Nakache, Toledano, Bacri : « Le banal, c'est de rendre plus extraordinaire l'ordinaire »

Le Sens de la Fête | Pour leur sixième long-métrage, Olivier Nakache et Éric Toledano ont partagé le plaisir de l’écriture du scénario avec un maître en la personne de leur interprète, Jean-Pierre Bacri. Entretien exclusif avec trois auteurs unis par le sens de l’affect… et de l’humour à froid.

Vincent Raymond | Mercredi 4 octobre 2017

Photo : © Thibault Grabherr


Ces jours heureux puis Nos jours heureux étaient nourris d'expériences vécues. Est-ce encore ici le cas ou bien avez-vous dû vous documenter sur le monde des traiteurs ?
Olivier Nakache :
C'est exactement… les deux. Avec Éric, dans notre jeunesse nous avons travaillé dans le milieu de la fête à tout un tas de postes. Et nous avons effectué un travail d'enquête auprès des brigades de serveurs pour pouvoir préparer le scénario au mieux, en s'inspirant de la réalité. Là, on a dû se récréer des anecdotes vraies pour pouvoir les transformer à notre sauce. Par exemple, les feuilletés aux anchois pour faire patienter les convives, ce n'est pas totalement sorti de notre cerveau… Le film démarre par une embrouille entre la brigade de serveurs et l'orchestre pour le monte-charge : on a vu dix fois ces querelles d'ego, et la hiérarchie que chacun veut s'inventer.

Éric Toledano : Dans les mariages, on a toujours été touchés par ceux qui auraient voulu être plus. Je pense beaucoup au personnage de Gilles, un chanteur qui aurait voulu jouer devant un vrai public. On a une forme de tendresse pour lui, pour ces artistes qui n'ont pas atteint Bercy mais donnent du plaisir aux gens.

Max, votre héros, mêle une activité de poète et de marchand. Il est aussi une nounou pour les gens qui travaillent avec lui et les personnes qui l'engagent, tout en étant capable d'être dirigiste. En fait, c'est un réalisateur et votre film est une autobiographie…
ET :
Sûrement de manière inconsciente. On voit toute la partie émergée du mariage, et pas tout ce qui se passe pour que ça existe. Effectivement, il y a forcément cette métaphore.

Jean-Pierre Bacri : (songeur) Un mec avec son équipe qui fabrique un miracle… C'est pas mal, je n'y ai jamais pensé, c'est pas mal… C'est marrant parce qu'on peut s'amuser : Adèle, c'est son premier assistant. Et il y a les stagiaires, le régisseur, la cantine…

ET : Il y a tout ça, mais parler du cinéma, ça a été beaucoup fait. Et je ne suis pas certain que ça intéresse tant les gens. Là, c'est plus proche de la réalité du travail et ça nous permettait de tout mélanger (la vie personnelle, le travail) Je dis souvent que les réalisateurs font toujours le même film : ils se répètent toujours, mais différemment. Nous, on aime le mélange, on aime l'idée que peut-être les gens sont peut-être désagréables au premier abord, et puis on les rattrape, en essayant d'ajouter de l'humour…

JPB : (pince sans rire) oui mais alors ça, hein, c'est pas très réussi, en revanche. L'humour à chaque fois…

ON : (sur le même jeu) On te l'avait pas vendu comme ça, au début. C'était un drame…

JPB : (continuant) C'est marrant, ça ! Vous n'avez pas le sens de ça. Fabriquer des situations, ça oui… Des personnages qui existent, mais l'humour… les gens ne rient pas !

ET : (tentant de retrouver son sérieux) Mais l'humour…

JPB : C'est pas facile, hein…

ET : C'est peut-être aussi l'idée de se dire qu'on n'est pas toujours certain d'être intéressant. Donc si jamais les gens sont pas forcément intéressés, au moins, qu'ils se marrent ! Et s'ils sont intéressés, tant mieux.

ON : C'est pour cela qu'on a pris un acteur de drame, qui avait jamais fait de comédie (rires).

Justement, quand on crée une situation comique, jusqu'où s'autorise-t-on à pousser le curseur ? À quel moment la situation atteint-elle son point d'équilibre ?
ON
: C'est notre baromètre à nous, on a “notre” sens de l'humour et ça nous saute aux yeux quand on risque de dépasser la limite. Il y a un travail au début du scénario, ensuite sur le tournage, on peut tester des choses. Et puis le montage, qui est un filet de pêche et qui trouve le bon équilibre. C'est notre appréciation subjective à tous les deux, avec les acteurs autour de nous. Parfois, si on pousse le bouchon un peu loin, on peut se rendre compte rapidement qu'on est à côté de la cible, mais ça s'aiguise sur le tournage.

ET : Même avec Jean-Pierre, on lisait parfois dans son regard : c'est limite. On écoute aussi ce que les gens qui vont interpréter les personnages ressentent. La limite est étroite, le fil est toujours tendu.

Max est un personnage du quotidien, avec des préoccupations normales…
ET
: Le cinéma a évolué, les héros ont changé de visage. On s'en est rendu compte. On avait un cinéma fait de gens beaux (Belmondo, Delon…). Le banal, c'est de rendre plus extraordinaire l'ordinaire.

ON : Mais Jean-Pierre est beau…

JPB : (pince sans rire) Oui, c'est l'exception…

ET : (sur le même mode) C'est lui qui effectivement fait la jointure entre la beauté et le jeu.

ON : (idem) Avant on avait Omar, mais Omar…

ET : (idem) Omar n'est pas physiquement très beau par rapport à Jean-Pierre, mais… il danse… mieux.

JPB : (idem) Oui, à la limite…

ET : (reprenant son sérieux) Mais les personnages plus ordinaires sont devenus plus intéressants et on a changé les figures du héros, qui peut être plus dans le quotidien. On les sent moins James Bond.

Au générique, vous remerciez votre “petit plus”, Jean-Pierre Bacri…
ET
: En vérité, c'est beaucoup plus qu'un petit plus. Jean-Pierre nous a aidé à l'écriture, il a toujours donné son avis, ses idées. C'est une consultation de luxe : c'est comme si vous aviez un expert du scénario, qui a travaillé avec Alain Resnais, Agnès Jaoui ; qui a fait des films qui sont allés à Cannes, qui ont eu des César, qui a eu des Molière encore récemment. Il a voulu rester discret sur sa participation et ça s'est transformé en cette petite phrase.

ON : Pour nous c'était important qu'il soit au générique, que les gens le voient ou pas. On ne pouvait pas ne pas le mettre parce qu'il a donné beaucoup, son implication est totale. Quand il fait un film — et il n'en fait pas beaucoup —, c'est déjà une chance.

Quand on présente un script à Jean-Pierre Bacri, y-a-t-il de l'angoisse par rapport à ce qu'il représente ou de la gourmandise dans l'anticipation de le diriger ?
ET :
Un mélange des deux. On sait que l'on va être jugé — il n'est pas réputé pour avoir le jugement le plus doux (rires). Il est radical, jamais dans la demi-mesure. On avait un peu peur, mais on y est allé en connaissance de cause : on lui a montré une première version en lui disant que nous avions un désir de travailler avec lui et que c'était améliorable.

Vous avez l'habitude de cet exercice du “dialogue” dans l'écriture.
JPB
: Oui, j'adore ça. C'est très stimulant de réfléchir à comment éviter une impasse ; de dire « c'est trop », ou « non il y a une note de trop ; on a déjà fait ce refrain-là, donc on va passer à autre chose. » On s'amusait beaucoup à ajuster les trucs avec le plus d'exigence dont on est capable. Il y avait ce plaisir de trouver la justesse.

Donc la partition finale est à trois mains ?
JPB :
Non, je dirais que c'est à deux mains un quart, parce que je suis arrivé tard. Le scénario était écrit, bâti ; il y avait un bel objet tout prêt et mon travail, c'était une partie de plaisir. Je n'avais qu'une chose à dire: « un peu moins de chantilly là, oui c'est bien les pralines, si on mettait une amande ? » Tout était là : je m'amusais à trouver des trucs de façon à le rendre à mes yeux encore plus goûteux et délicieux.

ET : Souvent les acteurs rechignent, discutent sur le texte. Mais il arrivait à Jean-Pierre de discuter pendant une heure sur une scène où il n'est pas. C'était agréable : on le sentait bienveillant sur l'ensemble du film et pas que sur son rôle.

JPB : C'est un truc de scénariste ; un goût, un plaisir que j'ai. Je ne peux pas m'empêcher de dire : « c'est con cette scène », même si je n'y suis pas. J'aime le faire quand on me permet. Et quand on me permet, je parle. Mais quand je vois que le type s'arc-boute sur son texte, « c'est comme ça c'est pas autrement », j'abandonne, je ne me bats pas. Mais si je tombe sur un copain — parce qu'en fait je suis tombé sur deux potes —, la discussion vient toutes seule, on est scénaristes tous les trois, on s'amuse. Quand ça se produit, ça se produit… C'est comme quand tu rencontres des personnes dans une soirée, soit tu discutes pendant quatre heures, soit tu ne dis rien et tu casses.

ON : Le rebond marchait bien entre nous. Et d'une idée débattue, il en sortait forcément quelque chose.

ET : On n'a jamais fait l'économie de la contrainte : ça a toujours été un moteur. Parfois, on était satisfait de certaines scènes, et pas Jean-Pierre. Mais cela ne nous a jamais démotivés. Créer de la contrainte, c'est créer de l'exigence et l'on est forcément demandeurs, à tous les niveaux. On sera toujours moins séduits par quelqu'un qui nous dit « c'est génial » que par quelqu'un qui nous prend la tête et nous explique comment filmer d'une autre manière. L'art naît de contraintes.


Le Sens de la fête

De Eric Toledano, Olivier Nakache (Fr, 1h57) avec Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouv...

De Eric Toledano, Olivier Nakache (Fr, 1h57) avec Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouv...

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Max est traiteur depuis trente ans. Des fêtes il en a organisé des centaines, il est même un peu au bout du parcours. Aujourd'hui c'est un sublime mariage dans un château du 17ème siècle, un de plus, celui de Pierre et Héléna. Comme d'habitude, Max a tout coordonné : il a recruté sa brigade de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, il a conseillé un photographe, réservé l'orchestre, arrangé la décoration florale, bref tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête soit réussie... Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d'émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos. Des préparatifs jusqu'à l'aube, nous allons vivre les coulisses de cette soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et qui devront compter sur leur unique qualité commune : Le sens de la fête.


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Idiocratie à la française :

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Idiocratie à la française : Les Tuche 3

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Y a comme une noce… : "Le Sens de la fête" de Éric Toledano & Olivier Nakache

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Y a comme une noce… :

Depuis trente ans, Max, traiteur exemplaire, organise des mariages. Mais ce soir, il arrive au bout du rouleau : ses vies personnelle et professionnelle semblent s’être concertées pour se déliter au cœur d’une noce compliquée. Pourtant, Max fait comme d’habitude : il gère… Cette comédie douce-amère est taillée sur mesure pour (et un peu par) Jean-Pierre Bacri, idéal en chef-d’orchestre désabusé d’un cortège de bras-cassés, de parasites et d’imprévus. Le droopyssime comédien a en effet mis la main à la pièce montée scénaristique, permettant de judicieuses relances quand le soufflé tend à retomber. On ne fera pas grief à la paire Nakache & Toledano de quelques baisses de régime : il y a tant de “vrais” personnages en jeu — pas des silhouettes — que leur donner de la substance à chacun tient du casse-museau. Essuyant bien des tempêtes, ce mariage-paquebot gouverné par le capitaine Max (seul maître à bord après les réalisateurs) rassem

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Les films de la rentrée : comme une faim de 2017

14 pépites pour appétits cinéphiles | Bien sûr, on en oublie. Mais il y a fort à parier que ces quatorze films constituent des pierres de touche de la fin 2017. En attendant (entre autres), Joachim Trier, Depardon et Kathryn Bigelow, bon appétit !  

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"Grand froid" de Gérard Pautonnier : cadavre en cavale

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Avant-Première | En catimini, ils ont montré leur cinquième long-métrage dans les marges du dernier Festival de Cannes. Si la sortie du Sens de la fête est annoncée pour le 4 (...)

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Une bonne décennie après la mini-série télévisée de Joyce Buñuel, pourquoi diable entreprendre un nouveau biopic sur Dalida ? Si grâce à son producteur de frère la discographie de feue Iolanda Gigliotti s’est enrichie d’une vingtaine de titres — performance remarquable pour une artiste décédée en 1987 —, force est de reconnaître que Lisa Azuelos n’a rien à nous apprendre de nouveau. Entre deux séquences clipées hachant son ascension, la réalisatrice se borne à dévider l’existence malheureuse de la chanteuse en suivant un double-fil pas vraiment cachemire : c’était une collectionneuse de relations autodestructrices, mais aussi une femme de tête en quête de stimulations intellectuelles… Wow… Entonnant volontiers le couplet de la star adulée échouant de naufrage sentimental en fiasco amoureux, le film transforme Dalida en une sorte de Pierre Richard tragique, accumulant avec brio les amants suicidés sous l’œil noir d’un Orlando plus vrai que nature — Riccardo Scamarcio est, avec Vincent Perez en Barclay et Timsit en Coquatrix, l’un des seuls attraits du f

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Christophe Chabert | Mercredi 27 février 2013

«Rendre la réalité poétique et la poésie réaliste»

Comment passez-vous d’un film à l’autre ? Est-ce que par exemple ici, l’envie était de travailler avec de jeunes acteurs ?Agnès Jaoui : Oui et non.Jean-Pierre Bacri : Non et oui. On a voulu écrire pour de jeunes acteurs au début.Agnès Jaoui : Oui, on vieillit ! On commence toujours par établir ce que l’on veut faire, c’est déjà une grande partie du travail. Et ça fait très longtemps qu’on a envie de trouver des formes différentes, puisque le fond, les thèmes sont sensiblement les mêmes. Il y a des archétypes qui se retrouvent…JPB : On a une aire d’exploration et on privilégiera telle ou telle région de cette aire.AJ : En général, on n’arrive pas à trouver cette forme différente. Cette fois, on y est mieux arrivé.JPB : On jubile à l’idée de trouver une forme ludique, comme on aime en voir en tant que spectateur. Je cite toujours Un jour sans fin, mais ça peut être autre chose. On avait imaginé une structure à la Rashomon, ou partir de la fin comme chez Pinter. On n’a pas grand chose à dire au début, donc il fa

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Au bout du conte

ECRANS | Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri font entrer une fantaisie nouvelle dans leur cinéma, en laissant à une génération de jeunes comédiens pris à l’âge des contes de fées le soin de se heurter à leur réalité d’adultes rattrapés par l’amertume et les renoncements. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 26 février 2013

Au bout du conte

Il était une fois une petite révolution dans le cinéma de Bacri et Jaoui, qui ronronnait gentiment dans sa formule avec Parlez-moi de la pluie. Voilà que ces maîtres du dialogue et du scénario, ces deux acteurs virtuoses, se décident à oser la fantaisie filmique là où jusqu’ici leur caméra se devait d’être transparente. Cure de jouvence effectuée à une double source : celle des contes de fée, dont Au bout du conte transpose dans un contexte contemporain les figures les plus identifiées — le chaperon rouge et son grand méchant loup, la reine cruelle obsédée par sa beauté et par une Blanche-Neige trop jeune, la pantoufle de Cendrillon et son prince charmant ; et ceux qui y croient, des jeunes gens qui sont aussi, réalisme oblige, de jeunes comédiens, tous très bons, même Agathe Bonitzer. Cela change beaucoup à l’écran, mais rien sur le regard que posent Bacri et Jaoui sur le monde ; au contraire, en opposant à ce sang neuf la bile noire et amère coulant dans les veines d’une poignée d’adultes revenus de tout — l’amour, la paternité, le progrès,

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«Chercher Jean-Pierre»

ECRANS | Rencontre autour de la rencontre de Jean-Pierre Bacri et Pascal Bonitzer pour Cherchez Hortense : deux mondes de cinéma a priori étanches, mais unis au cours de l’interview par une vraie complicité. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 septembre 2012

«Chercher Jean-Pierre»

Qui est allé chercher l’autre ? Est-ce un rôle écrit pour Jean-Pierre ? Pascal Bonitzer : C’est moi qui suis allé chercher Jean-Pierre, évidemment… Jean-Pierre Bacri : Ou alors il aurait fallu que je lise par Agnès de Sacy le scénario. Et je lui aurais dit : «S’il te plait, dis-lui de penser à moi !». Mais non… Cela aurait pu être une volonté de travailler avec Pascal Bonitzer… JPB : Certes ! Mais mon orgueil stupide ne m’a jamais permis d’écrire à un metteur en scène. Enfin, ce n’est pas de l’orgueil, plutôt une théorie : un acteur qui n’est pas désiré est très malheureux. De même, quand je ne suis pas désiré par une femme, je ne peux pas la convaincre d’être gentille avec moi. C’est ce qui fait que je n’ai jamais pu écrire une lettre à un metteur en scène pour lui dire que j’aimais beaucoup son travail et que j’aimerais travailler un jour avec lui. Parce que s’il me prend, j’aurai toujours dans la tête cette espèce de ver vorace qui dira : «Évidemment, tu lui as demandé». Donc c’est bien vous, Pascal, qui êtes à l’origine de

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Cherchez Hortense

ECRANS | De Pascal Bonitzer (Fr, 1h40) avec Jean-Pierre Bacri, Kristin Scott-Thomas, Isabelle Carré…

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Cherchez Hortense

Depuis Encore, son premier film, le cinéma de Pascal Bonitzer semblait enfermé dans sa propre formule, mélange de parisianisme intello et de lacanisme froid. Cherchez Hortense, d’une certaine manière, n’échappe pas à cette règle : Bonitzer truffe le film de rimes internes aussi ludiques que vaines (un exemple : la femme de Bacri s’appelle Iva, son fils s’appelle Noé) et son intrigue, aussi sophistiquée soit-elle, se réduit in fine à un classique marivaudage avec amant et maîtresse doublé d’un Œdipe tardif. Si le tout est assez mécanique, chaque partie est beaucoup plus libre et enlevée que d'habitude, avec notamment trois séquences extraordinaires qui confrontent Bacri et Claude Rich, entre pure comédie et inquiétude glacée. Bonitzer arrive certes un peu en retard sur la question des sans-papiers, mais il confère une certaine force à son sujet en filmant les ors de la République et ses serviteurs implacables, tellement engoncés dans leur fonction régalienne qu’ils n’ont plus aucun contact avec les réalités humaines qu’ils traitent. Mais le film vaut surtout pour la prestation, une nouvelle fois fabuleuse, de Jean-Pierre Bacri. On a souvent dit

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Quand je serai petit

ECRANS | Avec cette fable très personnelle où un homme de quarante ans pense retrouver l’enfant qu’il était et le père qu’il a perdu, Jean-Paul Rouve témoigne, à défaut d’un vrai style, d’une réelle ambition derrière la caméra. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 7 juin 2012

Quand je serai petit

La première demi-heure de Quand je serai petit est assez épatante. Par ce qu’elle raconte, certes, mais aussi par la manière dont Jean-Paul Rouve, devant et derrière la caméra, s’invente un personnage taillé sur mesure pour lui et en même temps différent de tout ce qu’il a fait jusqu’ici. Ainsi, Matthias traîne un mal-être inexpliqué qui semble se propager à son environnement. On le voit embarquer dans un ferry avec sa femme ; sur le pont, son regard s’attarde sur un enfant qui monte à son tour dans le bateau. Il fausse compagnie à son épouse pour arpenter les couloirs à sa recherche et le trouve, seul, dans une des cabines. De retour sur la terre ferme, il est toujours obsédé par cet enfant, au point de chercher à connaître son nom et l’endroit où il vit. Toutes les fictions sont possibles alors, de la plus noire (y a-t-il un désir interdit derrière ce jeu de piste ?) à la plus fantastique. C’est celle-ci que Rouve finit par adopter, sans pour autant diluer l’intérêt du film. Un père et manque Car cet enfant, c’est lui. Aucun tour de force ni effet spécial pour arriver à rendre crédible cette improbable équation ; la mise en scène garde le même réalis

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Intouchables

ECRANS | Raconter l’amitié entre un ancien homme d’affaires, tétraplégique après un accident de parapente, et un gaillard de banlieue tout juste sorti de prison, en (...)

Dorotée Aznar | Mardi 25 octobre 2011

Intouchables

Raconter l’amitié entre un ancien homme d’affaires, tétraplégique après un accident de parapente, et un gaillard de banlieue tout juste sorti de prison, en voilà du sujet casse-gueule. Mais Olivier Nakache et Eric Toledano ont su slalomer entre les écueils et si leur film s’avère émouvant, c’est aussi parce que l’émotion ne surgit jamais là où on l’attend. On aurait pu se retrouver avec une double dose d’apitoiement (sur les handicapés et sur les déclassés), mais les deux s’annulent et le film raconte la quête d’une juste distance entre ce qui nous contraint (son corps ou ses origines) et ce que l’on aspire à être. C’est en refusant la compassion facile que le film trouve son ton, parfois au prix d’un effort un peu mécanique pour ménager l’humour et la mélancolie, mais en s’appuyant sans arrêt sur son atout principal : un couple de comédiens qui, comme les personnages qu’ils interprètent, ne semblaient faits ni pour se rencontrer, ni pour se compléter à l’écran. Rivé à son fauteuil, Cluzet doit réfréner son tempérament explosif et physique, tandis qu’Omar Sy, assez bluffant, troque en cours de route sa nonchalance sympathique pour une gravité et une précision qu’on ne lu

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Low Cost

ECRANS | De Maurice Barthélémy (Fr, 1h29) avec Jean-Paul Rouve, Judith Godrèche, Gérard Darmon...

Dorotée Aznar | Vendredi 3 juin 2011

Low Cost

Puisque nos objets nous ressemblent, il ne faut pas s'étonner que Low Cost soit à l'image de son sujet. C'est-à-dire rien, ou rien d'autre qu'une énième comédie française qui, toujours pas remise des Bronzés, voit la vie en beauf. Satire boursouflée et méchante d'une bande de pieds nickelés empêtrés dans les misères des voyages discount, le nouveau Maurice Barthélémy accumule le pire. L'ex-Robins des bois confond caricature et racisme. Il se complait dans un huis clos hystérique, d'une lourdeur agressive et répétitive à faire passer Il y a-t-il un pilote dans l'avion pour du Billy Wilder. Avec Low Cost, Barthélémy et ses potes ne trompent plus personne. Rance, crétin, complaisamment régressif, leur cinéma donne mal au cœur. Jérôme Dittmar

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Avant l’aube

ECRANS | De Raphaël Jacoulot (Fr, 1h44) avec Jean-Pierre Bacri, Vincent Rottiers…

Christophe Chabert | Mercredi 23 février 2011

Avant l’aube

Belle surprise que ce "Avant l’aube". Raphaël Jacoulot avait signé un premier film passé inaperçu (et depuis introuvable), "Barrage" ; espérons que celui-ci lui offrira la reconnaissance qu’il mérite. L’action se déroule dans un hôtel isolé des Pyrénées tenu par Jacques Couvreur, un bourgeois hautain (Bacri, fantastique, utilise habilement sa sympathie bougonne pour rendre ambivalent son personnage). Pour camoufler un accident mortel et préserver la réputation d’un fils que pourtant il n’estime guère, il prend sous son aile le seul témoin, Frédéric, un ancien délinquant en réinsertion (Vincent Rottiers, acteur instinctif et physique, toujours aussi passionnant). Jacoulot installe avec patience les rouages de la double mécanique qui se referme sur Frédéric : celle du polar, huilée par de nombreuses zones d’ombre (crime crapuleux ou acte de lâcheté ordinaire ?) ; et celle, plus dure encore, de l’illusion d’une ascension sociale favorisée par un transfert de paternité. Sans tapage mais avec une réelle maîtrise du temps et de l’espace — quoique ouverte à inattendue, comme dans cette séquence à Andorre, territoire cinématographique vierge et fascinant que le cinéaste peint en Hong-Ko

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Poupoupidou

ECRANS | De Gérald Hustache-Mathieu (Fr, 1h40) avec Jean-Paul Rouve, Sophie Quinton…

Christophe Chabert | Mercredi 5 janvier 2011

Poupoupidou

Un écrivain à succès se retrouve à enquêter sur la mort d’une starlette populaire à Mouthe, la ville la plus froide de France. Son corps a été retrouvé dans un no man’s land frontalier et les circonstances de son décès révèlent peu à peu sa destinée sentimentale compliquée, reproduisant celle de Marylin Monroe. Hustache-Mathieu se demande ce qui, du rêve contenu dans les images et les mythes américains, peut se transposer en France, et son film y répond par un double échec. Celui des personnages et, plus grave, celui de la mise en scène et du scénario qui se prennent les pieds dans un imbroglio de références (Lynch et "Twin Peaks" en premier lieu) et n’accouchent que d’un fastidieux déroulé programmatique, inopérant sur son versant comique, volontariste dans ses envolées dramatiques. Même Jean-Paul Rouve n’est ici qu’une vague citation des personnages autrefois incarnés par Patrick Dewaere. "Poupoupidou" est un fantasme de cinéphile sur un fantasme de spectatrice ; un fantôme de film, en fin de compte. CC

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Adieu Gary

ECRANS | De Nassim Amaouche (Fr, 1h15) avec Jean-Pierre Bacri, Dominique Reymond… (sortie le 22 juillet)

Christophe Chabert | Vendredi 10 juillet 2009

Adieu Gary

Grand prix de la Semaine de la critique au dernier festival de Cannes, Adieu Gary est effectivement une jolie découverte, malgré ses petits défauts (de jeunesse ?). Après des années d’absence, Samir revient dans son «pays», une cité ouvrière ardéchoise figée après la fermeture de l’usine, et y retrouve son père et ses amis, tous plombés par la résignation. Le décor étonnant du film est pour beaucoup dans sa séduisante étrangeté : dans cette ville fantôme, les personnages sont effectivement en train de devenir des spectres de leur humanité passée. La manière dont Amaouche aborde les questions sociales contemporaines (le deal de drogue, le chômage endémique, l’immigration), sans s’y appesantir mais avec d’étonnantes ellipses de mise en scène, témoignent d’un réel talent de cinéaste. Dommage dès lors que son travail en vignettes subisse un réel passage au vide en son milieu (le film, pourtant très court, est encore un peu long). Il faut donc attendre les dernières séquences, très touchantes, pour que les personnages sortent de leur apathie et se remettent à espérer, ensemble. Christophe Chabert

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Tellement proches !

ECRANS | D’Olivier Nakache et Eric Toledano (Fr, 1h42) avec Vincent Elbaz, Audrey Dana, Isabelle Carré…

Christophe Chabert | Mercredi 10 juin 2009

Tellement proches !

Le cinéma français semble s’être trouvé un nouveau pré carré : non plus le couple, mais la famille, prétexte à des modes de récits choraux et à des observations sociétales à vertu identificatoire. Ça peut donner des choses bien (Le Premier Jour du reste de ta vie), mais aussi des désastres (Le Code a changé). Tellement proches ! part d’ailleurs très mal, dans la lignée du navet de Danielle Thompson : un dîner réunissant des stéréotypes humains assez médiocres, dont on prend spontanément la bêtise en grippe. Pas très bien écrite, plutôt mal filmée, cette longue première partie fait penser, et ce n’est pas un compliment, aux chansons de Benabar… Il faudra donc attendre que la folie prenne vraiment le dessus et qu’à force d’outrance, les personnages fassent vaciller leurs propres caricatures, pour que le film trouve la bonne distance. On s’aperçoit alors que les acteurs sont formidables, à commencer par ceux auxquels on ne croyait pas tellement : François-Xavier Demaison et Omar Sy. Mais c’est surtout Vincent Elbaz, dans son meilleur rôle depuis longtemps, qui s’avère le plus touchant. Pas de quoi se relever la nuit, mais pas honteux non plus. CC

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La très très grande entreprise

ECRANS | de Pierre Jolivet (Fr, 1h45) avec Roschdy Zem, Jean-Paul Rouve, Marie Gillain…

Christophe Chabert | Jeudi 30 octobre 2008

La très très grande entreprise

Après une comédie romantique déplorable qui flattait les nouveaux riches comblés par l’élection de Sarkozy (Je crois que je l’aime), l’insaisissable Pierre Jolivet pourfend ici le méchant libéralisme qui broie les vies d’honnêtes travailleurs. Comprenne qui pourra… C’est une comédie, mais une comédie grise, un film de bureaux et d’appartements exigus, qui tente de compenser cette claustrophobie par quelques gimmicks de réalisation (la fiche signalétique des employés de l’entreprise, idée bien maladroite…). Ça se regarde comme un téléfilm mou du genou, inoffensif sur le fond (les portes ouvertes sont régulièrement enfoncées), et n’était le talent des acteurs (Roschdy Zem et surtout Jean-Paul Rouve, vraiment bien), on s’ennuierait ferme. CC

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Parlez-moi de la pluie

ECRANS | Le troisième film d’Agnès Jaoui reprend, avec un peu trop d’évidence, les thèmes développés dans les deux précédents, mais y fait entrer une nouvelle figure : Jamel Debbouze, impressionnante raison d’être de cette comédie douce-amère. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 4 septembre 2008

Parlez-moi de la pluie

Il arrive à Agnès Jaoui ce qui est arrivé, au mitan des années 80, à Woody Allen (cinéaste qu’elle a toujours considéré comme un modèle) : une sensation de redite brillante, de trop grande maîtrise dans l’écriture et de sécurité tranquille dans la mise en scène, invisible plutôt que transparente. Son nouveau film, Parlez-moi de la pluie, s’articule autour de deux axes : un reportage autour d’une femme se lançant en politique et ses retrouvailles avec sa sœur dans la maison familiale. Jaoui y reprend le thème de Comme une image : les rapports de vassalité entre ceux qui sont destinés, par atavisme ou par ambition, à réussir et ceux qui avancent dans la vie avec un pied-bot social. Quant aux difficiles relations humaines au sein d’une fratrie, Jaoui les avait déjà évoqués comme auteur dans Un air de famille et Cuisines et dépendances. La présence, formidable mais familière, de Jean-Pierre Bacri en documentariste mytho, rajoute à cette sensation d’être en territoire déjà connu. Certes, les dialogues sont brillants, les situations justes, parfois hilarantes, et l’envie d’élaborer un discours en conservant une subtile dialectique est louable. Mais

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