Florence Aubenas et Ted Conover, undercover

Non Fiction | À la Villa Gillet, pas de pause : sitôt fermée les portes de la perception de La Chose Publique, reprennent les rencontres avec un duo d'enquêteurs hors-normes : Florence Aubenas et Ted Conover.

Sébastien Broquet | Mardi 27 novembre 2018

Photo : Ted Conover © Phoebe Jones


Du dernier livre de Florence Aubenas, nous ne pourrons pas vraiment vous parler : sa parution, prévue cet automne, étant repoussée au 7 février 2019. Son sujet : le meurtre de Catherine Burgod, gérante de la poste de Montréal-la-Cluse, dans l'Ain, le 19 décembre 2008, tuée de 28 coups de couteaux. Meurtre pour lequel en 2013 est arrêté Gérald Thomassin, toujours mis en examen, mais relâché en juin 2016 au bout de trois ans de détention provisoire. Et pour lequel, depuis, un autre homme a été arrêté et mis en examen à son tour, en septembre dernier - d'où le report du livre, dû à ce rebondissement judiciaire. L'histoire ne pouvait que passionner la plume la plus élégante du journalisme en France : Gérald Thomassin n'est en effet pas un inconnu et son parcours est un roman. Enfance à la DDASS, casting réussi pour Jacques Doilllon qui le fait tourner dans Le Petit Criminel en 1990, César du meilleur jeune espoir masculin dans la foulée, puis défonce et quelques autres apparitions à l'écran, retrouvailles avec Doillon en 2008 pour Le Premier venu, installation dans l'Ain, un peu de rue et de zone... Voilà une enquête que l'on a hâte de lire, habitués que nous sommes aux ouvrages épatants de la journaliste du Monde, toujours emplis d'humanité, clairvoyants et stylés. Nul doute que quelques pans de ce récit intitulé L'Inconnu de la poste seront dévoilés lors de sa rencontre avec Ted Conover, son homologue américain, spécialiste de l'enquête au long cours, pour une dialogue à deux voix qui promet des étincelles.

Un an à Sing Sing

Conover, finaliste du Pulitzer, a publié son premier livre en 1984 : il s'agit du récit de son immersion au sein de la communautés des hobos, ces personnes dépourvues de domicile naviguant d'un train à l'autre aux États-Unis. Quatre mois de rail, qui nourriront au plus près de l'os l'ouvrage Au Fil du rail, paru des années plus tard dans nos contrées, en 2016 aux Éditions du Sous-Sol, maison décidemment cruciale pour nous faire découvrir tout ce pan méconnu en France de la non-fiction et de l'enquête narrative. On lui doit également Newjack, autre immersion d'une année au cœur de la prison de Sing Sing, où il s'était fait embauché en tant que gardien : une claque, à dévorer en écoutant Johnny Cash. Collaborateur du New York Times et du New Yorker, son dernier ouvrage (non traduit) s'intitule Immersion: A Writer's Guide to Going Deep et questionne pratique comme éthique du journalisme d'immersion. La conversation va être passionnante.

Le Temps de l'enquête, avec Florence Aubenas et Ted Conover
Au Grand Amphithéâtre de l'Université le jeudi 29 novembre à 19h30

Ted Conover, Au fil du rail (éd. du Sous-Sol)


Le temps de l'enquête

Avec Florence Aubenas et Ted Conover
Université Lyon 3 15 quai Claude Bernard Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Une saison à la Villa

Villa Gillet | Toujours aussi éclectique dans ses choix littéraires et scientifiques et exigeante dans ses thématiques, la Villa Gillet inaugure une saison de rencontres qui s'annonce aussi dense que passionnante.

Stéphane Duchêne | Mardi 2 octobre 2018

Une saison à la Villa

Entre sciences humaines, sciences tout court et bien sûr littérature, c'est à un automne bien chargé que nous invite la Villa Gillet pour ses rencontres de saison – comprendre, hors Assises Internationales du Roman et La Chose Publique. Cela avait débuté avec un prolongement haïtien du Festival America et se poursuit dès ce mercredi 3 octobre avec le premier volet de rencontres intitulées Le Temps de... On commence donc avec Le Temps du temps à l'Institution des Chartreux le 9 octobre où les toujours passionnants physicien et historien Étienne Klein et Patrick Boucheron, qu'on ne présente plus, se demanderont, en compagnie de la femme rabbin Delphine Horvilleur, directrice de la revue Tenov'a, ce qu'est le temps et si simplement nous en avons la moindre idée. Le cycle se poursuivra le 9 novembre au Grand Amphi de l'Université Lyon 2 avec les écrivains Philippe Sands (Retour à Lemberg, Albin Michel) et Javier Cercas (Le Monarque des Ombres, Actes Sud) pour Le Temps de la Mémoire sur les liens qu'entretienne

Continuer à lire

Florence Aubenas et Ted Conover à la Villa Gillet

Journalisme | Outre la programmation du festival d'idées La Chose Publique qui commence à se dévoiler, la Villa Gillet continue sa programmation de rencontres et (...)

Sébastien Broquet | Jeudi 30 août 2018

Florence Aubenas et Ted Conover à la Villa Gillet

Outre la programmation du festival d'idées La Chose Publique qui commence à se dévoiler, la Villa Gillet continue sa programmation de rencontres et conférences. Le jeudi 29 novembre seront ainsi conviés autour du thème de l'enquête et de l'immersion Florence Aubenas et Ted Conover. Grand reporter pour Le Monde, Florence Aubenas est l'une des journalistes les plus en vue en France actuellement. L'Américain Ted Conover est lui un spécialiste de l'immersion au long cours, s'étant fait embaucher comme gardien de prison à Sing Sing pour l'ouvrage Newjack. La rencontre aura lieu au Grand Amphi de l'Université de Lyon.

Continuer à lire

Un jour en France

CONNAITRE | En général, lorsqu'un journaliste se déplace dans un village, c'est parce qu'il s'y est produit une catastrophe. Florence Aubenas y est allée pour rencontrer des français normaux, sans histoire. Ou peut-être que si justement : des histoires à hauteur d'homme, qu'elle a compilée dans son nouvel ouvrage, "En France", dont elle discutera à la Fête du livre de Bron. Valentine Martin

Valentine Martin | Vendredi 6 mars 2015

Un jour en France

De l'Irak à la Syrie, elle a sillonné tous les points chauds du globe. Mais depuis quelques années, elle a enfin posé ses valises en France pour de bon. Grand reporter, Florence Aubenas s'est du coup vu proposer par le journal Le Monde (où elle travaille depuis 2012) une nouvelle expérience : tenir une chronique sur le quotidien des Français. Après avoir couvert les grands procès de France et s'être fait passer pour une demandeuse d'emploi dans Le Quai de Ouistreham, elle n'a pas hésité une seconde. Entre 2012 et 2014, Florence Aubenas a régulièrement pris sa voiture (ou le train de 5h du matin) direction la province, à la découverte ce que tout le monde croit connaître déjà. En France est un recueil de des chroniques qu'elle a tirées de ces déplacements, une fine mosaïque de portraits qui retrace des bouts de vies, des moments de tous les jours. Florence Aubenas ne voulait pas cibler une population particulière, alors elle les a toutes rencontrées : paysan, chauffagiste, syndicaliste, jeune dealer, maman au foyer... Pourtant une classe sociale se dessine : celle dite moyenne, voire moyenne moins, celle qui se lève tôt et qui ne p

Continuer à lire

Bron, commune des livres

CONNAITRE | Rarement sans doute les différentes rencontres, dialogues et débats réunissant les auteurs invités par la Fête du Livre de Bron auront constitué de la sorte (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 3 mars 2015

Bron, commune des livres

Rarement sans doute les différentes rencontres, dialogues et débats réunissant les auteurs invités par la Fête du Livre de Bron auront constitué de la sorte les pièces d'un puzzle thématique qui n'a sans doute jamais été aussi commun – et n'a donc jamais aussi bien porté son nom. «Qu'est-ce qu'on a en commun ?», donc, pose la question inspirée de l'essai de Christian Dardot et Pierre Laval, évidemment invités pour parler du vaste sujet de leur livre : à savoir proposer une révolution politique, sociale et écologique pour le XXIe siècle, celle du commun. Pour commencer, on pourrait dire plus précisément ici que ce qu'on a en commun, c'est la ou les littératures, quelles qu'en soient les approches. Littérature, qui cette année porte donc à la Fête du Livre une série de regards sur le contemporain à travers les enjeux du commun. Qu'ils passent par l'évocation du monde social et le plus souvent de son effritement (les rencontres "roman choral, roman social" avec Olivier Adam et Donal Ryan, "La France à hauteur d'homme" avec Florence Aubenas, "L'Italie, un nouveau monstre" avec Silvia Avalone et Simonetta Greggio) ; de l'histoire et de la mémoire ("La mém

Continuer à lire

Fête du livre de Bron 2015 : les premiers noms

CONNAITRE | Qu'est-ce qu'on a en commun ? C'est la question que se posera la 29e édition de la Fête du livre de Bron du 4 au 8 mars prochain. Tenteront d'y répondre (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 18 décembre 2014

Fête du livre de Bron 2015 : les premiers noms

Qu'est-ce qu'on a en commun ? C'est la question que se posera la 29e édition de la Fête du livre de Bron du 4 au 8 mars prochain. Tenteront d'y répondre les auteurs suivants : Olivier Adam, Florence Aubenas, Silvia Avallone, Ramona Badescu, John Burnside (en dialogue avec José Carlos Somoza), Alain Choquart, Pierre Dardot, Patrick Deville, Simonetta Greggio, Serge Joncour, Olivier de Solminihac,   Laurent Mauvignier, Hubert Mingarelli, Raphaële Moussafir, Sylvain Prudhomme, Eric Reinhardt (le temps d'une lecture musicale avec Bertrand Belin), Eugène Savitzkaya, Eric Vuillard (notre cover boy de la rentrée littéraire, en dialogue avec Olivier Rolin) ou encore Valérie Zenatti.

Continuer à lire

La fin justifie le Moyen

CONNAITRE | Depuis le début de l'été, la Croix-Rousse abrite une nouvelle maison d'édition littéraire. Façon de parler. Car c'est exclusivement sous forme numérique que Moyen-Courrier publie son (passionnant et inédit) catalogue d'essais et enquêtes. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Vendredi 27 septembre 2013

La fin justifie le Moyen

Le papier tel que nous le connaissons est un matériau en voie d'extinction. Et l'écriture cursive, telle qu'on l'enseigne de plus en plus facultativement dans nos écoles, une pratique vouée à n'être qu'une entrée parmi d'autres dans la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. On peut s'en scandaliser, et mener une guérilla de petits riens (achat de journaux en kiosques, apprentissage de la calligraphie, auto-édition de revues...) pour tenter d'inverser la tendance. On peut aussi s'en remettre à ses instincts darwiniens, et profiter de cette évolution forcée pour remblayer quelque trou culturel. C'est cette deuxième voie qu'ont choisi d'emprunter Julie Étienne et Élodie Perrin en fondant Moyen-Courrier, une maison d'édition dématérialisée spécialisée dans les essais et des documentaires littéraires de moins de cinquante pages : «Moyen-Courrier est né de deux constats : beaucoup de gens, nous disions-nous, sont aujourd’hui équipés d’une tablette ou d'une liseuse, et beaucoup d'autres le seront très prochainement. Beaucoup de textes forts, nous disions-nous également, plus longs qu'un article et plu

Continuer à lire

Florence Aubenas

MUSIQUES | Le Quai de Ouistreham (L'Olivier, 2010)

Nadja Pobel | Jeudi 25 février 2010

Florence Aubenas

Grand reporter à "Libération" puis au "Nouvel Observateur", Florence Aubenas a rendu compte de nombreux conflits du globe jusqu'à être prise en otage en Irak en 2005. Loin des terrains de guerres, elle a décidé l'an dernier de prendre six mois de congé sabbatique et s'est inscrite à Pôle emploi avec une situation inventée : elle vient d'être quittée par son compagnon, qui jusque là l'entretenait, et elle a besoin de trouver un travail mais n'a pas de qualification. Seul ce postulat de base est une fiction. Car pour le reste, Florence Aubenas est dans le réel. Elle a gardé son identité, s'est juste teint les cheveux en blond et a chaussé des lunettes. Puis vogue la galère. Dans «Le Quai de Ouistreham», elle relate en détails, de manière plus journalistique que littéraire, cette expérience qui l'a vue devenir femme de ménage et accepter les amplitudes des horaires de travail infernales, le salaire calculé au quart d'heure de labeur près. Si elle s'est fait des amis au cours de ses stages «CV» et formations «hygiène», Florence Aubenas nous montre surtout salutairement à quel point le travail précaire aliène l'individu jusqu'à la nausée. NP Florence Aubenas, "Le Quai de Ouistreham"

Continuer à lire