"Un jour dans la vie de Billy Lynn" : Post trauma, luxe

Le film de la semaine | De ses dommages collatéraux en Irak à ses ravages muets sur un soldat texan rentré au bercail pour y être exhibé comme un héros, la guerre… et tout ce qui s’ensuit. 24 heures de paradoxes étasuniens synthétisés par un patron du cinéma mondial, le polyvalent Ang Lee.

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Photo : © Sony Pictures Releasing GmbH


Suggérant à la fois un roman de Zweig et une chanson des Beatles, le titre français de Billy Lynn's Long Halftime Walk ne trahit pas, loin s'en faut, l'esprit du film de Ang Lee ; son apparente banalité le contient en effet dans son entier, respectant l'unité de temps en dessinant une perspective plus vaste. Tout se déroule durant la journée particulière de Thanksgiving : ayant accompli un acte héroïque en Irak, le jeunot Billy Lynn bénéficie d'une permission exceptionnelle au Texas afin, notamment, de parader au sein de son unité durant le spectacle de mi-temps d'un match de football américain.

Avant de participer à cette mise en scène aussi grotesque qu'obscène — censée galvaniser ou distraire, on ne sait guère, une populace déconnectée de la réalité du terrain —, le troufion aura essuyé les suppliques de sa sœur l'incitant à se faire réformer, découvert la béance entre l'image que se font les civils du front et la réalité, mais surtout été bombardé intérieurement d'envahissants souvenirs constitutifs d'un traumatisme latent.

Full frontal, Foule frontale

Ang Lee montre dans ce stupéfiant raccourci la germination progressive du trauma à travers sa rémanence — instillée par des flashbacks aussi brefs que percutants — et l'injonction à le refouler au nom de “valeurs” (patriotisme, esprit de corps) ou contre des “récompenses” (miroitement de la vente du biopic de l'unité à Hollywood, hypothétique romance avec les cheerleaders de service).

Déjà surspectacularisée pour la galerie, cette guerre-marchandise transforme des militaires affaiblis en complices actifs d'une propagande pathétique servant non des idées, mais des intérêts privés. Dans une conférence de presse surréaliste, Lee juxtapose d'ailleurs le discours préfabriqué qu'ils colportent à ce qu'ils pensent réellement : la séquence, superbe, se révèle aussi drôle qu'effrayante.

Si le rôle-titre a été confié au jeune Joe Alwyn, bien des personnages secondaires sont incarnés par des stars. De prime abord, le choix peut sembler étrange, celles-ci étant coutumières de productions moins sérieusement engagées. Mais comme chacun(e) reste dans créneau (Kristen Stewart en “girl next door”, Vin Diesel en baroudeur à treillis, Steve Martin en escroc, Chris Tucker en baratineur), le grand public conserve ses repères.

Moins ambigu dans son propos qu'un Eastwood, espérons que ce film où les personnages passent une grande partie de leur temps face caméra, comme s'ils cherchaient à interpeller le public, sera vu outre-Atlantique. Et compris.

Un jour dans la vie de Billy Lynn de Ang Lee (E-U, 1h50) avec Joe Alwyn, Kristen Stewart, Garrett Hedlund…


Un jour dans la vie de Billy Lynn

De Ang Lee (ÉU, 1h50) avec Joe Alwyn, Kristen Stewart...

De Ang Lee (ÉU, 1h50) avec Joe Alwyn, Kristen Stewart...

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En 2005, Billy Lynn, un jeune Texan de 19 ans, fait partie d'un régiment d'infanterie en Irak victime d'une violente attaque. Ayant survécu à l'altercation, il est érigé en héros, ainsi que plusieurs de ses camarades.


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Ang Lee : « garder l’émotion en élargissant mon champ d’expérimentation »

Gemini Man | Avec Gemini Man, le plus polyvalent des cinéastes contemporains poursuit son insatiable exploration formelle et métaphysique avec un film d’action qui aurait beaucoup plus à Philip K. Dick. Rencontre.

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

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Pour mettre en scène Gemini Man dont le héros est un personnage existant simultanément à plusieurs âges de sa vie, vous êtes-vous reposé sur les différents réalisateurs que vous étiez à l’époque de Tigre et Dragon, de Hulk, de L’Odyssée de Pi et de Un jour dans la vie de Billy Lynn ? Ang Lee : Pour chacun de mes films, je veux à la fois suivre un fil, conserver les meilleurs côtés de mes réalisations et explorer de nouvelles directions. Tigre et Dragon marquait mes débuts dans l’action. Alors que j’avais commencé dans le drame, je suis passé peu à peu à une dimension plus visuelle — ce que vous, les Français, appelez le “cinéma pur“. À travers mes films j’essaie toujours de garder le même cœur, la même âme, la même émotion, tout élargissant mon champ d’expérimentation. Mais quand vous dirigez un film d’action comme Gemini Man, avez-vous l’impression de faire le même métier que lorsque vous réalisez un film plus intimiste tel que Brokeback Mountain ? Dans les deux cas, je cherche à conserver la même

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Je est un autre moi-même : Will Smith cloné dans "Gemini Man"

Le Film de la Semaine | Un exécuteur d’État est traqué par son clone rajeuni de 25 ans. Entre paradoxe temporel à la Chris Marker et cauchemar paranoïde façon Blade Runner, Ang Lee s’interroge sur l’essence de l’humanité et continue à repenser la forme cinématographique. De l’action cérébrale.

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

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Employé comme exécuteur par une officine gouvernementale, Henry Brogan découvre qu’on cherche à l’éliminer ainsi que les membres de son équipe. Partant en cavale avec Danny, une équipière, il constate que le tueur à leurs basques est son portrait craché… plus jeune de 25 ans. Le coup de l’agent bien noté considéré tout à coup comme une cible à abattre par ses anciens partenaires doit figurer en haut du classement des arguments-types pour films d’espionnage. À peu près au même niveau que le recours à un jumeau maléfique dans les polars ! Même s’il est justement ici question d’un combo chasse à l’homme/clones, on aurait tort de sous-estimer l’influence et les apports de Ang Lee sur Gemini Man. Un authentique auteur — au sens défini par Truffaut dans son article Ali Baba et la “Politique des Auteurs“ — qui, lorsqu’il s’empare d’une intrigue connue pour avoir été mille fois illustrée à l’écran, est capable d’en offrir une approche nouvelle et, surtout, singulière. DePalma en incarne un autre exemple sur le même thème avec Mission : Impossible. D’une projection, l’autre Ce qu

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"Personal Shopper" : perservare diabolicum est

ECRANS | de Olivier Assayas (Fr, 1h45) avec Kristen Stewart, Lars Eidinger, Sigrid Bouaziz…

Vincent Raymond | Mardi 13 décembre 2016

Avec Personal Shopper, Olivier Assayas s’essaie au film fantastique-lol — un truc si improbable qu’il devrait prêter à rire tant il se prend indûment au sérieux. Las, d’aucuns ont dû lui trouver une insondable profondeur, une beauté ineffable, au point de le juger digne de figurer dans un palmarès. En découle un aberrant Prix de la mise en scène à Cannes — dépouillant de fait Cristian Mungiu de l’intégrité de ses justifiés lauriers. On suit donc ici une jeune Américaine, Maureen, chargée de garnir la penderie parisienne d’une quelconque vedette, entre une session d’emplettes et une vague séance de spiritisme. Car Maureen, plus ou moins médium ayant perdu son frère jumeau, guette la manifestation post mortem d’icelui… Prolongation morne et inutile du ticket de Kristen Stewart chez Assayas, après l’inégal

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Café Society : Hollywoody boulevard

ECRANS | Le 47e opus de Woody Allen-réalisateur semble avoir été taillé sur mesure pour effectuer l’ouverture de la 69e édition du festival de Cannes : glamour, artifices et nostalgie des vieilles bobines s’y bousculent. On passe un charmant moment, sans être transporté…

Vincent Raymond | Jeudi 12 mai 2016

Café Society : Hollywoody boulevard

Un film situé, au moins partiellement, dans les arcanes du Hollywood de l’âge d’or ne pouvait que finir (ou, à tout le moins, commencer sa carrière) sur la Croisette. Café Society tend une sorte de miroir temporel pareil à une vanité à la foule des producteurs, cinéastes, comédiens, agents qui se pressent aux marches du Palais et dans les réceptions pour participer à la gigantesque sauterie cannoise. Car du cinéma, il ne montre absolument rien si ce n’est un extrait de La Dame en rouge (1935) de Robert Florey. En cela, il se situe aux antipodes de Avé César des frères Coen qui avait effectué l’ouverture de la Berlinale. Ici, les stars demeurent cachées dans leurs résidences exubérantes, ou des noms évoqués par paquets de dix, d’éphémères symboles de puissance dans l’Usine à rêve, totalement privées de substance et d’incarnation. Woody et ses doubles C’est plus la nostalgie jazzeuse, l’élégance du cadre et les vestes cintrées qui intéressent Woody Allen dans ce décor-prétexte. Les plateaux, il leur a déjà réglé leur compte dans Hollywood Ending (2002), comédie décriée et pourtant débordant

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Sils Maria

ECRANS | D’Olivier Assayas (Fr, 2h03) avec Juliette Binoche, Kristen Stewart…

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Sils Maria

La prétention qui suinte de la première à la dernière image de Sils Maria ne surprendra pas ceux qui, comme nous, ont pris en grippe le cinéma d’Olivier Assayas. Il y raconte, sans le moindre scrupule de crédibilité, comment une star entre deux âges (Juliette Binoche, qui pose tout du long en alter ego de Juliette Binoche) décide de reprendre la pièce qui l’a rendue célèbre et dont l’auteur s’est éteint, comme par hasard, au moment où elle allait lui rendre hommage en Suisse. Elle laisse le rôle de la jeune première à une nymphette hollywoodienne (Chloë Grace Moretz) et endosse celui de la femme mûre, ce qui déclenche chez elle un psychodrame dont le souffre-douleur sera son assistante (Kristen Stewart, la seule à surnager en adoptant un très respectable profil bas au milieu du désastre). «Tu l’as vu, mon Persona ?» nous susurre Assayas tout du long avec une finesse éléphantesque, des coquetteries stylistiques de grand auteur — le faux film muet, la musique classique — et une manière très désagréable de désigner ce qui est de l’art et ce qui n’en est pas. Les blockbusters de super-héros ? Des merdes à regarder avec des lunettes 3D ridi

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L’Odyssée de Pi

ECRANS | Longtemps entre les mains de Jean-Pierre Jeunet, cette adaptation d’un best seller canadien racontant l’histoire d’un adolescent indien perdu au (...)

Christophe Chabert | Mardi 11 décembre 2012

L’Odyssée de Pi

Longtemps entre les mains de Jean-Pierre Jeunet, cette adaptation d’un best seller canadien racontant l’histoire d’un adolescent indien perdu au milieu du Pacifique sur un canot de sauvetage avec comme seul compagnon un tigre peu amical, a finalement atterri entre celles d’Ang Lee. Les trente premières minutes donnent d’ailleurs le sentiment que le réalisateur de Brokeback mountain fait du Jeunet à sa sauce, c’est-à-dire en gommant les contours des vignettes colorées très Amélie Poulain pour tester la plasticité de ses images. Car Lee, lorsqu’il s’attaque à des blockbusters, devient un cinéaste expérimental. C’est sans doute ce qu’il y a de plus impressionnant dans L’Odyssée de Pi, cette manière de fondre les plans les uns dans les autres, de faire sortir l’image de son cadre, de jouer avec les formats, de créer de purs moments de sidération plastique par l’effet conjugué de la 3D et d’une picturalité saisissante. Cette sophistication entre toutefois en conflit avec le programme familial du scénario et avec un

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Sur la route

ECRANS | On se demande encore ce qui a motivé Walter Salles a porté le roman de Jack Kerouac à l'écran, tant son adaptation tombe dans tous les travers du cinéma illustratif, académique et laborieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 24 mai 2012

Sur la route

La longue et tortueuse gestation de Sur la route, passé entre beaucoup de mains dont celles, prestigieuses, de Francis Ford Coppola, n'explique que partiellement la médiocrité du résultat final, signé Walter Salles. Car autant on peut comprendre ce que le cinéaste d'Apocalypse now pouvait voir de mythologies américaines dans le bouquin de Kerouac mais aussi de résonances personnelles, autant le Brésilien aborde ce matériau avec un œil extérieur, réduisant la chose à un témoignage sur les fondations de la culture beat. Très vite, Sur la route n'est qu'une affaire de reconstitution appliquée où tout est réduit à sa dimension décorative, Salles voyant dans ses écrivains balbutiant qui nourrissent leur vie de road trips et d'expériences sexuelles et narcotiques les ancètres de nos hipsters modernes. Sens unique À ce titre, le casting fait particulièrement gravure de mode : trop beaux, trop propres, trop lisses, tous semblent déjà prendre la pose pour les photos promos à venir. Cette aseptisation s'étend à toutes les strates du film : les étapes des voyages, comme autant de dépliants touristiques, le rapport à la musique, bousillé par un m

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Tron l'héritage

ECRANS | De Joseph Kosinski (ÉU, 2h06) avec Garrett Hedlund, Jeff Bridges…

Christophe Chabert | Mercredi 2 février 2011

Tron l'héritage

"Tron l’héritage", suite d’une folie 80’s devenue culte, est sans conteste le premier film post-"Avatar", autrement dit celui qui prolonge les leçons technologiques et théoriques du monument de James Cameron. Il en partage d’ailleurs les mêmes faiblesses (plus criantes encore) : un scénario sur lequel on a toujours plusieurs longueurs d’avance et un acteur principal transparent. Osera-t-on dire qu’on se fout un peu de ces défauts ? Cela laisse au moins le cerveau disponible pour apprécier les incroyables arabesques visuelles créées par Joseph Kosinski (un réalisateur venu de la pub, mais ayant étudié le design et l’architecture) et se plonger dans le puissant sous texte qui rend "Tron l’héritage" passionnant. Le film démarre en 2D à l’époque du premier film, et se poursuit de nos jours par un hacking sauvage du fils de Kevin Flynn sur l’entreprise fondée par son père disparu, récupérée par des costards-cravates cupides. Linux contre Microsoft ? C’est une première piste que le film abandonne rapidement, mais qui témoigne de son envie d’élever le débat. Quand Flynn débarque dans le monde virtuel inventé par son pate

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Welcome to the Rileys

ECRANS | De Jake Scott (ÉU, 1h50) avec James Gandolfini, Kristen Stewart…

Christophe Chabert | Mardi 2 novembre 2010

Welcome to the Rileys

Doug Riley s’est éloigné de sa femme après la mort de leur fille de 15 ans. Sa maîtresse décède à son tour et, au cours d’un congrès à la Nouvelle-Orléans, il rencontre une jeune strip-teaseuse à la dérive. Sur un coup de tête, il s’installe chez elle et décide, sans contrepartie, de lui servir de protecteur. Argument ténu, possiblement scabreux, que Jake Scott et son scénariste Ken Hixon traitent avec une délicatesse et une justesse touchantes. "Welcome to the Rileys" croit dans les capacités du cinéma à restituer toute la bouleversante fragilité des êtres et les rapports complexes qu’ils entretiennent entre eux. Des séquences comme les retrouvailles entre Doug et sa femme, ou celle où Doug repousse les avances de Malliory, reposent sur une étonnante capacité à saisir le temps qui s’écoule, la répétition d’un geste, les hésitations d’un corps. Très beau, très émouvant, le film doit beaucoup à la rencontre entre le massif Gandolfini et la frêle Stewart : tous deux s’emploient à s’écarter de leurs rôles mythiques (Tony Soprano pour lui, Bella pour elle), sans vraiment y parvenir. Mais cela renforce la vérité de leurs personnages, en quête éperdue d’une nouvelle vie, d’un autre ho

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Les Runaways

ECRANS | De Floria Sigismondi (ÉU, 1h45) avec Kristen Stewart, Dakota Fanning, Michael Shannon…

Christophe Chabert | Mercredi 8 septembre 2010

Les Runaways

Dans le registre souvent casse burne du biopic musical, "Les Runaways" s’en sort avec les honneurs. Certes, la mythologie rock est convoquée avec ses clichés habituels (la drogue, les groupies en transe, le succès brusque, la redescente plus brutale encore) ; mais l’odyssée de Joan Jett et de Cherie Currie, deux très jeunes rockeuses qui en 1975 inventeront avec les Runaways un pendant féminin au glam-rock de Bowie, a de solides atouts. D’abord, les images du prodige Benoît Debie, négociant un virage américain réussi après ses exploits chez Fabrice Du Welz ; ensuite, son tandem d’actrices (et une mention spéciale pour ce cinglé de Michael Shannon, ici en producteur odieusement mégalo). Le film est alors passionnant : il est beau de voir Kristen Stewart salir son image de pucelle vampirisée en roulant de grosses galoches à sa partenaire, en sautant en culotte noire sur son lit ou en sniffant de la colle dans les rues de L.A. Mais plus forte encore est la métamorphose de Dakota Fanning… L’ex enfant-star de "La Guerre des mondes" incarne un personnage lui aussi arraché à l’adolescence par l’appât de la célébrité, et qui cherche en vain à exister par-delà son image dévorante. C’est

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Hôtel Woodstock

ECRANS | D’Ang Lee (ÉU, 2h02) avec Demetri Martin, Emile Hirsch, Liev Schreiber…

Christophe Chabert | Mardi 15 septembre 2009

Hôtel Woodstock

Le cinéphile français attaché à la politique des auteurs ne peut qu’être désorienté par le parcours du tandem Ang Lee/James Schamus (son scénariste attitré). Sans véritable thème (sinon, et encore, l’homosexualité), sans style visuel défini (avec des grands écarts entre la sophistication formelle de Hulk et la sobriété romanesque de Lust, caution), ces deux-là sont des caméléons promenant leur cinéma à travers le monde, les genres et les budgets. Hôtel Woodstock surfe ainsi sur la vague des 'feel good movies', avec une pointe de Wes Anderson en prime. Surprise : ce cocktail est franchement plaisant, et même euphorisant. Traitant le mythique festival de rock par le petit bout de la lorgnette (une famille juive coincée dont le fils pense effectuer une bonne affaire en faisant venir la manifestation dans la petite ville sans histoire où ses parents tiennent un hôtel), jusqu’à en éclipser toute image de concert, Hôtel Woodstock raconte l’anecdote et laisse la légende au documentaire de Michael Wadleigh, dont le film plagie les scories visuelles avec un certain brio. Évidemment, l’un n’est jamais très loin de l’autre : le vent de liberté (et de marijuana) va souffler sur ce foyer con

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Twilight, chapitre 1 : fascination

ECRANS | Cinéma / De Catherine Hardwicke (ÈU, 2h10) avec Kristen Stewart, Robert Pattinson…

Dorotée Aznar | Vendredi 9 janvier 2009

Twilight, chapitre 1 : fascination

Entre True Blood, la série d’Alan Ball, Morse (lire le papier rentrée ciné en page 8) et ce Twilight, premier volet d’une trilogie inspirée par les best-sellers de Stephenie Meyer, le thème du vampire ado a le vent en poupe en ce début 2009. Bella, jeune fille à problème, quitte sa mère, son beau-père et Phoenix, Arizona pour s’installer dans le bled de son flic de père, Forks, Washington. Nouveau style de vie (gris et pluvieux), nouveau lycée, nouvelles fréquentations : parmi elles, un beau jeune homme au teint diaphane, aux yeux «golden brown» et au comportement bizarre, dont Bella va rapidement s’éprendre. Commence alors un jeu d’attirance-répulsion qui trouvera son explication quand Edward révèlera ses origines vampiriques tendance végétariennes. Curieusement, alors qu’il y avait matière à glousser, cette partie «film d’ado» est ce qu’il y a de mieux dans Twilight. Catherine Hardwicke, qui avait prouvé ses qualités en la matière avec Thirteen et Les Seigneurs de Dogtown, prend du temps, des silences et du champs pour installer ses personnages, jouant avec les codes du genre mais aussi avec un réalisme bienvenu (cette Amérique très profonde est assez saisissante). En revanche, ç

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Le Secret de Brokeback mountain

ECRANS | Avec "Le Secret de Brokeback mountain", western mélodramatique entre deux cow-boys à l'homosexualité contrariée, l'insaisissable Ang Lee slalome adroitement entre tous les travers de son sujet et arrive à émouvoir sans forcer sur le pathos. Fameux ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 25 janvier 2006

Le Secret de Brokeback mountain

Il faut lever d'entrée le secret de Brokeback Mountain : un été, dans une montagne du Wyoming, deux garçons de 18 piges doivent garder des moutons et vont vivre ensemble une relation homosexuelle dont on ne saura si elle est seulement physique (fougue de la jeunesse et conséquence de la promiscuité) ou également amoureuse. Et qui aime qui, ça aussi, on se le demande bien. Il y aura donc deux secrets : celui que ces sheep-boys gardent aux yeux du monde (y compris quand, chacun de leur côté, ils trouveront femmes et enfants) et celui, plus épais, des sentiments qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Cela, Ang Lee le cache longtemps au spectateur. Doublement longtemps d'ailleurs : 2h20 de film et 25 ans de vie à l'écran. Gay comme un cow-boy La durée est définitivement l'alliée de ce très beau film : une durée romanesque et cinématographique que le cinéaste travaille avec une attention constante, en brossant chaque séquence comme un bloc de temps séparé du suivant par des ellipses fulgurantes, si bien que l'on met à notre tour du temps à savoir combien d'années s'écoulent entre les deux. Chaque maigre certitude est ainsi remise en question par ce gouffre qui

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Into the wild

ECRANS | Même s'il dilue la force de ses premiers films dans une mise en scène parfois attendue, Sean Penn confirme qu'il est un cinéaste important avec ce road-movie existentiel sur les traces du cinéma américain des 70's. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 23 janvier 2008

Into the wild

La légère déception ressentie face à Into the wild est facile à expliquer. Depuis qu'il a décidé de passer derrière la caméra, Sean Penn s'est transformé en poète d'une Amérique éternelle qu'il contemple avec un romantisme noir et élégiaque, empruntant parfois les codes du cinéma de genre pour mieux les renverser au profit de la tragédie de ses personnages. Indian runner, Crossing guard et surtout le fabuleux The Pledge plaçait l'homme au milieu d'une nature qui rendait peu à peu dérisoires ses obsessions, ses peurs et ses passions. Into the wild prend les choses dans l'autre sens, ce qui est beaucoup plus attendu : Christopher MacCandless (Emile Hirsch, fantastique, paie de sa personne pour être à la hauteur du personnage) refuse la vie de petit-bourgeois qui lui tend les bras et décide de partir à l'aventure. Entre clochard céleste à la Kerouac et retour à l'état de nature façon Thoreau, il devient Alexander Supertramp, et arpente l'Amérique avec pour destination finale l'Alaska, choisie à cause de son environnement sauvage et hostile. Sean Penn pose donc de nouveau l'opposition nature/culture, mais c'est à nouveau quand il revient

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