Grands et nouveaux noms de la Berlinale

ECRANS | Après le palmarès rendu samedi par un jury emmené par James Schamus, bilan d’une Berlinale à la compétition très inégale, avec quelques révélations, dont l’Ours d’or "Black coal, thin ice". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 février 2014

Photo : "Black coal thin ice" de Diao Yinan


Huit jours à la Berlinale, c'est sans doute le meilleur moyen d'avoir un panorama fidèle de ce qui se déroule dans la production internationale. La compétition, à la différence de Cannes, n'aligne pas les grandes signatures mais mise, de façon parfois hasardeuse, sur de nouveaux auteurs et des films venus de pays en plein renouveau. On exagère cependant : il y avait deux cinéastes majeurs dans la compétition, et tous deux ont figuré en bonne place au palmarès.

D'un côté Wes Anderson, dont le Grand Budapest Hotel est absolument génial, et qui est allé chercher un Ours d'argent très mérité — on lui aurait même donné sans souci la statuette dorée ; de l'autre Alain Resnais qui, après le ratage de Vous n'avez encore rien vu, redresse la barre avec Aimer, boire et chanter, moins lugubre et testamentaire que ses précédents, mais toujours hanté par les rapports entre théâtre et cinéma. La mort annoncée d'un des personnages, dont tout le monde parle mais qu'on ne verra jamais, va révéler chez des êtres vieillissants, pétrifiés dans leurs mensonges et leur vie bourgeoise, désirs et angoisses, pulsions de vie et peur de la perte. Très expérimental — au risque parfois d'une certaine laideur — mais aussi très allègre et ludique, le film a décroché le Prix Alfred Bauer, remis à une œuvre qui ouvre de "nouvelles perspectives" pour le cinéma — amusant pour un cinéaste de quatre-vingt douze ans.

La Glace et le charbon

Moins reconnu que ces deux-là, Richard Linklater risque de changer de statut grâce à son très beau et follement ambitieux Boyhood, tourné durant une dizaine d'années pour regarder grandir à l'écran son jeune héros Mason, et avec lui l'acteur formidable qui l'incarne, Ellar Coltrane. Avec son habituelle discrétion stylistique, Linklater — Ours d'argent du meilleur réalisateur — signe ici son œuvre la plus riche et émouvante, portée par de subtiles poussées romanesques.

Quant à l'Ours d'or, il est revenu à une des belles surprises de la Berlinale, Black coal, thin ice du Chinois Diao Yinan, surprenant film noir qui réinvente les codes du genre par un travail sur la quotidienneté des situations et des personnages, mais aussi par l'observation d'une Chine jamais montrée, grise, pleine de terrains vagues et de barres d'immeubles décrépies. Le film n'est pas parfait — le scénario manque de nerf dans la partie centrale — mais il montre que le cinéma chinois est en train de s'éveiller, et qu'il faudra compter avec lui dans les années à venir.

Absent du palmarès, une autre révélation à Berlin : '71 de Yann Demange, qui réussit un "Ireland movie" comme il y eut des "Vietnam movies", tendu, haletant et archi-maîtrisé, surtout pour un premier film. Ces cinq films-là ont survolé une compétition inégale, au sein d'un festival que les sections parallèles, riches et variées, ont rendu passionnant.

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Dix nouveaux lauréats pour l'incubateur médias de Hôtel71

Médias | L'incubateur de médias installé au sein de Hôtel71 et piloté par Arty Farty poursuit son chemin et a dévoilé les lauréats de sa seconde promotion.

Sébastien Broquet | Mardi 18 mai 2021

Dix nouveaux lauréats pour l'incubateur médias de Hôtel71

Que vous soyez assidus des réseaux sociaux ou bien des plus traditionnels kiosques, branchés "news à buzz" ou articles de fond, adepte du papier ou des vidéos, immanquablement, vous êtes tombés nez à nez ces derniers mois avec un de ces médias basés à Lyon, du côté de Hôtel71, qui ont tous pour point commun d'avoir fait partie de la première promotion 2019/2020 de l'incubateur de médias porté par Arty Farty : il s'agissait de Flush, de MX, de CityCrunch, de We Are Europe ou encore de Cheese Nan, créateur de podcasts et Teazit, qui s'est beaucoup développé durant le confinement en proposant sa technologie vidéo pour des livestreams dans les salles locales. La seconde promotion de médias incubés couvrant la saison 2020/2021, est connue. 46 médias émergents ont candidaté, dont 65% provenant de la région Auvergne-Rhône-Alpes. 24 projets ont été pré-sélectionnés et ont fait face à un jury incluant l'équipe d'Arty Farty et des spécialistes du secteur, dont Johan Weisz-Myara le fondateur de Street Press, Mathilde Girault la directrice de

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Appel à candidature : Hôtel71 lance son incubateur dédié aux médias émergents

ACTUS | Au sortir d'une saison prototype auprès de neuf jeunes structures du secteur médiatique, Hôtel71 ajoute une case à son programme d'accompagnement d'entrenpreneuriat culturel en lançant pour de bon son incubateur destiné aux médias émergents et indépendants. Et appelle à candidatures pour début 2021.

Stéphane Duchêne | Lundi 21 décembre 2020

Appel à candidature : Hôtel71 lance son incubateur dédié aux médias émergents

Par les temps qui courent – et même d'ailleurs un peu le reste du temps – c'est peu dire qu'il est audacieux de lancer un média ou un projet éditorial. Mais si vous faites partie de ces sans-peur à qui la chance aime sourire en priorité, alors l'accompagnement d'Hôtel71 pourrait vous être plus que profitable pour transformer votre énergie créatrice en un projet concret. Le creative hub lancé par Arty Farty et inauguré à Lyon en 2019 dans un ancien hôtel particulier de Confluence pour accompagner le jeune entrepreneuriat culturel (musique, événementiel, urbanisme transitoire...) lance en effet en ce début d'année 2021 un incubateur 100% dédié aux médias émergents et indépendants. Destiné à tout porteur de projet ou structure dans le secteur des médias

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Hôtel71, l'aventure intérieure

Tiers-Lieu | C'est le dernier né des projets de Arty Farty : un incubateur (pardon, un "creative hub") dédié à la culture et aux médias transformé en spot de conférences où l'on boit des coups. Bienvenue à Hôtel71.

Sébastien Broquet | Mardi 8 octobre 2019

Hôtel71, l'aventure intérieure

Avant de commencer, précisons : Hôtel71 n'est pas H7. Même si l'immeuble est adjacent, même si Arty Farty est aussi dans le coup. Et n'est pas Heat, non plus, qui est le food court accolé à ces deux spots. Si H7 est le lieu totem de le french tech locale, Hôtel71, inauguré le 25 septembre dernier, est la maison des fondateurs de Nuits sonores qui ont essaimé un peu partout dans la ville et au-delà (bientôt un second food court Heat à Montreuil !). Un tiers-lieu où les bureaux de l'association sont désormais installés, mais où dans les étages de cet ancien hôtel particulier se croisent d'autres acteurs culturels ou médiatiques établis ou en devenir. C'est aussi un incubateur, même si on nous a bien expliqué qu'il ne fallait pas employer ce mot. Vincent Carry, le directeur, l'explique ainsi dans son éditorial : « c’est le sens que les équipes d’Arty Farty et de Culture next, avec tous leurs partenaires et soutiens, veulent donner à Hôtel71: une maison pour transmettre et outiller les acteurs culturels et m

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Jacky Schwartzmann à double tour

Polar | Alors que sort le 3 octobre son nouveau roman en solitaire, Jacky Schwartzmann vient de commettre Le Coffre, un savoureux polar à quatre mains avec son homologue roumain Lucian-Dragos Bogdan.

Stéphane Duchêne | Mercredi 2 octobre 2019

Jacky Schwartzmann à double tour

« Pour faire rire, il faut inventer, il faut trouver un bon mot et non répéter celui des autres. J'ai connu des types fans d'humoristes célèbres et qui étaient capables de réciter des sketchs entiers, avec les bonnes intonations, avec l'accent tonique au bon endroit et avec les grimaces executées à la perfection. Mais jamais drôles. Les Dick Rivers de la blague. » Dès la première page de Le Coffre, son co-auteur lyonnais nous livre cette profession de foi passée au filtre du narrateur, l'humour selon Jacky Schwartzmann. Ce n'est pourtant pas un traité sur le rire que nous propose l'auteur de Demain c'est loin, mais un nouveau polar. Sa particularité : dans une certaine tradition policière (Boileau-Narcejac), Le Coffre est écrit à quatre mains avec l'auteur roumain Lucian-Dragos Bogdan. Une commande de Quais du Polar dans le cadre de l'année culturelle franco-roumaine exécutée en un temps record (trois mois douche comprise) et avec une verve toute Schwartzmannienne. L'histoire : un gendarme français et un policier roumain collaborent à distance pour résoudre la bien é

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Wes Anderson au format miniature

ARTS | Obsédé par le design et les compositions esthétiques, Wes Anderson signe des œuvres dans lesquelles on se glisse comme on entre au musée. En exposant des pièces et maquettes monumentales empruntées à "Grand Budapest Hotel" et "Fantastic Mr. Fox", le Musée Miniature & Cinéma nous propulse donc dans ses films. Normal : chez Anderson, tout est symétrique…

Vincent Raymond | Vendredi 18 décembre 2015

Wes Anderson au format miniature

Peut-on imaginer métier plus ingrat que celui de maquettiste pour le cinéma ? D’abord, parce que les œuvres conçues par ces minutieux artistes doivent se faire oublier, être invisibles en trompant le public — en s’effaçant derrière l’action par un procédé d’incrustation. Ensuite, parce que leur destin est de finir détruites, soit durant le film à l’occasion d’une spectaculaire explosion, soit à l’issue du tournage, à l’instar de la grande majorité des décors, trop volumineux et inaptes à bénéficier d’un quelconque recyclage. Tant d’heures de travail réduites à l’état de poussières, dont il ne subsistera parfois qu’une poignée de secondes à l’écran… Lorsque le tournage du Grand Budapest Hotel a été achevé, ses grandes maquettes auraient dû connaître ce funeste sort. Mais Wes Anderson, instruit de l’existence du Musée de Dan Ohlmann, désirait que trois d’entre elles soient récupérées et présentées à Lyon. Aussitôt, un projet d’exposition thématique a été lancé, d’autant plus facile à élaborer (sur le papier, en tout cas) qu'Anderson a toujours eu recours aux artisans des studios : «Il donne des lettres de noblesse à tous ces gens qui travaillent dans l’ombre

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’71

ECRANS | Pour son premier film, Yann Demange, londonien d’origine française, applique les leçons du Vietnam movie pour raconter le calvaire d’un soldat britannique égaré à Belfast en plein conflit nord-irlandais. Impressionnant de virtuosité et d’efficacité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

’71

Une jeune recrue débarque dans une guerre étrangère sans y avoir été préparée sinon par un entraînement sommaire et, après un traquenard, se retrouve seule et perdue en territoire hostile, tentant de survivre malgré la complexité des enjeux militaires : ce fut, peu ou prou, l’argument de la vague des Vietnam movies qui déferlèrent entre 1986 et 1990 sur les écrans, initiée par Oliver Stone avec Platoon. Le filon s’est tari mais à chaque nouvelle guerre américaine — Irak, Afghanistan et même Somalie avec le génial La Chute du faucon noir — ce canon a refait surface. Pour sa première incursion dans le long-métrage après une expérience télé sur la série Dead Set, Yann Demange, d’origine française mais ayant grandi en Angleterre, a choisi de le transposer à la situation nord irlandaise de 1971, lorsque l’armée britannique envoya ses troupes pour mater la rébellion terroriste de l’IRA à Belfast. Gary (Jack O’Connell, l’inquiétant délinquant d’Eden Lake et le détenu œdipien des Poings contre les murs) découvre en quelques jours à la fois ce conflit auquel il ne comprend rien et son rôle de militaire passant de la caserne au

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Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

ECRANS | Moins flamboyante que l’an dernier, la rentrée cinéma 2014 demandera aux spectateurs de sortir des sentiers battus pour aller découvrir des films audacieux et une nouvelle génération de cinéastes prometteurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

Si l’extraordinaire Leviathan ne lui avait ravi in extremis la place de chouchou de la rentrée cinéma, nul doute qu’elle aurait échu à Céline Sciamma et son très stimulant Bande de filles (sortie le 22 octobre). Troisième film de la réalisatrice déjà remarquée pour son beau Tomboy, il suit le parcours de Meriem, adolescente black banlieusarde qui refuse la fatalité d’une scolarité plombée et se lie d’amitié avec une «bande de filles» pour faire les quatre-cents coups, et en donner quelques-uns au passage, afin d’affirmer sa virilité dans un monde où, quel que soit son sexe, la loi du plus fort s’impose à tous. Cette éducation par la rue et le combat n’est pas sans rappeler les deux derniers films de Jacques Audiard ; Un prophète en particulier, puisque Sciamma cherche elle aussi à filmer l’éclosion dans un même mouvement d’une héroïne et d’une actrice — formidable Karidja Touré. S’il y a bien une com

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Boyhood

ECRANS | Pari fou de Richard Linklater : filmer pendant douze ans Ellar Coltrane, de son enfance à sa sortie de l’adolescence, dans un film hautement romanesque et souvent bouleversant qui montre la naissance d’un personnage et d’un comédien dans un même geste d’une grande force cinématographique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Boyhood

En 2001, Richard Linklater tournait un drôle de film d’animation en forme de rêverie documentaire et philosophique, Waking Life. Dans une des séquences, deux filles discutaient dans un café et l’une d’entre elles disait ceci : «On pense à une image de soi bébé et on dit : "C’est moi." Pour faire le lien entre cette image et ce que l’on est aujourd’hui, on doit inventer une histoire : "C’est moi quand j’avais un an ; plus tard, j’ai eu les cheveux longs, puis nous avons déménagé à Riverdale et me voilà !" Il faut une histoire, une fiction pour créer cette connection entre nous et ce bébé, pour créer notre identité.» 2001, c’est le moment où Linklater commence à tourner Boyhood, qu’il achèvera douze ans plus tard ; impossible aujourd’hui de ne pas voir dans ce film unique et hors norme la mise en pratique de cette théorie de l’identité évoquée dans Waking Life. Ces douze années — et les 165 minutes du film — c’est le temps nécessaire pour raccorder, par le biais d’une fiction, l’image du jeune Ellar Coltrane, gamin insouciant traversant les rues sur son vélo, de celle du même Coltrane, sortant de l'adolescence, tout juste débarqué à l’un

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Resnais, dernier voyage…

ECRANS | La disparition d’Alain Resnais est arrivée au moment où on s’y attendait le moins, juste avant la sortie du film où il semblait enfin conjurer le (...)

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

Resnais, dernier voyage…

La disparition d’Alain Resnais est arrivée au moment où on s’y attendait le moins, juste avant la sortie du film où il semblait enfin conjurer le spectre de cette fatalité en la remplaçant par une ode joyeuse aux années qui restent à vivre… Car depuis 1984 et son sublime et aride L’Amour à mort, ses films semblaient être des répétitions générales d’un départ annoncé. À l’exception du mineur et jovial I want to go home, hommage aux bandes dessinées qu’il adorait et dans lequel il avait fait des infidélités à son cercle d’acteurs, tous étaient nimbés de ce parfum funeste. La pieuvre narrative de Smoking et No Smoking avait beau ouvrir une douzaine de récits potentiels, tous se concluaient au cimetière ; dans Les Herbes folles, la mort s’invitait littéralement par accident dans l’épilogue ; et Vous n’avez encore rien vu mettait en scène non pas une, mais deux foi

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Aimer, boire et chanter

ECRANS | Pour sa troisième adaptation d’Alan Ayckbourn et, donc, son tout dernier film, Alain Resnais choisit de laisser en sourdine ses ruminations crépusculaires pour une comédie qui célèbre la vie et la vieillesse, les artifices du théâtre et la force du cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

Aimer, boire et chanter

Dans Aimer, boire et chanter il y a, comme dans tous les films d’Alain Resnais un dispositif formel fort et très visible. Trop ? C’est ce que l’on pense lors des premières séquences, où le choix de toiles peintes découpées en rideaux pour les entrées et sorties est d’un goût contestable. Cette théâtralité, qui renvoie à la pièce d’Alan Ayckbourn que Resnais adapte ici — la troisième après Smoking / No Smoking et Cœurs — est cependant justifiée par le leitmotiv qui lance chacun des actes : Colin (Hyppolite Girardot) et sa femme Kathryn (Sabine Azéma) répètent eux-mêmes une pièce de théâtre, mais n’en dépassent jamais les premières répliques, la vie et le naturel finissant par reprendre le dessus. On ne verra jamais cette pièce à l’écran, tout comme on ne verra jamais son acteur principal, George Riley, dont son médecin Colin révèle la mort prochaine. Alors que ses amis (le couple formidable Caroline Silhol / Michel Vuillermoz), son épouse (Sandrine Kiberlain) et son rival (André Dussollier) s’inquiètent, se lamentent ou se réjouissent de la disparition annoncée de leur collègue, George retrouve une nouvelle jeunesse. Et ce sont plutôt les secret

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André Dussollier : «Quand on joue, il n’y a plus de masques»

ECRANS | En tournée pour la sortie de "Diplomatie" de Volker Schlöndorff, rencontre avec le grand André Dussollier autour du film, mais aussi du prochain film d’Alain Resnais, "Aimer, boire et chanter" dont, au moment de l’entretien, on ne savait pas encore qu’il serait le dernier… Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 mars 2014

André Dussollier : «Quand on joue, il n’y a plus de masques»

Comment êtes-vous passé de ce texte, Diplomatie, que vous avez beaucoup joué au théâtre à sa version cinématographique ? Y avait-il une forme de désapprentissage ? André Dussollier : Avec Niels Arestrup, on était prêts à tenter une aventure nouvelle. Il y a eu des moments en jouant la pièce où je me suis dit c’est dommage qu’il n’y ait pas une caméra. Au théâtre, on est souvent de profil face au public, qui est loin. Diplomatie, c’est un sujet qui correspond bien au cinéma, cela nous donne le privilège de parler de façon douce comme les diplomates, on va affronter ces grands problèmes en face à face, d’homme à homme, en susurrant parfois alors que c’est la guerre autour de nous. Je pense que la diplomatie se passe comme ça, à mots feutrés. Ce n’est pas que ça n’allait pas au théâtre, mais on s’adaptait à des contraintes techniques différentes. Il fallait oublier tout ce qu’on avait fait au théâtre, et l’avantage, c’était de travailler avec un metteur en scène qui n’avait pas vu la pièce, et qui nous regardait comme s

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The Grand Budapest Hotel

ECRANS | Avec "The Grand Budapest Hotel", Wes Anderson transporte son cinéma dans l’Europe des années 30, pour un hommage à Stefan Zweig déguisé en comédie euphorique. Un chef-d’œuvre génialement orchestré, aussi allègre qu’empreint d’une sourde inquiétude. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

The Grand Budapest Hotel

The Grand Budapest Hotel, au départ, c’est un livre, lu par une jeune fille blonde sur un banc enneigé de la ville de Lutz, à côté de la statue de son auteur. Ce livre raconte l’histoire du Grand Budapest Hotel telle qu’elle fut rapportée à l’écrivain lors d’un séjour dans ses murs au cours des années 60 par le propriétaire de l’hôtel, Zéro Moustapha. Cette histoire est aussi celle de Mr Gustave, concierge du Grand Budapest du temps de sa splendeur dans les années 30, juste avant le début de la guerre, mentor et ami de Zéro. Le Grand Budapest Hotel était alors un bastion du luxe et du raffinement au cœur de l’Europe, dans la République de Zubrowka. À l’arrivée, The Grand Budapest Hotel est un film de Wes Anderson, autrement dit une pure création : rien de tout cela n’existe, tout a été réinventé par l’imaginaire du cinéaste. Mais ce monde fantaisiste laisse deviner en transparence la véritable Histoire européenne, du temps de ses heures les plus tragiques. Partition virtuose La narration en poupées russes qui lance le film — un récit à l’intérieur d’un récit à l’intérieur d’un récit —, redoublée par les constants changements de raconte

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Wes Anderson : «Mes tournages sont assez chaotiques»

ECRANS | Dans la reproduction de la chambre d’Antoine Lumière — qui pourrait être le décor d’un de ses films —, rencontre avec Wes Anderson à propos de Stefan Zweig, de sa famille d’acteurs, de transmission et des tatouages d’Harvey Keitel… Propos recueillis et traduits par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

Wes Anderson : «Mes tournages sont assez chaotiques»

Wes Anderson : Est-ce un «entretien» [en français dans le texte, NdlR] ou une interview ? Appelons-ça un «entretien»… C’est votre premier film à se dérouler en Europe et c’est aussi votre premier film historique… Faire un film sur l’Europe, c’était le point de départ. J’ai passé beaucoup de temps en Europe au cours des dix ou douze dernières années et, plus récemment, j’ai beaucoup lu Stefan Zweig et d’autres textes à propos de l’Europe. C’est pour cela aussi que j’ai choisi un contexte historique. Mon ami Hugo et moi avions l’idée d’un personnage inspiré par quelqu’un que l’on connaît, mais nous l’avons situé dans le passé uniquement à cause de Zweig. Sans adapter une histoire de Zweig, nous avons essayé d’adapter sa personnalité d’écrivain. Vous avez choisi une époque, mais vous avez inventé un pays imaginaire. Est-ce pour être fidèle à votre style personnel ou est-ce pour éviter des références trop directes à la Guerre, l’Holocauste ou le communisme ? No

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Berlinale 2014, jours 7 et 8. Regarde les enfants grandir.

ECRANS | Boyhood de Richard Linklater. La Belle et la Bête de Christophe Gans. Macondo de Sudabeh Mortezai. La Deuxième partie de Corneliu Porumboiu.

Christophe Chabert | Samedi 15 février 2014

Berlinale 2014, jours 7 et 8. Regarde les enfants grandir.

La Berlinale touche à sa fin, et c’est peu de dire que le marathon fut intense — 32 films vus en huit jours ! Intense et paradoxal, car on y a vu des choses tout à fait extraordinaires, dans des conditions souvent exceptionnelles — les équipements cinématographiques berlinois sont impressionnants, et cette édition fut marquée par la réouverture du mythique Zoo Palast, entièrement rénové et d’un luxe à tomber par terre, avec ses sièges inclinables et sa moquette de dix centimètres d’épaisseur ! Le truc, c’est que ces films-là sont sans doute ceux qui auront le plus de mal à se frayer un chemin dans les salles françaises, tant ils sont par nature des objets radicaux et, disons-le, invendables. On en donnera un exemple à la fin de ce billet, mais c’est surtout au Forum, il est vrai dédié aux formes nouvelles et expérimentales, que l’on a trouvé ces objets passionnants. La compétition, elle, était médiocre. Le meilleur film, c’était d’évidence le Grand Budapest hotel de Wes Anderson, et on verra samedi soir si le jury emmené par le producteur, scénariste et bras droit de Ang Lee James Schamus nie ladite évidence et préfère, comme c’est hélas souvent le cas, se démar

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Berlinale 2014, jour 6. Invasion chinoise.

ECRANS | Aloft de Claudia Llosa. La Tercera orilla de Celina Murga. Black coal, thin ice de Diao Yinan. No man’s land de Ning Hao.

Christophe Chabert | Samedi 15 février 2014

Berlinale 2014, jour 6. Invasion chinoise.

Définitivement incernable, la compétition berlinoise… Et pas terrible, soyons honnêtes. Deux films sont encore allés s’échouer dans le néant festivalier, comme si la série A de la Berlinale se plaisait à compiler, exemples à l’appui, tout ce que le cinéma actuel peut produire d’œuvres confites dans les académismes. La Tercera orilla, premier long argentin de Celina Murga, est ainsi un prototype de world cinema dont on cherche jusqu’au bout ce qui a pu motiver sa réalisatrice à entreprendre un tel projet, qu’on a déjà vu au minimum mille fois sur grand écran. Le passage de l’adolescence à l’âge adulte, les difficiles relations père / fils, une petite touche de critique sociale — petite, toute petite — et une mise en scène d’une sagesse absolue, où il s’agit avant tout de chercher la note juste, la bonne durée, la lumière belle mais pas trop, et de montrer que l’on sait raconter son histoire et diriger ses comédiens. Pas de souci à ce niveau-là, mais où est l’appétit ? Où est l’envie de bousculer la forme ? Où est le désir d’imposer un point de vue nouveau sur son sujet ? Nulle part, désespérément nulle part… Sundancerie Claudia

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Berlinale 2014, jour 5. La carte et le territoire.

ECRANS | Inbetween worlds de Feo Aladag. Praia do futuro de Karim Aïnouz. Stratos de Yannis Economides. Dans la cour de Pierre Salvadori. The Darkside de Warwick Thornton. Butter on the latch de Josephine Decker.

Christophe Chabert | Mercredi 12 février 2014

Berlinale 2014, jour 5. La carte et le territoire.

Dernière ligne droite pour la Berlinale 2014, avec une journée de compétition particulièrement éprouvante. Les trois films présentés dans la course à l’Ours d’or représentaient chacun un écueil du "film pour festivals", et s’il reste quelques espoirs dans les jours à venir — avec le Linklater, le Claudia Llosa et les deux films chinois dont on ne sait à vrai dire pas grand chose — on voit mal comment Anderson, Resnais et la révélation ’71 pourrait manquer au palmarès final. La guerre, calme plat Commençons par Inbetween worlds, deuxième film de Feo Aladag après L’Étrangère, qui s’était frayé un chemin dans les salles françaises il y a quelques années. Ça va sans doute être plus dur pour celui-là, tant on y décèle ni personnalité forte derrière la caméra, ni traitement original de son sujet. On y voit un contingent de soldats allemands envoyé en Afghanistan pour sécuriser une zone que se disputent Talibans et villageois résistants. Le lieutenant chargé de l’opération, Jesper, fait appel à un traducteur, Tarik, lui-même pris "entre deux mondes", rêvant de quitter l’Afghanistan où on le prend pour un traître et où on men

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Berlinale 2014, jour 4. L’ombre de Terrence.

ECRANS | Things people do de Saar Klein. The Better angels de A. J. Edwards. In order of disappearance de Hans-Peter Molland. Aimer, boire et chanter d’Alain Resnais.

Christophe Chabert | Mardi 11 février 2014

Berlinale 2014, jour 4. L’ombre de Terrence.

On est déjà au milieu de notre Berlinale et plusieurs constats s’imposent. D’abord, la compétition est éclectique, et les deux exemples qui vont suivre dans notre billet du jour vont le prouver. Ensuite, le festival est de bonne facture. Si on le compare au voisin cannois, il connaît moins de très hauts, mais aussi moins de bas — peut-être passe-t-on à travers les gouttes et faisons-nous des choix judicieux dans son gargantuesque programme. Enfin, il fait une météo superbe à Berlin, et c’est la meilleure surprise de la semaine. Si on avait le temps — mais à cinq films par jour, c’est mission impossible — on irait bien flâner dans la ville, profiter du séjour… Allez, boulot, boulot, menuise, menuise ; il faut parler des films qui s’accumulent dangereusement au fil des jours. Deux héritages malickiens À chaque festival international, la même question se pose : y verra-t-on un nouveau film de Terrence Malick ? Le maître en a trois sur le feu, et Berlin n’aura pas eu la primeur de son Knight of cups, dont on ne sait trop dans quelles ornières de montage il a pu tomber. Pas de Malick en compétition donc, mais le panorama du festival a fait planer so

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Berlinale 2014, jour 3. Vraies et fausses valeurs

ECRANS | Nymphomaniac volume 1 (version longue) de Lars von Trier. Kreuzweg de Dietrich Brüggemann. Historia de miedo de Benjain Naishtat. A long way down de Pascal Chaumeil.

Christophe Chabert | Lundi 10 février 2014

Berlinale 2014, jour 3. Vraies et fausses valeurs

Dans un festival de cinéma, jes journées se suivent et ne se ressemblent pas. Après un samedi fracassant, ce dimanche fut des plus décevants, avec un retour en force de l’auteurisme frelaté qui, jusqu’ici, était resté gentiment à la porte. Le meilleur film du jour, et de très très loin, n’était pas une surprise du tout, puisqu’il s’agissait de la version longue de Nymphomaniac volume 1. Soit le montage voulu par Lars von Trier, avec la totalité des plans de sexe explicite et la durée imaginée par l’auteur. Niveau cul, disons-le, s’il y a là plus de bites en érection et de coïts en insert que dans la version courte, on reste loin du porno annoncé. En revanche, le rythme de cette version est très différent de celle sortie en salles, et cela ne fait désormais plus aucun doute : Nymphomaniac est une des œuvres cinématographiques les plus importantes de ces dernières années. La mise en scène gagne en ampleur, en beauté, en profondeur, gardant tout ce qui faisait déjà la force de la version courte — l’humour insolent, la logorrhée figurative, les morceaux de bravoure comme le chapitre sur Mrs H. / Uma Thurman — en y ajoutant une dimension imp

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Berlinale 2014, jour 2. Est-ce que le festivalier est content ?

ECRANS | Is the man who is tall happy ? de Michel Gondry. We come as friends de Hubert Sauper. L’Enlèvement de Michel Houellebecq de Guillaume Nicloux. ’71 de Yann Demange.

Christophe Chabert | Dimanche 9 février 2014

Berlinale 2014, jour 2. Est-ce que le festivalier est content ?

Pour l’instant, la chance n’est pas avec nous à cette Berlinale. Enfin, elle n’est pas sur la Berlinale tout court, si on en croit l’incroyable incident qui a provoqué l’interruption de la projo presse officielle de The Monuments Men de George Clooney, présenté hors compétition. Après une demi-heure plaisante quoique très futile et old school de ce film de guerre où Clooney, plus Clooney que jamais, monte une équipe de spécialistes pour aller préserver les œuvres d’art du pillage nazi en cours, des cris sont partis du balcon, puis un brouhaha intense entrecoupé de « a doctor ! a doctor ! ». Ensuite, les spectateurs réclamèrent qu’on rallume la salle, puis qu’on arrête le film. Ça peut arriver. Et ce n’est pas drôle. Sans savoir quand le film allait reprendre, et sachant que derrière nous attendait une des rares projections du nouveau film d’Hubert Sauper — on y revient — on a préféré aller prendre le temps de rédiger ce billet-là… Quant au Clooney, si la bonne fortune des billets encore disponibles nous sourit, ce sera pour demain… Chomsky / Gondry : communication réussie Juste avant, très belle surprise avec le nouveau film de Michel Gondry,

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Berlinale 2014, jour 1. Dépaysement

ECRANS | Jack d’Edward Berger. La Voie de l’ennemi de Rachid Bouchareb. Grand Budapest hotel de Wes Anderson.

Christophe Chabert | Vendredi 7 février 2014

Berlinale 2014, jour 1. Dépaysement

Premier séjour à la Berlinale et arrivée un peu chaotique. Il faut dire que, pour le Français habitué à l’organisation cannoise, celle de Berlin est aux antipodes. Là où Cannes se déroule entre professionnels de tous bords, avec un système de «classes» pour les hiérarchiser, Berlin est un festival ouvert au public, qui achète en masse des places pour les quelques 150 films présentés, et regroupés en sections — la compétition, le panorama, le forum, mais aussi une sélections de classiques, de films pour enfants, de documentaires, et même des films dont le thème est la cuisine ! On trouve dans chacune d’entre elles quantité de séances spéciales, et pas forcément les moins intéressantes, donc il faut se frayer un chemin dans cette programmation tentaculaire et éclatée géographiquement à l’intérieur de la ville, tout en chassant le ticket d’entrée. Un sport qui nécessite un certain entraînement. Il aura donc fallu attendre ce vendredi pour découvrir le nouveau Wes Anderson, Grand Budapest hotel, prestigieux film d’ouverture, un rôle auquel les films d’Anderson semblent cantonnés —

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2014 : autant en emporte le Vent…

ECRANS | Après une année 2013 orgiaque, 2014 s’annonce à son tour riche en grands auteurs, du maître Miyazaki à une nouvelle aventure excitante de Wes Anderson en passant par les vampires hipsters croqués par Jarmusch et les flics tarés de Quentin Dupieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

2014 : autant en emporte le Vent…

Le Vent se lève, il faut tenter de vivre… disait le titre intégral du dernier film d’Hayao Miyazaki qui, après 25 ans au service de l’animation japonaise, a décidé de tirer sa révérence avec cette œuvre effectivement testamentaire. Réduite au seul Vent se lève pour sa sortie le 22 janvier, cette fresque narre les années d’apprentissage d’un ingénieur féru d’aviation, passion qui l’aveuglera sur la réalité de la guerre dans laquelle le Japon s’engage, mais aussi sur l’amour que lui porte une jeune fille qu’il a sauvée lors d’un spectaculaire tremblement de terre. En assumant la part la plus adulte de son cinéma et en se livrant en transparence à un troublant autoportrait en créateur obsessionnel, coupé du monde et de la vie, Miyazaki signe un chef-d’œuvre alliant splendeur plastique, force émotionnelle et intelligence du regard. Les Belles et les Bêtes Il sera le premier en cette rentrée à illuminer les écrans, mais 2014 ne sera pas en rade de grands auteurs, au contraire. On ronge bien sûr notre frein en attendant de découvrir la deuxième partie du Nymphomaniac de Lars von Trier (29 janvier), dont le

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