Cachées : "Le Dossier Mona Lina"

Espionnage | de Eran Riklis (Isr-All, 1h33) avec Golshifteh Farahani, Neta Riskin, Lior Ashkenazi…

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Photo : © Pyramide Distribution


Remise d'une mission éprouvante, une agent du Mossad est affectée à une opération en théorie tranquille : veiller le temps de sa convalescence sur une transfuge du Hezbollah libanais, Mona, dans une planque sécurisée en Allemagne. Mais les anciens alliés de Mona sont sur ses traces…

Qui manipule qui, qui est l'appât, qui est la proie ? À la base complexe — et plongée dans un vortex diplomatique depuis les décisions intempestives de Donald Trump — la situation géopolitique au Levant constitue un terreau favorable pour un bon thriller d'espionnage en prise avec le réel. Rompu aux questions de frontières (voir notamment La Fiancée syrienne), le réalisateur israélien n'hésite pas ici à critiquer le cynisme officines d'État — y compris le sien — manœuvrant en dépit de la morale et en fonction des intérêts du moment, quitte à sacrifier autant de pions (c'est-à-dire de vies) que nécessaire.

Après un démarrage tonitruant porté par une musique et une distribution dignes des grandes productions internationales, le film s'engage dans un face à face prometteur puisqu'il oppose une renégate et une espionne devant cohabiter par obligation, tentée l'une et l'autre par l'amitié mais ne pouvant prendre le risque de baisser la garde. Ce formidable enjeu de suspense se disloque hélas à chaque sortie du huis clos, la promiscuité constituant un accélérateur de situation autant qu'un révélateur. Quant au dénouement, “à l'étranger“, il apparaît un peu rapide et surtout frustrant. Dommage.

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Au revoir mon amour : "L'Angle Mort"

Fantastique | Dominick possède depuis l’enfance l’étrange pouvoir de se rendre invisible. Une faculté dont il fait un usage modéré — chaque “passage“ lui coûtant cher en énergie vitale — car elle suscite aussi, surtout, moult quiproquos gênants avec ses proches. Est-ce un don ou une malédiction ?

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Au revoir mon amour :

Les histoires de couples perturbés par des interférences créées par des mondes parallèles — ésotériques ou psychiques — forment “l’ordinaire fantasmatique“ du cinéma de Bernard & Trividic, collectionneurs de discordances en tous genres. Dancing (2003) et L’Autre (2009) traquaient déjà en effet des irruptions singulières dans ce que l’on nomme la normalité, en adoptant des constructions cinématographiques volontiers elliptiques, mentales ou peu linéaires. Est-ce ici l’influence d’Emmanuel Carrère, qui leur a soufflé l’argument de L’Angle Mort ? Sans déroger à leur propension au fantastique, ce film manifeste un changement de forme radical, adoptant une narration plus posée et une structure de conte contemporain à morale philosophique — comme si Rohmer s’était aventuré dans le registre du super-héros décalé, ou Alphonse Daudet au cinéma. Drame à double niveau sur la question de la disparition du corps social — ce qu’il advient de l’individu lorsque sa présence physique s’évanouit au sens propre, mais aussi lorsque son ex

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Contre-danse : "Foxtrot"

Drame | de Samuel Maoz (Isr-Fr-All, 1h53) avec Lior Ashkenazi, Sarah Adler, Yonaton Shiray…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Contre-danse :

Dafna et Michael apprennent brutalement un matin que leur fils Yonatan, militaire affecté sur un poste frontière dans le désert israélien, a été tué. Il faut gérer la douleur, les démarches administratives, la famille, les cérémonies officielles absurdes. Sauf qu’il y a un coup de théâtre… Un film ? Plutôt trois et demi en un, alternant les couches ou les tranches comme dans un sandwich. Or, chacun le sait, le meilleur du sandwich, c’est rarement le pain. L’épisode central le confirme ici : après une ouverture ayant pour fonction de démontrer l’habileté du réalisateur, son goût pour la géométrie et son art à gérer les hauteurs, la spatialité, on découvre ce qui aurait pu (dû ?) demeurer un fantastique court-métrage. Cœur du récit et nœud du drame, la vie au poste frontière est un mélange d’absurde et d’esthétique rappelant Le Rivage des Syrtes, mais revisité par Jean-Pierre Jeunet époque Bunker de la dernière rafale. Un moment de sombre beauté en temps de guerre, où entre deux banalités dans le quotidien de troufions ab

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Zombies et homme : "La Nuit a dévoré le monde"

BRAIIIN ! | Escape game dans les conditions d’un réel apocalyptique, ce premier long-métrage aussi sobre que maîtrisé réunit un trio brillant autour d’un scénario rigoureux. En peuplant la capitale de zombies désarticulés, Dominique Rocher gagne haut le moignon son Paris.

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Zombies et homme :

Au lendemain d’une nuit agitée, dans un recoin de l’appartement de son ex — où il était venu chercher ses affaires en pleine soirée festive —, Sam découvre que le monde est désormais peuplé de zombies. Se pourrait-il qu’il soit l’ultime homme sur Terre ? À lui d’organiser sa survie… De son titre poétique à sa réalisation d’une efficacité à faire pâlir George A. Romero — lequel, là où il réside à présent, ne doit plus avoir le mélanocyte très vaillant —, La Nuit a dévoré le monde s’impose par sa singularité dans un paysage contemporain montrant une insatiable appétence pour le cinéma de genre, et tout particulièrement horrifique. Les séries à succès telles que The Walking Dead ou Les Disparus n’y sont sans doute pas étrangères, qui contribuent de surcroît au décloisonnement des univers, et prouvent aux derniers rétifs que Cronenberg ou Carpenter sont davantage que des seigneurs (saigneurs ?) dans leur partie gore. Naufrage, ô désespoir

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Lutins de sa glace ! : "Santa & Cie"

Comédie de Noël | de & avec Alain Chabat (Fr, 1h35) avec également Pio Marmaï, Golshifteh Farahani, Audrey Tautou…

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

Lutins de sa glace ! :

Comme par un fait exprès, la Saint-Nicolas tombe cette année le jour de la sortie de la nouvelle comédie d’Alain Chabat consacrée au Père Noël. Un Père Noël à sa hotte, c’est-à-dire prêt à transgresser les conventions. En l’occurence de quitter le pôle Nord en avance afin de venir chercher de quoi soigner la soudaine épidémie frappant ses lutins. Sauf que Santa Claus n’ayant pas l’habitude des usages du monde réel, ni des enfants éveillés, va un peu patiner… Chabat ne cesse de se bonifier avec le temps. Au départ très inféodé aux ZAZ — ces stakhanovistes du gag visuel/référentiel le distribuant à la mitraillette dans Y a-t-il un pilote dans l’avion et compagnie —, le réalisateur-comédien s’est depuis affranchi de ces tutelles d’outre-Atlantique hurlantes pour travailler un registre où la connivence demeure, mais à un niveau plus souterrain : la parodie n’étant plus une finalité, il dispose de plus de place pour sa vaste fantaisie. Ses multiples niveaux de lecture font de ce film une authentique comédie grand public et familiale, dépourvue de ce kitsch fa

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"Paterson" : Poète, vos papiers (du véhicule)

ECRANS | Une semaine ordinaire dans la vie de Paterson, chauffeur de bus à Paterson, New Jersey et poète à ses heures. Après la voie du samouraï, Jarmusch nous indique celle d’un contemplatif alter ego, transcendant le quotidien sur son carnet. Une échappée hors du temps bienvenue.

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Dalí soutenait que la gare de Perpignan était le centre du monde. Alors, la ville de Paterson, avec ses rues peu fréquentées, ses murs de briques rouges et sa quiétude provinciale, ne pourrait-elle être le nord magnétique de la poésie américaine ? Escale obligée — semble-t-il — pour une foule de maîtres du verbe, de Ginsberg à Iggy Pop, ce cadre apparemment dépourvu de pittoresque et de distractions a inspiré William Carlos Williams tout au long de sa carrière. Il est aussi la patrie d’un bien nommé Paterson, émule du précédent ; le lieu d'où il compose son œuvre dans le secret d’un carnet de notes, sans jamais se départir de son impassibilité. Citoyen en apparence quelconque d’une ville banale, Paterson trouve dans son train-train matière à émerveillement, transmutant les choses vues en vues singulières. Carnet de notes sur revêtement de ville Emboîtant les pas de ce scribe machiniste, Jarmusch révèle le caractère ininterrompu du processus d’écriture : entre la cristallisation de l’inspiration et la fixation du texte sur le papier, les mots s’affichent, s’accumulent, s’agencent dans son esprit —

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"Go Home" : maison, dure maison

ECRANS | de Jihane Chouaib (Fr-Sui-Bel-Lib, 1h38) avec Golshifteh Farahani, Maximilien Seweryn, François Nour…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Longtemps après avoir dû quitter la maison familiale, une Libanaise exilée en Europe est de retour pour exhumer des souvenirs et élucider un mystère datant de son enfance… malgré l’indifférence — voire l’hostilité du village. Creuser le passé comme on déblaye un sol jonché de détritus ; réinvestir sa maison pour se réapproprier son histoire… La métaphore choisie par la réalisatrice est plutôt transparente dans ce film à certains égards austère : silences, obscurité, intériorité, permanence d’un deuil, tension continue et surtout machisme latent. Dans ce village où règne la tradition du patriarcat, Nada l’héroïne est ignorée, tandis que son frère est considéré comme un Messie — guère surprenant, mais toujours consternant. Jihane Chouaib dépeint l’inconscient d’un pays marqué par la guerre, où le refoulé a encore de beaux jours devant lui grâce à l’omerta. Comédienne caméléon pour toutes les productions moyen-orientales, Golshifteh Farahani constitue davantage qu’une colonne vertébrale à ce film, hanté à chaque plan ou presque par sa beauté douloureuse ; elle en est quasiment la raison d’être.

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Les Malheurs de Sophie

ECRANS | Cinéaste aux inspirations éclectiques (mais à la réussite fluctuante), Christophe Honoré jette son dévolu sur deux classiques de la Comtesse de Ségur pour une surprenante adaptation, à destination des enfants autant que des adultes.

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Les Malheurs de Sophie

La filmographie de Christophe Honoré ressemble à la boîte de chocolats de Forrest Gump (« on ne sait jamais sur quoi on va tomber »), à la différence notable que chacune de ses douceurs est dûment ornée d’une étiquette… omettant de signaler sa teneur en poivre ou piment. Résultat : appâtés par ses distributions appétissantes, becs sucrés et novices ressortent invariablement de ses films la gueule en feu ; quant aux autres, à force d’être échaudés, ils ont appris et la méfiance, et à espérer davantage de saveur dans la “seconde couche” lorsque l’enrobage les déçoit. Sophistication, heurs et malheurs Bien que prolifique auteur de romans jeunesse, Honoré n’avait encore jamais franchi le pas au cinéma, où il flirte avec un public de préférence âgé de plus de 16 ans. S’emparant d’un pilier des bibliothèques respectables, il procède à l’inverse de Jean-Claude Brialy, lequel avait réalisé en 1981 une transposition sagement premier degré, aux remugles de vieille confiture. Plutôt qu’égrener les sottises de la gamine dans une enfilade de saynètes — ce que l’ouvrage dans sa forme théâtrale incite à faire et que l’amorce du film laisse croi

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Syngué Sabour

ECRANS | Atiq Rahimi a-t-il eu raison d’adapter son roman, lauréat du Prix Goncourt, à l’écran ? Pas vraiment, tant le film a du mal à aérer son huis-clos et à échapper aux scories d’un world cinéma académique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 février 2013

Syngué Sabour

Syngué Sabour, le livre, reposait sur un monologue-confession fait par une femme afghane auprès de son mari dans le coma, blessé d’une balle dans la nuque. Comment porter à l’écran ce récit anti-spectaculaire ? Comment passer de la parole pure à sa mise en espace ? Il faut reconnaître à Atiq Rahimi une bonne décision, peut-être la seule de cette auto-adaptation : miser énormément sur son actrice principale, l’épatante Golshifteh Farahani, pour apporter une force d’incarnation très troublante à son personnage. À la fois fragile et déterminée, sensuelle et contrainte à la pudeur, elle lui confère une vie que le scénario, chargé d’intentions et de vouloir-dire, ne cesse de lui dénier. Car le premier écueil de Syngué Sabour, c’est la lourdeur de son discours : il ne s’agit pas seulement pour cette femme de raconter le présent des événements à cet époux sans réaction, mais aussi de révéler derrière le héros de guerre célébré le mari négligent, sourd au désir de sa compagne, égoïste et in fine machiste. Récit d’émancipation très théorique, dont l’horizon est beaucoup trop évident : dire que la femme afghane n’a pas encore gagné le droit d’exister en tant que

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Footnote

ECRANS | Une comédie philosophique — philologique pour être précis — sur fond de rivalité intellectuelle père-fils ; difficile de faire plus singulier que le quatrième film de Joseph Cedar, une originalité qui est à la fois sa qualité et sa limite. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 23 novembre 2011

Footnote

De quoi parle Footnote ? La réponse ne va pas de soi, tant il faut démêler à l’intérieur de son scénario ce qui relève du prétexte spectaculaire et ce qui tient de la substance profonde. Par exemple, dans la relation entre Eliezer et Uriel Shkolnik, doit-on prendre en compte le fait qu’ils sont tous deux philologues spécialisés dans l’étude du Talmud, ou peut-on sauter à pieds joints sur cette notion (qui prend toutefois une place considérable dans le film) et y voir une rivalité beaucoup plus universelle entre un père éternellement frustré par son manque de reconnaissance et un fils qui a mis ses pas dans les siens, réussissant tout ce que lui a raté ? C’est le dilemme que pose le nouveau film de Joseph Cedar, dont l’impressionnant et très sombre Beaufort ne laissait pas soupçonner qu’il s’aventurerait vers un sujet aussi casse-gueule, qui plus est traité sur le ton de la comédie sophistiquée. Philo bazooka La sophistication de la mise en scène est l’autre problème à régler pour essayer (mais y arrive-t-on vraiment ?) de savoir si l’on a en face de soi un grand film tortueux ou une œuvre qui, à trop vouloir embrasser, finit par ma

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Si tu meurs, je te tue

ECRANS | D’Hiner Saleem (Fr, 1h30) avec Jonathan Zaccaï, Golshifteh Farahani…

Dorotée Aznar | Lundi 21 mars 2011

Si tu meurs, je te tue

Philippe, sympathique paumé, se lie d’amitié avec Avdal, Kurde de passage à Paris pour y traquer un criminel de guerre irakien. Manque de bol, son nouvel ami décède de façon pour le moins impromptue, et Philippe se retrouve avec son cadavre et sa famille sur le dos… Le caractère instable du premier acte nous fait redouter un film carte postale, une sorte de Paris je t’aime avec un tout petit peu plus de substance sociopolitique – une impression confirmée par les apparitions clin d’œil plus ou moins pertinentes de Jane Birkin et Maurice Bénichou. Mais avec une finesse appréciable, Saleem a la judicieuse idée de partager son film entre un aspect comique, figuré par la communauté kurde parisienne (autoproclamée «démocrate, progressiste, socialiste et patriote» à tout bout de champ !), et un côté tragique incarné par le père traditionnaliste d’Avdal. Avec comme enjeu central Siba, la fiancée endeuillée de ce dernier, qui trouvera dans ce drame l’occasion de s’émanciper. Certes, à force de courir plusieurs lièvres à la fois, le film s’égare souvent, écarte des pistes narratives jusqu’à les oublier, mais son équilibre maîtrisé dans l’énergie tragi-comique et sa lumineuse conclusion at

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Le Voyage du directeur des ressources humaines

ECRANS | D’Eran Riklis (Israël-Fr-Roumanie, 1h43) avec Mark Ivanir, Guri Alfi…

Christophe Chabert | Mardi 7 décembre 2010

Le Voyage du directeur des ressources humaines

Depuis son beau "La Fiancée syrienne", le cinéma d’Eran Riklis semble avoir complètement glissé dans les abîmes du cinéma Télérama, ces films-dossiers qui contiennent en eux leur propre commentaire pédagogique, flattant à peu de frais l’intelligence du spectateur. Après "Les Citronniers", il raconte ici comment un DRH dépressif et misanthrope va devoir trimballer dans toute l’Europe de l’Est le cercueil d’une employée roumaine dont le décès a été négligé par son entreprise. Si le premier quart d’heure fonctionne sur une mise en scène pince-sans-rire d’un monde du travail absurde et cruel, la suite n’est qu’un road movie lourdingue, folklorique et surtout neurasthénique. Riklis pense que l’humanisme suffit pour faire du cinéma ; il se trompe car les bonnes intentions sont avant tout des intentions. CC

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À propos d’Elly…

ECRANS | Le cinéma iranien n’en finit plus de surprendre : tendue comme un thriller, cette chronique d’une disparition signée Asghar Farhadi frappe par sa liberté de ton et de forme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 1 septembre 2009

À propos d’Elly…

Il y a quelques semaines ressortait le très beau Picnic at hanging rock de Peter Weir. Le souvenir du film revient en mémoire à la vision d’À propos d’Elly…, tant tous deux se structurent autour d’un black out qui est aussi un point de bascule. Chez Weir, des adolescentes disparaissaient dans des montagnes menaçantes lors d’une balade scolaire un jour de Saint-Valentin ; dans le film d’Asghar Farhadi, c’est une jeune femme, Elly, qui va s’évaporer lors d’un week-end en bord de mer avec des étudiants en droit. Plus que les raisons de ce «départ» (accident ? Fugue ? Enlèvement ?), ce sont ses conséquences chez ceux qui restent qui intéressent les deux cinéastes : comment un groupe doit affronter la brutale révélation de ce qui le fonde, lâchetés et réflexes de classe inclus. Ivre de liberté Dans le film, Elly est belle et, pour ceux qui l’ont invitée à cette virée festive, libre. Parfaite donc pour la caser avec Ahmad, qui rentre d’Allemagne où il vient de divorcer. La peinture de cette jeunesse insouciante, loin de Téhéran, s’épanouissant entre blagues machistes, jeux de vacances et repas arrosés, est déjà en

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Les Citronniers

ECRANS | d'Eran Riklis (Israël-Fr-All, 1h46) avec Hiam Abbass, Ali Suliman...

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2008

Les Citronniers

On avait vraiment beaucoup aimé le précédent film d'Eran Riklis, La Fiancée syrienne ; d'où dépit face à ces Citronniers plutôt ratés, qui remplacent le regard doux-amer et tragi-comique par une démonstrative leçon de géopolitique. C'est le problème du cinéma concerné, accroché à son sujet et à son message : il oublie parfois simplement d'être du cinéma. Ici, chaque scène illustre non pas un enjeu dramatique, mais un morceau de la thèse défendue par le cinéaste, avec ce qu'il faut de métaphores et d'intentions soulignées par la caméra. D'autant plus que l'argument est un peu léger (un ministre israélien s'installe en face d'un champ de citrons appartenant à une famille cisjordanienne, vite encerclée par des barbelés pour des raisons de sécurité) et certains raccourcis carrément lourds : une grande réception est donnée chez le ministre mais, comme par hasard, on a oublié d'acheter des citrons pour les cocktails ! De quoi déclencher une micro-intifada d'agrumes ô combien symbolique... Les Citronniers, c'est vraiment un film-dossier comme Télérama les adore : parfait pour nourrir le débat après la projection, inapte à maintenir le cinéphile éveillé pendant.CC

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La fiancée syrienne

ECRANS | d'Eran Riklis (Fr-Israël-All, 1h37) avec Hiam Abbass, Makram J. Khoury, Julie-Anne Roth...

Christophe Chabert | Mercredi 16 mars 2005

La fiancée syrienne

Dans les montagnes du Golan, à la frontière entre Israël et la Syrie, on s'apprête à célébrer des noces entre la dernière fille d'un activiste récemment libéré de prison et d'un acteur de sitcom. Mais la jeune femme vit dans le no man's land frontalier et son futur époux habite en Syrie. Pendant que la famille (désunie) se retrouve pour préparer le mariage, une Française onusienne règle les détails administratifs, un fonctionnaire israélien reçoit un nouveau tampon pour valider les passeports, préparant ainsi le foutoir à venir... C'est l'originalité de ce joli film choral, où l'on suit dans un premier temps les péripéties picaresques de ces apatrides croqués avec un trait particulièrement inspiré (le frère dragueur et frimeur, l'ainée éprise d'indépendance, le fils qui a "trahi" en épousant une Russe) avant de les retrouver tous à la frontière. Cette mécanique scénaristique rend tous les personnages égaux devant l'absurdité de la situation : des gens sans nationalité qui préparent un mariage à l'aveugle (ou presque) et perpétuent des traditions qui se fissurent sous les volontés individuelles. Proche d'un Danis Tanovic dans No man's land (pour la rencontre entre l'histoire, le rir

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