Merci Messie ! : "Jesus"

Drame | Que de changements pour le jeune Yura ! Non seulement il a laissé Tokyo pour s’installer avec ses parents à la campagne auprès de sa grand-mère, mais en plus il commence les cours dans un collège catholique. Et là, stupeur, un Jésus en modèle réduit apparaît à ses prières et les exauce !

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Photo : © Eurozoom


Le concept de l'ami imaginaire, revu et corrigé par Hiroshi Okuyama. Il y a quelques décennies, le cinéaste aurait été traité d'iconoclaste pour cette évocation d'une figure religieuse. Pourtant, son traitement n'a rien de sacrilège ni de blasphématoire : Okuyama se place à la hauteur de son petit personnage en montrant comment un enfant, sans malice aucune, compose avec de nouveaux codes cultu(r)els, pareils pour lui à de nouvelles règles du jeu.

De fait, on enseigne au solitaire Yura que Jésus est capable des miracles équivalents à des tours de magie ; le Messie lui apparaîtra donc comme un lutin folâtre venant remédier à son isolement. Si l'on met de côté ses apparitions cocasses, c'est la représentation globale du Christ que ce film interroge en parallèle : le dogme le dépeint sous une forme occidentalisée qui — les reconstitutions des historiens l'ont prouvé — n'a pas grand chose à voir avec la physionomie d'un habitant de Bethléem ! Aussi, il n'est pas incongru qu'un jeune Japonais voit en Jésus un alter ego de Gandalf, version poche.

Jesus
Un film de Hiroshi Okuyama (Jap, 1h16), avec Yura Satô, Riki Ôkuma, Hinako Saeki…

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Javier Fesser : « dire que l’on est tous égaux, c’est une manière de juger »

Champions | Sergio Olmo, Gloria Ramos et Jesús Lago — trois des comédiens du film Champions — ont accompagné leur réalisateur Javier Fesser pour l’avant-première parisienne et répondu sportivement à nos questions.

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Javier Fesser : « dire que l’on est tous égaux, c’est une manière de juger »

Champions est votre première expérience à l’écran. Mais aviez-vous une pratique de comédien préalable, ainsi qu’une pratique sportive ? Sergio Olmo : J’avais une expérience pas du basket, mais du football en salle. Avec mon équipe, on a été vice-champions d’Espagne de football en salle, entre 2011 et 2012. Et depuis, je pratique toujours. Au niveau du cinéma, c’était ma première fois dans ce milieu. Je n’avais jamais fait de cinéma ni de théâtre auparavant. Gloria Ramos : Toute petite, je voulais être comédienne, mais c’était là ma première expérience de cinéma. Après le film, je me suis mise au théâtre. En sport, j’ai pratique le judo depuis toute petite et j’ai aussi fait du cheval, mais j’ai vite arrêté car j’ai eu peur. Actuellement, je fais de la danse. Jesús Lago : Je suis acteur professionnel au théâtre depuis cinq ans : je joue actuellement une œuvre qui s’appelle Cascaras Vacias (coquilles vides), de Magda Labarga et Laila Ripoll ; c’est une coproduction du Centre dramatique national d’Espagne,

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Une équipe hors du commun : "Champions"

Comédie | de Javier Fesser (Esp, 1h58) avec Javier Gutiérrez, Jesús Lago, Roberto Sanchez…

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Une équipe hors du commun :

Après un mouvement d’humeur et un excès de vitesse alcoolisé, Marco, entraîneur de basket pro est condamné à une TIG : former une équipe de sport adapté composée de joueurs en situation de handicap. D’abord révulsé et réticent, Marco finit par s’adapter lui-même à l’enjeu… Les films populaires traitant du handicap se voient souvent intenter un procès en illégitimité au motif que des auteurs (et surtout des comédiens) n’étant pas directement concernés par le sujet, donneraient une interprétation forcément inexacte ou caricaturale, voire empêcheraient des acteurs en situation de handicap d’être choisis pour incarner les rôles principaux. Si leur sous-représentation à l’écran — comme dans la société — est effectivement sujette à débat voire depuis 2005 en contravention avec la loi, tout ce qui participe d’une meilleure visibilité des handicaps, donc de leur déstigmatisation, d’Intouchables à La Famille Bélier, est toujours bon à prendre.

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"La Région sauvage" de Amat Escalante

Fantastique | de Amat Escalante (Mex, 1h39) avec Ruth Jazmin Ramos, Simone Bucio, Jesús Meza…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Le Mexique, de nos jours. Dans une cabane au fond des bois vit une créature tentaculaire capable de procurer à n’importe quel être vivant un plaisir sexuel intense, voire fatal. Veronica, qui lui rabat des proies à satisfaire, va rencontrer un couple en crise, Alejandra et Angel… À l’instar de ses confrères mexicains (Del Toro, Cuarón), Amat Escalante ne craint pas de recourir au fantastique pour asseoir la tonalité très réaliste de son film. De fait, La Région sauvage porte une lourde charge sociale : il interroge notamment la liberté d’aimer passé le Rio Grande, et les réactions rétrogrades que les écarts à la “norme” peuvent provoquer. Comme toujours, les victimes directes ou collatérales en sont les minorités : femmes, homosexuels, enfants… Région sauvage, part obscure, c’est surtout un refoulé que Escalante met au jour : l’expression d’une pulsion en désaccord avec les dogmes hypocrites et fossilisés de la société. De cette discordance naît la violence et le malheur du monde, dont l’ensorcelante créature n’est pas ici la cause. Un c

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Les Premiers, les Derniers

ECRANS | De et avec Bouli Lanners (Fr/Bel, 1h33) avec Albert Dupontel, Suzanne Clément, Michael Lonsdale, Max von Sydow…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Les Premiers, les Derniers

Si la relecture du western est tendance, pour Bouli Lanners, ce n’est pas non plus une nouveauté : il lorgnait déjà sur les grands espaces et le road movie dans ses œuvres précédentes — voir Les Géants (2011). Situé dans un no man’s land contemporain — un Loiret aussi sinistre que la banlieue de Charleroi un novembre de chômage technique — Les Premiers, les Derniers fait se croiser et se toiser dans un format ultra large des chasseurs de prime usés, de vieux Indiens frayant avec la terre, une squaw en détresse ainsi que l’inévitable horde de bandits aux mines patibulaires. Cousin belge de Kervern et Delépine qui aurait fréquenté le petit séminaire, Lanners diffuse en sus dans cette re-composition décalée un étonnant souffle de spiritualité continu, faisant de ses personnages des messagers et de leur trajectoire une sorte de parabole, interprétation du fameux verset de l’Évangile selon Matthieu : « Heureux les pauvres en esprit… ». Ajoutons que Jésus se balade de-ci de-là, que les comédiens Michael Lonsdale et Max von Sydow chantent des cantiques : le propos mystiqu

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No New York

MUSIQUES | Accompagné d'un "déroutant" trio de musiciens français baptisé les Contorsions, la légende de la no wave new-yorkaise James Chance revient faire le sexe au sax, entre les convulsions noires de l'hédonisme funk et l'épilepsie blafarde du nihilisme punk. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Vendredi 1 mars 2013

No New York

Lorsque, ivre et gonflé de notre enthousiasme, nous avons annoncé il y a quelques semaines la venue de James Chance & the Contortions, nous avons reçu un courrier rectificatif de lecteur-animateur radio qui nous a bien boulé : «Attention : ce qui vient, ce n'est pas James Chance and The Contortions (groupe de New York), c'est James Chance et les Contorsions (groupe de Poitiers). Seul James Chance est le même. Mais pas le backing band !! Et pour avoir vu les deux, je peux dire que ça fait une sacrée différence…… Mais pas dans le bon sens !!!!!!». Dans le genre rabat-joie, merci bien. Vous aurez d'ailleurs noté les six points d'exclamations, ainsi qu'un abus caractérisé du point de suspension propre à arrêter le pendule de Foucault – aux dernière nouvelles une équipe de techniciens serait parvenue à le faire redémarrer (ouf !). Teenage Jesus Bon, c'est vrai un groupe de Poitiers en lieu et place de l'original from NY, voilà qui a de quoi doucher votre enthousiasme. Avec tout le respect, immense, qu'on a pour le Poitou, si le Velvet avait été originaire de, mettons, ben Poitiers tiens, la face du monde en eut été changée. On peut don

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The French Invasion

MUSIQUES | Tous à vos marinières ! Si The Bewitched Hands et Concrete Knives sonnent comme le meilleur de la pop anglo-saxonne, ils n'en sont pas moins les ambassadeurs d'une pop française dont le renouveau est un éternel recommencement. Et une arme fatale pour conquérir le monde. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 21 novembre 2012

The French Invasion

Il fut une époque où la pop des régions (on n'a plus le droit de dire « provinciale », ça fait parigot) avait pour épicentres Toulouse ou Rennes. Nancy fut également un temps à la pointe, on en a encore la preuve la semaine prochaine avec le retour de Kas Product – improbable créature américano-lorraine qui fit danser jusqu'outre-Manche. Puis Clermont-Ferrand plus récemment, dans le sillage de la Coopérative de Mai. Si l'on devait aujourd'hui distinguer les deux places to be en matière de musique de jeunes, nul doute que Reims et la Basse-Normandie (Caen et ses environs) sortiraient haut la main du chapeau.   D'un côté, The Shoes ou Yuksek, Alb, The Film ou Brodinski ont déjà fait des dégâts aussi bien dans la presse que sur les dancefloors ou, comme disait Coluche, « dans les milieux autorisés ».   De l'autre, le bocage normand est actuellement en train d'accoucher d'une ribambelle de formations toutes plus sexys et créatives les unes que les autres (Lanskies, Chocolate Donuts, Da Brasilians, Jesus C

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Nid d'abeilles

MUSIQUES | Le coup du «Un gars, une fille, une guitare, le blues» c'est pas la première fois qu'on nous le fait. Le truc c'est qu'avec She Keeps Bees, le 18 décembre (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 9 décembre 2011

Nid d'abeilles

Le coup du «Un gars, une fille, une guitare, le blues» c'est pas la première fois qu'on nous le fait. Le truc c'est qu'avec She Keeps Bees, le 18 décembre au Kraspek Myzik en compagnie de Jesus is my girlfriend, ça ne va guère plus loin. La formule n'est pas plus alambiquée, elle ne cherche pas à se compliquer la vie. Jessica Larrabee (un nom à jouer dans un western, auquel elle doit d'ailleurs son surnom, Bee) à une voix à se damner dont elle se sert comme d'un casseur de cailloux pour se donner du courage sous le cagnard. Sans effet de manche aucun, à l'ancienne. Pendant qu'Andy LaPlant (vivace mais pas verte) casse ces mêmes cailloux à grands coups de bâtons. Ressort de l'ensemble, un blues-rock qui tranche avec le reste de la production mixte habituelle : un côté laid-back, une rage rentrée qui jamais ne saute à la gorge. Plus blues de perron que blues de cave. Si bien qu'on pourrait croire ces deux-là échappés de quelques plantations du Sud, quand ils sont de Brooklyn la grouillante. Mais il est vrai que de plus en plus, on garde des abeilles en ville pour préserver l'équilibre naturel du monde.Stéphane Duchêne

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Los Bastardos

ECRANS | D’Amat Escalante (Mexique, 1h30) avec Jesús Moisés Rodriguez, Rúben Sosa…

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2009

Los Bastardos

Que nous vivions dans un monde pourri, violent, inégalitaire et ébranlé par les injustices économiques est un fait incontestable. Que l’on fasse des films qui n’ont pour unique but de nous mettre le nez dans cette merde-là est en revanche plus discutable. Escalante, après Sangre, semble décidé à faire un cinéma qui ne s’adresse qu’aux plus de 16 ans. Tant mieux, les mioches ont des œuvres plein les écrans et c’est marre. Mais le problème de Los Bastardos, c’est que ses plans composés avec méticulosité et lenteur pour décrire la misère et l’horreur, nous confine dans une posture voyeuriste avant de nous faire la leçon à coups de mère de famille fumant du crack, de crânes explosés et de clandestins exploités. Pléonasme achevé, Escalante, en disciple mexicain de Haneke et de Gaspar Noé, tire le rideau (rouge) et nous laisse les bras ballants et l’estomac retourné. A-t-on le droit de dire qu’on s’en fout ? Christophe Chabert

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