600 kilos d'or pur

ECRANS | D’Éric Besnard (Fr, 1h40) avec Clovis Cornillac, Audrey Dana, Patrick Chesnais…

Christophe Chabert | Mercredi 7 juillet 2010

Photo : Ronan Liétar


Une immense frustration gagne le spectateur devant ce "600 kilos d'or pur", tant le film sur l'écran est le compromis manifeste entre deux visions absolument contradictoires : d'un côté, l'envie de faire un film d'aventures noir et désespéré, quelque chose entre "Le Trésor de la Sierra Madre" et "Le Convoi de la peur" (plus que l'original de Clouzot, c'est bien le remake de Friedkin auquel on pense). De l'autre, les exigences des coproducteurs et du prime-time télé : casting bankable, scènes d'action hors sujet et violence reléguée dans un hors champ systématique et ridicule. Éric Besnard, co-scénariste de Boukhrief et réalisateur du déjà très «TF1» "Cash", a visiblement dû courber l'échine de ses ambitions pour mener son projet à bien. C'est d'autant plus étrange que le producteur du film, Mandarin, a démontré avec les "OSS 117" et bientôt avec le formidable "Potiche" de François Ozon, qu'il savait secouer la monotonie du cinéma français mainstream avec des films populaires et rentre-dedans…
CC

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“Profession du père“ de Jean-Pierre Améris : complots de famille

Drame | Entre introspection et rétrospection, Jean-Pierre Améris s'approprie le roman autobiographique de Sorj Chalandon racontant une enfance face à un père mythomane. Une œuvre grave, complexe et cathartique, dominée par un Benoît Poelvoorde bipolaire tantôt exalté, tantôt féroce.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“Profession du père“ de Jean-Pierre Améris : complots de famille

Lyon, 1961. Émile a un père formidable : parachutiste pendant la guerre, membre d’une armée secrète opposée à de Gaulle, fondateur des Compagnons de la Chanson… Las ! Rien n’est vrai et la mythomanie paranoïaque de cet homme tyrannique contamine dangereusement Émile… Il faut parfois aller au plus près de soi-même pour toucher à l’universel et au cœur des autres. Jean-Pierre Améris en avait fait l’expérience avec son film sans doute le plus intime à ce jour, Les Émotifs anonymes (devenu comédie musicale outre-Manche) qui évoquait avec une délicatesse à la fois désopilante et touchante l’enfer de sur-timidité. Étonnamment, effectuer un détour peut également permettre d’accéder à des zones plus profondes de son âme. C’est le cas ici où la transposition du roman homonyme de Sorj Chalandon dont l’essence autobiographique fait écho à l’enfance du cinéaste. La proximité générationnelle et le cadre lyonnais commun ont sans doute contribué à rapprocher les deux histoires pour aboutir à cet hybride semi-fictif : un film épousant le point de vue d’un fils et tenant au

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Malle du transport : "L’Aventure des Marguerite" avec Clovis Cornillac

Comédie | 1942. Le père de Marguerite a disparu à la guerre et l’adolescente se languit de son retour. 2019. Margot, sosie de la précédente, doit passer trois jours avec le nouveau copain de sa mère qu’elle trouve lourd. À cause d’une malle magique, les deux jeunes filles vont se substituer l’une l’autre…

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

Malle du transport :

Comme une étrange impression de se retrouver devant un J’aime Lire mis en images… Pas si loin, en fait, puisque cette comédie fantastique d’aventures est adaptée d’un roman jeunesse signé Vincent Cuvellier. Si le travail visuel est propre, rythmé par le va-et-vient permanent entre les deux époques, la partie 1942 se révèle beaucoup plus riche en rebondissements épiques que le segment contemporain — Marguerite s’adaptant très (trop) vite à l’univers de science-fiction XXIe siècle. Les scénaristes ne se sont pas non plus beaucoup trop préoccupés des inévitables questions de paradoxes temporels, pourtant le sel de ces histoires ainsi que des ressorts dramatiques de premier choix. On ignore quel destin attend ce film d’ambiance automnale un 14 juillet en salles, il fera certainement un meilleur score une après-midi de novembre agrémenté d’un chocolat chaud sur le canapé… L'Aventure des Marguerite Un film de Pierre Coré (Fr, 1h26) avec Alice Pol, Clovis Cornillac, Lila Gueneau…

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Seules les bêtes ? : "Les Vétos"

Comédie | Nico et son aîné Michel font tourner à deux un cabinet vétérinaire d’un petit village du Morvan. Partant subitement en retraite, Michel fait venir à sa place (...)

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Seules les bêtes ? :

Nico et son aîné Michel font tourner à deux un cabinet vétérinaire d’un petit village du Morvan. Partant subitement en retraite, Michel fait venir à sa place sa nièce, une chercheuse entêtée mais qui n’a jamais pratiqué. Au contact de Nico, du village et des animaux, elle changera… Évidemment sympathique, terriblement dans l’air du temps, malheureusement téléphonée, l’intrigue des Vétos est au moins aussi lourde que cette phrase surchargée en adverbes. On s’étonne même de voir sur grand écran cette collection de clichés sur la ruralité hexagonale — hostile et obtuse à l’étrangère, mais révélant un cœur “gros comme ça“ à la fin — d’habitude réservée au public captif de la télévision. Tout y passe : du paysan bourru au maire hobereau habillé façon militant LR à La Baule, de l’orpheline-cachant-un-lourd-secret au véto dévoré par son apostolat… Si aucun personnage n’échappe à sa caricature, le film aborde malgré tout un vrai sujet : celui de la désaffection rurale, de son abandon par l’État (raréfaction des services publics, mitage du maillage territorial…) au profit des zones plus urbanisé

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Carte blanche à Patrick Chesnais

ECRANS | De passage pour la pièce Tant qu’il y a de l’amour, le comédien sacrifie à la nouvelle tradition du Toboggan de la carte blanche cinématographique, (...)

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Carte blanche à Patrick Chesnais

De passage pour la pièce Tant qu’il y a de l’amour, le comédien sacrifie à la nouvelle tradition du Toboggan de la carte blanche cinématographique, inaugurée en novembre par Jean-Louis Murat, poursuivie par Juliette. Comme un contrepoint au spectacle qu’il joue, le comédien a choisi de présenter le film de Stéphane Brizé dans lequel il tenait face à Anne Consigny le premier rôle masculin — celui d’un huissier —, Je ne suis pas là pour être aimé (2005). Une œuvre pleine de charme, de délicatesse et de danse de salon, où affleure la fibre critique et sociale du cinéaste ayant depuis signé l’excellent En guerre. Carte blanche à Patrick Chesnais Au Ciné Toboggan le samedi 19 janvier à 16h30

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Fanny Ardant, mère qui roule n’amasse pas mousse : "Ma mère est folle"

Comédie | de Diane Kurys (Fr, 1h35) avec Fanny Ardant, Vianney, Patrick Chesnais…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Fanny Ardant, mère qui roule n’amasse pas mousse :

Dilettante professionnelle, Nina, la soixantaine bohème, n’a jamais pu se conformer à quelque loi que ce soit. Productrice fauchée, elle a imaginé se refaire en convoyant de la beuh d’Amsterdam à Paris. Ça tombe bien : elle pourra au passage faire coucou à son fils, qui s’y est exilé, loin d’elle. Pour camper cette mythomane invétérée dépourvue d’instinct maternel (en tout cas, vis-à-vis de son propre fils), Fanny Ardant a dû prendre un malin plaisir. Il est sûr qu’elle rehausse de son étrangeté coutumière cette histoire somme toute über classique à l’esthétique de téléfilm. Car s’il n’y avait ce personnage viscéralement pernicieux, on s’ennuierait ferme devant le catalogue d’effets attendus. Un chanteur débutant à l’écran ? Check Vianney ! Un clin d’œil à un bouquin du fiston par ailleurs coscénariste ? OK le plan sur une traduction de Sacha Sperling ! Arielle Dombasle en inconséquente et richissime bourgeoise ? Euh, comme d’habitude. Par charité, on évitera d’aborder l’intégration d’un petit réfugié traîné comme une mascotte, ni de parler de Patrick Chesnais jouant les beaufs mafieux ayant découve

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Clovis Cornillac : « Quel bonheur de faire des films ! »

Entretien | Après Nicolas Vanier et Christian Duguay, Clovis Cornillac signe le troisième et dernier épisode de Belle et Sébastien, adaptation grand écran de la série de Cécile Aubry. Le réalisateur y joue aussi le rôle du méchant.

Aliénor Vinçotte | Vendredi 16 février 2018

Clovis Cornillac : « Quel bonheur de faire des films ! »

Pourquoi autant de temps entre vos deux longs-métrages ? Clovis Cornillac : Entre les deux, j’ai aussi réalisé quatre épisodes de la saison 2 de Chefs, la série télévisée. Même si c’est passionnant, la réalisation demande beaucoup de temps. Belle et Sébastien 3 m’a pris un an et demi, tous les jours jusqu’à aujourd’hui. Mais quel bonheur de faire des films — c’est dément ! Qu’est-ce qui vous a amené à réaliser Belle et Sébastien 3 ? Son producteur Clément Miserez. La proposition en elle-même m’a un peu déstabilisé au début — je ne voyais pas le lien avec moi. C’est à la lecture du scénario que je me suis fait avoir, car l’histoire m’a plongé dans la littérature d’aventures, type nord-américaine comme Conrad, Steinbeck. J’ai alors réalisé que ce genre de films d’aventures n’existe plus en France. On ne nous donne plus la possibilité d’en faire. J’étais aussi très intéressé par les thématiques comme la nature, les animaux, l’enfant et la figure du grand-père. Ce qui m’amusait plus que tout, c’était l’idée de faire un conte, de pouvoir emmener ce film sur des références qu

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Chienne d’arrêt : "Belle et Sébastien 3 : le dernier chapitre"

Pour occuper les enfants pendant les vacances | de et avec Clovis Cornillac (Fr, 1h37) avec également Félix Bossuet, Tchéky Karyo…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Chienne d’arrêt :

Comme si la montagne lui tombait sur la tête ! Sébastien, qui a désormais douze ans, apprend que son père veut l’emmener au Canada, loin de ses alpages chéris. Pire que tout, Joseph, un odieux bonhomme débarqué de nulle part, revendique la propriété de Belle et de ses trois chiots… Après deux opus touristiques sentant le foin, le vieux poêle et les années cinquante, on n’attendait plus grand chose de Belle et Sébastien, si ce n’est une nouvelle collection de chandails qui grattent et de guêtres en flanelle. Pur objet de producteurs, confié de surcroît à un réalisateur différent, chaque épisode de ce reboot du feuilleton de l’ORTF a déjà l’air d’être la rediffusion de Heidi contre Totoro. Alors, quelle heureuse surprise que ce volet qui, en plus d’annoncer clairement la fin de la série, le propulse dans une direction inattendue. Comme dans Harry Potter, gagnant en noirceur au fur et à mesure que le héros-titre prend de l’âge, Sébastien s’approche de l’adolescence en se confrontant à l’arrachement et à la perte de ses référents d

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"Juillet-Août" : la saison chaude inspire Diastème

ECRANS | Un film de Diastème (Fr, 1h40) avec Patrick Chesnais, Luna Lou, Pascale Arbillot…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

Chaque été, au milieu du lot de films de vacances, il en est toujours un qui prend la tangente en allant au-delà du périmètre étriqué des premiers émois d’adolescent(e)s. L’an dernier, c’était Microbe et Gasoil de Gondry ; Juillet-Août assure peut-être la relève. La saison chaude semble favorable à Diastème — son premier long, Le Bruit des gens autour, (2008), était déjà une évocation drôle et pleine de vie de l’intérieur du festival d’Avignon — ; elle l’inspire pour ce portrait de deux sœurs (dont une au tournant de la puberté), ainsi que de leurs parents, lesquels ont refait leur vie chacun de leur côté. Juillet avec la mère sur la Côte d’Azur, août avec le père en Bretagne… L’existence des frangines est décousue, mais elle se suit dans ses péripéties estivales, et se raccommode dans cette succession de villégiatures. Comme si la famille éclatée se reformait par-delà la distance et le protocole calendaire afin de résoudre toutes les crises — qui ne sont pas propres au jeune âge. Chacun ment ou dissimule un petit secret à ses proches, mais en définitive, c’est ce qui permet à la roulotte d’

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"Celui qu’on attendait" : Tintin en Arménie

ECRANS | de Serge Avédikian (Fr/Arm, 1h35) avec Patrick Chesnais, Arsinée Khanjian, Robert Harutyunyan…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Parler de l’Arménie d’aujourd’hui sans négliger celle d’hier, en évitant le piège du folklore touristique ; sans brandir l’antagonisme avec la Turquie (pour une fois, c’est l’Azerbaïdjan qui est cité)… Serge Avédikian a réussi son coup avec cette comédie davantage centrée sur la question des différences de cultures menant aux convergences humaines que sur le gag communautaire. Le cinéaste a l’habitude d’abolir les frontières, y compris stylistiques. Et volontiers recours à l’essai ou à l’animation — Chienne d’histoire lui a d’ailleurs valu la Palme d’Or du court-métrage en 2010 — pour donner à ses réalisations une aura de parabole, de conte universel. Celui qu’on attendait contient d’ailleurs une séquence qui prolonge cette idée du surgissement d’un élément extérieur venant soudainement bousculer un système homogène, pour mieux l’enrichir de ses différences : lorsque l’image emprunte brusq

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Serge Avédikian : “Les Arméniens ont beaucoup d’humour sur eux-mêmes”

3 questions à | Brève rencontre avec le réalisateur de Celui qu’on attendait, le prolifique Serge Avédikian.

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Serge Avédikian : “Les Arméniens ont beaucoup d’humour sur eux-mêmes”

Cette histoire de “cousin arménien” providentiel repose-t-elle sur une histoire réelle ? Tous les peuples qui ont été dispersés et spoliés, qui ont une diaspora, possèdent ce mythe de l’oncle qui va revenir avec du bienfait. Quand j’étais môme en URSS, la première fois que les frontières se sont ouvertes sous Krouchtchev afin que les Arméniens de France viennent comme touristes, une tante de ma mère est arrivée avec cinq valises de vêtements. C’était la pénurie : nous n’avions pas 360 fromages, mais deux ! Quand on est dans le manque, tout ce qui vient de l’étranger brille. Dans ce cas précis, c’est inventé. Cela dit, lorsque l’Arménie est devenue indépendante, l’ancien propriétaire de la MGM Kirk Kerkorian est arrivé avec un million de dollars pour créer des emplois. C’était un mécène, à défaut d’être un messie… Justement, votre film s’est un temps appelé Le Messie de Grenoble. Pourquoi l’avoir modifié ? Le Messie de Grenoble est apparu très tard. Le scénario s’est appelé Comme une chanson américaine, puis Complètement à l’Est… Mais un scénario devient un film ; et le film est un objet

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Le Goût des merveilles

ECRANS | D'Éric Besnard (Fr, 1h40) avec Virginie Efira, Benjamin Lavernhe, Lucie Fagedet…

Vincent Raymond | Mardi 15 décembre 2015

Le Goût des merveilles

Les êtres innocents, purs, vierges de toute mauvaise pensée, ont toujours eu la cote au cinéma : tels les enfants, les animaux et les "esprits simples" — en général, des personnages présentant des troubles psychiques ou mentaux, souvent réduits à des prestations schématiques voire caricaturales, dans des films les idéalisant au point de les déréaliser. Même s’il y a des exceptions comme Bienvenue, Mr Chance (1980) de Hal Ashby. Ici, Éric Besnard raconte la "belle histoire" en pays drômois d’une propriété familiale en danger sauvée par Pierre, atteint du syndrome d’Asperger. Une entreprise pataude et naïve, exploitant bien mal l’idée de la synesthésie, où la relation à la nature — le lien quasi-organique, même — se trouve réduite à un chromo haché et surligné de musique. On est très loin du lyrisme mystique de Terrence Malick, et même à bonne distance de Rain Man (1989) — qui demeure encore la moins pire évocation d’Asperger identifiée par le grand public. Avec ses fades merveilles, Éric Besnard a bugné.

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Les Beaux jours

ECRANS | De Marion Vernoux (Fr, 1h34) avec Fanny Ardant, Laurent Lafitte, Patrick Chesnais…

Christophe Chabert | Mercredi 12 juin 2013

Les Beaux jours

Au croisement de plusieurs opportunités qui sont aussi, sans doute, des opportunismes — la mode du film pour seniors, la possibilité d’offrir un vrai grand premier rôle à une actrice adulée par les lecteurs de Télérama — Les Beaux jours arrive assez miraculeusement à transformer tout cela en un film imparfait mais cohérent. Mieux : Marion Vernoux, qui met fin à un trop long break pour le grand écran, y développe avec une perspective nouvelle le thème qui travaillait son œuvre jusqu’ici, à savoir la vacance nécessaire pour vivre une histoire d’amour. C’est parce qu’elle se retrouve prématurément à la retraite que Caroline peut passer son temps libre à tromper son mari avec un homme deux fois moins vieux qu’elle. Là encore, le film pourrait s’égarer dans une dissertation sociétale sur les cougars ; mais Vernoux ne généralise jamais, attachée à la dimension romanesque de son cinéma et à la singulière présence d’une Fanny Ardant magnifique de justesse. Surtout, en creux se dessine l’idée forte que le travail, le couple et plus globalement, les normes sociales sont autant de garde-fous qui mu

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Mes héros

ECRANS | De Eric Besnard (Fr, 1h27) avec Josiane Balasko, Gérard Jugnot, Clovis Cornillac...

Jerôme Dittmar | Jeudi 6 décembre 2012

Mes héros

Exemple effarant d'un cinéma post-sarkozy qu'on n'aurait jamais voulu voir naître, Mes héros confirme l'état alarmant de la production française en 2012. Pire que tout, cette comédie d'occupation où la tendresse neuneu côtoie le militantisme débile a des airs de Mamie fait de la résistance chez Jardiland. Dans un décor digne d'un shooting pour magazine déco, Josiane Balasko cache un jeune sans-papiers (le juif de l'an 2000) qui, séparé un temps de sa mère, trouve refuge à la campagne où il découvre les joies des tartines au beurre et de la 2CV vintage. Venue d'un autre temps, cette fable morale qui lave plus blanc que la Mère Denis, veut tout réconcilier : la famille, le pays, les années Hortefeux et ses gendarmes. Mené tambour battant par un duo Jugnot/Balasko ayant enfanté Clovis Cornillac (pire casting de l'année), Mes héros laboure l'humanisme blotti dans le petit coeur de chacun. L'enfant, qui n'a rien demandé à personne, enfonçant le clou de ce cauchemar hygiénique. Jérôme Dittmar

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Bienvenue parmi nous

ECRANS | De Jean Becker (Fr, 1h30) avec Patrick Chesnais, Jeanne Lambert, Miou Miou...

Jerôme Dittmar | Vendredi 8 juin 2012

Bienvenue parmi nous

Jean Becker a pris un coup de vieux. Les plus mesquins diront qu'il l'a toujours été, comme Resnais. Pas faux. Sauf que l'auteur de L'Été meurtrier s'assume, et sans sauver ce Bienvenue parmi nous, il fait preuve au moins d'une certaine honnêteté. En voulant filmer la révolte existentielle d'un peintre reprenant goût à la vie et son art au contact d'une adolescente fugueuse, Becker joue au vieil esthète. Il veut ressusciter le portrait de la jeune fille, grand appel à l'innocence, à la beauté et au naturel, tout en vantant les valeurs de générosité et d'écoute. Un gros pari quand on connaît le CV du bonhomme. Pourtant, malgré sa complaisance gâteuse et son paternalisme lourdingue, on a presque envie de le suivre. Pas vraiment pour Patrick Chesnais, transformé le temps d'une scène culte en Charles Bronson du dimanche. Plutôt par désir de voir son actrice (Jeanne Lambert), gauche, un brin vulgaire mais fascinante, continuer à parler, bouger, exister. Jérôme Dittmar

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Radiostars

ECRANS | De Romain Lévy (Fr, 1h40) avec Manu Payet, Clovis Cornillac, Douglas Attal…

Christophe Chabert | Mercredi 4 avril 2012

Radiostars

Une bande d’animateurs exerçant leur art de la grossièreté et de la vanne sur une radio FM le matin sont punis de leurs excès par leur directeur d’antenne et doivent aller faire le tour de la France profonde pendant l’été s’ils veulent garder leur place sur la grille de rentrée. En voilà un bon argument pour faire sauter les stéréotypes, ramener les personnages à la réalité, les changer en profondeur tout en tricotant une comédie douce-amère sur les aléas de la célébrité. Mais Radiostars n’est pas Intouchables, au contraire. Radiostars n’aime que le conflit, la dispute, l’engueulade, le couteau tiré, portrait d’un monde qui ne cherche pas la réconciliation, mais la conservation de son esprit de clan pour garder, en fin de compte, le succès et l’argent. La France d’en bas ? Des cons, des racistes, des bouseux, des passionnés de trucs pourris dont on se moque parce que ça fait de l’audience — parce que c’est l’audience ! La comédie elle-même se fout d’être parfois d’une lourdeur incroyable (Cornillac et les chambres pour handicapés,

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Requiem pour une tueuse

ECRANS | De Jérôme Le Gris (Fr, 1h31) avec Mélanie Laurent, Clovis Cornillac…

Christophe Chabert | Mercredi 16 février 2011

Requiem pour une tueuse

Classique instantané du nanar, "Requiem pour une tueuse" est un film héroïque. Dès les cinq premières minutes, rien n’y est crédible, et tout y est risible : la perruque blonde de Mélanie Laurent, les lunettes rondes de Tchéky Karyo, la guitare du super-espion Cornillac, la tronche du jardinier… Ce Nikita new-look est en fait le thriller le plus cheap et neurasthénique jamais tourné : passée l’intro, l’action ne sort plus d’un château en Suisse dans lequel on a construit au sous-sol un théâtre à l’italienne (félicitations à l’architecte) pour y organiser un festival de musique lyrique. Du coup, les personnages se courent après dans les couloirs et dans les jardins pendant une heure vingt. Avec le même scénario, les mêmes dialogues, des acteurs un peu plus âgés et Pascal Thomas derrière la caméra, il y avait matière à une comédie old school plaisante. Jérôme Le Gris, lui, a choisi de prendre tout cela au sérieux, et c’est encore plus fendard, comme un remake sérieux des "Barbouzes" (Karyo et son bonnet en laine grise ressemble d’ailleurs furieusement à Francis Blanche). Un joyeux naufrage à consommer sans modération, à l’image de la scène déjà culte du vin empoisonné.Christ

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L’Amour c’est mieux à deux

ECRANS | De Dominique Farrugia et Arnaud Lemort (Fr, 1h30) avec Clovis Cornillac, Virginie Efira, Manu Payet…

Christophe Chabert | Vendredi 30 avril 2010

L’Amour c’est mieux à deux

Sous ses allures de comédie romantique à l’anglaise, ce sinistre sous-produit n’est en fait qu’un vaudeville relooké qui ne cache guère sa nature rance et sa beaufitude satisfaite. Si le nom du comique sarkoziste Farrugia figure sur l’affiche comme co-réalisateur, c’est bien l’imbitable Franck Dubosc qui est à l’origine du désastre, auteur d’un scénario où figurent des dialogues aussi fins que «Je m’appelle Ariel et je suis homo», ou une scène pathétique de chat dont le quiproquo repose sur une faute de frappe autour du mot «col». Niveau réalisation, on a droit à des clips réguliers censés résumer l’action et qui ne font, prouesse, que la ralentir encore. Enfin, un mot sur Virginie Efira : pendant que ses deux collègues cabotinent à outrance, elle se contente de débiter son texte sans aucune conviction, comme si elle passait des essais pour le rôle. On la préférait dans la Nouvelle Star ! CC

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La Sainte-Victoire

ECRANS | De François Favrat (Fr, 1h45) avec Clovis Cornillac, Christian Clavier…

Christophe Chabert | Mercredi 25 novembre 2009

La Sainte-Victoire

Xavier Alvarez, jeune architecte venu des quartiers pauvres d’Aix-en-Provence, rêve de franchir un palier social en obtenant de gros marchés publics. Sa rencontre avec Vincent Cluzel, aspirant à la députation, pourrait être la voie royale vers la réussite. Une chose fait d’abord rire jaune dans ce polar politique pépère : Christian Clavier y incarne un homme politique intègre qui se refuse au renvoi d’ascenseur. Après l’affaire de la villa corse, libre à chacun d’interpréter la chose comme du cynisme absolu ou une forme de mauvaise conscience. Cela dit, il faut le souligner, Clavier est très bon dans le film ; il est même le seul à donner du crédit à son rôle, tandis que tout le reste en manque cruellement. Le scénario a sans doute subi de grosses coupes pour rentrer dans le format du prime time, et le film est plus bordélique que touffu. Sans parler de la réalisation, frénétique jusqu’à l’absurde avec ses zooms de recadrage en ouverture de séquence ! Le plantage est presque total puisque cette quête aveuglée d’embourgeoisement se conclut sur une morale «rassurante», mais en fait très ambiguë : une femme, une maison, un enfant, n’est-ce pas avoir déjà deux pieds dans le ciment bour

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Tellement proches !

ECRANS | D’Olivier Nakache et Eric Toledano (Fr, 1h42) avec Vincent Elbaz, Audrey Dana, Isabelle Carré…

Christophe Chabert | Mercredi 10 juin 2009

Tellement proches !

Le cinéma français semble s’être trouvé un nouveau pré carré : non plus le couple, mais la famille, prétexte à des modes de récits choraux et à des observations sociétales à vertu identificatoire. Ça peut donner des choses bien (Le Premier Jour du reste de ta vie), mais aussi des désastres (Le Code a changé). Tellement proches ! part d’ailleurs très mal, dans la lignée du navet de Danielle Thompson : un dîner réunissant des stéréotypes humains assez médiocres, dont on prend spontanément la bêtise en grippe. Pas très bien écrite, plutôt mal filmée, cette longue première partie fait penser, et ce n’est pas un compliment, aux chansons de Benabar… Il faudra donc attendre que la folie prenne vraiment le dessus et qu’à force d’outrance, les personnages fassent vaciller leurs propres caricatures, pour que le film trouve la bonne distance. On s’aperçoit alors que les acteurs sont formidables, à commencer par ceux auxquels on ne croyait pas tellement : François-Xavier Demaison et Omar Sy. Mais c’est surtout Vincent Elbaz, dans son meilleur rôle depuis longtemps, qui s’avère le plus touchant. Pas de quoi se relever la nuit, mais pas honteux non plus. CC

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Bellamy

ECRANS | De Claude Chabrol (Fr, 1h50) avec Gérard Depardieu, Clovis Cornillac, Jacques Gamblin…

Christophe Chabert | Vendredi 20 février 2009

Bellamy

«Terminus en gare de Sète» : dans un raccourci rigolard, Claude Chabrol commence son dernier film par une fin funeste, cadrant dans un panoramique la tombe de Georges Brassens et une voiture calcinée en bord de mer, son conducteur décapité à ses côtés. Quelques minutes plus tard, l’apparition du commissaire Bellamy, plus pépère que Navarro et Derrick réunis, laisse entendre que le polar promis sera remis à un autre film. Il y a bien un crime, mais l’assassin, joué par un Jacques Gamblin guignolesque et inspiré, avoue tout de suite, et la vague enquête se traîne entre un repas sardonique chez un couple gay et une querelle entre époux à la maison. Il faut donc regarder ailleurs, vers la relation entre Bellamy et son demi-frère Jacques (Clovis Cornillac, en grande forme), faite de rivalité, de jalousie, de remords et de regrets. Dans ce drôle de film anti-dramatique, au sens où tout événement est noyé dans un quotidien terne et morne, Chabrol suggère au spectateur que l’homme est ainsi fait qu’il ne s’intéresse qu’à l’anecdotique et loupe ce qui dans une vie en constitue l’essentiel. Bellamy préfère la souffrance du criminel à celle de ce frère paumé, son rôle de flic à son rôle de ch

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Faubourg 36

ECRANS | de Christophe Barratier (Fr-All, 2h) avec Gérard Jugnot, Kad Merad, Clovis Cornillac…

Christophe Chabert | Vendredi 12 septembre 2008

Faubourg 36

Sortir du succès des Choristes et de sa réputation de film nostalgique de la vieille école d’avant-guerre était un challenge. Christophe Barratier a choisi d’ignorer tout cela et signe avec Faubourg 36 un deuxième long pas mal du tout, sincère jusque dans ses défauts, loin d’un quelconque plan de carrière. En 1936 dans un faubourg parisien où pullulent les cabarets peuplés de chansonniers déjà ringards, Le Chansonia, repris par son régisseur Pigoil (Jugnot dans son registre préféré de Français poissard, picoleur et terriblement humain), est au bord de la ruine, et le gangster fascisant Galapiat n’attend qu’une occasion pour récupérer les murs. Dans ce Paris du Front Populaire reconstitué à Prague par Barratier, on croise un pseudo Gabin coco (Cornillac, très bien), un imitateur dénué de talent (Kad Merad, parfait), un vieil ermite mythique (normal, c’est Pierre Richard) et une jolie chanteuse avec un grand cœur (Nora Arnezeder, une révélation qui ne tient pas toutes ses promesses). Si nostalgie il y a, c’est donc plus pour les images du cinéma français, tendance Prévert-Carné-Duvivier, que pour l’époque, dont Barratier prend soin de montrer la n

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Le Nouveau Protocole

ECRANS | de Thomas Vincent (Fr, 1h30) avec Clovis Cornillac, Marie-Josée Croze…

Dorotée Aznar | Mercredi 12 mars 2008

Le Nouveau Protocole

Déjà réalisateur d’un éprouvant Je suis un assassin il y a deux ans, Thomas Vincent poursuit dans le cinéma de genre avec ce thriller politique qu’on pourrait résumer par «Michael Clayon rencontre le Constant Gardener». Soit une fiction parano où un bûcheron découvre que son fils a peut-être été victime d’une expérimentation pharmaceutique qui a mal tourné. Le «peut-être» est important, car il résume l’ambiguïté voulue par Vincent et son co-scénariste Eric Besnard. Et là, catastrophe : c’est le personnage de passionaria altermondialiste incarnée par la pourtant géniale Marie-Josée Croze qui doit, par son jeu illuminé, faire passer la pilule. Mais ses dialogues sont si grotesques, les situations si mal tournées (la grande révélation explosive se fait au coin d’un zinc, en plein jour, au milieu des clients !) que le film s’effondre instantanément. Et la capacité de Cornillac à jouer les héros badass, certifiée, n’empêche pas Le Nouveau Protocole de virer au grand n’importe quoi, convoquant le fantôme d’Henri Verneuil pour mieux plomber la perspective d’un cinoche populaire et engagé made in France. Un authentique gâchis… CC

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Astérix aux jeux Olympiques

ECRANS | De Thomas Langmann et Frédéric Forestier (Fr-All-Esp-It, 1h55) avec Gérard Depardieu, Clovis Cornillac, Alain Delon, Benoît Poelvoorde...

Christophe Chabert | Mercredi 6 février 2008

Astérix aux jeux Olympiques

L'échec artistique de ce troisième Astérix, patent et douloureux, peut se résumer facilement. Le projet de blockbuster paneuropéen de Thomas Langmann voulait fédérer les talents de chaque pays coproducteur. Des talents, il y en a (Depardieu, Poelvoorde, Delon, Cornillac, Astier, Segura, Garcia...), mais chacun est réduit à jouer sa partition en solo, souvent dans le registre qu'on lui connaît déjà. Ni le scénario, basique, ni la réalisation, occupée à justifier le budget du film, n'assure le liant. Langmann tenait aussi à se démarquer de la vision donnée par Chabat dans le précédent volet, jugé trop «Canal». Pourtant, dès le monologue de Delon, ce que l'on voit à l'écran, c'est un immense acteur en train de jouer en live son guignol. Rupture tranquille, donc, qui au fil du film se déporte de la chaîne cryptée vers TF1, avec la sainte trinité variétoche/comédie populaire/sport en ligne de mire. Sur le modèle des superproductions américaines formatées, Astérix aux jeux Olympiques ne repose que sur des équations marketing hasardeuses où chaque séquence est supposée répondre aux attentes d'une catégorie de spectateurs. C'est l'aveu terrible des 15 dernières minutes où il n'

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