Sortir de sa bulle

L’idée saugrenue d’adapter un manga célébré au théâtre est venue de Suisse. Dorian Rossel fait de "Quartier lointain" un moment d’une délicatesse salutaire et rare sur les planches. Nadja Pobel

Il a 48 ans et ne sait plus quel est le goût de son existence. Mais Hiroshi ne se pose pas la question longtemps. En se trompant de train, il se retrouve dans le shinkansen (TGV) le transportant vers la ville de son enfance où il n’est plus allé depuis des années. Profitant de cette erreur d’aiguillage, il se recueille sur la tombe de sa mère et y subit une drôle de transformation : il redevient enfant tout en gardant la conscience de son âge adulte. Contrairement à la plupart des mangas actuels, celui-là ne rime pas avec combats et petites culottes de lo-lycéennes. Jirô Taniguchi signe au contraire en 1998 une BD sensible et donne la possibilité à son héros de questionner ses choix. S’il ne peut plus rien modifier de son enfance, la revivre lui permet de choisir d’autres orientations pour sa vie d’adulte. Ce conte presque philosophique, dessiné en noir et blanc avec épure, est aussi souvent drôle : Hiroshi a une longueur d’avance sur ses acolytes de classes (il a déjà vu des revues porno et peut parier que tel athlète fera un tabac dans deux ans !) et il retrouve son père soudainement et mystérieusement disparu durant son adolescence.

Grand suisse

Pour transcrire ces cases grises sur scène, Dorian Rossel et sa compagnie STT (pour Super Trop Top !) mettent de la couleur partout, cassent la pesanteur, inventent des gestes simples pour figurer des objets encombrants et utilisent la vidéo avec parcimonie alors qu’il eut été facile d’en abuser. Rossel (prodige de 36 ans, associé au Théâtre de Vidy-Lausanne) semble parfois avoir découpé son décor comme on fabriquerait minutieusement des éléments de cartons pour faire un court-métrage d’animation en stop-motion. Tout est à plat. Les personnages dorment sur un lit ? Ils sont debout contre leur matelas à la verticale. La grand-mère est en fauteuil roulant ? L’acteur avance accroupi en tournant latéralement en cercle. Ce qui pourrait passer pour une démarche avare est en fait une économie de moyens qui rend parfaitement compte du manga et laisse toute la place aux sentiments d’Hiroshi, jusqu’au final où ciel et terre s’inversent. Hiroshi est re-né ; il accepte enfin la disparation de son père. Car la morale de l’histoire, si toutefois il y en a une, est que la plus belle preuve d’amour est de laisser à l’autre sa liberté. 

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