Le Paradis des bêtes

ECRANS | D’Estelle Larrivaz (Fr, 1h43) avec Stefano Cassetti, Géraldine Pailhas…

Christophe Chabert | Mardi 6 mars 2012

Infidèle, glandeur, irresponsable, violent, Dominique voit sa femme quitter le foyer conjugal. Il la retrouve, la laisse pour morte et embarque ses deux enfants dans une fuite en avant de l'autre côté de la frontière suisse. Sujet fort, qu'Estelle Larrivaz, comédienne qui fait ici ses débuts derrière la caméra, traite avec une part d'imaginaire noir plutôt bienvenu, du moins dans la première partie. Le Paradis des bêtes souffre ensuite d'un cruel manque d'audace scénaristique : plutôt que de s'en tenir aux relations ambivalentes entre le père, sa sœur (une Muriel Robin à contre-emploi) et les enfants, le film fait revenir la mère dans la partie, recentrant le récit sur son "combat". Curieusement, alors que Larrivaz aimerait emballer quelques séquences sur un rythme de thriller, c'est l'inverse qui se produit : elle filme Géraldine Pailhas comme un mélange de guerrière et de fantôme, jamais vraiment vulnérable, tuant tout suspense sur l'issue du film — au demeurant décevante.

Christophe Chabert

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Louis-Ferdinand Céline

ECRANS | Bourdieu intègre un nouveau spécimen de monstre dans sa galerie déjà pourtant très étoffée : rien moins que le plus urticant des sulfureux écrivains français. Et c’est le prodigieux Denis Lavant qui endosse sa funeste peau.

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Louis-Ferdinand Céline

Ne comptez pas sur Emmanuel Bourdieu pour se faire l’écho docile de la doxa, et vanter les hautes sphères intellectuelles ou leurs mandarins ! Avant même d’être cinéaste, lorsqu’il œuvrait comme scénariste — Comment je me suis disputé… (1996) de Desplechin —, c’est l’instabilité intime de ces élites, leur désordre structurel et leurs bassesses occasionnelles qu’il mettait au jour. Des traits de caractère à nouveau scrutés dans son moyen-métrage Candidature (2001). Une plongée ironique dans le marigot sordide des recrutements universitaires, montrant qu’un degré élevé d’éducation n’empêchait pas un être humain de succomber à ses instincts primaires, de se livrer à des actes d’une prodigieuse médiocrité — voire à des monstruosités. Or le monstre, l’individu divergeant de la norme, fascine Bourdieu : n’a-t-il pas consacré à son comédien fétiche Denis Podalydès le documentaire Les Trois Théâtres (2001), suivant ce “monstre” de la scène, engagé par le Français sur trois productions simultanées ? Le docteur abuse Avec Céline, l’exception a un visage bien moins humain. S’intéresser à son cas relève de la transgression ordinai

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Le Dos rouge

ECRANS | D’Antoine Barraud (Fr, 2h07) avec Bertrand Bonello, Jeanne Balibar, Géraldine Pailhas, Joana Preis…

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Le Dos rouge

Dans Le Dos rouge, Bertrand Bonello est Bertrand, cinéaste en quête d’inspiration pour un nouveau projet autour de l’idée de "monstruosité". Mais dans cette autofiction, les choses ne sont pas si simples : lorsque Bonello va présenter un de ses films à la Cinémathèque, c’est en fait un de ses scénarios non tournés — un remake de Vertigo du point de vue de Madeleine — qui est projeté ; et si certains acteurs jouent leur propre rôle (Pascal Greggory, Isild Le Besco), d’autres incarnent des personnages (notamment celui de Célia, tenu alternativement par une Jeanne Balibar en pleine autoparodie et par Géraldine Pailhas). Autant dire qu’aborder le film d’Antoine Barraud sans un certain nombre de clés rend sa vision pour le moins difficile, surtout qu’on ne sait jamais vraiment si le cinéaste prend au sérieux certains dialogues ridiculement pédants ou des séquences à la limite du grotesque — la chanson au téléphone, digne d’un Christophe Honoré, ou les conversations avec un Nicolas Maury pathétique d’absence à l’écran. Pourtant, comme dans son précédent Les Gouffres, Barraud a un sens réel de l’étrangeté, une envie de tordre ses images po

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Jeune & jolie

ECRANS | Avec ce portrait d’une adolescente qui découvre le désir et brave les interdits, François Ozon prouve sa maîtrise actuelle de la mise en scène, mais ne parvient jamais à dépasser le regard moralisateur qu’il porte sur son héroïne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Jeune & jolie

Jeune & jolie : un titre qui est autant une référence au magazine pour adolescentes qu’une mise au point de la part de François Ozon. Il ferme ainsi sa longue parenthèse d’actrices vieillissantes et revient à la jeunesse érotisée de ses premières œuvres, courtes ou longues. L’introduction tient lieu d’énorme clin d’œil : sur une plage déserte, Isabelle, seize ans — prometteuse Marine Vacth, sorte de Lætitia Casta en moins voluptueuse — retire le haut de son maillot de bain, se pensant à l’abri des regards. En fait, la scène est vue depuis les jumelles de son petit frère et en deux plans, trois mouvements,  Ozon s’offre un digest de son premier âge de cinéaste : la plage comme lieu de fantasmes, ses alentours comme repaire des désirs troubles. Clin d’œil donc, mais trompe-l’œil aussi : ce voyeurisme-là n’est qu’une fausse piste et même si par la suite tous les regards se tourneront vers Isabelle pour percer son inexpliquée conversion à la prostitution, Ozon ne cherche jamais à créer de suspens malsain autour de ses activités : au contraire, c’est l’évidence

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Les Yeux de sa mère

ECRANS | De Thierry Klifa (Fr, 1h45) avec Catherine Deneuve, Nicolas Duvauchelle, Géraldine Pailhas…

Dorotée Aznar | Vendredi 18 mars 2011

Les Yeux de sa mère

Que Thierry Klifa, ex critique à Studio, aime le cinéma, on n'en doute pas. Mais sait-il faire des films ? Rien n'est moins sûr. Suivant un écrivain infiltré dans la vie d'une journaliste star et sa fille danseuse étoile ayant abandonné son fils à la naissance, Les Yeux de sa mère hésite entre mélo et thriller, sans trouver sa voie, ni même médiane. Il se cherche, courant derrière des personnages fiévreux, abimés, marqués par des histoires de famille que Klifa effleure, trop confiant dans un casting peu crédible. Film sans contours ni point névralgique, Les Yeux de sa mère erre en quête d'un sujet qui ne vient jamais. Le passé si omniprésent y sonne creux ; le voyeurisme médiatique est une fausse piste ; le rapport central à la mère se révèle une mauvaise copie d'Almodovar, cité sans arrêt mais jamais avoué : Klifa nie, préférant convoquer James Gray, qu'on cherche encore. Co-écrit par le prétentieux Christopher Thompson, Les Yeux de sa mère est aussi vain qu'ennuyeux. JD

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Espion(s)

ECRANS | De Nicolas Saada (Fr, 1h39) avec Guillaume Canet, Géraldine Pailhas...

Nadja Pobel | Vendredi 23 janvier 2009

Espion(s)

Ancien critique des Cahiers du cinéma et animateur sur Nova, Nicolas Saada n'a, salutairement, pas voulu faire son premier film «à la française». Vincent (Guillaume Canet) travaille au service bagage d'un aéroport et vole quelques objets dans des valises comme son collègue qui, d'entrée de film, se transforme en torche humaine pour avoir laissé tomber une bouteille de parfum contenant un liquide explosif. Pour échapper à la prison, et parce qu'il est un diplômé de sciences-po égaré, il se voit confier une mission des services secrets français et anglais pour infiltrer un réseau terroriste à Londres. Nicolas Saada filme au plus près des personnages, avec en surimpression de l'œuvre d'espionnage l'histoire d'amour entre le héros et l'épouse effacée d'un trouble chef d'entreprise syrien (incarnée par Géraldine Peilhas). Canet incarne avec justesse et envie cet écorché vif, intuitif et sauvage, qui ne se laisse enfermer dans aucun système pré-établi ; même intronisé «source» et aux mains de la DST et du MI5, il se débarrasse de tout l'attelage technologique, éteignant même son téléphone portable. Saada place l'émotion au cœur de sa définition du film de genre, limitant les dialogues au

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Les Randonneurs à Saint-Tropez

ECRANS | de et avec Philippe Harel (Fr, 1h45) avec Karin Viard, Benoît Poelvoorde, Vincent Elbaz, Géraldine Pailhas…

Christophe Chabert | Mercredi 2 avril 2008

Les Randonneurs à Saint-Tropez

Pour ceux qui, comme nous, ont de l’estime pour Philippe Harel et son cinéma, ces Randonneurs à Saint-Tropez font mal, très mal. Cinéaste du cynisme, qu’il exerce contre le monde (Extension du domaine de la lutte) ou contre un microcosme (Le Vélo de Ghislain Lambert, Tu vas rire mais je te quitte ou le premier Randonneurs), Harel devient ici un cinéaste cynique, multipliant les signes prouvant qu’il n’avait pas du tout envie de faire le film. Il laisse ainsi macérer ses personnages dans leurs stéréotypes, autorisant les seuls acteurs bankables (Viard et Poelvoorde) à faire étalage de leur métier. Les autres n’ont strictement rien à jouer, chacun trimbalant comme un boulet son unique gag décliné vingt fois, montrant physiquement sa lassitude et son dépit d’être là. «On se fait chier» lâche, affalé dans un sofa, un Elbaz qu’on croirait au repos pendant le making of. Ni féroce (pourtant, le cadre tropézien ouvrait un boulevard, en regard de la période bling bling actuelle), ni émouvant, le film n’est qu’une grande soupe tiédasse cuisinée avec les restes avariés du plat précédent. Pas drôle mais surtout très triste… Autant de talents dans un film aussi médiocre, c’

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