Voir du pays : "Prendre le large"

ECRANS | de Gaël Morel (Fr, 1h43) avec Sandrine Bonnaire, Mouna Fettou, Kamal El Amri…

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Photo : © Michaël Crotto


Solitaire, n'ayant plus guère de lien avec son fils, Edith est touchée par un plan social. Plutôt que d'accepter une prime de licenciement, elle demande à être reclassée dans une usine textile du même groupe au Maroc, très loin de son Beaujolais.

Espérant trouver dans l'éloignement géographique et l'affection d'étrangers ce qui lui fait viscéralement défaut — l'amour de son fils (égoïste et homosexuel) — Sandrine Bonnaire est ici bien triste à voir, dans la peau d'un personnage passif, dépressif et naïf mais aussi victime de gros plans peu flatteurs dès l'ouverture du film. Sa déconfiture ne cesse de dégouliner en suivant des rails aussi rectilignes que les Colonnes d'Hercule.

On ne saurait trop déterminer ce qui motive vraiment Gaël Morel : parvenir au rapprochement tardif entre la génitrice et son fils prodigue ou bien dénoncer pêle-mêle les conséquences de la mondialisation, la précarité des ouvrier·ère·s au Maroc et la sournoise cruauté d'une contremaîtresse sadique. Une chose est certaine : le Droit du Travail tel qu'on le connaissait ne s'applique pas de l'autre coté de la Méditerranée. S'il était sorti avant les élections, ce film cafardeux aurait eu la vertu d'en rappeler aux pêcheurs à la ligne la puissance… et la fragilité.


Prendre le large

De Gaël Morel (Fr, 1h43) avec Sandrine Bonnaire, Mouna Fettou...

De Gaël Morel (Fr, 1h43) avec Sandrine Bonnaire, Mouna Fettou...

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Edith, 45 ans, ouvrière dans une usine textile, voit sa vie bouleversée par un plan social. Loin de son fils et sans attache, plutôt que le chômage, elle est la seule à choisir de rejoindre son usine délocalisée au Maroc…


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Écrans Mixtes, les Hallus, la Caravane : les festivals se recalent

Cinéma | La proximité de la réouverture des salles datée au 19 mai, et la baisse — pour le moment — continue du taux d’incidence redonnent le moral aux organisateurs : Hallucinations Collectives et Écrans mixtes ont annoncé leur retour pour cet été.

Vincent Raymond | Vendredi 7 mai 2021

Écrans Mixtes, les Hallus, la Caravane : les festivals se recalent

Caravane des Cinémas d’Afrique Pas de chance pour la 16e édition de la Caravane des Cinémas d’Afrique du Ciné Mourguet ! Déjà contrainte d’annuler l’an passé, la biennale fidésienne reporte à nouveau son rendez-vous à 2022 mais en promettant (en sus de sa programmation) la présentation d’une création originale du styliste béninois Prince Toffa : une robe confectionnée à partir de 16 000 capsules de café. Ceux qu’il faudra avaler pour patienter ? Écrans Mixtes D’ici là, on se consolera avec — dans l’ordre d’apparition — Écrans Mixtes. Le festival de cinéma queer, qui avait fermé ses portes l’an dernier in extremis en présence de John Waters avant le premier confinement, tiendra sa 11e édition du 23 juin au 1er juillet avait. S’il avait déjà révélé sa

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Sandrine Bonnaire, sage femme dans "Voir le jour" de Marion Laine

Comédie Dramatique | À l’hôpital de Marseille, Jeanne est auxiliaire dans un service de maternité. Son quotidien, entre les arrivées, les départs, les naissances ; les relations tantôt coulantes, tantôt houleuses avec les collègues ou l’administration… Et puis la vie à côté, avec sa fille de 18 ans, presque autonome…

Vincent Raymond | Vendredi 28 août 2020

Sandrine Bonnaire, sage femme dans

Qu’elles soient documentaires ou fictionnelles, issues d’un long-métrage (comme Hippocrate) ou non, les séries thématiques hospitalières nous ont familiarisé depuis deux décennies avec les couloirs aseptisés et le vocabulaire spécifique ou l’adrénaline qui les parcourent. Faisant partie de la cohorte des films décalés par la pandémie, Sages femmes tombe à point nommé dans la mesure où il s’articule autour des difficultés récurrentes de fonctionnement du service : la continuité des soins, l’usure des personnels, le manque de suivi des stagiaires, les risques, la vétusté sont compensés par l’investissement surhumain des équipes plaçant leur mission au-dessus de leur vie personnelle — ce qui n’empêche pas, hélas, les fautes. L’eût-on vu avant la crise de la Covid-19 (ce qui est le cas pour le public de quelques festivals), qu’on l’eût perçu comme un signal d’alerte ; il n’en prend que plus de valeur aujourd’hui. Et puis, Marion Laine habille son tract

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Prix de courts

Courts-métrages | À l’occasion de la Fête du Court, un nouveau festival gratuit voit le jour, à l’initiative de l’association étudiante Short Event issue de l’INSEEC. Baptisé (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Prix de courts

À l’occasion de la Fête du Court, un nouveau festival gratuit voit le jour, à l’initiative de l’association étudiante Short Event issue de l’INSEEC. Baptisé Prix de Court, il verra concourir deux catégories : Smartphone (pour les films d’une durée maximale de deux minutes tournés grâce à un téléphone) et Caméra & Animation (pour ceux tournés avec des moyens plus traditionnels, d’une durée allant de deux à sept minutes). Lors de la projection le 14 mars, qui sera celle du palmarès, le jury présidé par le comédien-cinéaste Gaël Morel remettra trois prix, tous dotés financièrement. Il est encore temps de concourir : les films peuvent être inscrits jusqu’au 1er mars — toutes les modalités et les règlements sont disponibles sur www.prix-de-courts.com. Il y avait de quoi en faire une brève. Prix de Court Au Bâtiment Citroën ​le mercredi 14 mars à 18h30

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Au mauvais accueil : "Une saison en France"

À côté | de Mahamat-Saleh Haroun (Fr, 1h40) avec Eriq Ebouaney, Sandrine Bonnaire, Bibi Tanga…

Vincent Raymond | Mardi 30 janvier 2018

Au mauvais accueil :

Les bons sentiments, la mauvaise littérature, toussa… Le précepte jadis énoncé par Jeanson se transpose toujours aussi aisément au cinéma. C’est triste pour les idées qu’ils défendent ; et cela le serait bien davantage si l’on ne reconnaissait pas le bancal des œuvres supportant ces justes causes. Décalque (involontaire ?) de celle de Moi, Daniel Blake, l’affiche d’Une saison en France place d’emblée le film dans une ambiance inconsciemment loachienne. Les similitudes s’arrêtent ici, tant les partis-pris s’opposent : à l’urgence documentarisante, Haroun préfère une esthétique posée, parfois surcomposée qui encombre de théâtralité vieillotte le récit de son héros. Centrafricain exilé en France, celui-ci attend la décision qui fera de lui, de son frère et de ses enfants des réfugiés légaux. Malgré l’aide de la femme qui l’aime, son attente son espoir ne cesse de s’effilocher et s

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Varda et ses dames

Ciné Collection | Seule réalisatrice (ou presque) à avoir accompagné la Nouvelle Vague — qu’elle a même précédée d’une courte pointe avec La Pointe Courte (1955) — Agnès Varda n’est (...)

Vincent Raymond | Mercredi 4 mai 2016

Varda et ses dames

Seule réalisatrice (ou presque) à avoir accompagné la Nouvelle Vague — qu’elle a même précédée d’une courte pointe avec La Pointe Courte (1955) — Agnès Varda n’est pas le type d’auteure à s’enfermer dans un cinéma genré : ses films parlent de tout le monde, et s’adressent à tout un chacun comme à chacune. Pour autant, il lui est arrivé de capturer des portraits singuliers de personnages féminins, tels ceux de Cléo et Mona — des francs-tireuses à leur manière, livrées à leur solitude et à leurs angoisses. Par-delà des années, les héroïnes respectives de Cléo de 5 à 7 (1962) et de Sans toi ni loi (1985) partagent errance et incertitude. La première en temps réel et en noir et blanc redoute les résultats d’un examen médical ; la seconde fait la route comme si elle fuyait le spectre hideux de la stabilité, annonciateur de son inéluctable mort. Deux femmes en mouvement dans des sociétés rigides, deux rôles prodigieux offerts à des comédiennes aussi dissemblables que possibles : la délicate Corinne Marchand campe chignon relevé une Cléo toute entière absorbée par ses tourments intérieurs, quand Sandrine Bonnaire à peine échappée de l’étre

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Sandrine Bonnaire s'enivre de "L'Odeur des planches"

SCENES | D'abord, il y a ce plaisir de voir une comédienne parmi les plus familières et attachantes de son époque fouler un grand plateau de théâtre, seule, pour nous (...)

Nadja Pobel | Mardi 28 avril 2015

Sandrine Bonnaire s'enivre de

D'abord, il y a ce plaisir de voir une comédienne parmi les plus familières et attachantes de son époque fouler un grand plateau de théâtre, seule, pour nous raconter une histoire qui la met dans le même état de rage que le personnage qu'elle incarnait à 15 ans, tenant tête à son Pialat de mentor. Sandrine Bonnaire résiste. Elle donne du cœur à un cri, celui de Samira Sedira, auteur de ce texte, L'Odeur des planches, «le plus autobiographique» dit-elle, publié en 2012 aux éditions du Rouergue. Alternant souvenirs historiques – ceux de ses parents débarqués d'Algérie dans les années 60 – et un vécu contemporain qui débute par la fin de ses droits Assedic et l'obligation pour elle de trouver un travail alimentaire, elle donne du rythme et de la force à son récit. Devenue femme de ménage, elle voit dans ce déclassement social une occasion de se rapprocher de sa mère qui, elle aussi, à dû combattre la solitude et se résoudre à ce métier. Finie la litanie des théâtres visités qu'elle récite comme un pensum, la voilà seulement définie par son corps, éreintée par cette tâche aride et dépourvue de toute pensée. Une «dépossession» de soi décrite ave

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Sandrine Bonnaire : «Ce métier est une offrande»

SCENES | Renouant avec le théâtre, Sandrine Bonnaire dit avec simplicité l'histoire d'une comédienne déchue et réduite à faire des ménages via le texte autobiographique de Samira Sedira, "L'Odeur des planches". Dialogue avec la plus radieuse des actrices françaises, née sous le haut-patronage de l'immense Maurice Pialat. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 28 avril 2015

Sandrine Bonnaire : «Ce métier est une offrande»

En 1989, vous jouiez pour la première fois au théâtre dans La Bonne âme du Se-Tchouan sous la direction de Bernard Sobel. Vous vous êtes ensuite absentée jusqu’à L’Odeur des planches. Qu’est-ce qui vous a menée au théâtre, vous en a éloignée puis vous y a ramenée ? Sandrine Bonnaire : J’ai effectivement arrêté le théâtre durant plusieurs années pour diverses raisons, notamment parce que j’ai eu un enfant et que j’avais peu envie de sortir chez moi le soir. Le désir n’était plus là, mais il est revenu il y a deux ans. En fait, j'avais sollicité Jean-Michel Ribes pour le projet du Miroir de Jade [pièce chorégraphiée créée dans la foulée de L'Odeur des planches, NdlR], pour lui demander s’il pouvait financer ce spectacle, et il m’a présenté Richard Brunel qui m’a proposé de faire cette lecture. On a fait trois jours de lecture à Valence et on avait envie de le reprendre avec le texte appris. On s’est rendu compte que ce texte devait être interprété, qu’une simple lecture ne convenait pas car on ne peut pas vraiment rester en retrait de ce récit. Qu’est-ce qui vous a attirée dans ce texte peu an

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Deuxième départ

SCENES | Après un premier tiers de saison assez calme, l’activité théâtrale s’intensifie nettement cette rentrée. Entre stars de la scène locale et internationale, créations maison et découvertes à foison, revue de détails. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 6 janvier 2015

Deuxième départ

Une Biennale de la danse enchaînée avec les vacances de la Toussaint auront bien grévé la dynamique théâtrale de ce début de saison, sauf à la Croix-Rousse qui a, en apnée, aligné Laurent Brethome, Emmanuel Meirieu, David Bobée et Pierre Guillois. Le rythme n'y faiblira pas en 2015 avec notamment les très attendus Elle brûle (mars) du duo féminin Mariette Navarro / Caroline Guiela Nguyen et Discours à la nation (avril), manifeste d'Ascanio Celestini dont s’est emparé David Murgia du Raoul Collectif. Claudia Stavisky se confrontera elle à nouveau à un texte britannique après le très réussi Blackbird, en montant pour la première fois en France En roue libre (j

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Salaud, on t’aime

ECRANS | De Claude Lelouch (Fr, 2h04) avec Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Sandrine Bonnaire…

Christophe Chabert | Mardi 1 avril 2014

Salaud, on t’aime

En hommage à son ami Georges Moustaki — «qui vient de nous quitter», est-il dit deux fois dans le dialogue au cas où on ne serait pas au courant — Claude Lelouch fait entendre sur la bande-son de Salaud, on t’aime Les Eaux de mars. Jolie chanson qui dit le bonheur du temps qui s’écoule, de la nature et des plaisirs fugaces. Soit tout ce que le film n’est pas, torture ultime où en lieu et place de cascade, on a surtout droit à un grand robinet d’eau froide déversant les pires clichés lelouchiens sur la vie, les hommes, les femmes, l’amitié, le tout en version "vacances à la montagne". La vraie star du film, ce n’est pas Johnny, marmoréen au possible, mais un aigle que Lelouch filme sous toutes les coutures. Se serait-il découvert un caractère malickien sur le tard ? Pas du tout ! Cette fixette sur l’animal est une des nombreuses stratégies pour remplir cette interminable histoire de retrouvailles entre un mauvais père et ses quatre filles — qu’il a appelées Printemps, Été, Automne, Hiver ; Claude, arrête la drogue ! Son meilleur ami et médecin — Eddy Mitchell, tout content de faire du playback sur la scène chantée de Rio Bravo, et c’est

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J'enrage de son absence

ECRANS | De Sandrine Bonnaire (France, 1h38) avec William Hurt, Alexandra Lamy, Jalil Mehenni...

Jerôme Dittmar | Jeudi 25 octobre 2012

J'enrage de son absence

Deuxième réalisation de Sandrine Bonnaire après un premier docu sur sa soeur autiste, J'enrage de son absence prouve, encore, que les films d'acteurs font rarement des miracles. Histoire d'un deuil impossible : traumatisé par la mort de leur enfant, un homme hante la vie recomposée de son ex pour nouer une relation maladive avec son fils, cette nouvelle incursion dans la folie part pourtant sur de bonnes intentions. Consciente de devoir faire cinéma, Bonnaire aimerait filmer d'abord les corps et l'espace. Problème : ce qui avait tout pour devenir un Dark Water français se voit sans cesse rattrapé par la psychologie et son incapacité à pousser les choses dans une étrangeté plus radicale et surtout formelle. Le film s'enlise alors, suivant l'enfermement d'un William Hurt poussif dans une cave d'immeuble dont Bonnaire ne sait plus que faire, sinon un bon gros symbole. Le sens s'y retrouve étouffé, exsangue devant ce désir bizarre de rendre la peine de l'autre indiscutable. Jérôme Dittmar

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Un cœur simple

ECRANS | de Marion Laine (Fr, 1h45) avec Sandrine Bonnaire, Marina Foïs, Pascal Elbé…

Dorotée Aznar | Mercredi 19 mars 2008

Un cœur simple

Prêt à être projeté à des hordes de scolaires, Un cœur simple tombe assez vite des yeux. Mais comment peut-il en être autrement quand toutes ses audaces cinématographiques sont concentrées dans son prégénérique ? Après cette entrée en matière réussie, le film brode péniblement autour de la nouvelle originale de Flaubert pour tenir son heure quarante-cinq, durée réglementaire du cinoche français pour assurer cinq séances quotidiennes et remplir la case prime-time lors du passage télé. Ce formatage atteint la chair du film, d’un académisme digne de celui des Destinées sentimentales d’Assayas, où rien ne vient troubler la petite manufacture d’images : ni la folie, ni la mort, ni l’enfance bafouée, ni l’égoïsme bourgeois, ni la religion étouffante. C’est propre, tiède, mou, et on crie à nouveau : Claude Chabrol, reviens ! CC

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