La firme des animaux : "The Hunt"

Thriller | Un groupe de nantis issus d’une même société kidnappe des citoyens apparemment ordinaires pour en faire les cibles d’un safari géant. Mais l’une des proies leur échappe. Un scénario d’anticipation cauchemardesque, une cinglante critique contemporaine. Orwellien et captivant.

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

Photo : © Universal


Longtemps sur la ligne du rasoir — ce qui, au demeurant, est assez cohérent avec sa tonalité saignante —, The Hunt bascule finalement du côté d'une sortie dans les salles obscures. Précisément dès leur réouverture. On pourrait croire à de l'opportunisme d'Universal eu égard à la situation actuelle des États-Unis, au bord de l'explosion à la suite de l'assassinat de George Floyd et des escalades provocatrices de Donald Trump. Pourtant, ce que le film imagine n'est rien d'autre qu'une extrapolation horrifico-satirique de l'état réel d'une société clivée jusqu'à la moelle, où l'hypocrisie d'un politiquement correct de façade peine à masquer les pulsions ségrégationnistes des dominants. Pulsions sans limites, grandissant autant que la fortune et l'hybris des ploutocrates.

Du plomb dans la cervelle

Reprenant ici sous la bannière Blumhouse le principe des Chasses du Comte Zaroff (1932) — depuis décliné sous bien des formes jusqu'à Hunger GamesCraig Zobel signe une très intéressante variation transcendant les attentes d'un survival par sa forme autant que son fond. Si ses milliardaires-chasseurs s'avèrent plus stupides que des bidets et caricaturaux dans leurs comportements de néo-yuppies du XXIe siècle (les American Psycho de l'ère UberGAFA), la charge politique est plutôt bien armée, se fragmentant pour toucher juste en effleurant moult sujets concernants du lumpenproletariat redneck au sort des réfugiés en passant par les anciens combattants d'Afghanistan, de l'inévitable liberté d'expression à l'inaliénable droit de s'armer comme un char d'assaut, du complotisme rampant à la violence économique. The Hunt livre surtout une vision transversale de la société américaine, en définitive moins binaire que l'on suppose, carrossée dans un thriller de baston efficace et portée — c'est encore trop rare pour qu'on le passe sous silence — par deux antagonistes féminines badass. Plus accoutumée des séries, Betty Gilpin campe ici la proie avec une attitude et des mimiques qui donnent envie de la voir dans le rôle de, disons, Harriet Callaghan si jamais un remake de Dirty Harry était envisagé.

The Hunt
Un film de Craig Zobel (É-U, 1h31) avec Betty Gilpin, Hilary Swank, Wayne Duvall…


The hunt

De Craig Zobel (Eu, 1h31) avec Betty Gilpin, Hilary Swank, Wayne Duvall

De Craig Zobel (Eu, 1h31) avec Betty Gilpin, Hilary Swank, Wayne Duvall

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Sur fond d’obscure théorie du complot sur internet, un groupe de dirigeants se rassemble pour la première fois dans un manoir retiré, afin de se divertir en chassant de simples citoyens américains. Mais leurs sombres desseins vont être mis en péril par Crystal, une de leurs proies, capable de les battre à leur propre jeu. La jeune femme renverse les règles, et abat un par un les chasseurs qui la séparent de la mystérieuse femme qui tire les ficelles de ce passe-temps macabre.


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Veillée fatale : "The Vigil" de Keith Thomas

Horreur | Yakov, qui a rompu avec sa communauté juive orthodoxe, vit dans la précarité. Pour payer son loyer, il accepte contre rétribution d’effectuer la veillée funèbre de M. Litvak un coreligionnaire. Sans savoir que le défunt est possédé par un démon en quête d’un nouveau corps hôte…

Vincent Raymond | Mercredi 29 juillet 2020

Veillée fatale :

Distributeur du film outre-Atlantique, Blumhouse Productions poursuit son intéressant cheminement dans le cinéma de genre, investissant sans crainte des créneaux en déshérence ou ignorés. The Vigil constitue une incursion dans le registre cultuel autant qu’une percée : à de notables exceptions telles que Le Golem ou Pi, la religion juive n’est habituellement pas convoquée pour les films fantastiques ou d’épouvante — on lui préfère le catholicisme et ses possessions/exorcismes, pour le coup cinématographiquement très ritualisés. Pour son premier long-métrage, Keith Thomas réussit deux choses assez ardues. D’abord, créer une terreur a minima, froide, par la suggestion. Ensuite, asseoir son intrigue horrifique sur un substrat historico-philosophique offrant une authentique matière à réflexion. Le passé en tant qu’obsession est ici métaphoriquement représenté par un démon (le “mazik“) qu’il faut éliminer par le feu, sans quoi c’est lui qui détruit celui qu’il possède. Le propos est plutôt iconoclaste

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Compliance

ECRANS | De Craig Zobel (ÉU, 1h30) avec Ann Dowd, Dreama Walker…

Christophe Chabert | Vendredi 21 septembre 2012

Compliance

Concurrent au titre de feel bad movie de l’année, Compliance ne prend pas de gant avec son spectateur : dans le huis clos glauque de l’arrière-salle d’un sous-KFC, la gérante séquestre sa jeune et jolie employée, accusée au téléphone par un homme qui se fait passer pour un officier de police d’avoir volé une cliente. Malgré les demandes de plus en plus étranges du flic (mise à nue, fouille au corps…), la patronne se plie sans vraiment rechigner aux ordres, impliquant peu à peu d’autres employés du fast food, et jusqu’à son propre fiancé. Comment des citoyens sans histoire peuvent se transformer en monstres sous la pression d’une autorité : c’est le principe du fascisme et Craig Zobel l’illustre avec un sens aiguisé du malaise dans la première moitié du film, d’abord en peignant le quotidien terne des personnages, puis en observant en temps réel leur basculement dans l’horreur. Mais, à mi-parcours, il casse son dispositif et révèle l’identité du pervers, contrechamp rassurant appuyé par le jeu caricatural du comédien qui l’incarne. La force et la radicalité du film sont alors diluées, tout comme l’appel aux «événements réels», qui rétré

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Happy New Year

ECRANS | de Garry Marshall (USA, 1h58) avec Hilary Swank, Michelle Pfeiffer, Robert De Niro, Zac Efron, Katherine Heigl…

Jerôme Dittmar | Vendredi 16 décembre 2011

Happy New Year

Echec permanent, le nouvel an avait peu de chance de trouver un salut au cinéma. Pas plus que la Saint-Valentin, déjà prétexte à un film people pour Garry Marshall. Regroupant une brochette de stars dans le creux de la vague ou à l'avenir incertain, Happy New Year tente pourtant l'impossible : le film choral sur la Saint-Sylvestre. Suivant le patron de Love Actually, Marshall assemble dix intrigues bidons pour n'en traiter aucune, veillant seulement au temps de présence du casting et justifier l'événement qui lui sert d'alibi. Jumeau en tout mais moins honteux que Valentine`s Day, Happy New Year tient du pudding de Noël, de la comédie romantique sucrée et eucharistique, entièrement prisonnière de son concept marketing sur la rédemption. Du néant, assez linéaire, s'échappe malgré tout Michelle Pfeiffer. En duo improbable avec Zac Efron, l'actrice erre ébahie, fragile, insaisissable, Catwoman malade fissurant d'un regard la formule insipide pour lui offrir un peu de sublime.Jérôme Dittmar    

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