Tous les soleils

ECRANS | De Philippe Claudel (Fr, 1h30) avec Stefano Accorsi, Clotilde Courau, Anouk Aimée…

Dorotée Aznar | Mercredi 23 mars 2011

Si Nanni Moretti voyait Tous les soleils, peut-être qu'il casserait la gueule à Philippe Claudel. Non pas pour avoir fait un énième mauvais film français (encore que), mais pour y orchestrer la victoire d'une bobocratie dépourvue de toute authentique résistance morale envers l'époque. Entre les petits problèmes d'un prof, veuf et immigré italien peinant à retrouver l'amour et voir grandir sa fille et son frère anarchiste filmé comme un sympathique bouffon fan de soap, Claudel a choisi son film. Il préfère la comédie balourde, le sentimentalisme niais, l'existentialisme petit bourgeois, pour tourner en dérision et annihiler le moindre rempart idéologique à notre décadence, ici entre autres incarnée par Berlusconi. Le pire, c'est qu'il en est très fier.
Jérôme Dittmar

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Une enfance

ECRANS | De Philippe Claudel (Fr., 1h40) avec Alexi Mathieu, Angelica Sarre, Pierre Deladonchamps…

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2015

Une enfance

L’été arrive pour Jimmy et son frère Kévin, dont la mère Pris vient de sortir de cure de désintoxication… pour se mettre en ménage avec Duke, un voyou violent et drogué qui la fait replonger. Pour Jimmy, le salut ne peut venir que de l’extérieur… ou de lui-même. Même si la majorité du film de Philippe Claudel suit une fratrie, c’est l’enfance de l’aîné qui est en jeu durant cet été capital. Entre l’école et le collège, au seuil de l’adolescence ; tantôt chez sa grand-mère, tantôt chez sa mère, Jimmy se situe en effet à la lisière des choses comme des choix. La rage qui bouillonne en lui cherche à se canaliser, et le garçon, dont l’intelligence est manifeste, lutte pour que les référents positifs vers lesquels il se tourne instinctivement (les éducateurs que sont l’instituteur et le prof de tennis) l’aident à se construire du "bon côté". À développer son potentiel en repoussant le catastrophique modèle parental. Claudel, qui raffole à la fois des thématiques désespérées (voir ses romans Les Âmes grises et Le Rapport de Brodeck) et des histoires de familles (voir ses films Il y a longtemps que je t’aime

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Avant l’hiver

ECRANS | À défaut de convaincre, le troisième film de l’écrivain Philippe Claudel intrigue. Ce drame où un chirurgien du cerveau, marié à une femme qui passe ses (...)

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

Avant l’hiver

À défaut de convaincre, le troisième film de l’écrivain Philippe Claudel intrigue. Ce drame où un chirurgien du cerveau, marié à une femme qui passe ses journées à jardiner dans une grande demeure qu’elle appelle judicieusement une «cage de verre», s’obsède peu à peu pour une jeune et belle inconnue aux multiples visages ­— serveuse, étudiante, putain — dont il ne sait trop si elle complote contre lui ou si elle est simplement folle amoureuse, prend parfois des allures de thriller hitchcockien. Du point de vue de sa mise en scène, le film, justement, a de l’allure. Claudel a un vrai sens du plan qui fait sens, méticuleusement composé et éclairé, et il parvient à faire entrer de l’inquiétude et de la mélancolie dans son récit par la seule force de l’image. En revanche, son passé littéraire refait surface dans les dialogues, incroyablement démonstratifs et sentencieux, où l’on sent plus le discours de l’auteur que la parole des personnages. Tout cela manque cruellement de santé, et même le mystère qui sous-tend toute l’intrigue finit par être trop clairement élucidé dans le dernier acte. Ce manque de quotidienneté, rien ne le souligne plus que le choix mal

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Il y a longtemps que je t’aime

ECRANS | de Philippe Claudel (Fr, 1h55) avec Kristin Scott-Thomas, Elsa Zylberstein…

Dorotée Aznar | Mercredi 12 mars 2008

Il y a longtemps que je t’aime

Romancier reconnu, Philippe Claudel débarque au cinéma avec une fausse modestie assez énervante. Narrant les retrouvailles entre deux sœurs, dont l’une sort de quinze années de prison et entame une difficile reconversion à la vie civile, Il y a longtemps que je t’aime démarre comme un mol téléfilm en HD (pas très bien utilisée, d’ailleurs), mais avec quelques idées intéressantes : Claudel ne dit rien des raisons qui ont conduit Juliette en prison, filmant Kristin Scott-Thomas comme un bloc opaque (l’actrice s’en sort d’ailleurs plutôt bien, à l’inverse d’une Zylberstein catastrophique). Mais ça ne dure pas : l’auteur-réalisateur finit par lever le lièvre, et c’est parti pour une dose massive de clichés et de séquences appuyées, dont le point culminant reste la visite au zoo avec ses dialogues épais. Le film sombre progressivement dans un néant sans retour, de plus en plus laid, de plus en plus bête, de plus en plus complaisant envers une bourgeoisie égoïste, inculte et même raciste, qui s’en sort pourtant à bon compte. Cri du cœur : Claude Chabrol, reviens ! CC

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