"Gold" : mauvaise pioche

ECRANS | de Stephen Gaghan (É-U, 2h01) avec Matthew McConaughey, Bryce Dallas Howard, Édgar Ramírez…

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Photo : © DR


Héritier poissard d'une famille de chercheurs d'or, Kenny Wells joue son va-tout en s'associant avec un géologue mystique… et découvre un filon extraordinaire en Indonésie. Devenu du jour au lendemain la coqueluche de Wall Street, il va pourtant choir pour escroquerie.

Les Étasuniens raffolent de ce genre de conte de fée vantant l'obstination malgré les embûches : plus l'on trébuche, plus la sonnante récompense le sera aussi. Mais pour que ce conte “prenne” chez nous, il faut un minimum de notoriété du protagoniste, un destin réellement hors du commun ou bien un film résolument exceptionnel. Pas de veine, ce n'est pas le cas avec ce pensum dont on se moque comme un orpailleur de sa première pépite de pyrite de fer : le désir de revanche d'un fissapapa ruiné n'a rien d'exaltant.

L'interprétation ne sauve rien : la mine des mauvais jours, Matthew McConaughey, en version chauve et bedonnante, semble mal remis de son Oscar. Moulinant des bras quand il n'écarquille pas des yeux figé sur place, il se perd dans un épouvantable jeu à la Tom Cruise. Seul intérêt du film : les costumes et décors, permettant de s'initier au vrai chic des nouveaux riches texans, et qui rendent Trump et les Émiratis timorés dans l'usage du doré.


Gold

De Stephen Gaghan (EU, 2h01) avec Matthew McConaughey, Bryce Dallas Howard... Kenny Wells est un explorateur des temps modernes, magouilleur et rêveur, attendant désespérément que la roue tourne. Dos au mur, Wells fait équipe avec un géologue tout aussi malchanceux pour tenter un dernier coup de poker : trouver de l’or au fin fond de la forêt vierge indonésienne.
UGC Astoria 31 cours Vitton Lyon 6e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Veillée fatale : "The Vigil" de Keith Thomas

Horreur | Yakov, qui a rompu avec sa communauté juive orthodoxe, vit dans la précarité. Pour payer son loyer, il accepte contre rétribution d’effectuer la veillée funèbre de M. Litvak un coreligionnaire. Sans savoir que le défunt est possédé par un démon en quête d’un nouveau corps hôte…

Vincent Raymond | Mercredi 29 juillet 2020

Veillée fatale :

Distributeur du film outre-Atlantique, Blumhouse Productions poursuit son intéressant cheminement dans le cinéma de genre, investissant sans crainte des créneaux en déshérence ou ignorés. The Vigil constitue une incursion dans le registre cultuel autant qu’une percée : à de notables exceptions telles que Le Golem ou Pi, la religion juive n’est habituellement pas convoquée pour les films fantastiques ou d’épouvante — on lui préfère le catholicisme et ses possessions/exorcismes, pour le coup cinématographiquement très ritualisés. Pour son premier long-métrage, Keith Thomas réussit deux choses assez ardues. D’abord, créer une terreur a minima, froide, par la suggestion. Ensuite, asseoir son intrigue horrifique sur un substrat historico-philosophique offrant une authentique matière à réflexion. Le passé en tant qu’obsession est ici métaphoriquement représenté par un démon (le “mazik“) qu’il faut éliminer par le feu, sans quoi c’est lui qui détruit celui qu’il possède. Le propos est plutôt iconoclaste

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Une surprise de taille : "D'égal à égal - Auf Augenhöhe"

ECRANS | Orphelin vivant en foyer, Michael découvre par hasard un mot de la main de sa mère révélant l’identité de son père. Son enthousiasme est vite douché lorsqu’il rencontre ce Tom qu’il idéalisait, puisque celui-ci s’avère de petite taille. Pourtant Tom, est peut-être la grande personne faite pour lui…

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Une surprise de taille :

De l’apprentissage de la tolérance et de la différence chez les pré-ados, ou comment comprendre les autres pour s’accepter soi-même à l’aube de profondes métamorphoses. Tel est en substance le message véhiculé par ce film empli de leçons de vie à destination du jeune public — l’âge du protagoniste, 8-10 ans. Il semble remplir son office puisque la cible visée lui décerne force prix : le dernier en date le fut au festival Voir ensemble de Grenoble. Comparée à la démarche de Franck Gastambide, l’un des seuls réalisateurs en France à faire appel régulièrement à des comédiens de petite taille et pratiquant ce que l’on pourrait qualifier une “inclusion par le second degré“, l’approche D’égal à égal paraîtra plutôt lisse et gentille. Et l’on pourra regretter que le film manque d’esprit corrosif ; il renvoie toutefois les spectateurs à cette attitude protectrice dont ils inondent trop souvent les personnes en situation de handicap afin de satisfaire leur bonne conscience ; surjouant la bienveillance et oubliant d’agir… naturellement. Reste que le plus per

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Robert Downey Jr. : « je suis un homme à chats »

Le Voyage du Dr Dolittle | Avenant mais peu loquace, Robert Downey Jr. est venu brièvement à la rencontre de la presse pour présenter son nouveau personnage, le Dr Dolittle.

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Robert Downey Jr. : « je suis un homme à chats »

Qu’est-ce qui vous a poussé vers ce nouveau personnage de scientifique atypique ? Robert Downey Jr. : Cela fait plus de dix ans que je fais des films où les enfants se cachent les yeux lorsqu’apparaissent les aliens. Je me suis dit qu’il était temps que je fasse un film de famille : je n’en avais jamais fait. Et je vois que tout le monde s’y amuse. WC Fields disait qu’il ne fallait jamais jouer avec un enfant ni avec un animal. Or vous partagez l’affiche avec deux jeunes partenaires et un zoo complet. Est-ce que vous aviez envie de relever un défi punk ou de donner tort à Fields ? Oh, Fields ! C’était un dingue — un doux dingue ! Et apparemment, il disait ça aussi des téléphones et de la nourriture, alors… Après avoir côtoyé — par écran interposé — tout ce bestiaire, quel est votre animal préféré ? Je suis un homme à chats. Totalement. Et donc, dans le film, j’aime Barry le tigre, parce qu’il est complètement barré.

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Parle à mon zoo, ma reine est malade : "Le Voyage du Dr Dolittle"

Comédie | Reclus en son domaine depuis la disparition de son épouse bien-aimée, le Dr Dolitlle (qui a le pouvoir de parler aux animaux) est appelé au chevet de la Reine d’Angleterre, gravement malade. Découvrant qu’elle a été empoisonnée, il part en quête d’une plante légendaire pour la sauver…

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Parle à mon zoo, ma reine est malade :

Troisième avatar cinématographique du personnage (extravagant par nature) créé par Hugh Lofting, ce Dolittle a été cousu sur mesure pour Robert Downey Jr., puisque le comédien campe un scientifique aussi aventureux qu’auto-destructeur, dont la mélancolie est mâtinée par un goût certain pour la dérision. Le rôle constitue une suite logique (et en redingote) aux aventures de son Iron-Man, dans un décor paradoxalement plus “disneyen“ que celui de la franchise Marvel — la séquence animée qui ouvre le film lui confère d’ailleurs une aura vintage de merveilleux enfantin. Dans ce festival de FX virtuose, où décors et personnages secondaires sont engendrés par numérique, Downey Jr. se trouve en pays de connaissance : devant le fond vert d’un studio. Près de trente ans après le film qui l’a consacré, Chaplin, on sourit en constatant que le comédien a effectué une part non négligeable de sa carrière sous le signe du mime. Ce Voyage n’en est pas moins trépidant et si le conte s’avère plaisan

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The Mans of Le Mans : "Le Mans 66"

Biopic | Seul Américain à avoir remporté Le Mans, Carroll Shelby s’est reconverti dans la vente de voitures. Quand Henry Ford junior fait appel à lui pour construire la voiture capable de détrôner Ferrari, il saute sur l’occasion. D’autant qu’il connaît le pilote apte à la conduire : l’irascible Ken Miles…

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

The Mans of Le Mans :

L’actualité a de ces volte-faces ironiques… Sortant précisément au moment où le mariage PSA-Fiat (Chrysler) vient d’être officialisé, Le Mans 66 débute par la fin de non recevoir de Ferrari de s’allier à Ford, l’indépendante Scuderia préférant assurer ses arrières dans le giron de Fiat. Un camouflet, une blessure narcissique qui va précipiter l’industriel de Détroit dans une lutte orgueilleuse avec en ligne de mire la couronne mancelle. Est-ce de l’émulation (puisqu’il y a un enjeu technologique pour les deux sociétés en lice) ou bien la traduction d’un complexe psychologique de la part de leurs dirigeants ? On ne manquera pas de faire un lien avec la conquête spatiale, contemporaine de cette guéguerre sur route ! À l’écran, si l’épopée apparaît classique dans la forme, elle est menée avec le métier coutumier de Mangold, son goût pour la belle image, et relayée par des comédiens habitués à l’investissement personnel. D’autant qu’il en

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James Mangold : « Le Mans 66 est un film dramatique adulte, pas un film pop corn »

Le Mans 66 | Après sa parenthèse Marvel (et le tranchant Logan), James Mangold revient à un biopic et aux années soixante avec cette évocation d’une “course“ dans la plus prestigieuse des courses automobiles, Le Mans. Interception rapide lors de son passage à Paris.

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

James Mangold : « Le Mans 66 est un film dramatique adulte, pas un film pop corn »

La quête du Mans par Ford ressemble beaucoup à la quête de la Lune par la Nasa à la même époque. Avez-vous l’impression d’avoir fait un film d’astronautes sur la route. Quelle était la dimension symbolique qu’avait la course du Mans ? James Mangold : Je pense que pour Ford, gagner Le Mans revenait à se prouver quelque chose. La conquête de la Lune était en effet aussi une compétition, puisqu’il fallait arriver les premiers sur la Lune — en particulier avant les Russes. Le film essaie de montrer que gagner une course, c’est bien plus qu’une victoire de coureur automobile : c’est aussi celle de l’amitié, de l’équipe et d’une marque. Quel est votre rapport aux voitures ? J’ai un Land Rover. Les voitures, ce n’est pas l’alpha et l’omega pour moi. Mais le XXe siècle a été défini par la voiture ; elle a changé nos vies. À une époque, chaque homme ou femme possédait son propre cheval, sa propre monture pour aller où bon lui semblait. Ford est arrivé en faisant que la voiture soit abordable pour tous. Ensuite, ça été le règne des autoroutes. Même aujourd’hui, quand on entre dans ces boîtes de métal, on change : la voit

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Planche de salut : "La Source"

Comédie | Désœuvré, vivant comme une malédiction la nécessité de reprendre l’entreprise de plomberie familiale de son père défunt, Samir s’imagine un autre avenir loin de la cité, en devenant surfeur pro. Même s’il n’a jamais mis les pieds sur une planche de sa vie. Et qu’il ne sait pas nager…

Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

Planche de salut :

Du parcours “éclaboussant“ de Karim Braire, le réalisateur (et surfeur) Rodolphe Lauga a ôté toute l’écume sulfureuse et le ressac saumâtre : Samir en constitue une version à la fois épurée et fictionnalisée dans le bon sens du terme, puisque seul compte le récit initiatique d’un ado refusant le déterminisme socio-familial pour s’accomplir dans une inexplicable passion, en suivant son instinct. On objectera que le schéma est classique, mais le film l’est moins, qui déroge à tous les clichés du cinéma de banlieue ou du cinéma de glisse : l’une et l’autre sont en effet considérés ici comme des éléments contextuels, non comme des prétextes à images chocs ou spectaculaires. Par ailleurs scénariste (notamment des deux derniers Canet), Lauga déploie une écriture plus resserrée, disséminant çà et là quantité de petites trouvailles dynamisant sa mise en scène. À mettre à son crédit également, le choix du débutant Amine “Sneazzy” Khemissa issu du groupe 1995 (dont le premier EP se nommait ju

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Un deal est un deal : "Undercover - Une histoire vraie"

Thriller | de Yann Demange (É-U, 1h51) avec Matthew McConaughey, Richie Merritt, Bel Powley…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Un deal est un deal :

1984. Ricky, 14 ans, et son père font un commerce plus ou moins légal d’armes à feu auprès des gangs tenant le marché du crack dans les squats de Détroit. Flairant l’aubaine, le FBI transforme jeune Ricky en dealer pour infiltrer le réseau. Sans lui laisser vraiment le choix… On ne peut plus explicite et programmatique, le titre français met l’accent sur l’authenticité des faits davantage que sur la figure de Ricky. Pourtant, c’est bien cet ado à moustachette la colonne vertébrale de l’histoire, la mouche sur le hameçon lancé par un FBI avide de faire des grosses prises, mais peu soucieux du devenir de l’appât après coup(s). Mais ne divulgâchons pas la fin… Si l’on a l’habitude des histoires de gangs et de mafia survitaminées par Scorsese et ses épigones, celle-ci semblera plus calme : Undercover ne superlative rien. C’en est même parfois troublant, puisque les séquences de nouba avec les caïds, les descentes de flics ou certaines scènes de tension familiale semblent sous-dramatisées ; en tout cas moins épileptiquement montées qu’à l’ordinaire. Une façon

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Un coup de dés jamais n'abolira le bazar : "Game Night"

Comédie | de Jonathan Goldstein & John Francis Daley (E-U, 1h40) avec Jason Bateman, Rachel McAdams, Kyle Chandler…

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Un coup de dés jamais n'abolira le bazar :

Depuis toujours, Max est rabroué et humilié par son frère aîné Brooks, dont la superlative réussite minore le moindre de ses succès. Invités chez le vantard pour une soirée jeux entre amis, Max et son épouse Annie ont l’intention de prendre leur revanche. Mais rien ne se passe comme prévu… Semblant résulter de la rencontre fortuite entre The Game et Very Bad Trip sur un plateau de Pictionnapoly, Game Night appartient à cette race de films qu’on soupçonne d’avoir été créés par des scénaristes en chien un soir d’éthylisme festif ; à ce moment d’open bar où les hybridations les plus tordues n’effraient plus personne — c’est dans ce contexte que le (pas si mal, d’ailleurs) Abraham Lincoln : Chasseur de vampires avait dû voir le jour. Comme il y a toujours un producteur éméché pour dire « j’achète », vous devinez la suite… Pas de surprise dans l’enchaînement des gags, ni des situations : le film déroule une escalade de quiproquos et de méprises comme Fast &

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"Wallay" de Berni Goldblat

ECRANS | de Berni Goldblat (Fr-Burk-Qat, 1h24) avec Makan Nathan Diarra, Ibrahim Koma, Hamadoun Kassogué…

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

Petite délinquance, chapardage des économies familiales… Ady a trop tiré sur la corde. Son père l’envoie donc en “vacances” chez son oncle au Burkina Faso. Sur place, l’ado apprend que son billet de retour en banlieue dépend de ses efforts. Un lent apprivoisement mutuel débute… Venu du documentaire, Berni Goldblat dessine dans ce film d’apprentissage une trajectoire géographique allant à rebours de la majorité des productions contemporaines traitant de l’axe Europe-Afrique : la question de l’immigration est ici présente en arrière-plan. Son jeune héros Ady doit certes obtenir un visa, mais c’est pour l’âge adulte ; non pour un supposé el dorado. Le réalisateur en profite également pour casser le cliché d’un bled rétrograde et miséreux, vivant hors la modernité : l’emprise consumériste y est réelle, mais pas aussi forte qu’au nord de la Méditerranée. Du (bon) grain à moudre pour de jeunes spectateurs s’interrogeant sur leur identité ou leur sujétion aux marques ! U

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"Logan" : little Miss Wolverine

Le Film de la Semaine | Confirmation d’une tendance : les dérivations des X-Men surclassent les recombinaisons des Avengers. Mangold le prouve à nouveau dans ce western crépusculaire poussant un Wolverine eastwoodien dans ses tranchants retranchements — au bout de son humanité.

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

Fin des années 2020. Chauffeur de limousine de location, Logan n’est plus qu’une loque catarrheuse et alcoolique prenant soin d’un Professeur Xavier nonagénaire avec l’aide de Caliban. Sa routine explose quand surgit Laura, traquée par une horde de tueurs. Une jeune mutante à part : elle est sa fille. Si le cadre dystopique et anxiogène semble issu des cauchemars de Frank Miller, Logan pourrait quant à lui être un avatar eastwoodien, traînant sa splendeur passée comme un boulet et implorant inconsciemment la délivrance dans un ultime râle d’héroïsme. Le James Mangold de Copland (1997) ou Walk the Line (2005) semble de retour : après avoir signé un Wolverine III en demi-teinte, où les exigences du grand spectacle prenaient le pas sur les potentialités dramatiques offertes par le cadre politico-historique, il radicalise ici son propos, confrontant le mutant griffu aux limites ultimes de ses ambivalences et de sa noirceur. Telles serres, telle fille Cette dystopie contigue dans le temps s’approche dangereusement de la réalité : Mangold montre des multinationales “fabricant”

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"Tous en scène" : Music-animal

ECRANS | de Garth Jennings (E-U, 1h48) avec les voix (vo/vf) de Matthew McConaughey/Patrick Bruel, Reese Witherspoon/Jenifer Bartoli, Scarlett Johansson/Élodie Martelet…

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Pour sauver son théâtre d’une ultime faillite, Buster le koala mise sur un concours de chant ouvert aux amateurs. Une succession de mésaventures lui rend la chose plus ardue que prévue, alors même qu’il a réuni une troupe de talents hors du commun… Les studios Illumination (incubateurs des Minions) savent souffler le froid et le chaud avec les animaux : au consternant Comme des bêtes sorti l’été dernier succède ici une efficace et entraînante comédie, bien moins bébête et puérile que le cadre référentiel — l’engouement autour des télé-crochets musicaux — ne le laissait craindre. L’absence de clins d’œil à outrance, d’un trop-plein de parodies ou d’allusions à des demi-stars vaguement dans l’air du temps contribue à la réussite de l’ensemble, qui tire avant tout parti de ses ressources propres : son intrigue et ses personnages, aux caractéristiques adroitement dessinés. Même les voix françaises font preuve d’une tempérance bienvenue ! Cela dit, il n’y a pas de quoi être étonné : un fi

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Jazz à Vienne - Du 26 juin au 11 juillet à Vienne (38)

MUSIQUES | Entre éternels retours et renouvellement forcenés des talents, Jazz à Vienne continue pour sa 35e édition de puiser aux sources du jazz tout en se posant en laboratoire de la musique de demain. Stéphane Duchêne

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Jazz à Vienne - Du 26 juin au 11 juillet à Vienne (38)

On pourrait dire cela de chacune des éditions de Jazz à Vienne, mais c'est particulièrement vrai pour celle-ci : elle marque un retour aux sources, et même plusieurs. D'abord avec une ouverture en forme d'hommage et de déclaration d'amour à la ville-mère du jazz, La Nouvelle Orléans. Où l'on croisera entre autres Dee Dee Bridgewater, mais aussi la fascinante Leyla McCalla, et dont le point d'orgue sera la présence, peu commune, du pianiste, chanteur, auteur-compositeur et surtout producteur de R'n'B originel Allen Toussaint. Comme chaque année, c'est un retour aux sources en chaîne qui s'opère derrière. Retour un peu permanent avec l'éternel comeback de figures comme George Benson ou Didier Lockwood, mais aussi de genres oubliés, avec le légendaire Golden Gate Quartet, qui prêche le gospel depuis 80 ans, et Gilberto Gil et Caetano Veloso, ce couple inspiré qui mit le feux aux poudres de la musique brésilienne (et de la musique tout court) à la fin des années 60 pour accoucher d'un mouvement qu'on appela tropicalisme. Dans le genre all-stars, ne pas manquer n

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European Lab met les idées au clair

CONNAITRE | ​Pas facile de discuter valeurs démocratiques et mutations urbaines entre deux marathons électro. C'est pourtant ce à quoi vous invite cette année encore l'European Lab, qui plus est en très bonne compagnie. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 12 mai 2015

European Lab met les idées au clair

L'an passé, l'European Lab avait tenu session dans la foulée d'élections marquées par une franche montée de l'euroscepticisme. Pas de bol, c'est dans un contexte pareillement défavorable, suite à la victoire écrasante du parti de David Cameron au dernier scrutin britannique, que se tiendra sa cinquième édition. Les conférences et débats au programme du pendant citoyen de Nuits Sonores ne devraient en être que plus stimulants, d'autant que ce ne sont pas les invités de qualité qui manqueront. Citons le chercheur danois Fabian Holt, auteur d'un ouvrage de référence sur les classifications musicales (et en quoi elles sont à la fois des grilles de lecture et des sources de confusion), Gérard Berréby, le fondateur des formidables éditions Allia, où sont publiés nombre de textes fondateurs de la contre-culture (des Mémoires de Guy Debord à Can't stop won't stop, la somme hip-hop de Jeff Chang) et la Polonaise Agata Pyzik, contributrice du Guardian et de la bible de l'avant-gardisme sonore Wire qui, dans le bien titré Poor But Sexy. Culture Clashes in Europe East and West

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L'humour extra large de Greg Romano

SCENES | Traditionnellement, le stand-up consiste à habiller d'oripeaux pas piqués des vers des situations tout ce qu'il y a de plus triviales : session (...)

Benjamin Mialot | Mardi 21 avril 2015

L'humour extra large de Greg Romano

Traditionnellement, le stand-up consiste à habiller d'oripeaux pas piqués des vers des situations tout ce qu'il y a de plus triviales : session shopping, rencard, trajet en métro, réunion de travail et tutti quanti. Greg Romano est un cas particulier : sa vie est si extraordinairement merdique (crise de tétanie au moment de son dépucelage, refus malgré lui d'un rôle clef dans Bref, carrière de DJ cantonnée aux clubs libertins...) qu'il n'a qu'à se pencher dessus pour trouver l'inspiration. Au risque de s'effondrer tel un frêne fraîchement tronçonné... Car Romano est un beau bébé zézayant d'1m93 pour 115 kilos, qui plus est atteint du syndrome de Marfan, une maladie génétique provoquant une élasticité excessive et potentiellement mortelle des tissus conjonctifs – «pour les fans de Street Fighter, c'est comme si j'avais les pouvoirs de Dhalsim, le corps de Honda et la tête de Zangief» résume-t-il avec cet à-propos geek caractéristique du webcollectif Golden Moustache, auquel il appartient. Des ennuis dont cet homme de radio niçois narre depuis quatre ans les implications intimes et sociales avec une résignation d'un

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Concert spécial de Nuits Sonores

MUSIQUES | Voilà la programmation de Nuits Sonores 2015 définitivement bouclée, avec l'annonce de la venue, en "concert spécial", du Soundwalk Collective (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 26 mars 2015

Concert spécial de Nuits Sonores

Voilà la programmation de Nuits Sonores 2015 définitivement bouclée, avec l'annonce de la venue, en "concert spécial", du Soundwalk Collective (collectif qui manipule des field recordings urbains) pour une création avec la photographe Nan Goldin. Composé par l'activiste David Wojnarowicz d'après une de ses propres performances, A Memoir Of Disintegration entend nous balader dans les méandres du New York underground des années 80. Pour l'occasion, le festival quittera son QG de la Confluence pour investir l'Opéra de Lyon, le jeudi 14 mai.

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Le ghetto de Terezin en dessins

ARTS | Le CHRD expose une soixantaine de dessins (inédits et minutieusement restaurés) réalisés par Arthur Golsdmischt durant son internement au ghetto de Terezin. Une démarche fondamentale. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 10 mars 2015

Le ghetto de Terezin en dessins

De peur que les disparitions de juifs célèbres (artistes, hommes de loi…) ne suscitent trop de questions quant au sort qu’ils réservaient à cette communauté, les nazis ont ouvert en 1941 à Therensienstadt (dans l’actuel nord de la République Tchèque) un ghetto, lieu de regroupement puis de transit vers les camps de la mort. Un ghetto «exemplaire» où, outre les élites intellectuelles, sont regroupées des personnes âgées. Parmi elles, Arthur Goldschmidt, juriste de la bonne bourgeoisie de Hambourg, qui arrive en 1942 à 69 ans et en sortira miraculeusement vivant. Ce qui lui est "reproché" ? D'être juif par deux de ses grands-parents, selon les lois de Nuremberg, alors qu’il est aussi et surtout protestant – à tel point qu’il deviendra le pasteur du ghetto. Comme bien des gens de sa classe sociale, Arthur Goldschmidt a reçu une éducation artistique qui va se révéler précieuse à Terezin puisque, sur les feuilles volantes qu’il trouve, dans le carnet qu’il avait amené dans sa mallette, et avec un crayon graphite ou de la pierre noire, il croquera son environnement avec talent et précision. 2015 : 70 ans de la découverte des camps À

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Nuits Sonores 2015 - La programmation de jour

MUSIQUES | La première moitié du programme de Nuits Sonores 2015 est tombée, entraînant dans sa chute son lot d'impatiences et de surprises. Brace yourselves, habitants de la Confluence, spring is coming. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 14 janvier 2015

Nuits Sonores 2015 - La programmation de jour

Si Wagner fait naître chez certains des sentiments belliqueux à l'encontre de la Pologne, la prochaine édition de Nuits Sonores, elle, devrait vous donner envie de passer l'été au pays de Copernic. Car c'est Varsovie, capitale qui s'impose depuis quelques années comme l'une des cool du Vieux continent, qui sera à l'honneur de la traditionnelle carte blanche. L'occasion de découvrir tout un contingent de producteurs et groupes aux noms pour le moment nimbés de mystère : Xenony, Piotr Kurek (accompagné par le collecteur analogique Étienne Jaumet), Black Coffee, Alte Zachen ou encore Polonezy Fanfare.Nonobstant cette escale, Nuits Sonores (et ses événements connexes bien sûr, du participatif Extra! au réflexif Lab) restera fermement ancré à la Confluence, selon le même découpage que l'an passé : le détachement polonais à la Maison de la Confluence, les soirées éponymes à l'ancien Marché de gros et les Days à la Sucrière. Tiercé gagnant Premier dévoilé, le contenu de ces derniers, aux inévitables et néanmoins agréables relents de Sucre (à l'instar de la

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Interstellar

ECRANS | L’espace, dernière frontière des cinéastes ambitieux ? Pour Christopher Nolan, c’est surtout l’occasion de montrer les limites de son cinéma, en quête de sens et d’émotions par-delà les mathématiques arides de ses scénarios et l’épique de ses morceaux de bravoure. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Interstellar

Un an à peine après Gravity, au tour de Christopher Nolan de s’aventurer dans l’espace pour en donner une image scientifiquement correcte et réaliste avec Interstellar. Le futur du film est une vision à peine déformée de celui qui nous attend, marqué par la pénurie de céréales et les dérèglements climatiques, au point de pousser l’homme à chercher par-delà notre système solaire d’autres planètes habitables. Nolan centre son approche sur une famille purement américaine, dont le père décide de rejoindre une équipe d’astronautes pour s’engouffrer dans un «trou de ver» et rejoindre une autre dimension du temps et de l’espace. L’intime et le cosmos, les paradoxes liés à la relativité temporelle, les autres mondes dominés par des éléments uniques et déchaînés — l’eau, la glace ; c’est un territoire ambitieux qu’arpente Nolan, mais plutôt que d’en faire une plongée vers l’inédit, il le ramène vers sa propre maîtrise, désormais avérée, pointant toutes les limites de son cinéma. Dans l’espace, personne ne vous entend rêver Les trois grandes parti

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Chacun sa route

SCENES | A peine leur spectacle de sortie présenté à la Colline (sur une mise en scène de Benoît Lambert), c'est sur une création estampillée L'Armoise Commune, du nom de (...)

Florence Barnola | Jeudi 26 juin 2014

Chacun sa route

A peine leur spectacle de sortie présenté à la Colline (sur une mise en scène de Benoît Lambert), c'est sur une création estampillée L'Armoise Commune, du nom de la structure qu'ils viennent de créer, que trois apprentis comédiens de la promotion 25 de l’École de la Comédie de Saint-Étienne débuteront leur vie d’intermittent aux Bravos de la Nuit, sympathique festival de théâtre contemporain niché dans le Pilat qui, depuis trente ans, veille à ouvrir sa programmation à de jeunes compagnies. Narcisse et Goldmund est d'abord né d’un projet personnel de troisième année. Quand ils l’ont joué à l’Usine, on sentait déjà la maîtrise, l'inventivité – notamment scénographique, simple mais évocatrice, qui permet une narration assez cinématographique – et l’intelligence textuelle qui font les bons spectacles. Les trois acteurs-metteurs en scène, deux garçons et une fille, adaptaient là un roman mythique de Hesse, examen d'une une soif de liberté et d'une quête d’identité artistique qu'ils sont sans doute eux-mêmes en train de vivre. Bien que leur pièce mette davantage l'accent sur Goldmund, celui qui jouit le plus du monde l’entourant, l’histoire reste la même : deux amis

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Quelque chose en eux de Düsseldorf

MUSIQUES | LUCA, acronyme de Last Universal Common Ancestor, soit "dernier ancêtre commun universel", est l'organisme, inconnu à ce jour, dont descendraient tous les êtres vivants actuels. Kraftwerk est son équivalent pour la musique électronique : tous les DJs programmés à Nuits Sonores ont une dette envers lui. Ces dix-là l'ont payée avec les intérêts. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 27 mai 2014

Quelque chose en eux de Düsseldorf

Darkside L'un, Nicolas Jaar, producteur dont la nonchalance n'a d'égal que le raffinement, est à la house ce que la Nouvelle Vague fut au cinéma. L'autre, Dave Harrington, multi-instrumentiste, était jusqu’ici unsideman sans histoire. Ensemble, ils forment Darkside, nom choisi en hommage à Pink Floyd (dont les membres revendiquaient l'influence de leurs amis de Kraftwerk) mais qui aurait tout autant pu l'être en clin d’œil à la Force – voir Daftside, remix bête, méchant et in fine assez jouissif du dernier album de Daft Punk. Psychic, leur premier album, est lui, avec ses licks bluesy et ses artefacts lynchiens, un petit chef-d’œuvre d'electronica à la dérive. Nuit 1 – Halle 1 A l'Ancien marché de gros, mercredi 28 mai (23h45/00h45)

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Des barreaux de rire

SCENES | «En prison, pour pouvoir apprécier le bon côté de la vie, il faut parfois savoir fermer les yeux». La maxime est d'Antoine Schoumsky et elle résonne idéalement (...)

Benjamin Mialot | Mardi 22 avril 2014

Des barreaux de rire

«En prison, pour pouvoir apprécier le bon côté de la vie, il faut parfois savoir fermer les yeux». La maxime est d'Antoine Schoumsky et elle résonne idéalement avec l'ambition avouée de cet habitué des formats courts – il a notamment fait quelques panouilles pour Groland et est membre du collectif web Golden Moustache : ouvrir les nôtres en grand sur ce pur espace de fiction et catalyseur de maux (racisme, solitude, domination) qu'est le milieu carcéral, le long d'Au parloir, un seul en scène aussi cru que vraisemblable. En cela, c'est-à-dire dans cette capacité, par le biais d'une situation de départ astucieuse – il interprète un pauvre type qu'un irrépressible désir de célébrité a conduit à enfreindre la loi et qui espère obtenir un allègement de peine en suivant un stage de réinsertion par l'humour – et d'une écriture plus soutenue que la moyenne, à provoquer la réflexion autant que l'hilarité, il peut être rapproché de Cédric Chartier – qu'il a d'ailleurs précédé sur la scène de l'Espace Gerson en mars. A u

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Dallas Buyers Club

ECRANS | Le réalisateur de "C.R.A.Z.Y." s’empare de l’histoire vraie de Ron Woodroof, Texan pure souche, bien réac’ et bien homophobe, qui s’engage contre l’industrie pharmaceutique américaine après avoir découvert sa séropositivité. D’une édifiante linéarité, n’était la prestation grandiose de Matthew McConaughey. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 février 2014

Dallas Buyers Club

L’histoire est incroyable mais vraie, et comme souvent dans ce type de fictions à sujet, l’argument semble suffire à donner au film un poids dramaturgique. Alors que le SIDA commence à faire des ravages dans la communauté gay — la mort de Rock Hudson et son tragique coming out post mortem font la Une des journaux — un électricien Texan bas du front, qui fait du rodéo et conchie les homos (dans son jargon, ce sont des «fiottes» ou des «pédés») découvre qu’il est séropositif. Son monde et ses valeurs s’écroulent, d’autant plus que les médecins ne lui donnent que trente jours à vivre. Après un petit cours accéléré en bibliothèque et la rencontre avec une doctoresse sincère et pure — Jennifer Garner — il découvre que 1) un traitement basé sur l’AZT peut retarder la maladie ; 2) ledit traitement fait en définitive plus de mal que de bien, mais que 3) il existe d’autres médicament qui, à défaut de traiter le virus lui-même, peuvent s’attaquer aux maladies opportunistes déclenchées par la déficience du système immunitaire. Problème : les labos et le gouvernement, main dans la main car on est dans l’Amérique libérale et reaganienne, font tout pour empê

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La griffe des Nuits

MUSIQUES | Faire d'un quartier-étendard en plein développement une plateforme festivalière cohérente : tel est le pari que s'est lancé Arty Farty pour l'édition 2014 de Nuits Sonores en investissant la Confluence. Au-delà de l'enjeu politique, force est d'admettre, à la découverte de la teneur de de sa programmation, que l'affaire est en bonne voie. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 26 février 2014

La griffe des Nuits

Depuis l'annonce de son déménagement à la Confluence, on se demandait bien, sorti de quelques évidences, quels lieux allait concrètement investir Nuits Sonores. On sait désormais que le Lab se répartira entre l'Hôtel de région et l'Hôtel de ville, tandis que la partie purement musicale du festival se déroulera sous les halles du Marché de Gros (qui avaient déjà accueilli les éditions 2009, 2010 et 2011), à la Sucrière (NS Days et Mini sonore), à la Maison de la Confluence (pour la traditionnelle carte blanche) et au Parc des Berges (pour le "Sunday Park", un événement de clôture présenté comme un clin d’œil convivial à l'extension de Nuits Sonores à Tanger). En attendant de voir comment le Sucre s’intégrera dans ce circuit et comment les collectifs Superscript² et Looking for Architectures l'habilleront, on remarquera que la programmation des Days, scindée en trois scènes (dont une extérieure), poursuit les efforts de thématisation et de brassage démographique produits l'an passé, mais cette fois avec un vrai souci d'équilibre. Comprenez par-là qu'aucune tête d'affiche ne devrait s'accaparer le public de la Carte blanche comme Laurent Garnier et Carl Cox l'ont fait en 20

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Retour aux sources

SCENES | Neuf danseuses et neuf danseurs, nus, entrent et sortent d'une scène baignée de pénombre, au rythme lancinant d'un tambour pendant... quarante-cinq (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 2 janvier 2014

Retour aux sources

Neuf danseuses et neuf danseurs, nus, entrent et sortent d'une scène baignée de pénombre, au rythme lancinant d'un tambour pendant... quarante-cinq minutes ! La première partie de la Tragédie d'Olivier Dubois (créée au Festival d'Avignon 2012 et présentée à la Maison de la danse les 26 et 27 février) annonce un début d'année chorégraphique sous les auspices du retour aux sources, qu'elles soient minimalistes et essentielles ou bouillonnantes et pulsionnelles (Tragédie se poursuit ensuite en une véritable explosion des corps). Plus posé et moins tonitruant, Emmanuel Gat prolonge avec Goldlandbergs (les 16 et 17 avril à la Maison de la danse), pièce composée à partir d'une émission radio de Glenn Gould et de son interprétation des Variations Goldberg de Bach,  ses recherches entre danse et musique, pour tendre vers une certaine pureté gestuelle, faite de délicatesse et d'extrême précision. Dan

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Le Loup de Wall Street

ECRANS | La vie de Jordan Belfort, courtier en bourse obsédé par les putes, la coke et surtout l’argent, permet à Martin Scorsese de plonger le spectateur trois heures durant en apnée dans l’enfer du capitalisme, pour une fresque verhovenienne hallucinée et résolument burlesque, qui permet à Di Caprio de se transcender. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 27 décembre 2013

Le Loup de Wall Street

«Greed is good». C’était la maxime de Gordon Gecko / Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone. Un film de dénonce balourd qui a eu pour incidence contre-productive de transformer Gecko en héros d’une meute d’abrutis cocaïnés et irresponsables, trop heureux de se trouver un modèle ou un miroir selon le degré d’avancement de leur ambition. Jordan Belfort, auquel Martin Scorsese consacre cette bio filmée de trois heures et à qui Leonardo Di Caprio prête ses traits, est de cette génération-là, celle qui a eu Gecko pour modèle et son slogan comme obsession. Le film, passé son prologue provocateur — grosse bagnole et coke à même l’anus d’une prostituée — attrape d’ailleurs son héros dans un instant paradoxal : le lundi noir de 1989 où, alors qu’il s’apprête à concrétiser son rêve et devenir courtier à Wall Street, la bourse plonge et avec elle une partie de l’économie mondiale. Faux départ, retour à zéro : l’itinéraire de Jordan Belfort s’édifie sur un moment de purge financière supposée assainir le système et qui ne fait que préparer l’avènement d’une corruption plus grande encore, par de jeunes loups ayant tiré les leçons du passé… L’important, ma

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New York, Texas

MUSIQUES | « On ne choisit pas (…) / Les trottoirs de Manille / De Paris ou d'Alger / Pour apprendre à marcher / Etre né quelque part / Pour celui qui est né / C'est (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 17 octobre 2013

New York, Texas

« On ne choisit pas (…) / Les trottoirs de Manille / De Paris ou d'Alger / Pour apprendre à marcher / Etre né quelque part / Pour celui qui est né / C'est toujours un hasard / Nom'inqwando yes qxag iqwahasa» chantait très justement Maxime Le Forestier, lui-même natif de Paris. Mais quand on a le malheur de n’être pas né au bon endroit, par exemple dans le cas des rockeurs texans de Parquet Courts, il reste toujours la solution de se faire la malle pour la destination dont on rêve – un luxe, on en convient, qui, dramatiquement, n’est pas donné à tout le monde. Toujours est-il que c’est ce qu’a fait le quatuor de Denton (ville-mère de Midlake et Lift to Experience, preuve, s’il en fallait une, que dans le "Lone Star State", et pas qu'à Austin, on trouve bien plus que du pétrole). Hanté, comme tant d’autres avant, par la scène new-yorkaise, de ses premières éruptions historiques à ses bourgeonnements "strokesiens", Parquet Courts a fait comme beaucoup de jeunes groupes provinciaux américains, il s’est installé dans la Grosse Pomme, cet aimant à hype, pour nourrir sa musique de ce qu’il reste du myth

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Wolverine : le combat de l’immortel

ECRANS | Wolverine va se promener au Japon dans une aventure impersonnelle et ennuyeuse au possible, signe d’une franchise qui avance en roue libre et d’un cinéaste, James Mangold, totalement perdu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 24 juillet 2013

Wolverine : le combat de l’immortel

Face à ce Wolverine, qui laisse pas mal de temps pour penser à autre chose tant il sollicite peu la participation du spectateur, contraint d’en suivre les péripéties anémiques et les scènes d’action aussi rares que foireuses, on se dit qu’Hollywood est devenue une centrifugeuse folle prise au piège de sa productivité. Que faire pour maintenir en vie la franchise X-Men en attendant qu’un cinéaste ambitieux s’attelle à retrouver son essence de saga ? Décliner son personnage-phare dans des aventures prétextes que l’on regardera comme on lit le 115e numéro de Strange : d’un œil distrait avant de s’endormir. Ainsi va ce Combat de l’immortel : Logan / Wolverine survit à l’explosion atomique de Nagasaki et, soixante ans plus tard, après avoir vainement tenté de jouer les ermites barbus au milieu de la forêt — Into the wild beast ? — est contraint d’aller au chevet du soldat japonais qu’il avait sauvé à l’époque. Devenu un magnat de l’industrie tokyoïte, il s’apprête à léguer sa fortune à sa petite fille qui, évidemment, ne sera pas indifférente au charme du Glouton, entre temps passé par un bon bain chaud pour retrouver so

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Mud

ECRANS | Dès son troisième long-métrage, Jeff Nichols s’inscrit comme un des grands cinéastes américains actuels : à la fois film d’aventures, récit d’apprentissage et conte aux accents mythologiques, "Mud" enchante de sa première à sa dernière image. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Mud

Il aura donc fallu près d’un an depuis sa présentation cannoise pour que Mud atteigne les écrans français. C’est long, certes, mais les spectateurs qui vont le découvrir — parions que, toutes générations et goûts cinématographiques confondus, ils en sortiront éblouis — verront ce que le critique pris dans la tempête festivalière ne faisait que deviner à l’époque : Jeff Nichols a signé ici une œuvre hors du temps, un film classique dans le meilleur sens du terme, qui s’inscrit dans une tradition essentielle au cinéma américain, reliant Moonfleet, La Nuit du chasseur, E.T., Un monde parfait et le True Grit des frères Coen. Des films qui parlent de l’Amérique à hauteur d’enfants, avec ce que cela implique d’émerveillement et de désillusions. Des films qui font grandir ceux qui les regardent en même temps qu’ils regardent grandir leur héros ; c’est dire l’ambition de Jeff Nichols.

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Zero Dark Thirty

ECRANS | Sur la traque de Ben Laden par une jeune agent de la CIA, Kathryn Bigelow signe un blockbuster pour adultes, complexe dans son propos, puissant dans sa mise en scène de l’action, personnel dans le traitement de son personnage principal. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 17 janvier 2013

Zero Dark Thirty

Dans Démineurs, Kathryn Bigelow montrait avec un mélange de fascination et de distance critique le travail de quelques GIs en Irak drogués à l’adrénaline guerrière. La soif d’action et d’efficacité de la cinéaste concordait avec leur propre plaisir du danger, jusqu’à ce qu’un vide existentiel vienne les aspirer dans la dernière séquence. Zero Dark Thirty est comme une variation autour du même thème, à ceci près que le sujet est encore plus explosif : comment, durant dix longues années, Maya (Jessica Chastain) va pister Oussama Ben Laden, d’abord comme une jeune agent de la CIA intégrant une équipe chevronnée, puis seule face à l’inertie de sa hiérarchie. Écrit en épisodes scandés par les nombreuses défaites occidentales contre cet ennemi fantomatique, Zero Dark Thirty raconte dans un même geste l’enquête, ses erreurs, ses impasses et son succès final, et l’apprentissage de Maya, ce qui pour Bigelow revient à lui conférer l’aura d’une héroïne. Défaite intérieure Dès le premier mouvement, une longue et éprouvante séquence de torture, M

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Bourges : le Grand huit des présélectionnés

MUSIQUES | On connaît désormais les huit projets musicaux sélectionnés pour les sélections régionales du Printemps de Bourges. Ils s'affronteront amicalement les 14 et 15 (...)

Stéphane Duchêne | Lundi 29 octobre 2012

Bourges : le Grand huit des présélectionnés

On connaît désormais les huit projets musicaux sélectionnés pour les sélections régionales du Printemps de Bourges. Ils s'affronteront amicalement les 14 et 15 décembre en live au Centre culturel de Viviers (Ardèche) afin de gagner une place parmi les désormais fameuses Découvertes du Printemps (23 au 28 avril 2013). Il s'agit de : Denis Rivet, Erotic Market, Broc, Metastaz, The Architect, Kacem Wapalek, Ni et Golden Zip. Les pronostics sont ouverts et les préférences permises. Résultat des courses en janvier.

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Braguette ouverte

MUSIQUES | L'amateur des Stones et/ou de Warhol se souvient forcément de la pochette que l'artiste new-yorkais avaient concocté pour l'album Sticky Fingers en 1971 : (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 25 octobre 2012

Braguette ouverte

L'amateur des Stones et/ou de Warhol se souvient forcément de la pochette que l'artiste new-yorkais avaient concocté pour l'album Sticky Fingers en 1971 : une véritable braguette ornait la photo d'un entrejambe en jean. Avec l'idée qu'en dézippant on allait forcément tomber sur quelque chose de sexuel et rock'n'roll. En ouvrant la pochette en deux, on tombait en fait sur un vieux slibard du genre à courir tout seul à la rivière. Stratégie différente chez Golden Zip qui entend montrer, mais à travers sa musique, qu'il a une braguette en or, et en dessous des couilles en platine. Depuis le EP I'm not the same, le sextet lyonnais a choisi de délaisser son folklore vaguement tarantinien pour se livrer brut de poil, car après tout « the medium is the message » comme disait McLuhan. Et le message c'est ce Bring to the fever pitch, premier album présenté une cartouche de chasse entre les dents. Porté par un chanteur dément dont le regard perçant et la versatilité ne sont pas sans rappeler l'acteur Michael Wincott, les titres de Golden Zip se jouent comme on frappe dans un sac de sable. Et pas vraiment pour calmer les nerfs. Ca

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God bless America

ECRANS | De Bobcat Goldthwait (ÉU, 1h40) avec Joel Murray, Tara Lynn Barr…

Christophe Chabert | Dimanche 7 octobre 2012

God bless America

Exaspéré par la connerie américaine ambiante, largué par sa femme, viré de son travail et atteint d’une tumeur inopérable, Frank décide de mettre son pays face à sa monstruosité : il prend les armes et, aidé par une gamine aussi révoltée que lui, décide de buter stars de la télé-réalité, membres des tea-party, adolescents indélicats et éditorialistes réacs. On se pince un peu pour le croire : contre la bêtise contemporaine, le fascisme ultra-violent serait donc la solution pour restaurer l’intelligence. Certes, de sa mise en scène à ses nombreuses nuances scénaristiques, Goldthwait cherche à atténuer cette radicalité idéologique en la nimbant d’un parfum de comédie noire. Mais il ne gomme ni la misanthropie de son personnage, ni l’impression fâcheuse qu’il s’en sert pour déverser à travers lui sa propre aigreur envers l’Amérique. La provocation vise à faire réagir ; curieusement, le film le fait moins bien que le génial Idiocracy, qui extrapolait cette déchéance intellectuelle jusqu’à son point de non-retour, mais envisageait une issue optimiste et humaniste —

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Killer Joe

ECRANS | À 77 ans, William Friedkin prouve qu’il n’a rien perdu de sa rage corrosive avec cette comédie très noire autour d’une famille de Texans dévorés par une même cupidité. Cru et violent, génialement écrit et servi par un casting parfait. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Killer Joe

Il y a deux types de cinéastes vieillissants : ceux qui adoptent une forme de sagesse et affinent film après film leur point de vue — l’école Eastwood ; et ceux qui s’autorisent un surcroît de fantaisie — l’école Resnais. En fait, il faut en ajouter un troisième, minoritaire : les metteurs en scène qui retrouvent dans cette dernière ligne droite une rage juvénile qu’on ne leur soupçonnait plus. Cela donne Battle Royale de Fukasaku et aujourd’hui cet incroyable Killer Joe d’un William Friedkin de retour au sommet. Bug, son film précédent, montrait déjà une hargne retrouvée, mais aussi des limites par rapport au matériau théâtral qu’il se contentait de transposer sagement à l’écran. L’auteur, Tracy Letts, est aussi celui de la pièce qui a inspiré Killer Joe ; cette fois, il a pris le temps de bosser avec Friedkin une vraie adaptation cinématographique, aérée et fluide, du texte original. Un choix plus que payant : le dialogue brillant de Letts trouve dans la mise en scène de Friedkin un allié de poids, le cinéaste étant trop content d’aller en découdre avec so

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Big Mac

ECRANS | Avec quatre films à l’affiche entre août et décembre, Matthew McConaughey est incontestablement la star de cette rentrée cinéma. Pourtant, qui aurait parié un kopeck sur cet ex-jeune premier romantique, Texan pure souche perdu à Hollywood où la valeur d’un acteur flambe plus vite que les cours de bourse ? Récit d’une métamorphose… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 août 2012

Big Mac

«Tout ce que je connais, c’est le Texas !». C’est ainsi que les frères Coen ouvraient leur premier film, Blood simple. Cette maxime, Matthew McConaughey pourrait la faire sienne. Le Texas, il y est né, et sa première apparition marquante sur les écrans français le montrait en shérif d’un patelin texan dans le Lone star de John Sayles. Quinze ans plus tard, après bien des détours, c’est le Texas qui l’appelle à nouveau et lui permet d’endosser ce qui est sans conteste un de ses plus grands rôles à ce jour : le flic pourri qui arrondit ses fins de mois en jouant les tueurs à gage dans Killer Joe (en salles le 5 septembre), dernier film choc de William Friedkin. Mais que ce soit dans l’excellent Magic Mike de Steven Soderbergh en patron d’un club de strip-tease à Tampa, dans la tambouille érotico-policière The Paperboy (le 19 octobre) de Lee Daniels en journaliste gay revenant dans sa Floride natale pour enquêter sur un condamné à mort, ou encore dans le génial Mud

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Magic Mike

ECRANS | Au seuil d’une retraite annoncée, Steven Soderbergh met le turbo et enchaîne les films marquant un réel accomplissement artistique, transcendant les genres et les sujets — ici, la chronique d’une poignée de strip-teaseurs en Floride — par une alliance parfaite entre réalisme et stylisation. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 16 août 2012

Magic Mike

Début juillet, Piégée (Haywire) avait confirmé la santé actuelle de Steven Soderbergh, à la fois prolifique (un film tous les quatre mois en moyenne) et d’une grande liberté face aux matériaux pourtant mineurs qu’on lui refourguait. Dans ce thriller d’espionnage au féminin, il prenait à contre-pied tous les codes et les figures de style canonisés par la franchise Jason Bourne en laissant l’espace et le temps aux scènes d’action pour se déployer dans un réalisme scrupuleux et pourtant totalement cinégénique. Piégée, c’est la rencontre parfaite entre un réalisme documentaire (Gina Carano, l’héroïne, était une authentique championne d’arts martiaux) et une stylisation constante dont Soderbergh assure la maîtrise à tous les niveaux, à la fois chef-opérateur et monteur de ses films. Cet accomplissement, déjà en germe dans The Informant ou Contagion, et dont le brouillon raté était les deux volets du

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À cœur ouvert

ECRANS | De Marion Laine (Fr, 1h28) avec Juliette Binoche, Edgar Ramirez…

Christophe Chabert | Jeudi 12 juillet 2012

À cœur ouvert

Un couple de chirurgiens spécialisés dans les opérations du cœur s’aiment, puis se déchirent, l’alcoolisme du mari entrant en conflit avec la maternité non désirée de sa femme. Sur le papier, c’est assez banal, et c’est effectivement tout le problème : Marion Laine ne sait jamais trop s’il faut contourner le cliché (option psychodrame) ou s’y enfoncer (option mélodrame), et À cœur ouvert louvoie longuement entre ces deux écueils, jusqu’à un dernier acte complètement raté, avec une embardée onirique mal maîtrisée et passablement cucul. Pourtant, dans la première partie, elle réussissait l’impossible : rendre crédible à l’écran le couple Binoche-Ramirez, en arrivant à instaurer une troublante complicité physique entre eux. Si elle s’était contentée de suivre ce fil-là (le détail amoureux et sa destruction), si elle ne l’avait recouvert d’une pelle de psychologie facile, elle aurait sans doute transcender ce que son argument avait d’anecdotique. C’est, à l’arrivée, très loin d’être le cas. Christophe Chabert Sortie le 8 août

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La Double inconstance

SCENES | Théâtre / À la Croix-Rousse, un jeune duo de metteurs en scène s’attaque aux deux premières parties de la Trilogie de la Villégiature signée Goldoni. Un spectacle inégal qui alterne bonnes surprises et trous d’air. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 6 octobre 2011

La Double inconstance

Un petit groupe bourgeois trépigne à Livourne. Ils doivent partir dans l’après-midi pour la campagne, passer l’été dans leur villégiature. Mais rien ne va plus ; ils n’ont plus assez d’argent et s’accusent tous de dépenser maladroitement ce qui leur reste. Les filles, de véritables précieuses ridicules, se font concurrence pour savoir qui est la plus belle ; les hommes s’arrachent les convoitises de l’une ou l’autre en paradant. Bref, tout n’est qu’absurdité, nonchalance et frivolité de la part de ces jeunes gens qui se veulent plus grands qu’ils ne sont en rêvant d’aristocratie. Jouée pour la première fois à Venise en 1761, cette pièce en trois parties (mais il est rare qu’elle soit montée dans son intégralité – Giorgio Strehler l’avait fait en 1979, Alain Françon le fera au Français en janvier) est d’une actualité glaçante encore aujourd’hui dans ce monde en crise où il est manifeste que les préoccupations des plus aisés sont à mille lieues de celles des moins chanceux. Deux siècles et demi plus tard, le texte n’a rien perdu de son mordant. D’autant plus que dans la deuxième partie, les protagonistes s’ennuient ferme dans leur propriété, passant d’un mode comédie de mœurs à un

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La Défense Lincoln

ECRANS | De Brad Furman (ÉU, 1h58) avec Matthew McConaughey, Marisa Tomei…

Dorotée Aznar | Jeudi 19 mai 2011

La Défense Lincoln

Cette adaptation du roman de Michael Connelly est plutôt une bonne surprise. Le réalisateur parvient à capter le stress urbain sans abuser d’affèteries esthétisantes et en creusant l’isolement de son héros. À ce titre, il convient de souligner l’excellente performance de Matthew McConaughey (décidément à son aise dans les rôles d’avocat), et la bonne tenue globale de l’ensemble du casting. Sur une trame des moins originales (c’est là où le bât blesse), Brad Furman a compris, à l’inverse de bon nombre de ses petits camarades hollywoodiens, que l’une des plus pertinentes façons de contrer l’efficacité télévisuelle en matière de drame policier est de jouer sur l’atmosphère ou la caractérisation des personnages. Ce qui fait de La Défense Lincoln un divertissement carrément honorable. FC

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Carlos

ECRANS | D’Olivier Assayas (Fr, 2h45) avec Edgar Ramirez, Alexander Scheer…

Christophe Chabert | Jeudi 1 juillet 2010

Carlos

Carlos témoigne de de ce qui arrive quand un cinéaste mineur (et on reste poli), au formalisme embarrassant de vanité, croise soudain un sujet en or qui non seulement transcende son cinéma, mais éclaire d’une légitimité nouvelle son style. Cette reconstitution épique et fiévreuse du parcours d’Ilich Ramirez Sanchez dit Carlos, révolutionnaire beau gosse devenu terroriste international puis spectre avachi de sa propre légende, est un vrai film d’action. Non seulement parce qu’il réserve quelques inoubliables morceaux de bravoure (le carnage de la rue Toullier, la prise d’otages de l’OPEP), mais aussi parce que les personnages sont saisis dans un mouvement perpétuel, ce que la caméra agitée d’Assayas retranscrit à la perfection. La fiction pourrait être rétrécie par ce souci factuel et cette absence de recul ; au contraire, c’est une fine réflexion sur le déclin de l’idéal révolutionnaire que le récit dessine. Le péché de Carlos, c’est d’accepter de l’argent plutôt que de se sacrifier pour la cause ; ce pacte capitaliste le condamne à l’errance, star encombrante d’une révolution dont plus personne ne veut. Le Carlos d’Assayas (et de son acteur, l’impressionnant Edgar Rami

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They are the Walrus

MUSIQUES | Disque / Malgré l'autarcisme dans lequel la capitale des Gaules se trouve musicalement maintenue – «d'ici on ne s'échappe pas», dit la malédiction jetée par (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 28 mai 2010

They are the Walrus

Disque / Malgré l'autarcisme dans lequel la capitale des Gaules se trouve musicalement maintenue – «d'ici on ne s'échappe pas», dit la malédiction jetée par la fée rock –, Lyon a quand même régulièrement des airs un peu rouquins de Little England, comme on dit «Little Italy». De temps à autres, en effet, un groupe élevé à l'andouillette – A Song, The Green Olive, MINF – surgit avec la certitude musicale de n'être pas d'ici – en apportant même la preuve sonnante et trébuchante – et la volonté de trouver un moyen de s'évader, le plan du métro londonien tatoué sur le corps. La Petite Angleterre de Welling Walrus, produite par Honey Pie Records, siège à deux pas du quartier chinois lyonnais. Ça démarre pied au plancher, teinté d'électro et d'autotuning (ce tuning de la voix pour ceux qui n'aiment pas forcément les auto). À l'énergie, et au riff près, à une griffe près, ça suinte le singe arctique venu d'Albion ("We Are Hype", qui annonce d'entrée la couleur, celle de l'Union Jack, déjà en flammes). Comme un fait exprès les trognes de petite frappe sont à l'avenant et les mélodies querelleuses souvent gagnantes, qu'il soit question de Hooligans ("Hooligans"), de Prince du crime ("Prince

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SHEARWATER

CONNAITRE | The Golden Archipelago Matador

Dorotée Aznar | Lundi 1 mars 2010

SHEARWATER

Les fans du Shearwater en chef Jonathan Meiburg connaissent sa passion pour l’ornithologie. (chose qu’on imagine rare pour un texan, généralement plus sensible au charme des côtes de bœuf). Plus encore que ses précédents disques, The Golden Archipelago est l’histoire d’un type parti observer les oiseaux sur quelque rocher battu par les vents et le ressac. Au sens propre comme au figuré, car c’est bien ses nombreux voyages d’étude des volatiles que conte Jonathan Meiburg sur ce disque, le dernier d’un triptyque consacré à l’impact de l’homme sur la nature entamé avec Palo Santo puis Rook. Il en ressort un lyrisme et une sauvagerie paysagère comme seuls les tableaux les plus bruts de la nature peuvent en donner, au service d’un album d’une rare maîtrise et d’une grande beauté. Fruit d’une patience sans faille (il en faut pour observer les oiseaux) et d’une minutie d’orchestration peu commune. Inutile de dire qu’il n’est pas nécessaire de se passionner pour le fou-de-bassan ou le macareux moine pour apprécier ce disque, la musique de Meiburg, comparée à juste titre à celle de Mark Hollis et Talk Talk, et son génie d’interprétation parlent d’eux-mêmes. Mieux, à ceux qui pensent que le

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Voyage en Italie

SCENES | Théâtre / Laurent Pelly met en scène ‘Le Menteur’ de Goldoni, une comédie grinçante comme il les aime. Et une grande réussite à découvrir au Théâtre Les Célestins. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 12 octobre 2009

Voyage en Italie

Il sont peu nombreux les metteurs en scène qui savent donner des comédies de haute volée. Laurent Pelly est de ceux-là. Il aime quand ça faire rire, mais un peu jaune, quand ça pique derrière l’apparente douceur. ‘Le Menteur’ de Goldoni était donc la pièce idéale. Le Docteur Balanzoni a deux filles à marier, Béatrice et Rosaura, la première courtisée par Ottavio, la seconde par le timide Florindo, élève du docteur. Mais l’arrivée de Lélio, un fils de marchand napolitain qui se fait passer pour un gentilhomme, va bouleverser les plans de chacun. De retour à Venise après vingt ans d’exil à Naples et un petit séjour à Rome, le jeune homme entreprend de séduire les deux filles du docteur avec force «inventions spirituelles». Les mensonges s’enchaînent et deviennent tellement énormes que l’intriguant Lélio ne peut finir que pris à son propre piège, amoureux et dépité... Coups de théâtre à répétition, quiproquos, situations absurdes, la pièce de Goldoni est drôle. Mais elle met également en scène des personnages sombres, légers, inconstants ou fous dont l’ambiguïté n’a rien à envier au menteur, coupable tout désigné. À la perfectionPelly figure une Venise décadente, tantôt en

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Pelly, maître de la comédie

SCENES | Entretien / Laurent Pelly met en scène ‘Le Menteur’ de Goldoni. Il s’explique sur son amour pour la comédie, sans complexe. Propos recueillis par DA

Dorotée Aznar | Vendredi 9 octobre 2009

Pelly, maître de la comédie

Petit Bulletin : Pourquoi avez-vous choisi de mettre en scène cette pièce de Goldoni ? Qu’aimez-vous dans ce ‘Menteur’ ?Laurent Pelly : Je connais cette pièce depuis très longtemps, j’ai une véritable passion pour Goldoni, LE maître de la comédie. Ce que j’aime dans cette pièce, c’est que –comme toujours chez Goldoni- l’intrigue est assez classique mais tous les personnages ont une saveur, une matière. Ce sont tous des imbéciles, sauf Lélio qui est un fou, et pourtant l’auteur les regarde avec beaucoup de tendresse. Et puis la thématique du mensonge est merveilleuse, elle est fédératrice et parle autant du théâtre que de la politique… Lélio est fou selon vous ? Lélio est le menteur, c’est l’homme libre, le rêveur, le poète, l’inventeur… dans une société étriquée. Il est fou car il ne peut pas s’empêcher de mentir, mais c’est également lui qui permet à tous les autres de ne pas s’ennuyer. J’ai choisi Simon Abkarian pour interpréter Lélio car c’est un acteur que l’on aime en deux minutes et qui pourtant a une noirceur en lui… Quant à Florindo, le seul homme vraiment sincère de la pièce, vous en faites presque un personnage de cartoon…La pièc

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La Dernière Maison sur la gauche

ECRANS | De Dennis Iliadis (ÉU, 1h40) avec Tony Goldwin, Monica Potter…

Christophe Chabert | Vendredi 17 avril 2009

La Dernière Maison sur la gauche

La vague de remakes horrifiques «modernisant» les classiques des années 70 et 80 a connu une majorité de purges, mais quelques bons films en sont aussi sortis (L’Armée des morts, La Colline a des yeux ou Halloween). La Dernière Maison sur la gauche appartient à cette catégorie. Iliadis, comme Aja pour La Colline a des yeux, fait peu de compromis avec l’original, gardant intactes les audaces traumatisantes inventées par Craven. L’argument est donc le même (deux familles, l’une WASP et bourgeoise, l’autre composée de tueurs en cavale, vont s’entretuer avec une sauvagerie absolue), les scènes chocs sont au rendez-vous (le viol ou le carnage final, l’ensemble repoussant les limites de ce que le cinéma hollywoodien mainstream a montré ces dernières années), et le cinéaste ne fait jamais de clin d’œil rassurant au spectateur, inscrivant son film dans la lignée d’un Eden Lake ou de The Strangers. Réalisé avec soin, sans effet inutile mais avec un excellent casting, La Dernière Maison sur la gauche réussit son coup : on en sort mal à l’aise, inquiet et perturbé. Christophe Chabert

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3h10 pour Yuma

ECRANS | de James Mangold (ÉU, 2h02) avec Russell Crowe, Christian Bale, Peter Fonda…

Dorotée Aznar | Mardi 25 mars 2008

3h10 pour Yuma

James Mangold est une anguille ; un modeste artisan se glissant dans tous les genres sans jamais chercher à y apposer sa patte. C’est ce côté caméléon qui a fini par rendre son cinéma attachant. Après le thriller horrifique (Identity) et le biopic musical (Walk the line), il s’attaque donc, toujours profil bas, au remake de 3h10 pour Yuma, western signé Delmer Daves qu’il ressuscite avec un casting renversant : Crowe, Bale, Fonda et l’étonnant Ben Foster dans un excellent second rôle de tueur sans merci… Un fermier (Bale), revenu éclopé du front, doit payer une dette à un puissant propriétaire pour conserver son domaine familial ; un bandit de grand chemin (Crowe) se fait connement arrêter lors d’une attaque de banque. L’un devra escorter l’autre pour espérer sauver sa famille de la faillite. Le charme de 3h10 pour Yuma tient curieusement à son caractère bancal. Mangold vise ouvertement l’héritage du western classique, avec ses codes, ses clichés et ses scènes à faire ; mais, conscient de l’empreinte d’Eastwood et de Peckinpah sur le genre, il voudrait aussi y ajouter une dimension mélancolique et crépusculaire en faisant tomber la barrière entre son «héros» et son «méchant», l’un

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