«Sortir de l'événement»

ARTS | Entretien / Maryvonne Arnaud, photographe et plasticienne présente «Tchétchènes hors-sol », une exposition sur les guerres tchétchènes et les conditions de vie des réfugiés au CHRD. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Jeudi 30 avril 2009

Photo : DR


Petit Bulletin : Pourquoi avez-vous choisi de travailler de nouveau sur la Tchétchénie ?
Maryvonne Arnaud :J'aime travailler sur la complexité du monde dans lequel je vis, dans des situations extrêmes, compliquées. J'ai travaillé à Sarajevo, en Algérie, à Grozny… J'aime l'exigence que cela demande. J'ai également envie de faire parler de la Tchétchénie et, au-delà, du statut de réfugié.Qu'est-ce qui différencie, selon vous, le travail de l'artiste de celui d'un journaliste lorsqu'il s'intéresse aux zones de conflits ?
Je ne voulais pas être dans le spectaculaire ou le violent ; travailler «sur le vif ». Le problème des journalistes ou de la photographie documentaire est sans doute le manque de distance ; les périodes de conflits ne sont pas des moments sereins pour la pensée. En tant qu'artiste, j'ai pu prendre cette distance, apporter «une durée», sortir de l'événement pour témoigner de l'injustice en me centrant sur l'humain. Je m'intéresse à la diversité de l'humain, aux histoires personnelles, aux vies déchirées…Comment votre démarche a-t-elle été accueillie par la population ?
Je leur ai montré mes travaux précédents et je pense qu'ils ont compris ma démarche. Les femmes m'ont particulièrement bien accueillie et m'ont laissée travailler sans poser de questions. Même si ces photographies les forcent un peu à revivre un passé douloureux, c'est également une forme de reconnaissance de ce qu'ils ont dû traverser.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

L'art, écho du monde

ARTS | Parcours / Maryvonne Arnaud présente au CHRD une installation photographique sur le peuple tchétchène et le traumatisme de deux guerres atroces. L'occasion pour nous de parler de ces artistes qui sortent de leur bulle pour arpenter le monde et son actualité... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 29 avril 2009

L'art, écho du monde

À l’heure du succès littéraire de l'autofiction et du repli sur soi de certains artistes contemporains, n'oublions pas que d'autres écrivains, cinéastes ou plasticiens tentent encore de nous parler du «monde», des enjeux politiques contemporains, des guerres, des luttes... Avec cette difficulté : que peut bien apporter leur regard à l'heure du flux informationnel en continu et des reportages télévisés ? Il y a bien sûr des exemples artistiques honteux, comme celui de Slumdog Millionaire de Danny Boyle, prenant pour prétexte la misère en Inde (quel sujet plus consensuel pour faire pleurer dans les chaumières ?) afin de tourner un vidéo-clip de deux heures, techniquement parfait, éthiquement immonde... À ce cynisme mélo et infantile, on pourrait opposer le film choral et puissant de l'Algérien Tariq Teguia, Inland. Une œuvre époustouflante aux choix esthétiques tranchés, capable de transmettre par les sensations et l'intellect quelques chose de l'Algérie, de sa géographie, de son passé intégriste récent et toujours menaçant, de sa crise démocratique. C'est aussi une forme chorale, une symphonie des temporalités, dont use l'écrivain Stéphane Audéguy dans Nous Autres

Continuer à lire