Bodybuilder

ECRANS | De et avec Roschdy Zem (Fr, 1h44) avec Vincent Rottiers, Yolin François Gauvin, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2014

Faire un film réaliste et honnête sur le milieu du bodybuilding français est un défi inattendu de la part de Roschdy Zem, dont c'est le troisième long en tant que réalisateur après deux tentatives — Mauvaise foi et Omar m'a tuer — assez catastrophiques, chacune à leur manière. La vision de ces corps monstrueux et l'appréhension de l'esprit quasi philosophique qui préside à leur transformation produit d'ailleurs parfois un certain vertige. Mais c'est surtout grâce à la présence incroyable de Yolin François Gauvin, sommet de virilité tranquille dont le visage et la voix impassibles semblent déconnectés de son impressionnante masse musculaire, que le film trouve une vraie raison d'être. Il rejoint ainsi la belle lignée des Ventura ou Michel Constantin, anciens boxeurs devenus acteurs charismatiques du cinéma populaire français.

Mais Zem n'est pas Melville ou Giovanni, et plutôt que de lui offrir une solide intrigue de polar, il le plonge dans une très banale histoire de transmission père / fils compliquée, dans laquelle Vincent Rottiers fait assez pale figure. On a sans cesse vingt longueurs d'avance sur le scénario, et ce n'est pas la réalisation, digne d'un téléfilm, qui risque de relever le tout. Bodybuilder échoue à offrir une fiction à la hauteur de la personnalité de Gauvin, à la fois bigger than life et résolument humaine.

 

Christophe Chabert


Bodybuilder

De Roschdy Zem (Fr, 1h44) avec Vincent Rottiers, Yolin François Gauvin...

De Roschdy Zem (Fr, 1h44) avec Vincent Rottiers, Yolin François Gauvin...

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"Roubaix" : prix Jacques Deray

ECRANS | (À lire à haute voix, façon Stéphane de Groodt) « —Prenons les paris, ce sera Roubaix. —Quoi donc ? —Le César, à Paris le 28 février. —Sauf si Ly l'a, (...)

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

(À lire à haute voix, façon Stéphane de Groodt) « —Prenons les paris, ce sera Roubaix. —Quoi donc ? —Le César, à Paris le 28 février. —Sauf si Ly l'a, évidemment. —Quel lilas ? —Non, le Ly, Ladj. —Le Ly qui l'Oscar n'a pas eu ? —Celui-là même. —Admettons. —Mais à Lyon, sans pari, Roubaix aura le 22 son Prix. -De consolation ? —Non, Deray. —Comme Odile ? —On s'égare… —D’ailleurs pourquoi la Gare de Lyon est à Paris et pas à Roubaix ? —Parce que Paris est tout petit pour ceux qui Zem comme nous d'un si grand amour… » etc. Roubaix À l’Institut Lumière ​le samedi 22 février

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Stéphane Demoustier : « les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

La Fille au bracelet | Stéphane Demoustier signe un “film de prétoire“ inspiré d’un fait divers argentin en forme d’énigme absolue. Un film où la question de la culpabilité apparaît au second plan, derrière une étude fine de l’adolescence contemporaine…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Stéphane Demoustier : « les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

Pourquoi avoir voulu questionner l’adolescence à travers la justice ? Stéphane Demoustier : Parce que je trouve ça captivant ! On m’a parlé de ce fait divers argentin et, à la faveur de cette affaire, c’était un super moyen d’aborder l’adolescence comme de faire le portrait de cette jeune fille. Il y avait aussi la volonté de faire un film sur une question qui me hantait et que j’avais envie de partager : “connaît-on oui ou non ses enfants ?“. Un procès est un moment idéal pour cela : le père découvre sa fille sous un jour nouveau. Cette affaire m’a convaincu de raconter l’histoire du point de vue de cette jeune fille et de faire en creux le portrait de son altérité. Cette idée d’altérité est exacerbée au moment de l’adolescence. Acusada de Gonzalo Tobal a-t-il été un obstacle entre ce fait divers et votre film ? Oui, car il était tiré du même fait divers. Je l’ai su et tout de suite s’est posée la question de leur angle. Ils étai

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Maillons à partir avec la justice : "La Fille au bracelet"

Drame | Sur une plage estivale, la police interpelle Lise, 16 ans. Deux ans plus tard, la cheville ceinte d’un bracelet électronique, la jeune femme s’apprête à comparaître pour l’assassinat de sa meilleure amie. Le procès va révéler un visage insoupçonné de Lise. En particulier pour ses parents...

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Maillons à partir avec la justice :

Deux plans d’une brillante maîtrise encadrent La Fille au bracelet : l’interpellation de Lise, vue à distance sans autre son que le bruit océanique des vacanciers alentours ; et puis Lise, une fois le jugement prononcé, accomplissant un geste si particulier qu’il ne permet pas de statuer sur son innocence ni sa culpabilité. Deux plans qu’on aurait pu voir chez Ozon ou Haneke, exposant sans imposer, donnant en somme la “règle du jeu“ au public : « voici les faits objectifs, à vous de vous prononcer en votre âme et conscience ». Certes, si l’on en sait un peu plus que des jurés lambda en “s’invitant“ dans le foyer familial de la jeune fille un peu avant et pendant le procès, ce film de prétoire suit scrupuleusement la procédure, dans son crescendo dramatique ponctué de révélations, coups et rebondissements, sans jamais désopacifier l’affaire, bien au contraire. Il offre aussi des portraits pondérés de l’entourage, c’est-à-dire les parents confrontés à l’étonnant pouvoir de dissimulation de leurs ados ou à leur aveuglement, peinant à admettre que leurs “petits“ ont des désirs, bes

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Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

Roubaix, une lumière | Arnaud Desplechin délaisse, en apparence, la veine introspective pour signer un film noir tiré d’un fait divers authentique survenu dans sa ville natale. Rencontre avec le cinéaste autour de la genèse de cette œuvre, sa méthode, ses doutes et ses joies. Mais aussi du théâtre… (attention, spoilers)

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

La tension est-elle un peu retombée depuis Cannes ? Arnaud Desplechin : C’était très intense ! Le soir de la projection a été un moment assez bouleversant pour chacun des acteurs. Il y a eu deuxième ovation pour eux et j’ai vu Roschdy qui était comme un petit garçon. Il y a un amour des acteurs spécifique à Cannes : c’est le seul endroit où vous pouvez leur offrir cet accueil. Avec les photographes, les sourires, les encouragements, il y a tout un rituel qui est mis en place… À Venise, c’est différent, c’est le metteur en scène qui ramasse tout. Comment avez-vous choisi Roschdy Zem ? Je le connais depuis très longtemps, par ma maison de production. Je l’avais déjà repéré dans les films de Téchiné où il avait fait de petites apparitions et je m’étais dit : « celui-là, on va compter avec lui ». Et quand j’ai vu N’oublie pas que tu vas mourir… Même sa partition dans Le Petit Lieutenant est vachement bien. Après toute sa carrière, Indigènes… Il a une performance meurtrie de vie dans un film qui m’avait bouleversé, La Fille de Monaco. Ce n’est pas un film “noble“ — il n’avait pas co

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Divers faits d’hiver : "Roubaix, une lumière"

Thriller | Arnaud Desplechin retourne dans son Nord natal pour saisir le quotidien d’un commissariat de police piloté par un chef intuitif et retenu. Un polar humaniste où la vérité tient de l’épiphanie, et la parole du remède. Le premier choc de la rentrée cinématographique.

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Divers faits d’hiver :

L’arrivée d’un nouveau lieutenant, des incendies, une disparition de mineure, le crime d’une personne âgée… Quelques jours dans la vie et la brigade de Yacoub Daoud, patron du commissariat de Roubaix, pendant les fêtes de Noël… « On est de son enfance comme on est de son pays », écrivait Saint-Exupéry. Mais quid du pays de son enfance ? En-dehors de tous les territoires, échappant à toute cartographie physique, il délimite un espace mental aux contours flous : une dimension géographique affective personnelle, propre à tout un chacun. Et les années passant, le poids de la nostalgie se faisant ressentir, ce pays se rappelle aux bons (et moins bons) souvenirs : il revient comme pour solder un vieux compte, avec la fascination d’un assassin de retour sur les lieux d’un crime. Aux yeux du public hexagonal, voire international, Arnaud Desplechin incarne la quintessence d’un cinéma parisien — un malentendu né probablement de l’inscription de La Sentinelle et de Comment je me suis disputé dans des élites situées, jacobinisme ob

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Le doute à l’ombre : "Une intime conviction"

Procès | De Antoine Raimbault (Fr, 1h50) Avec Marina Foïs, Olivier Gourmet, Laurent Lucas…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Le doute à l’ombre :

Accusé d’avoir tué sa femme, Jacques Viguier se terre dans un mutisme coupable. Nora le croit si viscéralement innocent qu’elle convainc Me Dupond-Moretti de le défendre, se dévouant sans relâche pour trouver des preuves le disculpant, au risque de polluer la procédure par son action… Il est peu fréquent sous nos latitudes de voir une affaire judiciaire aussi promptement adaptée sur les écrans français, et ce en conservant les noms des protagonistes. Le fait que le réalisateur ait été proche du dossier n’y est pas étranger, mais ne doit rien enlever aux mérites de ce qui constitue son premier long-métrage. Un film de procédure et de prétoire répond en effet à un strict protocole : il se doit de reproduire la théâtralité de la liturgie judiciaire tout en intégrant son jargon et ses pesanteurs — qui en amenuisent sérieusement la dramaturgie. Raimbault use d’un “truc“ pour dynamiser son film : l’invention de Nora, investigatrice parallèle, agissant comme les auxiliaires de la défense dans le monde anglo-saxon. Son action sur la narration (et globalement positive sur le verdict) repo

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Feu le pompier : "Sauver ou périr"

Le Film de la Semaine | Le parcours d’un pompier parisien, de l’adrénaline de l’action à la douleur du renoncement après l’accident. Une histoire de phénix, né à nouveau par le feu qui faillit le consumer, marquant (déjà) la reconstruction d’un cinéaste parti de guingois pour son premier long.

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Feu le pompier :

Jeune sapeur-pompier dévoué et heureux en ménage, Franck aspire à diriger des opérations sur des incendies. Hélas, sa première intervention se solde par un grave accident le laissant plusieurs mois à l’hôpital, en lambeaux et défiguré. Un lent combat pour réapprendre à vivre commence… Consacrer un film à un soldat du feu juste après avoir jeté son dévolu sur la brigade du Quai des Orfèvres ayant traqué Guy Georges (dans le très inégal L’Affaire SK1, 2014) risque de laisser penser que Frédéric Tellier donne dans le fétichisme de l’uniforme ou des agents du service public ! Pour autant, ses deux long-métrages n’ont pas grand chose en commun, si ce n’est de s’inspirer d’une histoire vraie et de bénéficier de l’appoint d’un bon co-scénariste, David Oelhoffen (auteur du réussi Frères ennemis). Tellier débute ici sans prendre de gants par une contextualisation brute et édifiante du “métier de sauver“, dans

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Ménagerie et ménages : "Gaspard va au mariage"

Comédie baroque | de Antony Cordier (Fr, 1h43) avec Marina Foïs, Félix Moati, Guillaume Gouix…

Vincent Raymond | Mardi 30 janvier 2018

Ménagerie et ménages :

En route pour le mariage de son père, Gaspard offre à l’excentrique Laura rencontrée dans le train de jouer à la compagne-alibi, contre rémunération mais en tout bien tout honneur. Proposition étrange, à la mesure de la famille du jeune homme, qui tient un zoo baroque en déroute… Intéressé depuis toujours par des figures de “transgressions douces” — libertinage adolescent dans Douches froides puis entre adultes dans Happy Few —, Antony Cordier voit plus grand avec cette parentèle gentiment branque, au sein d’un film dont la tonalité (ainsi que le chapitrage) évoquent la folie tendre de Wes Anderson, époque Famille Tenenbaum. Un autre tenant de la comédie contemporaine américaine arty décalée bénéficie au passage d’un hommage explicite : Noah Baumbach, le réalisateur de Margot va au mariage (2007). Mais à l’absurdité romantique des situations dans un zoo artisanal, au gothique des ambiances truffées d’apparitions animales ; au saugrenu

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En-dehors des murs, vers le Sud : "L’Atelier" de Laurent Cantet

ECRANS | de Laurent Cantet (Fr, 1h53) avec avec Marina Foïs, Matthieu Lucci, Warda Rammach…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

En-dehors des murs, vers le Sud :

Autrice de polars, Olivia anime un atelier d’écriture à La Ciotat durant les vacances pour des adolescents désœuvrés. Parmi eux, Antoine, replié sur lui-même et ses jeux vidéos violents, prompt à la provocation raciste et à deux doigts d’un passage à l’acte. Mais lequel ? Fiction documentarisante, cette chronique d’un été réalisée par Laurent Cantet (et comme à l’accoutumée co-écrite par son comparse Robin Campillo) tente de tisser au moins trois fils narratifs au moyen de ce fameux “atelier”, catalyseur maïeutique et générateur dramatique du récit. Grâce à lui, on plonge ainsi dans le passé de la cité et de ses chantiers navals, désormais reconverti dans le luxe (quel symbole !) ; on s’imprègne également du présent, déboussolé par un terrorisme attisant les tensions. Et l’on suit la relation ambigu du quasi hikikomori Antoine avec l’autrice — dont la résidence n’est qu’une parenthèse dans sa carrière. Le problème n’est pas que L’Atelier veuille raconter autant d’histoires à la fois, mais que ses (bonnes) intent

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La rançon de la gloire (et la monnaie de sa pièce) : "Le Prix du succès" de Teddy Lussi-Modeste

Drame | de Teddy Lussi-Modeste (Fr, 1h32) avec Tahar Rahim, Maïwenn, Roschdy Zem…

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

La rançon de la gloire (et la monnaie de sa pièce) :

Sur scène, Brahim fait rire. Et son succès profite à toute sa famille, en particulier à son irascible aîné Mourad qui le cornaque depuis toujours. Violent, jaloux de Linda (la fiancée et metteuse en scène de Brahim) Mourad devient un obstacle dont son frère décide de se séparer. Sans le lui dire… Teddy Lussi-Modeste quitte le monde gitan servant de décor à Jimmy Rivière, sa première réalisation, mais n’abandonne pas pour autant les histoires d’emprises claniques, où la parole (autant le verbe que la promesse) joue un rôle central. Il reste également proche des Écritures : ces histoires de bisbille entre frères, de prodigalité, de respect des anciens, de trahison des proches, de tentation… tout cela à des relents ma foi bien bibliques. Mais si la progression dramatique de son intrigue impliquait un inéluctable virage vers le genre polar, celui-ci intervient hélas trop tard, dans un croupion de film — alors qu’il y avait matière à en faire un ressort pal

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"Toril" : De l’herbe ou des légumes ?

Et aussi | Pour sauver son maraîcher de père de la banqueroute, un petit planteur de cannabis se sert du hangar familial pour écouler, durant un temps qu’il imagine (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 septembre 2016

Pour sauver son maraîcher de père de la banqueroute, un petit planteur de cannabis se sert du hangar familial pour écouler, durant un temps qu’il imagine bref, d’énormes quantités de stupéfiants pour le compte du parrain local. Or ce dernier, convaincu par la couverture, ne voit pas l’intérêt de s’en priver ; il menace de jeter dans son toril ceux qui contrecarreraient ses plans. En cette rentrée, les gros bovins semblent se complaire dans la fréquentation des marginaux. Mais si dans Rodéo (sorti le 7 septembre), ils permettaient à des vachers de subsister, ils servent ici de supplétifs à un caïd — à front de taureau, forcément — appréciant leur brutalité meurtrière. En fait, c’est leur puissance allégorique, peckinpahesque pourrait-on dire, qui fascine Laurent Teyssier ; leur potentiel de destruction massive annonçant un finale façon puzzle. Même si Vincent Rottiers lègue toute sa fièvre à ce fils pris dans l’engrenage, Toril reste un peu court sur pattes. Il y a bien une tent

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"Nocturama" : une nuit close vue par Bertrand Bonello

Le Film de la Semaine | Après deux films en costumes (L’Apollonide et Saint Laurent), Nocturama signe le retour de Bertrand Bonello au plus-que-présent de l’allégorique pour l’évocation d’une opération terroriste menée par un groupuscule de jeunes en plein Paris. Brillant, brûlant et glaçant.

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Voici des temps absurdes où l’on en vient à redouter les attentats autant pour leur inqualifiable barbarie que pour leurs conséquences sur la diffusion des œuvres cinématographiques susceptibles de les évoquer. Où, en somme, des auteurs proposant une lecture analytique souvent clairvoyante des métaphénomènes sociétaux, voient la carrière de leur film avortée parce que leur fiction s’accorde avec l’actualité, ou lui fait un cuisant écho. Made in France de Nicolas Boukhrief et Bastille Day de Peter Watkins ont déjà payé un lourd tribut en étant retirés de l’affiche ; quant à l’extraordinaire Les Cow-boys de Thomas Bidegain, il a senti le vent du boulet. Espérons que Nocturama,

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Voilà l'été : un jour, une sortie #1

MUSIQUES | Durant toutes les vacances, c'est un bon plan par jour : concert ou toile, plan canapé ou expo où déambuler.

Sébastien Broquet | Mercredi 6 juillet 2016

Voilà l'été : un jour, une sortie #1

1 / Mercredi 6 juillet : musique Clips grand format Premiers Clips pose ses valises au Transbo pour une projection sur grand écran des 19 meilleurs clips rhônalpins sélectionnés avec amour par le collectif Shoot It. Trois remises sont en jeux, dont le prix artistique Petit Bulletin qui permettra au vainqueur d'enregistrer pendant deux jours au Studio Purple Sheep. Pour l’ambiance, comptez sur Rosemary Martins en DJ ! Au Transbordeur à 19h 2 / Jeudi 7 juillet : apéro Petit Bulletin Summer Sessions Pour le coup, c’est nous qui vous convions : l’apéro du Petit Bulletin c’est au Transbo, avec aux platines un duo qui grimpe aux rideaux, à savoir les Femmes aux Fourneaux pour concocter la mise en bouche avant deux concerts bien moelleux : la bass & cold wave de Kaben en guise d’entrée, suivie des prometteurs Her pour le plat de résistance. On sait : si la France bat l’Islande, ce sera aussi soir de demi-finale.

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"Irréprochable" : Marina Foïs modelée dans la noirceur

ECRANS | Un film de Sébastien Marnier (Fr, 1h43) avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Joséphine Japy, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

On ne spolie pas grand-chose de l’intrigue en laissant entendre que Constance, jouée par Marina Foïs, est ici tout sauf irréprochable. Crampon vaguement crevarde au début, elle se révèle ensuite mytho et érotomane, avant de dévoiler au bout du bout un visage plus trouble. Une cascade de “retournements”un peu outrés, censés changer notre point de vue sur ce personnage donné (trompeusement) pour bohème sympa. Le problème, c’est que l’on sait d’entrée qu’il y a un souci : regard fixe et lourd, attitudes maniaques, Constance n’a rien de la fille à qui vous confiriez votre sandwich ni votre code de carte de crédit ; elle respire le vice plus que la vertu. Modeler de la noirceur et des ambiances intrigantes ou inquiétantes semble davantage intéresser Sébastien Marnier qu’animer un personnage cohérent. Dommage, car il dispose par ailleurs d’atouts non négligeables : une distribution surprenante (mais qui fonctionne), ainsi qu’une excellente bande originale signée Zombie Zombie — un adjuvant essentiel.

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La Tour 2 Contrôle Infernale

ECRANS | De et avec Éric Judor (Fr, 1h31) avec Ramzy Bedia, Marina Foïs, Serge Riaboukine…

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

La Tour 2 Contrôle Infernale

Donner une suite à une comédie absurde n’est-il pas en soi absurde ? Éric et Ramzy semblent en convenir en tournant, quinze ans après, une préquelle à La Tour Montparnasse infernale. Même distribution (augmentée de Philippe Katerine), même humour vernaculaire pareil à un match d’impro verbale sans fin entre les deux potes, même sentiment d’épuisement à la fin — un Quentin Dupieux pour les canaliser et réaliser cela n’aurait pas été du luxe. Leur brillant compositeur semble lui aussi éreinté par sa contribution : alors qu’il avait signé pour Microbe et Gasoil de Michel Gondry une très plaisante bande originale, Jean-Claude Vannier marque ici le pas, au point d’emprunter à François de Roubaix un thème emblématique (La Vitesse, la Mort, dûment crédité au générique) pour ce qui est censé être le climax du film : sa séquence finale — Ludovic Bource avait eu recours à la même “facilité” dans The Artist, en reprenant la partition écrite par Bernard Herrmann pour Vertigo. Mais si certains en sortent sur les rotules, ce film rend une autre catégorie de spe

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Chocolat

ECRANS | Avec quatre réalisations en dix ans — dont trois depuis juin 2011 — on va finir par oublier que Roschdy Zem a commencé comme comédien. Il aurait intérêt à ralentir la cadence : son parcours de cinéaste ressemble à une course forcenée vers une forme de reconnaissance faisant défaut à l’acteur…

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Chocolat

Rien de tel, pour un réalisateur désireux de s’assurer un consensus tranquille, qu’un bon vieux film-dossier des familles ou la biographie d’une victime de l’Histoire. Qu’importe le résultat artistique : il sera toujours considéré comme une entreprise morale nécessaire visant à rétablir une injustice et réduit à sa (bonne) intention de départ, si naïve qu’elle soit — on l’a vu il y a peu avec le documentaire mou du genou Demain de Cyril Dion & Mélanie Laurent, encensé pour les vérités premières qu’il énonce, malgré sa médiocrité formelle et sa construction scolaire. Chocolat est de ces hyper téléfilms néo-qualité française qui embaument la reconstitution académique et s’appuient sur une distribution comptant le ban et l’arrière-ban du cinéma, figée dans un jeu "concerné", dans l’attente de séquences tire-larmes. La bande originale de Gabriel Yared, étonnamment proche des mélodies de Georges Delerue — mais ce doit être un hasard, Yared étant plutôt connu pour ses “hommages” à John Williams — incitant fortement à l’usage du mouchoir. Un

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Dheepan

ECRANS | Jacques Audiard a décroché une Palme d’or avec un très bon film qui n’en avait pourtant pas le profil, même si cette histoire de guerrier tamoul cherchant à construire une famille en France et se retrouvant face à ses vieux démons est plus complexe que son pitch ne le laisse croire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 18 juillet 2015

Dheepan

Prenons une métaphore footballistique : si Un prophète était dans la carrière de Jacques Audiard un tir cadré et De Rouille et d’os un centre décisif, Dheepan fait figure de passe en retrait… Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne conduira pas à un but, et c’est bien ce qui est arrivé à Cannes, puisqu’il est reparti avec une Palme d’or qui a surpris tout le monde. Mais c’est peut-être le propre des grands films que d’apparaître sous un jour fragile tout en laissant la sensation d’assister à quelque chose de fort qui nous accompagnera longtemps après. Dheepan s’ouvre sur la préparation d’un bûcher où l’on va brûler des cadavres. Nous sommes au Sri Lanka et la guerre civile se termine, soldant la défaite des Tigres tamouls. Parmi eux, Dheepan observe les dépouilles de ses compagnons avec résignation ; la guerre est derrière lui, mais que lui réserve l’avenir ? C’est une femme, Yalini, qui lui offre une porte de sortie : elle traverse le camp de réfugiés à la reche

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La Rançon de la gloire

ECRANS | Cette odyssée dérisoire de deux pieds nickelés décidés à voler le cercueil de Charlie Chaplin creuse surtout la tombe de son réalisateur Xavier Beauvois, qui signe un film apathique à tous les niveaux, sans forme ni fond. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

La Rançon de la gloire

Eddy sort de prison après y avoir passé quelques années pour des trafics dont on ne saura jamais la nature, et se voit recueilli par Osman, éboueur à Vevey, Suisse. Il vit avec sa fille dans une caravane, tandis que sa femme est à l’hôpital à cause d’une lourde maladie. Nous sommes en 1977, peu avant Noël, et c’est justement ce jour-là que Charlie Chaplin casse sa pipe au bord du lac Léman. Eddy et Osman décident de déterrer son cercueil et de demander une rançon. La Rançon de la gloire est inspiré d’une histoire vraie, comme le précédent film de Xavier Beauvois, le triomphal Des hommes et des Dieux. Entre les deux, le cinéma français n’a cessé d’adapter faits divers et affaires célèbres, dans une quête de véracité qui va de pair avec un assèchement progressif de sa foi en la fiction. Beauvois, justement, semble avoir glissé sur la même pente : ici, l’anecdote, pourtant mince, ne débouche jamais sur un projet plus vaste où les personnages et le récit conduiraient à une forme de fantaisie ou de grâce, et où l’argument de départ ne se

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Tiens-toi droite

ECRANS | De Katia Lewkowicz (Fr, 1h35) avec Marina Foïs, Laura Smet, Noémie Lvovsky…

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

Tiens-toi droite

Désireux de redonner du souffle à un féminisme attaqué de toute part par les tenants réac' de la pensée zemmourienne, Tiens-toi droite s’enfonce dans un récit multiple dont les contours sont particulièrement flous. Les protagonistes sont présentées par une voix-off introductive — la mère de famille nombreuse, la miss réduite à un objet sexuel, la chef d’entreprise dont la vie personnelle est entamée par son activité professionnelle — mais en cours de route, Lewkowicz en rajoute une quatrième, une petite fille boulotte obsédée par les canons de la beauté féminine telle que la société les impose. Impossible de voir dans ce genre de coup de force narratif autre chose qu’un grand fouillis qui semble avoir échappé à tout contrôle : si Tiens-toi droite a un sujet, il n’a à proprement parler aucune forme, ni scénaristique, ni filmique, avançant au gré des intentions de son auteur et de séquences sans début ni fin, visiblement rapiécées par un montage hystérique. Le film paraît surtout totalement coupé du monde réel, fantasme d’une cinéaste qui oublie le spectateur, proche de ces piles de romans français qui déferlent à la rentrée littéraire et disparaissent en

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On a failli être amies

ECRANS | D’Anne Le Ny (Fr, 1h31) avec Karin Viard, Emmanuelle Devos, Roschdy Zem…

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

On a failli être amies

Au départ d’On a failli être amies, il y a un beau sujet : comment deux femmes en viennent à échanger leurs rôles, l’une par ennui de sa vie conjugale, l’autre par envie d’une aventure sentimentale. Au lieu de se jouer sur le terrain du vaudeville, cela se fait par le biais du travail : la conseillère Pôle Emploi tente de recaser professionnellement sa rivale pour lui piquer son patron de mari. Curieusement, Anne Le Ny ne choisit pas de creuser ce regard profondément inquiet sur une époque où la compétition libérale se répercute même dans les rapports amoureux ; elle préfère broder une comédie vieillotte et télévisuelle aux dialogues impossibles et à la musique régulièrement à côté de la plaque, où tout sonne faux et où le boulevard reprend sans cesse le dessus sur l’observation sociale. Ce mix de calibrage et de décisions hasardeuses fait un dommage collatéral : les deux actrices, qu’on a rarement vues autant à la peine. Il faut dire aussi que Karin Viard et Emmanuelle Devos trustent tellement les écrans depuis un an — et même six mois pour Viard — qu’on a l’impression de ne plus voir que leurs tics de jeu et pas les personnages qu’elles défendent.

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100% Cachemire

ECRANS | De et avec Valérie Lemercier (Fr, 1h38) avec Gilles Lellouche, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Vendredi 6 décembre 2013

100% Cachemire

Un drôle de désir semble avoir guidé Valérie Lemercier pour son quatrième film en tant qu’actrice-réalisatrice… S’approprier un fait divers glauque où une mère adoptive décide de rendre son fils après quelques mois "d’essai" ; faire le portrait acide d’une bourgeoisie étranglée entre bonne et mauvaise conscience ; mais aussi s’écrire un personnage détestable dont la caméra, toutefois, ne se détache jamais, exercice narcissique très curieux et, à l’image du film tout entier, plutôt déplaisant. Car si Lemercier a un vrai talent pour écrire des dialogues de comédie qui claquent, et si elle sait les mettre dans la bouche de comédiens ravis de s’amuser avec cette musique virtuose, le scénario de 100% Cachemire n’a pas de centre, sinon une misanthropie qui s’exerce aveuglément sur les riches et les pauvres, les premiers très cons, les seconds très cons et très moches. Il y avait pourtant une idée magnifique, hélas laissée en jachère : cet enfant russe muet et impavide, mur indéchiffrable sur lequel les émotions des adultes alentour ricochent ou se fracassent. Mais la mise en scène semble fuir ce trou noir émotionnel, préférant se réfugier dans la peinture sarc

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La Marche

ECRANS | De Nabil Ben Yadir (Fr, 2h) avec Tewfik Jallab, Olivier Gourmet, Charlotte Le Bon, Vincent Rottiers…

Christophe Chabert | Mercredi 20 novembre 2013

La Marche

La marche contre le racisme et pour l’égalité, partie des Minguettes de Vénissieux il y a trente ans, méritait mieux que ce navet dont les maladresses se retournent contre son message même. La caractérisation des marcheurs est au-delà du stéréotype, et leur évolution est conduite avec d’énormes sabots, quand cela ne relève pas de l’aberration totale. Ainsi du personnage de Philippe Nahon, franchouillard grognon et raciste qui finit en défenseur fervent d’une France métissée ; mais les autres sont à l’avenant, telle cette pseudo Fadela Amara qui découvre, après une bonne dizaine de séquences à éructer en féministe courroucée, que le dialogue apaisé, c’est bien, en fait. Tout est exagéré, outré, noyé dans un humour de multiplexe et, pire du pire, écrit avec un manuel de scénario à l’américaine sur les genoux. Le film a donc besoin sans cesse de désigner des ennemis pour créer du conflit dramatique et en général ce sont les péquenauds français, forcément cons, intolérants, fermés, méchants qui en prennent pour leur grade ­— mais même SOS Racisme se fait tacler dans les cartons de fin ! La nuance n’est donc pas le fort de La Marche, mais la mise en scène non plus, s

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Boule & Bill

ECRANS | De Alexandre Charlot et Frank Magnier (Fr, 1h30) avec Marina Foïs, Frank Dubosc, Charles Crombez...

Jerôme Dittmar | Dimanche 24 février 2013

Boule & Bill

La BD et le cinéma français, c'est un peu l'échec permanent. Pour preuve encore Boule & Bill, prévisible catastrophe industrielle vu le matériau d'origine. Mais ce qui étonne le plus dans cette adaptation, c'est sa capacité à décevoir. Car Boule & Bill le film n'est pas la comédie neuneu pour marmots à laquelle on pouvait s'attendre. Oui il y a quelques gags mais qui tombent tous à plat. Oui on entend la voix du chien qui pense et c'est navrant. Le plus curieux, c'est que les auteurs du film se foutent presque de Roba et sa mythologie, reléguée aux cinq dernières minutes. Ils préfèrent s'intéresser à l'époque où la BD vivait son heure de gloire, tournant un film rétro au look bâtard sur l'émancipation de la femme dans la France des années 70. Seule compte ainsi la mère, héroïne d'un film pensé comme une préquelle réflexive à la BD, où le père serait Roba découvrant son inspiration après avoir fui la cité dortoir où sa famille s'était installée. Nul et à la fois limite intriguant. Jérôme Dittmar

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Prix Jacques Deray 2013

ECRANS | Chaque année depuis 2005, le Prix Jacques Deray, créé par l'Institut Lumière et par l'Association des Amis de Jacques Deray (cinéaste qui fut vice-Président de (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 30 janvier 2013

Prix Jacques Deray 2013

Chaque année depuis 2005, le Prix Jacques Deray, créé par l'Institut Lumière et par l'Association des Amis de Jacques Deray (cinéaste qui fut vice-Président de l'Institut), récompense le meilleur film policier français de l’année. Pour 2013, le Prix est attribué à Une Nuit, film qui, on le confesse, a échappé à notre vigilance et au générique duquel figurent Roschdy Zem, Sara Forestier, Samuel Le Bihan et Richard Bohringer. Il succède au navrant Polisse de Maïwenn. Il sera remis à son réalisateur, Philippe Lefebvre, en sa présence et en celle de Bertrand Tavernier, le président de l'Institut, samedi 16 février au terme de la projection d'une oeuvre de Deray.

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Renoir

ECRANS | De Gilles Bourdos (Fr, 1h51) avec Michel Bouquet, Vincent Rottiers, Christa Theret…

Christophe Chabert | Jeudi 20 décembre 2012

Renoir

Quel est l’angle de ce Renoir signé Gilles Bourdos ? Ni biopic du père Auguste, saisi au crépuscule de sa vie, ni regard sur la jeunesse du fils Jean, soldat au front et pas encore cinéaste, le film s’intéresse surtout à ce qui va temporairement les unir : la belle Andrée Heuschling, modèle d’Auguste puis amante de Jean, avant de devenir son actrice sous le pseudonyme de Catherine Hessling. Le film ne va pas jusque-là et c’est comme un aveu de la part de Bourdos : le cinéma ne l’intéresse pas, ni comme sujet, ni comme matière. Tout au plus aime-t-il faire des images où il retrouve la lumière des tableaux de Renoir ; par contre, diriger les acteurs ou trouver un point de vue pour sa mise en scène est le cadet de ses soucis. Les scènes se déroulent dans la neurasthénie la plus complète, Christa Theret est ramenée à une pure présence charnelle, et même Michel Bouquet en fait trop (il faut le voir bredouiller des «Mon Jeannot !» dans sa fausse barbe pour mesurer le désastre). Un gâchis monumental. Christophe Chabert

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Mains armées

ECRANS | De Pierre Jolivet (Fr, 1h45) avec Roschdy Zem, Leïla Bekhti…

Christophe Chabert | Vendredi 6 juillet 2012

Mains armées

Que le polar ne soit qu’un prétexte pour raconter quelque chose de plus intime et existentiel, c’est un fait vieux comme Hérode. Encore faut-il que le texte (le polar) soit palpitant et que le sous-texte (le drame) soit pertinent. Ce n’est le cas ni de l’un ni de l’autre dans Mains armées, qui montre un Pierre Jolivet plus consciencieux que d’ordinaire, mais toujours aussi à la ramasse du cinéma de l’époque. Suivant un flic d’une brigade d’intervention spéciale marseillaise (Zem) qui doit collaborer avec les stups parisiens dans laquelle officie sa propre fille (Bekhti), qu’il n’a jamais vraiment connue, Jolivet tente d’imbriquer son récit, assez confus, avec une étude psychologique plutôt grossière (la fille qui tente de plaire à son père en allant le défier sur son propre terrain), échouant à être à la fois efficace et profond. Seul intérêt : le duo de comédiens. Toujours à la limite du surjeu lorsqu’ils sont séparés, leur rencontre est à l’inverse passionnante, cherchant un territoire commun de virilité et de fragilité pour exprimer ce qui peut les rapprocher. Grâce à eux, le film évite de justesse la vacuité. Christophe Chabert

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Love and Bruises

ECRANS | De Lou Ye (France, 1h45) avec Tahar Rahim, Corinne Yam, Vincent Rottiers…

Jerôme Dittmar | Vendredi 28 octobre 2011

Love and Bruises

Suzhou River avait lancé Lou Ye comme potentiel successeur de Wong Kar Wai. La comparaison n'a pas tenu longtemps. Dix ans après le cinéaste court encore les festivals mais sa côte reste en berne. Love and Bruises n'y changera rien. Exilé à Paris pour adapter le roman d'une étudiante chinoise décrivant sa passion amoureuse avec un Français, Lou Ye suit son éternel programme inspiré par la révolution sexuelle. Composant un film physique, sur des corps enchainés, où sexe et liberté résonnent ensemble, dans le monde et au travers de trajectoires individuelles, le cinéaste se heurte à un mur : sa mise en scène à l'épaule, écrasante, sans idée, courant débraillée derrière la spontanéité de ses acteurs. En quête de réalisme, Lou Ye s'agite dans les pires endroits et mélange tout. Il veut filmer le mystère du désir sans perdre de vue féminisme et matérialisme pour donner du poids à l'affaire. Tout ça finit mal, sur un film moche, lourd, étouffant et mesquin avec ses personnages. Jérôme Dittmar

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Omar m’a tuer

ECRANS | De Roschdy Zem (Fr, 1h25) avec Sami Bouajila, Denis Podalydès…

Christophe Chabert | Mardi 14 juin 2011

Omar m’a tuer

Projet porté par Rachid Bouchareb qui en a finalement confié la réalisation à Roschdy Zem, Omar m’a tuer conserve toutefois la marque du cinéaste de Hors la loi. Ennemi de la dialectique et partisan d’un cinéma à thèse dont le but est d’avoir un écho sur les bancs de l’assemblée, Bouchareb traite l’affaire Omar Radad selon deux points de vue qui enfoncent le même clou : l’enquête menée par Jean-Marie Rouard (dont le nom a mystérieusement été changé dans le film) pour disculper Omar, et la reconstitution des mois qui suivirent l’arrestation du jardinier accusé d’homicide. Dans les deux cas, aucune ambiguïté : Radad est un coupable fabriqué par la justice et la police (on ne voit rien à l’écran de cette mécanique-là, et on le regrette), un brave type pris dans une machination dont le film se garde bien de révéler les commanditaires. Au-delà de ce parti-pris discutable, Omar m’a tuer frappe par son manque de souffle, ses fausses bonnes idées (la narration alternée est laborieuse) et la prestation gênante de Sami Bouajila, acteur lettré qui fait ici de visibles efforts pour baragouiner un français approximatif. La faiblesse de la mise en scène fait que l’u

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Avant l’aube

ECRANS | De Raphaël Jacoulot (Fr, 1h44) avec Jean-Pierre Bacri, Vincent Rottiers…

Christophe Chabert | Mercredi 23 février 2011

Avant l’aube

Belle surprise que ce "Avant l’aube". Raphaël Jacoulot avait signé un premier film passé inaperçu (et depuis introuvable), "Barrage" ; espérons que celui-ci lui offrira la reconnaissance qu’il mérite. L’action se déroule dans un hôtel isolé des Pyrénées tenu par Jacques Couvreur, un bourgeois hautain (Bacri, fantastique, utilise habilement sa sympathie bougonne pour rendre ambivalent son personnage). Pour camoufler un accident mortel et préserver la réputation d’un fils que pourtant il n’estime guère, il prend sous son aile le seul témoin, Frédéric, un ancien délinquant en réinsertion (Vincent Rottiers, acteur instinctif et physique, toujours aussi passionnant). Jacoulot installe avec patience les rouages de la double mécanique qui se referme sur Frédéric : celle du polar, huilée par de nombreuses zones d’ombre (crime crapuleux ou acte de lâcheté ordinaire ?) ; et celle, plus dure encore, de l’illusion d’une ascension sociale favorisée par un transfert de paternité. Sans tapage mais avec une réelle maîtrise du temps et de l’espace — quoique ouverte à inattendue, comme dans cette séquence à Andorre, territoire cinématographique vierge et fascinant que le cinéaste peint en Hong-Ko

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À bout portant

ECRANS | De Fred Cavayé (Fr, 1h25) avec Gilles Lellouche, Roschdy Zem…

Dorotée Aznar | Vendredi 26 novembre 2010

À bout portant

La deuxième réalisation de Fred Cavayé est grosso modo une variation plus frénétique de "Pour elle" (il y est encore question d’un homme “ordinaire“ embringué dans une intrigue de thriller pour sauver la femme de sa vie), avec les mêmes écueils – des raccourcis narratifs parfois énormes, des dialogues globalement faiblards, et des personnages secondaires mal dégrossis (mention spéciale à Gérard Lanvin et ses inénarrables moues crispées pour bien montrer qu’il a les plus grosses cojones du cinéma français). Une fois ces scories mises de côté, il faut reconnaître au garçon des talents indéniables de metteur en scène, à la fois dans les scènes d’intimité (pourtant flanquées de l’intolérable Gilles Lellouche), mais surtout dans ses dynamiques de suspense et d’action. Vu le caractère peu convaincant des dernières tentatives en la matière, on en viendrait presque, horreur suprême, à comprendre le mépris du 7e art français d’aujourd’hui pour le cinéma de genre. Fred Cavayé, disons-le, fait partie des rares réalisateurs actuels à pouvoir inverser la tendance… Il suffirait juste qu’il se dégotte un meilleur co-scénariste. FC

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L’Homme qui voulait vivre sa vie

ECRANS | D’Éric Lartigau (Fr, 1h55) avec Romain Duris, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mardi 26 octobre 2010

L’Homme qui voulait vivre sa vie

La vie de Paul Exben, jusqu’ici fringant bourgeois friqué, s’effondre quand il apprend que sa mère va mourir, que sa femme le quitte et, surtout, quand il assassine l’amant de celle-ci. C’est la première heure du film d’Éric Lartigau, et c’est plutôt laborieux : la narration piétine, l’avalanche de malheur paraît très artificielle et les personnages sont détestables à souhait. Même Duris semble mal à l’aise, incapable d’insuffler son naturel habituel dans une mise en scène très corsetée. Mais, heureusement, "L’Homme qui voulait vivre sa vie" redémarre, comme son personnage, sur de nouvelles bases à mi-parcours. Une forte pulsion documentaire accompagne alors la mise en scène d’Artigau, découvrant au diapason de son personnage un monde nouveau, prenant le temps de le contempler, d’y trouver ses marques géographiques et humaines (très belles scènes avec un formidable Niels Arestrup). C’est alors assez beau et touchant ; on regrette juste que ça n’ait pas commencé un peu plus tôt. CC

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Hors-la-loi

ECRANS | De Rachid Bouchareb (Fr-Alg, 2h18) avec Roschdy Zem, Djamel Debbouze, Sami Bouajila…

Christophe Chabert | Mardi 14 septembre 2010

Hors-la-loi

Hors-la-loi cherche, à la manière d’"Il était une fois en Amérique" de Sergio Leone ou de "L’Armée des ombres" de Melville, à raconter la naissance du FLN à travers le parcours de trois enfants ayant connu le massacre de Sétif le 8 mai 1845. Bouchareb, qui avait réussi à marier épique et grand sujet dans "Indigènes", n’arrive ici qu’à un résultat péniblement académique. Les personnages n’ont aucune liberté, pieds et poings liés au discours du film ; quand ils ouvrent la bouche, c’est pour faire une grande phrase sentencieuse. Et encore, les hommes ont le droit de l’ouvrir, car les femmes, elles, sont réduites à un silence assourdissant… La reconstitution est tout aussi empesée, entre costumes sentant encore le loueur et bidonvilles géants survolés avec une overdose de plans à la grue. Même la musique n’est qu’un plagiat ridicule de celle de "Dark Knight". Les acteurs s’expriment avec des accents arabes qui sonnent faux, les scènes d’action sont illisibles, les rebondissements téléphonés et l’ensemble tire vers un manichéisme assez choquant au nom des codes du genre (la police française torture, point). Le plus embarrassant, c’est quand Bouchareb fait de gros clins d’œil à l’actu

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Happy few

ECRANS | D’Antony Cordier (Fr, 1h47) avec Roschdy Zem, Marina Foïs, Élodie Bouchez…

Christophe Chabert | Mardi 7 septembre 2010

Happy few

Qu’ont donc les cinéastes français trentenaires avec la question de la liberté sexuelle ? Après "Peindre ou faire l’amour" des frères Larrieu, Antony Cordier, qui avait signé le déjà surestimé "Douches froides", en remet une couche : deux couples se rencontrent, et échangent leur partenaire tout en restant ensemble. Peu de drames, pas de vagues, tout cela est montré avec une normalité qui sent le volontarisme. Cette banalité contamine tous les étages du film : l’image est affreuse, la caméra à l’épaule produit plus de flous que de nets, les dialogues sont exsangues… On nage dans l’auteurisme le plus creux, jusqu’au dernier tiers où Cordier se rend quand même compte qu’il va falloir faire entrer un peu de scénario dans son film. D’où une série de renversements qui non seulement sont totalement factices, mais finissent par produire un discours réactionnaire bien de son temps, comme un sursaut moralisateur dans un film plus faux-cul que vraiment cul. CC

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Tête de Turc

ECRANS | De Pascal Elbé (Fr, 1h27) avec Roschdy Zem, Pascal Elbé, Samir Makhlouf…

Dorotée Aznar | Vendredi 26 mars 2010

Tête de Turc

En cinq minutes, Tête de Turc donne le ton : une banlieue sous pression, des personnages aux destins croisés, un flic nerveux et son frère médecin sauvé de la mort par l’adolescent qui a manqué de le tuer, leurs familles respectives, l’immigration, les politiques, les media. Pascal Elbé, acteur, tourne son premier film et il est ambitieux. Bien. Sauf que passé les premiers plans, on a tout pigé : Elbé est le premier disciple déclaré d’Iñàrritu. À tel point que son film décalque, en les recolorant à peine voire en les citant maladroitement, 21 grammes et Babel. Inutile alors d’aller plus loin. Quand Iñàrritu, docteur en tragédie cosmique, devient une référence, on se dit que le cinéma français a vraiment un problème. JD

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Je suis heureux que ma mère soit vivante

ECRANS | Après le fastidieux 'Un secret', Claude Miller cosigne avec son fils Nathan un film inattendu, sec et noir, qui emmène le fait-divers initial vers des abîmes d’ambiguïté. Et révèle un très grand acteur, Vincent Rottiers. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 23 septembre 2009

Je suis heureux que ma mère soit vivante

Le début du nouveau film de Claude (et Nathan) Miller provoque une certaine confusion. On y voit un gamin et un adolescent qui sont peut-être le même personnage, deux mères, un père qui a l’air de souffrir d’un mal inconnu… Deux environnements aussi : les vacances ensoleillées à la mer et l’atmosphère étouffante d’un appartement plongé dans le noir. La suite du film remettra les pièces de ce puzzle dans l’ordre, mais cette introduction éclatée aura semé le germe de l’inquiétude dans l’esprit du spectateur : quelque chose cloche dans la vie de Thomas, quelque chose lié à sa petite enfance, quand on l’appelait encore Tommy. Enlevé par l’assistance publique à une mère négligente, placé dans une famille idéale de petits-bourgeois accueillants, sur la voie d’une certaine stabilité sociale, il n’a pourtant jamais fait le deuil de ses origines. Révolté à l’adolescence, il profite de sa majorité pour partir à la recherche de sa «vraie» mère. Et la découvre dans une cité HLM, avec nouveau mec et nouvel enfant, encore jeune, encore désirable, toujours aussi peu responsable. Thomas ne sait pas quelle place prendre auprès de cette mère si peu maternelle, et elle ne sait pas vraiment quoi fa

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Non ma fille tu n'iras pas danser

ECRANS | Portrait de femme en mère, fille, épouse et amante contrainte, le nouveau Christophe Honoré confirme l’anachronisme du cinéaste dans le cinéma français contemporain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 août 2009

Non ma fille tu n'iras pas danser

Il y a deux belles scènes dans le dernier film de Christophe Honoré : celle où un père s’adosse à un arbre pour s’adresser au spectateur et raconter, sur un ton grave, le roman familial. Le texte est beau, le mouvement de caméra fluide, la mélancolie règne… L’autre séquence réussie du film est plus tardive et plus longue : c’est un vieux conte breton qu’Honoré met en images, interrompant avec audace le cours de son récit pour mieux l’éclairer de cette allégorie. Il y est question d’une fille promise à un mariage de raison et qui, le jour de ses noces, voit son mari puis tous les hommes du village mourir à ses pieds, foudroyés alors qu’ils dansaient avec elle. L’héroïne du film, Léna (Chiara Mastroianni), est elle aussi contrainte par les désirs qui l’entourent et lui dictent sa conduite : le clan familial, son futur ex-mari, son amant… De tout cela, elle va chercher maladroitement à s’échapper, pour assumer son statut de mère libre et de femme indépendante. Danse solitaire Certes, le discours d’Honoré est bien rodé. Le problème, énorme, de son film, c’est que ce discours est un spectre qui ne s’incarne jamais

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Commis d’office

ECRANS | D’Hannelore Cayre (Fr, 1h31) avec Roschdy Zem, Jean-Philippe Ecoffey…

Christophe Chabert | Jeudi 30 avril 2009

Commis d’office

Disons-le tout de go : au bout de vingt minutes, on a laissé tomber ce truc qui avait réussi à nous mettre les nerfs en pagaille à force de néant, et dont on n’a pas décoléré depuis ! En vingt minutes, on a eu droit à des raccourcis scénaristiques hallucinants (en trois plans, l’avocat idéaliste joué par Roschdy Zem se convertit au bling bling et au cynisme), une réalisation d’un amateurisme surprenant (jump cut sur le même Zem ouvrant une porte !) et de la caricature démente (des dealers tous noirs ou arabes parlant comme des zyvas). Amis lecteurs qui tiendrez jusqu’au bout, dites-nous si le reste est à l’avenant… CC

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Le Code a changé

ECRANS | De Danièle Thompson (Fr, 1h40) avec Patrick Bruel, Karin Viard, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mercredi 11 février 2009

Le Code a changé

Insupportable ! Ami lecteur, arme-toi de courage pour aller affronter la dernière comédie sociologisante de Danièle Thompson, valeur sûre et usurpée du cinéma français, qui s’adonne ici à un exercice périlleux : la fausse satire sociale. Soit une «bande de connards» (dixit Marina Hands dans le film) autour d’une table, parlant de leurs plus graves problèmes dans l’existence : l’infidélité et l’argent. Condamnation de la bourgeoisie, de gauche et de droite ? Que nenni ! Ici, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Un cancérologue (Patrick Bruel : top crédibilité) met vingt ans pour se rendre compte que c’est dur d’apprendre aux gens qu’ils vont mourir, une fille découvre qu’elle cherche chez son amant ce que son père ne lui a jamais donné, et le hasard lelouchien fait bien les choses : la colonne pétée, on se rend compte qu’un mari, finalement, c’est bien utile. Raconté n’importe comment, dialogué à la truelle, filmé en pilote automatique, Le Code a changé matérialise comme jamais le refrain entonné par les Guignols de l’info : ce cinéma français est un calvaire. CC

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Le Plaisir de chanter

ECRANS | D’Ilan Duran Cohen (Fr, 1h38) avec Marina Foïs, Lorant Deutsch…

Christophe Chabert | Mardi 18 novembre 2008

Le Plaisir de chanter

On peut faire de bons films avec du grand n’importe quoi. Edouard Baer ou Steven Soderbergh, par exemple, ont réussi ce challenge. Pour Ilan Duran Cohen, il faudra repasser. Cette comédie d’espionnage vaguement musicale, d’où toute crédibilité a été impitoyablement chassée, ressemble à l’addition des fantasmes cinématographiques et extra-cinématographiques de son auteur. Mais le film est désagréable dans son arrogance, prenant de haut le spectateur par une suite de saynètes même pas dérangeantes (ça ne va pas plus loin que parler en baisant, entre mecs, entre filles, entre mecs et filles) et filmées en dépit du bon sens (de loin avec une caméra tremblante : eh oui, c’est un film d’espionnage !). C’est simple, on dirait un mauvais scénario de Rivette tourné par un émule peu doué de Téchiné. CC

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La très très grande entreprise

ECRANS | de Pierre Jolivet (Fr, 1h45) avec Roschdy Zem, Jean-Paul Rouve, Marie Gillain…

Christophe Chabert | Jeudi 30 octobre 2008

La très très grande entreprise

Après une comédie romantique déplorable qui flattait les nouveaux riches comblés par l’élection de Sarkozy (Je crois que je l’aime), l’insaisissable Pierre Jolivet pourfend ici le méchant libéralisme qui broie les vies d’honnêtes travailleurs. Comprenne qui pourra… C’est une comédie, mais une comédie grise, un film de bureaux et d’appartements exigus, qui tente de compenser cette claustrophobie par quelques gimmicks de réalisation (la fiche signalétique des employés de l’entreprise, idée bien maladroite…). Ça se regarde comme un téléfilm mou du genou, inoffensif sur le fond (les portes ouvertes sont régulièrement enfoncées), et n’était le talent des acteurs (Roschdy Zem et surtout Jean-Paul Rouve, vraiment bien), on s’ennuierait ferme. CC

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La Personne aux deux personnes

ECRANS | De Nicolas et Bruno (Fr, 1h30) avec Daniel Auteuil, Alain Chabat, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mercredi 11 juin 2008

La Personne aux deux personnes

On gardait un chien de sa chienne envers Nicolas et Bruno pour avoir réussi l’exploit de foirer l’adaptation française plan par plan de The Office sur Canal +. Leur premier long-métrage entame un début de réconciliation ; pas que le film soit génial, loin de là, mais il démontre un (double) regard singulier dans le paysage français. Le pitch intrigant (une gloire has been de la variétoche 80’s se retrouve dans le corps d’un employé de bureau sans qualité) conduit à une œuvre elle-même schizo. Il y a la comédie, qui ne sait trop où elle va (voir le dernier tiers, du grand n’importe quoi scénaristique) ni quel ton adopter (mélancolique ? Grinçant ? Scato ? Complice ?). Et il y a le sous-texte, passionnant. La Personne aux deux personnes peut se voir comme une pertinente réflexion sur la persistance et le retour des années 80. Car entre le mauvais goût de la variété karaoké et la grisaille normative du monde de l’entreprise, Nicolas et Bruno pointent une correspondance troublante, une même négation du temps qui passe, un même jeu de codes factices et inhumains. Voir Auteuil, bourré après une bringue bling bling, soliloquer dans la rue en vomissant dans les p

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Un cœur simple

ECRANS | de Marion Laine (Fr, 1h45) avec Sandrine Bonnaire, Marina Foïs, Pascal Elbé…

Dorotée Aznar | Mercredi 19 mars 2008

Un cœur simple

Prêt à être projeté à des hordes de scolaires, Un cœur simple tombe assez vite des yeux. Mais comment peut-il en être autrement quand toutes ses audaces cinématographiques sont concentrées dans son prégénérique ? Après cette entrée en matière réussie, le film brode péniblement autour de la nouvelle originale de Flaubert pour tenir son heure quarante-cinq, durée réglementaire du cinoche français pour assurer cinq séances quotidiennes et remplir la case prime-time lors du passage télé. Ce formatage atteint la chair du film, d’un académisme digne de celui des Destinées sentimentales d’Assayas, où rien ne vient troubler la petite manufacture d’images : ni la folie, ni la mort, ni l’enfance bafouée, ni l’égoïsme bourgeois, ni la religion étouffante. C’est propre, tiède, mou, et on crie à nouveau : Claude Chabrol, reviens ! CC

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