"Le Disciple" : en vérité je vous (mau)dis

ECRANS | Un film de Kirill Serebrennikov (Rus, 1h58) avec Petr Skvortsov, Viktoriya Isakova, Svetlana Bragarnik…

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

Photo : © DR


Pris d'une crise mystique chrétienne de plus en plus aiguë, un lycéen jusqu'alors effacé devient une sorte de boussole morale qu'aucun adulte n'ose plus contester, maniant avec adresse foi dogmatique et connaissance littérale des textes bibliques. Une professeure ose encore l'affronter…

Voilà certainement l'un des films les plus adroits des dernières années consacré à un mécanisme de radicalisation individuelle : celui d'un ado complexé trouvant dans une singularité extrême le moyen d'exercer une tyrannie absolue, et d'inverser totalement son rapport au monde. Il montre également l'hypocrisie lâche et virale de la communauté adulte face à l'énoncé de sa “profession de foi” : au lieu de faire bloc pour en démonter les absurdités, elle se laisse contaminer avec délices, abondant pour légitimer des idées réactionnaires et réactiver un obscurantisme caché sous le tapis.

Kirill Serebrennikov nous prouve qu'un illuminé se réclamant d'une idéologie totalitaire, quelle qu'elle soit (religieuse ou politique) n'est rien d'autre qu'un détonateur agissant sur la société, ce baril de poudre faussement apaisé ne demandant qu'à s'échauffer par le discours. La parabole est, hélas, universelle et d'actualité. Brillamment réalisé et excellemment interprété.


Le disciple

De Kirill Serebrennikov (Russe, 1h58) avec Petr Skvortsov, Viktoriya Isakova...

De Kirill Serebrennikov (Russe, 1h58) avec Petr Skvortsov, Viktoriya Isakova...

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Veniamin, un adolescent pris d’une crise mystique, bouleverse sa mère, ses camarades et son lycée tout entier, par ses questions. Les adultes sont vite dépassés par les certitudes d’un jeune homme qui ne jure que par les Écritures. Seule Elena, son professeur de biologie, tentera de le provoquer sur son propre terrain.


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Notre musique : "Leto"

Biopic | de Kirill Serebrennikov (Rus-Fr, 2h06) avec Teo Yoo, Roman Bilyk, Irina Starshenbaum…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Notre musique :

URSS, au début des années 1980. Sous le joug d’un régime communiste expirant, une scène rock tente d’émerger, soumettant ses textes aux dirigeants des maisons de la culture. À Leningrad, un jeune musicien émule d’Iggy Pop, Bowie et des Talking Heads, va éclater. Son nom ? Viktor Tsoï. Les plus quadra-quinquagénaires se souviendront peut-être d’avoir entendu au détour des bandes FM, par l’entremise du camarade Maneval notamment, une poignée d’enregistrements furieusement exotiques souffrant quelques distorsions, gagnées sans doute durant le franchissement du Rideau de fer, parmi lesquels le trépidant Mama Anarkia des Russes de Kino. C’est aux prémices de ce groupe, dont l’âme était Viktor Tsoï, que l’on assiste ici par le cinéma, qui se dit “Kino“ en russe. Une manière de boucler la boucle, loin d'être la seule. Car la

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