonne et étonne dans le paysage des blockbusters hollywoodiens par son ambitieux mélange des genres, ses surprenantes visées théoriques et la personnalité de son auteur, Sam Raimi. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 9 mai 2007

Une araignée au plafond

La redécouverte par Hollywood des comics américains n’aura pas fait que des miracles. Si Bryan Singer a réalisé deux grands films avec ses X-Men, il a carrément planté son Superman returns, pendant que le tâcheron Brett Ratner massacrait dans le même temps la franchise avec un X-Men 3 honteux. Pour un Guillermo del Toro s’accomplissant pleinement en adaptant Blade puis Hellboy, des usurpateurs sans talent faisaient n’importe quoi avec les héros emblématiques de Marvel Comics (Elektra, Punisher, Daredevil, Ghost Rider…). Et on ne va pas revenir sur 300, dont les commentaires élogieux de certains geeks sur les forums français éclairent mieux que les analyses de Jean-Michel Apathie le score actuel de Nicolas Sarkozy. Pierre angulaire de cette mode durable mais guère fructueuse et parfois douteuse, la série Spider-man a tout de suite fait la différence, cas à part et cas d’école en même temps. Son réalisateur Sam Raimi revisite l’esprit des comics depuis son premier film, le fameux Evil Dead. Cinéaste du cadre tordu, du mouvement de caméra impossible, de l’image-icône et de la plasticité des corps, il marie cette influence initiale avec u

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