Julio Hernández Cordón : « J'ai essayé de ne pas appliquer ce qu'on m'avait appris dans les écoles de cinéma »

Entretien | Près de huit ans après son tournage, Julio Hernández Cordón présente enfin en France son deuxième long-métrage, Las Marimbas del Infierno. Un film hybride qui lui a ouvert les portes de la notoriété : il écrit actuellement une série pour Netflix.

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Photo : © DR


Las Marimbas del Infierno se situe-t-il du côté du documentaire, de la fiction ou bien quelque part entre les deux ?
Julio Hernández Cordón
: C'est un mélange entre les deux. Si j'ai l'habitude de travailler avec des acteurs dans tous mes films, c'est un peu ma “marque de fabrique” de travailler avec des personnes ressemblant à des personnages de fiction : ils ne parlent pas comme moi, mais comme eux-mêmes. C'est grâce à cela que mes films deviennent tridimensionnels.

Comment procédez-vous avec vos interprètes ?
Je leur dis qu'ils ne vont pas jouer, pas mentir dans le film. Pour bien mentir, il faut qu'il y ait une part de vérité dans ce mensonge. Avant le tournage, j'essaie de faire une enquête sur mes personnages. Elles sont très simples, puisqu'elles consistent à les suivre dans leur vie personnelle, à être là sans interrompre, à les regarder agir au sein de leur famille et de leur cercle d'amis. C'est un peu voyeuriste. Ils ne se rendent pas compte que je leur vole de petits bouts de ce qu'ils sont pour les mettre dans le personnage, mais je leur demande toujours si rien ne les dérange. Si jamais ils sont surpris, je leur réponds que je suis fasciné par ce qu'ils sont. C'est comme un jeu de séduction.

La première séquence tranche avec le reste du film : on vous voit en train d'interroger de manière très conventionnelle un Don Alfonso au bord des larmes…
Au départ, j'étais parti pour faire un documentaire à 100%. Mais à l'issue de cette interview avec Don Alfonso, celui-ci m'a dit qu'il ne voulait plus faire le film. Je lui ai proposé d'intégrer des éléments de fiction dans le film documentaire et de ne plus faire d'entretien. Jour après jour, j'écrivais ce qui devait se passer dans le film, au fur et à mesure. Et comme je connaissais la biographie de tous mes personnages, je savais comment tisser l'histoire, comment reproduire les anecdotes qu'on m'avait racontées.

Comment votre film, qui évoque autant la musique traditionnelle que la situation sociale du Guatemala, a-t-il été reçu chez vous ?
Son accueil a connu une certaine évolution. Lors de sa sortie en 2010, il n'a pas eu un grand succès : les Guatémaltèques l'ont vécu comme quelque chose d'un petit peu étrange. J'ai alors décidé de le diffuser gratuitement dans tous les centres sociaux, où je répétais qu'il y avait des films bien plus étranges et fous dans les festivals — parce que les seuls films vus chez moi sont ceux de Hollywood. Maintenant, c'est devenu un film culte, et tous les gens qui travaillent dans le milieu de l'art y font référence quand on veut parler de la difficulté de créer au Guatemala. Mais aussi de la difficulté de subir des extorsions permanentes, car cela n'a fait qu'augmenter depuis sept ans.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur ce film, témoin de vos débuts de cinéaste ?
Je regrette beaucoup cette période de ma vie — même si je n'avais pas d'argent. Parce que j'étais innocent, dans tous les sens du terme. J'ai fait ce film en essayant volontairement de ne pas appliquer tout ce qu'on m'avait appris dans les écoles de cinéma. C'est celui qui a coûté le moins d'argent, mais qui fait que je suis le plus identifié. Sans doute parce qu'il insuffle beaucoup de liberté, et parce que le Guatemala n'avait jamais été mis sur le devant de la scène auparavant.

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