Grands enfants au Grand Son

Festival | Qu'ils soient rock, pop ou chanson, revivalistes ou novateurs, tous sont à plus ou moins grande échelle des paris sur l'avenir de la musique hexagonale. Tour d'horizon des jeunes espoirs intéressants présentés cette année par le festival Le Grand Son, prévu du jeudi 19 au dimanche 22 juillet à Saint-Pierre-de-Chartreuse.

Stéphane Duchêne | Mardi 19 juin 2018

Dans une programmation qui se veut éclectique (Naaman, Hyphen Hyphen, Nabil Baly, Pleymo) et riche en têtes d'affiche pas follement enthousiasmantes (Gauvain Sers, Grand Corps Malade, Les Fatal Picards), Le Grand Son sera aussi l'occasion cette année de constater que non, le rock et la pop française d'avenir ne sont pas morts noyés sous Eddy de Pretto et consorts.

La preuve peut-être avec une De Pretto au féminin justement. Car à qui d'autre est-ce qu'on pourrait bien comparer Suzane : sans doute à un mélange de la Christine and the Queens séminale, de Buridane et de Stromae, chanson française vivace sur fond d'électro-pop et même de dance. « Conteuse d'histoires vraies sur fond d'électro », voici comment on nous présente sa raison sociale. C'est bien vu.

Dans un genre différent, on trouve un autre grand espoir, et même peut-être plus : la lumineuse Pomme. Avec son timbre folk libre comme l'air mais jamais ramenard, la jeune femme navigue comme qui rigole entre ballade boisée et petites envolées pop. À l'image de ce Pauline au refrain rongeur, comme une réponse française au Jolene de la papesse de la country Dolly Parton.

Erasmus chez les rednecks

Comme Pomme, ils sont lyonnais et s'appellent Madly Wise, nom aussi paradoxal (« follement sage ») qu'un groupe émergeant se trimballant déjà une expérience (studio, concerts) audible ne serait-ce que dans la voix country-rock assurée de leur envoûtante chanteuse Manon Tssaheli. À croire que ces gens-là sont partis en Erasmus dans quelque bouge du Deep South américain, là où l'on pratique le rock'n'roll protégé des rednecks par un grillage.

Sinon, faisant son marché sur un large spectre d'influences allant de la musique concrète à Radiohead en passant par Arcade Fire ou Four Tet, le jeune groupe nantais Inüit offre une pop sauvage et sophistiquée à mi-chemin de l'engagement (y compris physique) et du dégagement, entre synthétisme et tribalisme. Le tout mené par la voix haut perchée (quelque chose de Kate Bush) de Coline Rio.

Autres Nantais, décidément, le duo Ko Ko Mo (photo), tenants d'un rock blues psychédélique qui dévaste tout sur son passage à coups de riffs létaux et de reverb à couper au couteau.

Enfin parmi les grands espoirs présentés par le festival, il faudra compter avec MNNQNS, lauréat du dernier Prix Ricard SA Live Music. Un projet rouennais mais né au Pays de Galles qui se frotte jusqu'au sang aux fantômes new-yorkais : du CBGB aux Strokes en passant par Interpol. D'eux, comme des autres, on reparlera, c'est sûr.

Le Grand Son
À Saint-Pierre-de-Chartreuse du jeudi 19 au samedi 22 juillet

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