Mason Bates : des images, des mesures

Nouveaux mondes

Auditorium de Lyon

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Depuis le début du siècle, le compositeur américain Mason Bates établit les règles de solubilité des sons électroniques dans la matière orchestrale. Il présente cette semaine l'avancée de ces passionnants travaux à l’Auditorium. Benjamin Mialot

Sur le site d'un certain "news magazine" ouvertement juppéiste, la fiche consacrée à Mason Bates est désespérément vide de contenu, à l'exception d'une photographie... de Jeff Mills. Une méprise révélatrice de la maigre reconnaissance dont le compositeur jouit en France : au pire, son nom fait naître le souvenir d'un hôtelier à l’Œdipe très mal résolu, au mieux, on le prend pour un "simple" DJ atteint de folie des grandeurs orchestrales – avec tout le respect qu'on doit à celui qui aida la techno à grandir.

Bien qu'ils aient par le passé partagé la même scène, Mills et Bates ont pourtant une approche fondamentalement différente de la musique électronique : là où elle fut pour le premier un territoire, elle est pour le second une frontière à franchir. En ce sens, Bates a plus à voir avec Nico Muhly : à l'instar du feu follet de la pop savante – (re)découvert aux Subsistances la saison passée – qu'il a également côtoyé, il s'inscrit dans une longue tradition de la composition grand format, dont il repousse les bords par une capacité à l'émerveillement aussi enfantine (rythme de synthèse ou entrechoc de bouts de bois, même combat) qu'empirique (sur son site, chaque œuvre a droit à un laïus explicatif sur l'observation qui a présidé à son écriture).

A la croisée des mondes

Mason Bates s'est ainsi fait fort de moderniser le poème symphonique, forme intrinsèquement narrative (un sujet, un mouvement) dont Strauss, Liszt ou Camille Saint-Saëns furent d’éminents représentants, et sa grande sœur, la symphonie à programme (un sujet, plusieurs mouvements), préfigurée par Beethoven – sa principale influence – et popularisée par Berlioz – dont il aimerait mettre la vie opiacée en son.

De fait, la moindre image, fut-elle réelle ou mentale, devient entre ses mains une carte menant vers des terras incognitas éphémères (15 à 30 minutes) bruissant aussi bien du cliquetis de machines que des souffles et frottements d'instruments plus traditionnels. Les réminiscences d'une conversation avec une centenaire dans la douceur flamboyante d'un été en Caroline du Sud, sur le paisible et bluesy Rusty Air in Carolina. Les mutations saisonnières du lac Wannsee à Berlin pour Liquid State, où Debussy passe entre les gouttes de l'electronica pour mieux être emporté par les torrents souterrains de la drum'n'bass. Les paysages tour à tour sauvages et dystopiques de Cloud Atlas, évoqués dans Alternative Energy, parabole SF écolo pour section de cordes hillbilly, fanfare de jazz, percussionniste sur pièces automobiles, preneur de son en vadrouille près d'un accélérateur à particules et beatmaker tout-terrain. Ou encore l'architecture navale de l'Opéra de Sydney dans le cas de l'ouverture Mothership, sorte de menuet pour dancefloor conçu pour laisser libre cours aux improvisations de solistes recrutés sur essai vidéo.

Juste retour des choses, la pièce qu'il interprétera à l'Auditorium, The B-Sides, collection de cartes postales (envoyées aussi bien de Detroit que de l'espace, samples des communications de la sonde Gemini IV à l'appui) illustrative de son aisance à conjuguer l'épique et le contemplatif, la spontanéité d'un kick et le raffinement d'un phrasé acoustique, le sera en vis-à-vis de la Symphonie du Nouveau monde de Dvorák. Heureux qui comme l'ONL fera avec lui ce long voyage.

Mason Bates
A l'Auditorium du mercredi 3 au samedi 6 décembre

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