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Rango

Un caméléon domestique doit affronter un Ouest sale, hostile et asséché, dans ce western animé boulimique qui peine à trouver sa voie, sauf quand son réalisateur Gore Verbinski le transforme en portrait assez juste de Johnny Depp. Christophe Chabert

Après une introduction musicale offerte par une bande de chouettes mariachis, le rideau s’ouvre sur un caméléon en pleine représentation dans son aquarium, passant de la tragédie à la comédie avec comme partenaires les accessoires de son bocal. À la faveur d’un tête-à-queue sur la route des vacances, ce lézard domestique se retrouve perdu dans le désert. Il atterrit dans une ville peuplée de bestioles crasseuses prêtes à l’exode suite à une interminable sécheresse. L’étranger sans nom va être pris pour un héros par la population, et il n’aura qu’à piocher dans son répertoire d’acteur les codes pour surfer sur cette popularité inespérée. Ce dernier point est à prendre littéralement : "Rango" est un hommage aux westerns, de Ford à Peckinpah en passant par Leone et cette sublime relecture post-moderne qu’est "Deadwood". Le film affiche d’ailleurs une cinéphilie débordant le cadre du genre : l’intrigue reprend celle de "Chinatown", et une des nombreuses scènes d’action rejoue l’attaque d’hélicoptères au son des Walkyries wagnériennes d’"Apocalypse now".

L’acteur-caméléon

Rango ne s’en tient pas, hélas, à la pure reprise amoureuse des codes du western, mais oscille sans arrêt entre la citation fidèle et le détournement parodique. Ce n’est pas la seule hésitation de Gore Verbinski, et c’est ce qui tire son projet, pourtant plus personnel qu’à l’accoutumée, vers une boulimie fatigante. Le sérieux avec lequel il crée son univers — l’animation, made in ILM, épatante, bien meilleure que celle des productions Dreamworks — est parasité par un humour bulldozer qui laisse beaucoup de déchets derrière lui. Même problème avec le choix de créer un escalier de méchants à l’impact éphémère plutôt que de concentrer ses efforts sur la création d’un vilain vraiment iconique et terrifiant. Enfin, le film accumule poussivement les moments spectaculaires, répondant sans joie au cahier des charges du blockbuster animé. Pourtant, il y a une idée merveilleuse, théorique et osée dans "Rango" : faire le portrait de Johnny Depp en acteur caméléon capable d’apporter décalage et étrangeté aux univers balisés dans lesquels on l’engage. Les nombreux clins-d’œil à ses personnages les plus célèbres (de Hunter Thompson à Jack Sparrow) l’attestent : Verbinski réfléchit au statut si particulier que le comédien occupe aujourd’hui dans le cinéma américain, celui d’un acteur furieusement moderne, à la fois fantaisiste et nu, échappant à toutes les écoles et à toutes les étiquettes pour se construire une identité multiple et en mouvement. Rango, c’est définitivement lui ! 

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