Arnaud Rebotini : « Ce César est un symbole de reconnaissance pour la musique électronique »

Soirée | « Si la musique de "120 battements par minute" a une profondeur, c’est qu’elle est la voix de ceux qui sont morts, qui ont perdu des proches, qui se sont battus et qu’on n’a pas voulu entendre. Je dédie ce prix à ces héros oubliés, d’hier et aujourd’hui. Act Up existe toujours et le sida n’est pas qu’un film. » Voilà ce qu’a déclaré, ému aux larmes, le musicien et compositeur de musique électronique Arnaud Rebotini lorsqu’il a reçu début mars le César de la meilleure musique originale pour le fameux film de Robin Campillo. On a profité de cette actu pour lui poser quelques questions avant sa venue à l’Ampérage dans le cadre d’une nuit techno très attendue.

Aurélien Martinez | Mardi 3 avril 2018

Photo : Q Caffier


Les organisateurs de la nuit techno à laquelle vous participez vous présentent comme un « poids lourd du mouvement électro », voire même comme un « vétéran »… Ces qualificatifs vous conviennent-ils ?!

Arnaud Rebotini : Vu l'âge que j'ai [47 ans], je ne suis pas un débutant donc oui, on peut dire ça. Après, ce sont des qualificatifs de promoteurs et de journalistes, il faut donc les prendre comme tels…

Un vétéran qui connaît en ce moment une "nouvelle jeunesse" du fait de l'aventure folle que fut – et qu'est encore – le film 120 battements par minute, sorti en août 2017 et dont vous avez composé la bande originale…

Plus qu'une nouvelle jeunesse, c'est plutôt la continuité de mon travail avec Robin Campillo, puisqu'il s'agit du deuxième film que l'on a fait ensemble [le premier étant Eastern Boys, sorti en 2014 – NDLR]. Mais c'est vrai que, cette fois-ci, on a rencontré un succès important. J'ai même été récompensé d'un César ! Bon, c'était il y a tout juste un mois : pour l'instant, ma vie n'a pas changé…

Comment compose-t-on la musique de « la voix de ceux qui sont morts » comme vous l'avez déclaré sur la scène de la cérémonie des César ?

Ce n'est pas dans ce sens qu'il faut le prendre. Quand Robin m'a parlé du film, du scénario, de l'histoire, je me suis senti investi. J'ai tout de suite pensé à ces gens plus qu'à être leur voix. Mais après, oui, la musique l'est devenue. Surtout que j'ai connu cette époque-là, j'ai connu des gens qui sont morts du sida… Et j'ai aussi pensé à tous les producteurs qui ont créé cette musique à l'époque, en tentant de faire la musique la plus fidèle et la plus profonde possible.

Ce César, le voyez-vous comme une reconnaissance de votre travail sur la bande originale, ou a-t-il une portée plus large ?

C'est surtout la reconnaissance du succès du film. En général, tu as un César parce que le film a marché un minimum, a marqué les esprits et a une musique de qualité bien mise en avant par le réalisateur. Si tu fais la plus belle musique du monde sur un film qui fait trois entrées, tu n'as aucune chance d'avoir un César. Après, oui, beaucoup de gens ont estimé que c'était un symbole de reconnaissance pour la musique électronique, ce qui est vrai. Et une reconnaissance pour moi aussi, pour mes vingt bonnes années de carrière.

Vingt ans de carrières foisonnantes (avec de nombreux passages à Grenoble) qui font notamment la part belle aux synthés analogiques, ce qui tranche avec la dématérialisation actuelle à l'œuvre dans la techno…

Mon parcours a été dans les deux sens. J'ai commencé au début des années 1990 avec les machines parce qu'on n'avait pas le choix. Ensuite, l'informatique ayant pris de plus en plus d'importance dans la musique, j'ai suivi cette évolution technologique jusqu'à faire du quasiment tout digital. Et puis à un moment, je suis revenu en arrière en me disant que les sons étaient mieux, que les lives étaient plus libres avec les machines…

Vous ne serez pas en live mais en DJ-set à Grenoble. Comment définiriez-vous les sets que vous jouez ? Et quelle place accordez-vous à 120 battements par minute ?

Pour les sets que je joue, ça dépend de l'heure. Mais c'est un mélange de techno assez groovy, de house… Et, évidemment, en ce moment, je joue pas mal le remix de Bronski Beat qui est sur la BO, et quelques autres morceaux de la BO. Même si, bien sûr, il ne faut pas que je reste accroché à 120 battements toute ma vie !

Une nuit techno avec Arnaud Rebotini
À l'Ampérage vendredi 13 avril à 23h


Une nuit techno avec François X


L'AmpéRage 163 cours Berriat Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Holocène 2019 : notre sélection d'artistes à découvrir à Alpexpo

Festival | Pour sa troisième édition, le festival Holocène fait déjà peau neuve sur les questions de format et d'accueil du public (lieu unique avec un Alpexpo revisité en trois scène, vendredi 18 et samedi 19 octobre). Reste le nerf de la guerre : la programmation. La preuve par 7.

Stéphane Duchêne | Mardi 15 octobre 2019

Holocène 2019 : notre sélection d'artistes à découvrir à Alpexpo

Hocus Pocus Voilà le grand retour, on ne sait pour combien de temps, du très culte collectif hip-hop-jazz nantais aux sympathies allègrement west-coast, après pratiquement une décennie d'absence consacrée notamment à des projets parallèles (comme C2C). C'est à Holocène qu'HP clôt une tournée des festivals particulièrement remplie. Vendredi à 21h45 Blu Samu Énième incarnation de la Belgian invasion, Blu Samu a déjà été aperçue cet été du côté du Cabaret frappé. La revoici à Holocène aux commandes d'un rap down tempo dont le flow smoothie jusqu'à l'écoeurement n'est pas sans évoquer les atmosphères soyeuses d'une Sade milléniale. Vendredi à 22h45 Lorenzo Bob vissé sur la tête, survet' vintage, flow à la résonance nasillarde, Lorenzo, Empereur du sale et prince du Rien à branler, est à la fois l'incarnation du ra

Continuer à lire

Arnaud Rebotini en six morceaux

Soirée | Résumé en six points de la passionnante carrière du musicien et compositeur de musique électronique français qui sera vendredi 13 avril sur la scène de l'Ampérage pour une "Nuit techno" très attendue – et pas seulement parce qu'il vient d'obtenir un César grâce à sa BO pour le film "120 battements par minute" !

Damien Grimbert | Mardi 3 avril 2018

Arnaud Rebotini en six morceaux

Aleph – Seed SPC1 (1995) Avec ce morceau furibard et brut de décoffrage extrait de son premier EP sans titre sorti sur Artefact (label français phare de l’époque créé par le pionnier Erik Rug) sous l'alias Aleph, Arnaud Rebotini faisait ses tous premiers pas discographiques dans la musique électronique. Mélange de breakbeat et d’électro surchargé d’énormes nappes acides, ce Seed SPC1 taillé pour les raves a, comme beaucoup de titres de cette période, plutôt bien vieilli. Zend Avesta – One of these days (2000) On a parfois un peu tendance à l’oublier, mais Arnaud Rebotini, ce n’est pas que de la grosse techno qui tape. Comme en témoigne cette petite perle downtempo jazzy délicate et subtile issue de l’album Organique de son projet Zend Avesta, portée par le chant envoûtant de l’Islandaise Hafdís Huld Thrastardottir, à l’époque vocaliste du groupe GusGus. Une fois encore, le tout n’a pas pris une ride.

Continuer à lire

Robin Campillo : « J'ai un point de vue de militant de base »

ECRANS | Auréolé du Grand prix du jury au dernier Festival de Cannes, le scénariste et réalisateur de "120 battements par minute", en salle le 23 août, revient sur la genèse de ce film qui fouille dans sa mémoire de militant.

Vincent Raymond | Vendredi 21 juillet 2017

Robin Campillo : « J'ai un point de vue de militant de base »

Comment, avec un tel sujet (« Début des années 1990 ; alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d'Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l'indifférence générale »), évite-t-on de tomber dans le piège du didactisme ? Robin Campillo : Ça fait longtemps que se pose pour moi le problème des scénarios qui prennent trop le spectateur par la main comme un enfant et qui expliquent absolument tout ce que vivent les personnages. La meilleure façon que j’aie trouvée, c’est de reprendre ce truc à Act Up-Paris : il y avait un type qui, à l’accueil, expliquait très bien comment fonctionnait la prise de parole. Mais ensuite, quand on était dans le le groupe, on ne comprenait absolument plus rien à la manière dont fonctionnaient les gens : il y avait trop d’informations ! On s’apercevait que le sujet sida était éclaté en plein d’autre sujets, et on était perdus. J’ai donc voulu jeter le spectateur dans cette arène, comme dans une piscine pour qu’il apprenne à nager tout seul. Je voulais qu’il n’ait pas le temps de réagir à ce qui se produisait, aux discours ni aux actions, lui donner l’impression q

Continuer à lire

"120 battements par minute" : charge virale

ECRANS | de Robin Campillo (Fr., 2h20) avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Histoires de révoltes et de combats. Celles des militants d’Act Up Paris à l’orée des années 1990 pour sensibiliser à coups d’actions spectaculaires l’opinion publique sur les dangers du sida et l’immobilisme de l’État. Et puis la romance entre Nathan et Sean, brisée par la maladie… Grand Prix à Cannes, ce mixte d’une chronique politique et d’une histoire sentimentale est aussi une autobiographie divergée de son réalisateur Robin Campillo. Ancien membre d’Act Up, il a toute légitimité pour évoquer le sujet de l’intérieur, en assumant sa subjectivité, et tenant compte du temps écoulé. Le portrait collectif qu’il signe n’est ainsi ni un mausolée aux victimes, ni un panégyrique aux survivants, ni un documentaire de propagande : il s’inscrit dans un contexte historique, à l’instar d’un conflit armé. Campillo emprunte d’ailleurs sa construction aux films de guerre, chaque génération ayant les siennes – les AG étant les réunions d’état-major avant les actions et manifs ; le champ de bataille les lieux d’intervention. Sauf qu’il y a ici deux guerres à mener : l’une, visible, contre les institutions et les labos pharmaceutiques ; l’autre, intime, contre le vir

Continuer à lire

"120 battements par minute" en avant-première lundi soir au Club

ECRANS | Pour sa dernière séance mensuelle de la saison au Club, le festival Vues d’en face s’offre une belle prise : l’avant-première du film 120 battements (...)

Aurélien Martinez | Mardi 13 juin 2017

Pour sa dernière séance mensuelle de la saison au Club, le festival Vues d’en face s’offre une belle prise : l’avant-première du film 120 battements par minute de Robin Campillo, ovationné au dernier Festival de Cannes et reparti avec le Grand prix du jury. Rendez-vous lundi 19 juin à 20h15 pour découvrir, avant sa sortie le 23 août, cette histoire centrée sur l’association Act Up-Paris qui, dans les années 1990, luttait avec force contre l’épidémie du sida et l’indifférence qu’elle suscitait.

Continuer à lire

Lettre de Cannes #2

Festival de Cannes 2017 | Ou comment une projection vire à la farce, des militants bouleversent la Croisette et un cinéaste parle à un autre cinéaste.

Christophe Chabert | Lundi 22 mai 2017

Lettre de Cannes #2

Cher PB, Il faut que je te raconte ce qui s’est passé l’autre matin à la projection d’Okja, le film Netflix de Bong Joon-ho. Depuis l’annonce par Thierry Frémaux de l’entrée en compétition de deux films coproduits mais surtout distribués par l’opérateur de vidéo à la demande par abonnement à 10 boules par mois, plus en version HD, les exploitants français ne cessent de faire les scrogneugneus, et de réclamer peu ou prou qu’on chasse ces malotrus yankees qui viennent sur le territoire français bousiller notre sacro-sainte exception culturelle. On ne leur fera pas l’injure, à certains du moins, de leur rappeler qu’ils ont tous très bien sortis les précédents films de Bong Joon-ho ou de Noah Baumbach, l’autre social-traître à avoir signé chez Netflix. C’est vrai, merde, Mistress America, quoi, au moins 800 salles l’ont programmé ! Et Mother, j’en parle même pas… Et pendant des mois en plus ! Toujours est-il qu’ils avaient prévu leur coup : à peine le logo Netflix apparu sur l’écran, la bronca s’est levée dans le Grand Théâtre Lumière, et s’ils avaient pu passer les portiques de sécurité avec des piques et des

Continuer à lire

Les soirées de décembre et janvier

MUSIQUES | Par Damien Grimbert

Damien Grimbert | Lundi 2 décembre 2013

Les soirées de décembre et janvier

Arnaud Rebotini Il a beau être déjà passé pas mal de fois à Grenoble ces dix dernières années, on ne se lasse jamais de revoir Arnaud Rebotini (cette fois-ci lors de la soirée Unit 2 Lesson 12, organisée par The Dare Night). D’autant que sa transition vers une techno "old-school" composée uniquement avec des boites à rythmes et synthétiseurs analogiques, amorcée dès 2008 avec son album Music Components et magistralement confirmée en 2011 avec l‘envoutant Music Gave Me Religion, s’avère aujourd’hui plus pertinente que jamais. Hypnotique, dark et sans concession, la musique d’Arnaud Rebotini possède cette dimension sans faille, profondément instinctive et intemporelle, face à laquelle tous les gimmicks et plug-ins dernier cri ne feront jamais le poids. Unit 2 Lesson 12, jeudi 12 décembre au Drak-Art   Ackeejuice Rockers Si elles ont mis quelques temps avant de trouver leur place à

Continuer à lire

Arnaud Rebotini : Enjoy the noise

MUSIQUES | PORTRAIT / Baroudeur musical éclectique, mélomane hardcore, actuellement membre du duo Black Strobe au côté d'Ivan Smagghe, Arnaud Rebotini viendra inaugurer de son imposante présence les soirées Electro/choc au George V, à l'initiative du Mark XIII. François Cau

| Lundi 31 janvier 2005

Arnaud Rebotini : Enjoy the noise

Tout de noir vêtu, ses deux mètres assortis d'un gabarit pour le moins robuste, sa longue mèche striant son visage fermé, Arnaud Rebotini ferait presque peur. Confronté au bonhomme en novembre dernier au Rex Club parisien, à la soirée de lancement de l'album de The Hacker, on n'osait même pas croiser son regard, de peur de se faire foudroyer sur place. Et pourtant, coincé aux platines entre ce dernier et Miss Kittin, il avait eu raison de nos défiances via un set en appelant aux sources électro, des incontournables tubes new-wave aux plus perfides des basses technoïdes. Pour sa venue en terre grenobloise aux côtés des excellents Jerome D et The Fly (et des non moins excellents Human Body et Havoc pour la before), un petit récapitulatif s'imposait. Fondu au noir, raccord hasardeux sur ses premières années parisiennes. Sous le signe du V Loin des états d'âmes versaillais récemment exorcisés par le Klub des Loosers, Arnaud Rebotini vit assez bien sa jeunesse dans le Ve arrondissement parisien. Au lycée Jules Ferry (improbable vivier de pionniers parisiens de l'électronique, pour des raisons restant à déterminer), il croise les juvéniles Alex Gopher, Etienne de Crecy ou Nicolas Godi

Continuer à lire