Wolverine : le combat de l'immortel

ECRANS | Wolverine va se promener au Japon dans une aventure impersonnelle et ennuyeuse au possible, signe d’une franchise qui avance en roue libre et d’un cinéaste, James Mangold, totalement perdu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 24 juillet 2013

Face à ce Wolverine, qui laisse pas mal de temps pour penser à autre chose tant il sollicite peu la participation du spectateur, contraint d'en suivre les péripéties anémiques et les scènes d'action aussi rares que foireuses, on se dit qu'Hollywood est devenue une centrifugeuse folle prise au piège de sa productivité. Que faire pour maintenir en vie la franchise X-Men en attendant qu'un cinéaste ambitieux s'attelle à retrouver son essence de saga ? Décliner son personnage-phare dans des aventures prétextes que l'on regardera comme on lit le 115e numéro de Strange : d'un œil distrait avant de s'endormir.

Ainsi va ce Combat de l'immortel : Logan / Wolverine survit à l'explosion atomique de Nagasaki et, soixante ans plus tard, après avoir vainement tenté de jouer les ermites barbus au milieu de la forêt — Into the wild beast ? — est contraint d'aller au chevet du soldat japonais qu'il avait sauvé à l'époque. Devenu un magnat de l'industrie tokyoïte, il s'apprête à léguer sa fortune à sa petite fille qui, évidemment, ne sera pas indifférente au charme du Glouton, entre temps passé par un bon bain chaud pour retrouver son look iconique.

Dans une logique de serial que l'on retrouvera, en moins arthritique, dans le futur Lone Ranger, le film rajoute une louche de personnages secondaires et de climax pas franchement passionnants, laissant peu à peu sur le bas-côté la mythologie X-Men. Hormis une mutante qui semble cumuler des pouvoirs variables en fonction des besoins de l'intrigue, rien ici ne dépareille vraiment avec l'ordinaire du cinéma d'action actuel, si bien que cette aventure de Wolverine au Japon pourrait, à peu de choses près, être celle d'un James Bond ou d'un Tintin.

Exemple typique : la garde du corps japonaise de Logan, dont le pouvoir est tout sauf super — elle peut prédire la mort des gens — et pour le moins défaillant puisqu'elle se trompe au moins trois fois au cours du film, gag involontaire d'un scénario écrit n'importe comment. À quoi sert-elle ? À apporter une touche d'exotisme à l'ensemble, draguant avec une insistance gênante les fans de manga qui, prenons le pari, rigoleront beaucoup devant ce Japon sans âge reconstitué intégralement en Australie.

Plaqué Mangold

Le plus bizarre dans ce ratage intégral est d'y trouver accolé le nom de James Mangold. Cinéaste que l'on a longtemps aimé pour son hétéroclisme discret et son efficacité lorsqu'il se met au service de récits très codifiés — de la bio filmée avec Walk the line au western dans 3h10 pour Yuma, en passant par le polar lumetien de Copland et le film de peur pour Identity — il paraît ici complètement dépassé par la lourde machine commerciale qu'il manœuvre. Plus impersonnelle que classique, la mise en scène se laisse avoir par tous les gimmicks du blockbuster actuel : animaux numériques à la facticité gênante, rétrofuturisme arbitraire dans la direction artistique et tartinage de spectacle 3D repoussant les limites de la crédibilité — la scène du train, qui devrait être un sommet du genre, est un des trucs les plus laids et idiots qu'on ait vus cette année sur un écran.

À l'image du film tout entier, la présence de Mangold signifie bien le renoncement total qui a présidé sa réalisation, et dont on trouve l'aveu dans la séquence post-générique : ce voyage nippon n'était, dans le fond, qu'une très longue parenthèse inutile pour ramener Wolverine dans le viseur du futur X-Men : Days of future past. Cynisme ultime : un film qui confesse en fin de compte qu'il n'aura servi à rien, sinon à faire tourner la centrifugeuse hollywoodienne.

Wolverine : le combat de l'immortel
De James Mangold (2h06) avec Hugh Jackman, Rila Fukushima…


Wolverine : le combat de l'immortel

De James Mangold (EU, 2h16) avec Hugh Jackman, Famke Janssen...

De James Mangold (EU, 2h16) avec Hugh Jackman, Famke Janssen...

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Logan, l’éternel guerrier marginal, se retrouve au Japon. Là-bas, ses griffes en adamantium se heurteront à l’acier des samouraïs. Logan sera confronté à une figure mystérieuse de son passé, dans une bataille épique qui le changera à jamais.


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The Mans of Le Mans : "Le Mans 66"

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L’actualité a de ces volte-faces ironiques… Sortant précisément au moment où le mariage PSA-Fiat (Chrysler) vient d’être officialisé, Le Mans 66 débute par la fin de non recevoir de Ferrari de s’allier à Ford, l’indépendante Scuderia préférant assurer ses arrières dans le giron de Fiat. Un camouflet, une blessure narcissique qui va précipiter l’industriel de Détroit dans une lutte orgueilleuse avec en ligne de mire la couronne mancelle. Est-ce de l’émulation (puisqu’il y a un enjeu technologique pour les deux sociétés en lice) ou bien la traduction d’un complexe psychologique de la part de leurs dirigeants ? On ne manquera pas de faire un lien avec la conquête spatiale, contemporaine de cette guéguerre sur route ! À l’écran, si l’épopée apparaît classique dans la forme, elle est menée avec le métier coutumier de Mangold, son goût pour la belle image, et relayée par des comédiens habitués à l’investissement personnel. D’autant qu’il en

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Le Mans 66 | Après sa parenthèse Marvel (et le tranchant Logan), James Mangold revient à un biopic et aux années soixante avec cette évocation d’une “course“ dans la plus prestigieuse des courses automobiles, Le Mans. Interception rapide lors de son passage à Paris.

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"Logan" : little Miss Wolverine

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Chappie

ECRANS | Déroute intégrale pour Neill Blomkamp avec ce blockbuster bas du front, au scénario incohérent et à la direction artistique indigente, où il semble parodier son style cyberpunk avec l’inconséquence d’une production Luc Besson. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 6 mars 2015

Chappie

S’il fallait une preuve que la politique des auteurs a des limites, Chappie jouerait à merveille ce rôle : on y voit un cinéaste, le Sud-africain Neill Blomkamp, dont on a pu apprécier la cohérence de ses deux premiers films — District 9 et Elysium — commuer sa rage punk en une grotesque parodie sur un scénario écrit à la va-vite, incapable d’élaborer le moindre discours et même pas foutu d’assurer le minimum syndical en matière de blockbuster futuriste. Pourtant, tout est là : l’alliance entre l’humain et la machine — ici, un robot policier doté d’une intelligence artificielle et récupéré par des gangsters très méchants pour lui faire commettre un braquage permettant d’honorer leurs dettes — un futur proche qui ressemble à une extrapolation de nos ghettos sociaux contemporains, un goût de la destruction et des ruines urbaines… Cet effet de signature n’est qu’un trompe-l’œil : Blomkamp ne retrouve jamais la substance politique, même manichéenne et schématique, de ses œ

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X-Men : Days of future past

ECRANS | Pour son retour à la mythologie X-Men, Bryan Singer signe un blockbuster stimulant visuellement, intellectuellement et politiquement, où il se plaît à courber l’espace et le temps, dans sa narration comme dans la chair de ses plans. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

X-Men : Days of future past

Un futur dévasté, peuplé de camps et de charniers, où humains et mutants sont ensemble victimes de robots (les Sentinelles) capables d’imiter les éléments et les métaux ; et l’Amérique des années 60, encore traumatisée par la mort de Kennedy et en pleine crise du Vietnam, où Nixon développe sa politique réactionnaire et où les mutants commencent à se structurer en mouvement révolutionnaire. Le défi de ce X-Men : Days of future past, basé sur l'un des plus fameux arcs narratifs du comic book d'origine (signé Chris Claremont et John Byrne en 1981), consiste à replier le futur sur le passé en une seule temporalité fictionnelle, enjambant le présent qui avait été celui de la première trilogie et dont Bryan Singer avait su tirer de stupéfiants blockbusters engagés et personnels, bourrés de sous-textes et développant ses personnages comme autant d’icônes de la culture populaire. Ce nouveau volet, qui marque son retour aux manettes mais aussi en grande forme après les déconvenues Superman et Jack le chasseur de géants, en ajoute une poignée dès son ouverture, impressionnante. Au milieu d’un décor en ruines, une mutante aide ses camarades à co

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Prisoners

ECRANS | Deux enfants kidnappés, un père prêt à tout pour les retrouver, un suspect tout trouvé, un détective tatoué et solitaire : les ingrédients d’un film noir très noir sur la contagion du mal signé Denis Villeneuve qui, après "Incendies", réussit haut la main ses débuts aux États-Unis. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 octobre 2013

Prisoners

Qu’y a-t-il dans les caves des honnêtes gens ? Des cadavres, des enfants martyrisés, mais aussi de la paranoïa sécuritaire et de la mauvaise conscience qui peut, à tout moment, refaire surface et transformer une grise mais paisible bourgade en succursale de l’enfer. Le labyrinthe de Prisoners — figure que le film utilise comme un motif de l’intrigue mais aussi comme modèle de narration — est sans issue, et c’est ce qui impressionne en premier lieu : Denis Villeneuve, pour ses débuts aux États-Unis, ne fait aucune concession rassurante au spectateur. Aidé par un scénario remarquable, il plonge aux confins de la noirceur humaine pour montrer comment le mal se propage et finit par tout gangrener. C’est l’enlèvement de deux fillettes qui enclenche l’engrenage : le père de l’une d’entre elles — stupéfiant Hugh Jackman dans un de ses meilleurs rôles — se persuade que le coupable est un vieux garçon un peu attardé, malgré les dénégations du suspect et sa remise en liberté au terme de sa garde-à-vue. Il va donc le séquestrer et le torturer pour provoquer ses aveux. En parallèle, un flic désespérément solitaire et

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Les Misérables

ECRANS | À force d’adaptations, le roman de Victor Hugo devait en arriver là : la version filmée de la version anglaise de la comédie musicale. Elle confirme les limites de Tom Hooper derrière une caméra et accumule les faiblesses manifestes et les fautes de goût impardonnables. Pourtant… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Les Misérables

Les Misérables n’est pas un bon film. On pourrait même passer la critique entière à en lister les défauts. À commencer par le travail de Tom Hooper lui-même, dont le trop admiré Discours d’un roi montrait déjà les limites : par exemple, Hooper s’avère absolument incapable de donner une forme aux passages non chantés. Alternant grand angle et longues focales, ils sont cousus n’importe comment par un montage aberrant réduisant l’action à une bouillie d’images incohérentes. On peut aussi s’interroger sur la valeur musicale de la partition de Schönberg et Boublil : ces "tubes" pensés pour des chanteurs à voix ont pris du plomb dans l’aile et seul l’investissement des comédiens permet de leur donner un nouveau souffle. Au milieu de ce casting all stars, on trouve une incroyable faute de goût : Russell Crowe dans le rôle de Javert. L’acteur sort sa grosse voix dans les passages parlés, mais part dans les aigus dès qu’il se met à chanter, sapant toute la crédibilité du personnage. Le récit est ce qui résiste le mieux à ce duplicata musi

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Real steel

ECRANS | De Shawn Levy (EU, 2h07) avec Hugh Jackman, Dakota Goyo…

Dorotée Aznar | Vendredi 14 octobre 2011

Real steel

Les premières bandes-annonces matraquées dans les salles laissaient croire à un film de SF bourrin, construit autour de joutes de robots tunés à la testostérone. Dans un sens, c’est le cas, mais dans le cadre d’un film familial totalement inoffensif, relecture très grand public du synopsis d’Over the top – mais si, vous savez, ce nanar des années 80 avec Stallone en routier qui fait des compétitions de bras de fer… Là, le héros est un ancien boxeur reconverti dans les combats de robots, devenus la norme dans un futur pas super éloigné. Cet escroc à la petite semaine récupère temporairement la garde de son fils en échange d’un peu de cash, et les deux étrangers vont s’apprivoiser au fil des victoires d’un robot qu’ils ont conçu tous les deux. Real steel, produit Disney, consacre l’essentiel de son récit à la construction de cette relation père-fils, en misant sur l’abattage du toujours très classe Hugh Jackman et de l’étonnant Dakota Goyo. Le script est d’un classicisme pompier, la réalisation proprette, les quelques scènes d’action efficaces et bien cadrées. Le personnage d’Evangeline Lilly passe bien les plats. Comme ce sont des tas de ferraille qui se foutent sur la gueule, pe

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3h10 pour Yuma

ECRANS | de James Mangold (ÉU, 2h02) avec Russell Crowe, Christian Bale, Peter Fonda…

Dorotée Aznar | Mardi 25 mars 2008

3h10 pour Yuma

James Mangold est une anguille ; un modeste artisan se glissant dans tous les genres sans jamais chercher à y apposer sa patte. C’est ce côté caméléon qui a fini par rendre son cinéma attachant. Après le thriller horrifique (Identity) et le biopic musical (Walk the line), il s’attaque donc, toujours profil bas, au remake de 3h10 pour Yuma, western signé Delmer Daves qu’il ressuscite avec un casting renversant : Crowe, Bale, Fonda et l’étonnant Ben Foster dans un excellent second rôle de tueur sans merci… Un fermier (Bale), revenu éclopé du front, doit payer une dette à un puissant propriétaire pour conserver son domaine familial ; un bandit de grand chemin (Crowe) se fait connement arrêter lors d’une attaque de banque. L’un devra escorter l’autre pour espérer sauver sa famille de la faillite. Le charme de 3h10 pour Yuma tient curieusement à son caractère bancal. Mangold vise ouvertement l’héritage du western classique, avec ses codes, ses clichés et ses scènes à faire ; mais, conscient de l’empreinte d’Eastwood et de Peckinpah sur le genre, il voudrait aussi y ajouter une dimension mélancolique et crépusculaire en faisant tomber la barrière entre son «héros» et son «méchant», l’un

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