Histoire de Judas

ECRANS | Une vision iconoclaste, quotidienne et pertinente de la relation Jésus / Judas par Rabah Ameur-Zaïmeche, handicapée par des scories auteuristes.

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Dans l'esprit du plus mécréant des mécréants, Judas est l'apôtre qui a trahi Jésus, le livrant aux Romains et le conduisant à la crucifixion. Rabah Ameur-Zaïmeche choisit sciemment de rompre avec cette vision consacrée en faisant de Judas et Jésus des buddies à l'amitié indéfectible, qui ne sera brisée que par les enjeux politiques liés à l'émergence de cette nouvelle secte chrétienne qui dérange le pouvoir et les tenants de la religion hébraïque dominante.

Le cinéaste ne s'en tient pas là : en faisant jouer les premiers chrétiens par des acteurs d'origine arabe — dont lui-même dans le rôle de Judas — il confère une résonance actuelle puissante à cette histoire vieille de 2000 ans. Et en choisissant le réalisme et la quotidienneté — dans les dialogues ou les décors — plutôt que l'emphase, il ramène la vie de Jésus à son niveau le plus prosaïque, s'inscrivant ainsi dans les pas de Carrère ou Cavalier.

Il y a chez Ameur-Zaïmeche une manière presque caressante de regarder ses personnages, leurs traditions, leur musique — un des plus beaux passages du film — et parfois des idées fortes, comme ce procès de Jésus se déroulant au milieu des ruines, symbole souligné dans le dialogue d'un empire romain à bout de souffle. Sans parler de Barabas, vieux fou qui erre dans le récit en parodiant la parole évangélique et le comportement du Christ, miroir déformé mais peut-être lucide de son enseignement.

Il y a aussi, et c'est plus gênant, un goût pour les acteurs amateurs et la lenteur contemplative qui viennent pétrifier ce geste pourtant passionnant, limitant sa portée à une chapelle cinéphile alors qu'une telle approche aurait mérité un peu plus de générosité envers le spectateur.

Christophe Chabert

Histoire de Judas
De et avec Rabah Ameur-Zaïmeche (Fr, 1h39) avec Nabil Djedouani, Mohamed Aroussi…
Sortie le 8 avril


Histoire de Judas

De Rabah Ameur-Zaïmeche (Fr, 1h39) avec Nabil Djedouani, Rabah Ameur-Zaïmeche...

De Rabah Ameur-Zaïmeche (Fr, 1h39) avec Nabil Djedouani, Rabah Ameur-Zaïmeche...

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Après un long jeûne, Jésus rejoint les membres de sa communauté, soutenu par son disciple et intendant, Judas. Son enseignement sidère les foules et attire l'attention des grands prêtres et de l'autorité romaine.Peu avant son arrestation, Jésus confie une ultime mission à Judas...


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Kakfa à la Méditerranée : "Terminal Sud"

Thriller | Un pays méditerranéen indéfini de nos jours, en proie à un conflit civil et religieux. Non aligné, un médecin tente d’exercer son métier malgré les tracasseries ordinaires et les incitations de ses proches à migrer en sûreté. Un jour, sa situation s’envenime malgré lui…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Kakfa à la Méditerranée :

Porté un Ramzy Bedia inspiré (comme il l’est souvent lorsqu’on lui confie un rôle dramatique), Rabah Ameur-Zaïmeche signe sans doute son film le plus abouti. Celui dont le récit s’avère le plus linéaire, mais surtout celui dont l’histoire est la plus universelle. Le contexte méditerranéen, l’évocation d’une guerre de décolonisation, la Nation déchirée et la question de la trahison… Autant de thèmes qui font écho à l’œuvre de Camus dont le cinéaste offre ici une forme de continuation contemporaine. Jusqu’à l’absurdité d’une séquence de torture qui, elle, renvoie moins à la pensée camusienne qu’à l’absurdité tchèque des procès de Prague (voir L’Aveu), quand des trésors de raffinements staliniens étaient mis en œuvre pour que des innocents s’accusent de forfaits dont ils ne connaissaient même pas l’existence. Terminal Sud Un film de Rabah Ameur-Zaïmeche (Fr-Alg, avec avert. 1h36) avec Ramzy Bedia, Amel Brahim-Djelloul, Slimane Dazi…

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Berlinale 2015, jour 2. Un taxi en Iran, Kidman et Herzog dans le désert…

ECRANS | « Taxi » de Jafar Panahi. « 600 Miles » de Gabriel Ripstein. « Histoire de Judas » de Rabah Ameur-Zaïmeche. « Queen of the desert » de Werner Herzog.

Christophe Chabert | Samedi 7 février 2015

Berlinale 2015, jour 2. Un taxi en Iran, Kidman et Herzog dans le désert…

Les hostilités ont vraiment commencé aujourd’hui dans la compétition à la Berlinale avec la présentation de Taxi de Jafar Panahi. C’est, pour une multitude de raisons, un choc, mais un choc en douceur, à l’image de son réalisateur, dont le sourire et le visage empreint de bonté irradient l’image chaque fois qu’il en occupe le centre. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, Panahi a été interdit d’exercer son métier de cinéaste par les autorités iraniennes suite à sa participation aux manifestations contre le régime. Et pourtant, il continue à faire des films dans la clandestinité, entre les murs de sa maison ou, comme ici, avec un courage remarquable, à l’air presque libre, dans les rues de Téhéran, faux taximan et vrai filmeur qui a truffé l’habitacle de caméras qu’il manipule à vue. Dans la première séquence, on assiste à la querelle entre un partisan de la peine de mort et une femme voilée, professeur dans une école, qui lui reproche sa sévérité et le soupçonne de défendre ses propres intérêts. À cet instant, le dispositif rappelle évidemment Ten de Kiarostami, dont il serait une version «pirate». Mais, dès que ces deux premiers passag

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Dernier maquis

ECRANS | Pour sa troisième réalisation, Rabah Ameur-Zaimeche nous montre un univers en vase clos, où les inévitables luttes de pouvoir se font jour dans une singulière ambiance de gravité chaleureuse. François Cau

Dorotée Aznar | Mercredi 22 octobre 2008

Dernier maquis

Ce qui frappe immédiatement dans le nouveau film de Rabah Ameur-Zaimeche (après Wesh Wesh, qu’est-ce qui se passe ? et Bled Number One), c’est son décor. Une entreprise de stockage et de réparations de palettes, dont la dominante rouge frappe la rétine et donne lieu à une saisissante scène d’introduction - un employé pulvérise des flots impressionnants de peinture sur les installations, quitte à se fondre complètement dans le plan. Cette aliénation de l’humain au profit de son environnement industriel refera surface, dans des acceptions diverses, mais le réalisateur privilégiera toujours les échanges verbaux de son microcosme. Dans cette dynamique, Rabah Ameur-Zaimeche ne se donne pas le beau rôle en interprétant Mao, le patron, avenant mais profondément gauche dans son pragmatisme entrepreneurial, devant faire face aux légitimes exigences salariales de ces employés. Pour garantir un minimum de paix sociale, il va leur offrir une mosquée dans l’enceinte du bâtiment, pour mieux s’empêtrer par la suite en choisissant lui-même l’Imam, contre l’avis général. Palettes blues Diverses saynètes se succèdent sur un ton presque badin ; l’impeccable froide

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La lutte des places

ECRANS | Rencontre avec Rabah Ameur-Zaïmeche, réalisateur exalté et généreux de Dernier Maquis. Propos recueillis par François Cau

Dorotée Aznar | Vendredi 17 octobre 2008

La lutte des places

Petit Bulletin : Est-ce que les grands espaces de Bled Number One vous ont donné envie de vous consacrer cette fois-ci à un semi huis clos ?Rabah Ameur-Zaïmeche : Pour ce film, c’est le décor qui a imposé notre manière de faire, et globalement, qui a imposé toutes les caractéristiques de Dernier Maquis. On avait découvert cet endroit il y a une dizaine d’années, et tout de suite, j’ai senti que c’était un décor de cinéma, un moyen de faire quelque chose de conséquent sur un univers industriel obsolète, en déliquescence. C’est un vrai paysage cinématographique, rarement exploité à l’écran, qui sent le travail, la sueur, la souffrance et la douleur des travailleurs. Comment avez-vous choisi les comédiens du film ?Ce sont les travailleurs des entreprises de réparation de palettes, à qui on a demandé de jouer leur propre rôle. Quand on est arrivé sur place, on avait un impératif de temps, on se disait que les palettes risquaient de partir dans les prochains jours, qu’il valait mieux se précipiter, et en même temps, on savait qu’on allait découvrir nos personnages là-bas. On avait cette certitude mais sans auc

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