La vie en Agfacolor

ARTS | Il photographiait simplement (mais en couleurs) sa bien–aimée en 1943-45 dans les rues de Lyon. Sans le savoir, Paul-Émile Nerson a constitué un véritable trésor, confié récemment au CHRD. Balade dans une expo petite par la taille mais grande par son exclusivité.

Nadja Pobel | Mardi 16 juin 2015

Photo : Collection Pierre Chevillot © Paul-Émile Nerson


En 2008, la bibliothèque historique de la ville de Paris exposait les photos couleurs d'André Zucca, prises pour le magazine allemand de propagande nazie Signal. Une polémique avait alors enflé - certains commentateurs reprochant à l'institution de montrer la capitale endeuillée sous un ciel bleu et peuplé de passants vacant à leurs occupations comme si de rien n'était.

Nous ne referons pas le débat ici mais il est certain que Lyon en couleurs ne se heurtera pas à cette controverse. Car la quarantaine de tirages exposés (sur une centaine de diapos existantes) est le fait d'un simple amateur qui, par son métier d'artisan dans la fabrication de matériel photographique, a pu disposer d'une denrée plus que rare : des pellicules couleurs Agfacolor, utilisées pour la première fois pour les JO de 1936 à Berlin.

Amoureux, le jeune homme a photographié sa bien-aimée Suzanne Perné (dont le petit-fils a retrouvé ce trésor tout récemment) dans l'espace public, un acte alors strictement interdit par une ordonnance allemande datant de la fin 1942.

À bicyclette

Que montrent ces clichés ? Une ville (notamment le jardin des Chartreux et la Tête d'Or) presque tranquille, où seul pointe le bout de son nez un side-car d'Outre-Rhin caché par un scotch sur la diapo originale – preuve que Paul-Émile Nerson connaissait les risques d'une telle entreprise, d'autant qu'il était juif.

Autres vues : les ponts de Lyon – qui ont tous, à l'exception de l'Homme de la Roche et Saint-Vincent, ont été dynamité en septembre 1944 – dont le parfait état a permis, grâce à une analyse météo et quelques indications visuelles (la présence d'une affiche par exemple), de dater précisément la prise de vue.

Comme celles de Zucca, ces photos sont ensoleillées. Pas par volonté d'embellir ces années noires, mais parce que les pellicules 100 ASA, les seules disponibles, ne supportaient pas le temps gris.

Il en va de même pour les images prises en Bresse durant l'été. Si ces témoignages-là ne sont pas spectaculaires (on y voit des vaches, des ruches, des outils agricoles...), ils traduisent en revanche la grande précarité imposée par cette période de rationnement : les amoureux allaient en fait se ravitailler à la campagne chez les parents de Suzanne, à vélo, à plus d'une centaine de kilomètres de Lyon !

Les vêtements de la jeune femme, tailleurs amples (pour pédaler) cousus dans les vieux pantalons de ces messieurs ou semelles de chaussures en bois, font quant à eux écho à la passionnante exposition sur la mode en temps de guerre qu'avait réalisée le CHRD la saison passée. Autant dire qu'on n'a pas fini d'épuiser les précieuses informations contenues dans ce fonds.

Lyon en couleurs
Au CHRD jusqu'au 15 novembre


Lyon en couleurs

Photographies de Paul-Émile Nerson, 1943-1945
CHRD 14 avenue Berthelot Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Au CHRD, résister aux clichés de l'étrange défaite de 1940

Histoire | Cette exposition — dont l’ouverture était prévue en juin — s’ouvre désormais sur un parcours dense qui explicite une défaite express.

Nadja Pobel | Jeudi 22 octobre 2020

Au CHRD, résister aux clichés de l'étrange défaite de 1940

Une étrange défaite ? Le CHRD et le commissaire Gilles Vergnon rajoutent un point d’interrogation à cette formule de l’historien Marc Bloch, en se demandant si ces six semaines (du 10 mai au 25 juin 1940) ne furent pas, surtout, une « étrange victoire » allemande. Scindée en trois axes (ocre pour les combats au front, bleu pour l’aspect politique et rouge pour les populations civiles), cette exposition foisonnante permet d’appréhender une époque surtout connue par des images — comme celles de la 7e compagnie où le soldat français est perçu comme inefficace et frivole. Bien sûr, elle va plus loin, une fois faites les présentations des militaires (vestimentairement et en nombre). Il est question des conséquences de cette guerre éclair et des presque dix millions de civils obligés de fuir leur domicile comme le documentent ces dessins d’enfants faits à l’école, chargés de couleurs et de douleurs. Jeux interdits, évoqué ici, en est aussi le reflet. Et de façon plus raide et aride sont présentés des carnets de soldats. 104 579 d’entre eux mourront au combat dont 58 00

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Un nouveau site Web pour le CHRD

Histoire | Des ressources à foison, les visites des anciennes expos, un audio guide pour la permanente : à l’occasion de l’inauguration de 1940, une étrange (...)

Nadja Pobel | Mardi 6 octobre 2020

Un nouveau site Web pour le CHRD

Des ressources à foison, les visites des anciennes expos, un audio guide pour la permanente : à l’occasion de l’inauguration de 1940, une étrange défaite, le site du CHRD fait peau neuve. Et ça se voit ! Huit ans après la réouverture du lieu et sa décision de traiter Lyon dans la guerre et non la guerre elle-même, ce musée fondamental offre une série de conférences (sur Marc Bloch, la géopolitique des murs aujourd’hui, les réfugiés dans l’Europe de 1938…), des dossiers thématiques (les femmes dans la Résistance, l’arrestation de Jean Moulin…). Ce nouveau site permet de revenir dans le détail sur des notions peu diffusées et pourtant passionnantes, dont il avait été question en ce lieu : comment se nourrir ou s’habiller en temps de guerre ?

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Les trésors en Agfacolor de Paul-Émile Nerson

Photographie | Jusqu'à ce qu'un petit-fils retrouve une valise de trésors dans un grenier familial, il n'y avait qu'un témoignage photographique en couleur de la France sous la Deuxième Guerre mondiale, celui de la propagande. La soixantaine de clichés de Paul-Émile Nerson éclaire de façon exceptionnelle le quotidien pendant le conflit, de surcroît à Lyon. Ce fut une expo au CHRD. C'est, depuis cet automne, un ouvrage remuant.

Nadja Pobel | Lundi 13 juillet 2020

Les trésors en Agfacolor de Paul-Émile Nerson

En 2015, tout juste déballées, les photos couleurs (initialement, des diapositives) de Lyon pendant la guerre faisaient l'objet d'un accrochage mémorable au CHRD, un choc. Avec plus d'une centaine d'autres, en noir et blanc, elles sont désormais imprimées et permettent de documenter les Années noires. Jusque-là, seuls les clichés d'André Zucca rendaient compte, en couleurs, de cette époque mais il travaillait pour le magazine allemand de propagande nazie Signal — l'exposition qui lui était consacrée à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris en 2008 avait même fait polémique. Et voici que surgissent celles de Paul-Émile Nerson qui n'était « pas un photographe professionnel » mais « un professionnel de la photo » comme le résume l'historien Régis Le Mer dans cet ouvrage. Arrivé de Nancy en 37, sans son épouse, le jeune homme va passionnément aimer sa vie lyonnaise. Dans son atelier au fond de la cour du 4 quai Gailleton, il fabrique des agrandisseurs photos de la marque PEN qu'il commercialise. Rien pourtant ne permet d'expliqu

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Au CHRD, une génération à marche forcée

Histoire | Force vive de la nation et aussi catégorie d'âge la plus touchée par les conflits, la jeunesse est au centre de la nouvelle et passionnante exposition du CHRD. Voici comment la "Génération 40" a tenté d'exister.

Nadja Pobel | Mardi 20 novembre 2018

Au CHRD, une génération à marche forcée

« J’ai les jambes en capilotade parce que je suis allée au palais de la Foire pour recevoir les réfugiés (…) Beaucoup d'enfants sont séparés de leurs parents et ignorent où ils sont. Ils ont fui de la Belgique, du Luxembourg ou du nord de la France avec précipitation et sous le feu des mitrailleuses allemandes qui les harcelaient sans cesse... » Denise Domenach-Lallich a 16 ans en 1940. Son journal est le fil rouge du parcours de cette expo et résonne férocement avec la situation actuelle. Pourtant le CHRD n’en fait pas un étendard, pas plus que de l’original de la lettre de Guy Môquet (!) hideusement utilisée par Nicolas Sarkozy à des fins électorales. Ici, rien ne se marchande et tout se transmet. Comme la voix de cette même jeune femme qui a témoigné au cours d'une des dernières collectes opérées, car le temps fuit comme le précise Marion Vivier, co-commissaire. Cette mise à disposition du récit sans l’exhiber est l'ADN même de ce CHRD rénové en 2012. Et comme un trait d’union entre ce qui se dit de façon permanente à l’étage et ce qui chaque année se décline temporairement, la première photo exposée, juste après les kakemono d’une jeunesse en joi

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Ce qui vous attend dans les musées côté Histoire

Histoire | Les musées patrimoniaux s’attachent cette saison à mettre en avant leurs collections ou passent leur tour pour se refaire une santé économique. Ce qui sera proposé promet d’être savamment pensé.

Nadja Pobel | Mercredi 19 septembre 2018

Ce qui vous attend dans les musées côté Histoire

Le CHRD n’en finit plus de rendre palpable la Seconde Guerre mondiale. Comment on s’habille, Comment on se nourrit, les Dessins faits à Terezin aussi et, dès la mi-novembre, focus sur la Génération 40, ces jeunes de 13 à 21 ans qui ont traversé le conflit, les fameux J3 des coupons de ravitaillement. Avec pour fil rouge le journal intime de Denise Domenach-Lallich, 15 ans en 39, il sera question, jusqu’au 26 mai, de l’exode, des chantiers de la jeunesse, du STO… dans ce lieu qui est – on ne le répétera jamais assez – indispensable surtout en période des replis nationalistes européens. La première guerre sera exposée elle à la Bibliothèque Municipale de la Part-Dieu, avec Gagner la paix du 2 octobre au 5 janvier. À Gada

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Faire avec les jours sans

Exposition | Au CHRD, retour sur l'exposition Les Jours sans. L’alimentation en temps de guerre, prolongée jusqu'en février : assurément l'occasion d'une visite en famille.

Antoine Allègre | Mardi 19 décembre 2017

Faire avec les jours sans

Alors que grand-père raconte le souvenir douloureux des tickets de rationnement post Seconde Guerre mondiale et les innombrables privations pendant le conflit, les enfants en profitent pour soupirer « j'aime paaas » en regardant d'un œil dégoûté leurs assiettes... En ces périodes de fête, il est de bon ton de rappeler aux marmots que l'opulence n'a pas toujours été de mise par ici. Prolongée jusqu'au 25 février, la formidable exposition du Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation arrive à point nommé. Narrant avec une grande intelligence ce quotidien où la nourriture se faisait rare, le CHRD a mis au point un super programme familial. On pense notamment à la visite ludique de l'expo où les enfants (à partir de 7 ans) découvrent au travers de jeux et autres manipulations le quotidien des familles françaises durant cette période (les 5 janvier et 16 février). Mais aussi à l'atelier-visite où, armé d'un ticket de rationnement, l'enfant doit faire le tour des commerçants pour no

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Les jours sans : pallier le manque

CHRD | Le CHRD ne pouvait pas trouver titre plus juste pour son exposition sur l’alimentation, pendant brillant à celle consacrée en 2013 à la mode en temps de guerre : Les Jours sans. Vivre, survivre, sans rien ou presque... tel a été le long combat des Français dans une société qui a tout rationné et s'est inventé des ersatz.

Nadja Pobel | Mardi 2 mai 2017

Les jours sans : pallier le manque

Plus qu'à ses traités et ses armes de combat, une guerre se mesure parfois à l'aune de petits bouts de papiers découpés, de quelques légumes revenus du Moyen-Âge et du besoin criant d'une bicyclette. Tout cela figure dans Les Jours sans, illustrant une vie contingentée de 1940 à 1949. Dans ce lieu-même où Klaus Barbie pratiqua la torture, les panneaux de cette nouvelle exposition sont revêtus de rose et de vert pastel, couleurs des tickets de rationnement visibles d'emblée dans toute leur spectaculaire complexité. Faire la queue, comme il est montré à l'étage supérieur en introduction, a été le lot quatre heures par jour des ménagères. Derrière cette nécessité, c'est tout un pan de la hiérarchie de la société qui se déploie : la création d'un secrétariat d'État au ravitaillement le 13 août 1940 pour contrôler le circuit du producteur au consommateur, la mise en place de ces tickets le 23 septembre et la catégorisation - E (enfant), J (jeune), A (adulte), T (travailleurs de force), C (travailleur agricole), V (personne âgée). Les difficultés d’acheminement et d'évaluation de production poussent à une rationalisation extrême et cruelle : les crémiers d

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Le sport et le nazisme : des crampons pleins de boue

CHRD | Tous derniers jours – jusqu'au dimanche 29 janvier - pour aller voir (et lire !) au CHRD l'exposition, réalisée par le Mémorial de la Shoah, consacrée (...)

Nadja Pobel | Mardi 17 janvier 2017

Le sport et le nazisme : des crampons pleins de boue

Tous derniers jours – jusqu'au dimanche 29 janvier - pour aller voir (et lire !) au CHRD l'exposition, réalisée par le Mémorial de la Shoah, consacrée au Sport européen à l'épreuve du nazisme. Hitler, pour installer son parti en Allemagne, a pris exemple sur Mussolini (que l'on voit ici à ski dans les années 30) : modeler des hommes forts et non plus malingres, bâtir des stades partout (ça crée de l'emploi) et même, du côté des Transalpins, inventer une course cycliste (le Giro) pour relier toutes les provinces et tisser une unité nationale indispensable, renforcée par les clubs et leurs adhérents ainsi prompts à recevoir des discours propagandistes à peine masqués. C'est ainsi qu'Hitler exclura insidieusement les Juifs des compétitions, avant de vouloir les supprimer à grande échelle. Passionnant, ce parcours est malgré tout âpre, plus propice à être consulté dans un livre qu'invitant à la déambulation. Au sous-sol, cette décennie (des JO de Berlin 36 à ceux de Londres en 48) est étayée par l'évocation, objets à l'appui, de grands sportifs de l'époque comme le footballeur André Roder. Et cette expo de démontrer, si besoin e

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Une année au musée : permanence culture

Musées patrimoniaux | Poison, alimentation, imprimerie, typographie, études de quartier : les musées dits "patrimoniaux" et les bibliothèques se mettent en quatre pour agrandir le champs de vos connaissances. La preuve par six.

Nadja Pobel | Mardi 13 septembre 2016

Une année au musée : permanence culture

Alors que leur expo dense, très dense et fort instructive sur Le sport à l’épreuve du nazisme continue jusqu’à fin janvier, le CHRD annonce se consacrer ensuite à L’Alimentation en temps de guerre (dès avril). Après avoir passé au crible le quotidien des Français durant la guerre via l’habillement, ce sera cette fois au travers de la nourriture. Cette façon empruntée à l'historien Georges Duby de regarder l’histoire par le quotidien est passionnante. Dans un travail presque sociologique, le Rize de Villeurbanne se penche sur le quartier ouvrier de la cité Gillet, avec recueil de témoignages des habitants à foison pour une expo très vivace (du 6 octobre au 23 décembre). La bibliothèque municipale de la Part-Dieu décline le thème de la révolution de la mise en page sous Gutenberg, dans Impressions premières (du 30 septembre au 21 janvier) puis, à l’approche des élections, diffusera une série d’installations dans son réseau, liées à la démocratie et à la pensée. Quant au musée de l’Imprimerie, il suit son f

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Coup d’œil sur la rentrée des musées historiques

ARTS | Du foot aux migrants, tout ce qui fait tourner nos JT – avec un manque de hiérarchisation affolante – sera disséqué dans les musées d'histoire lyonnais cette saison, au rang desquels celui des Confluences qui, pour sa première rentrée, a blindé son cartable.

Nadja Pobel | Mardi 15 septembre 2015

Coup d’œil sur la rentrée des musées historiques

Pour rendre un peu de dignité à ce monde affolé, rien de mieux que de filer au CHRD dont l’expo permanente – d’une qualité irréprochable, on ne le redira jamais assez – voisinera de février à mars avec Rêver d’un autre monde. Représentation du migrant dans l’art contemporain. Il ne s’agit pas là pour le musée de surfer sur cette actu brûlante – l'exposition a été pensée bien avant la vague d’émotion de ce début de mois – mais d'une sorte de continuité aux mémorables Voyages pendulaires (sur une famille de Roms roumains de Lyon) et Tchétchènes hors sol qui traitaient déjà de l’exil. Point de photoreportage cette fois, mais une matière purement artistique qui devrait permettre d'aborder par l'intime et en profondeur ce sujet douloureux. Sur cette idée de survie en terre hostile, le musée Gadagne propose lui une expo longtemps promise et très imagée : Guignol 14-18 (de novembre à février). Ou comment la marionnette populaire s’est faite tour à tour critique et patriotique, à l’avant comme l’arrière du front. Et puisque, en tant que musée historique de l

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Arrêt sur images

ARTS | Un retour sur la Grande guerre, des photos de Lyon en couleurs, d'autres en noir et blanc, des roses, et la ré-ouverture d'une exposition permanente complètement modernisée au musée de l’Imprimerie : coup d’œil sur les temps forts qui vont rythmer l’année à Gadagne, au CHRD & co.. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 16 septembre 2014

Arrêt sur images

La guerre en couleurs. Pas de vieux clichés colorisés, mais une exceptionnelle collection de soixante images prises par un Lyonnais sans histoire, Paul Nerson, qui durant la Seconde Guerre mondiale a photographié son épouse, aussi bien chez eux que dans les rues de la ville. Voilà le trésor, et l'éclairage inédit qu'il offre du quotidien pendant le conflit, que le CHRD proposera entre juin et septembre. Auparavant, après au terme de la très émouvante et très documentée expo sur le Débarquement (le 4 janvier), ce sont soixante-neuf dessins et un carnet de croquis qui seront présentés de mars à juin : ceux du déporté Arthur Goldschmidt, qui a réalisé des portraits de ses co-détenus lors de son internement au camp de Theresienstadt. Le CHRD avait fait peau neuve fin 2012. Le 12 novembre, c’est le vieillissant musée de l’Imprimerie qui s’offre, pour ses cinquante ans, une totale refonte de son parcours permanent - en garnde partie déjà visible - et adjoint à son nom la particule "et de la communication graphique". Une large part des collections sera dédiée

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A la mode comme à la guerre

ARTS | En rendant aux femmes leur place majeure dans le conflit de 39-45, le CHRD propose avec "Pour vous, mesdames !" une exposition aussi passionnante qu’originale, où l'habillement raconte la douleur de la guerre et les petites combines pour continuer à vivre sous l’Occupation. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 17 décembre 2013

A la mode comme à la guerre

Depuis longtemps, le CHRD s’échine à montrer que la Deuxième Guerre mondiale ne s’aborde pas seulement par son histoire militaire et les terribles rafles, déportations et exterminations causées par le régime nazi (par ailleurs extrêmement bien relatées dans l’exposition permanente). Une démarche notamment liée à la disparition progressive des témoins de cette époque, qui rend de plus en plus nécessaire le recours à d'autres vecteurs concrets pour la transmettre. En introduction de l'exposition temporaire Pour vous, mesdames!, Isabelle Doré-Rivé, la directrice du musée, explique ainsi que la mode était autant un moyen d’exister qu'un acte de résistance : «Les restrictions concernant le vêtement, écrit-elle dans le catalogue, richement illustré, sont plus m

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Entrait ici (et là) Jean Moulin

CONNAITRE | Encore Jean Moulin ? Oui, toujours Jean Moulin ! Puisque l’histoire de ceux qui défièrent l'occupant nazi ne sera jamais trop racontée, le Centre d’Histoire (...)

Nadja Pobel | Vendredi 3 mai 2013

Entrait ici (et là) Jean Moulin

Encore Jean Moulin ? Oui, toujours Jean Moulin ! Puisque l’histoire de ceux qui défièrent l'occupant nazi ne sera jamais trop racontée, le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation, rouvert en novembre dernier avec une scénographie totalement renouvelée, a eu la bonne idée de commémorer le 70e anniversaire de l’arrestation (le 21 juin 1943) de ce résistant emblématique. Les enfants d’aujourd’hui n'étant pas ceux d’hier, le CHRD propose des visites de son exposition permanente pour les petits dès 7 ans et un forum citoyen sur ceux qui ont dit non (le 19 juin) pour les gones de 9 à 13 ans. En parallèle, le musée s’est allié aux mémoriaux de la maison du Docteur Dugoujon de Caluire, où Jean Moulin fut arrêté, et à la prison de Montluc, où il passa quelques nuits avant d’être emmené à Paris pour être déporté. Ces deux lieux méconnus, bien qu'ouverts au public depuis 2010 et 2011, organisent des visites guidées remettant en perspective l’Histoire à l'endroit même où elle s’est écrite. Deux conférences émailleront également ces commémorations, dont une donnée

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La guerre expliquée aux enfants

CONNAITRE | Ce n’est a priori pas le genre d’endroit qui paraît susceptible d’accueillir des enfants et pourtant le CHRD, tout juste ré-ouvert après une modification en (...)

Nadja Pobel | Mercredi 19 décembre 2012

La guerre expliquée aux enfants

Ce n’est a priori pas le genre d’endroit qui paraît susceptible d’accueillir des enfants et pourtant le CHRD, tout juste ré-ouvert après une modification en profondeur de son exposition permanente (voir notre n° 690), est aussi un lieu pour les gones. Dès huit ans (et jusqu’à 14), ils peuvent venir (avec un adulte obligatoirement, ce n’est pas un atelier !) découvrir ce qu’était leur ville dans les années sombres de la Deuxième Guerre mondiale, Lyon dans la guerre étant l’axe de cette nouvelle installation. L’équipe du musée prend soin de se mettre à hauteur des enfants en parlant du quotidien des Lyonnais «car plus les enfants sont jeunes, plus il faut s’appuyer sur le concret» confie une médiatrice. Les nombreux objets présentés - qui sont la grande force de cette exposition -, attirent ainsi particulièrement les regards des plus jeunes, à l'image des masques à gaz que portaient les écoliers de l'époque. Ces visites, plus interactives encore que celle réservées aux adultes, se dérouleront jeudi 27 décembre à 14h30 et jeudi  3 janvier à 10h30. Nadja Po

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Entrez dans l'Histoire

ARTS | «Lyon, le 21 décembre 1943. Ma chère petite fille, une même lettre de douleurs parviendra à ma chère Maman et mon cher Papa, ainsi qu’à ma Petite Sœur, soyez (...)

Nadja Pobel | Jeudi 22 novembre 2012

Entrez dans l'Histoire

«Lyon, le 21 décembre 1943. Ma chère petite fille, une même lettre de douleurs parviendra à ma chère Maman et mon cher Papa, ainsi qu’à ma Petite Sœur, soyez courageux car ce soir j’aurai payé de ma vie le peu de sacrifices que j’ai donné pour la France. Embrasse bien ta mère et Roger pour moi. Préviens toute ta famille, ma dernière pensée sera pour toi et mes parents. Quelques larmes tombent sur ma lettre, elles sont le dernier cadeau que je puisse t’offrir pour nos 39 mois de mariage. Pauvre chérie tu es bien jeune et ta peine sera cruelle. Je te demande d’avoir une pensée pour moi dans tes prières. Dieu ne m’a pas abandonné jusqu’ici et dans quelques instants je pourrai entendre la messe et communier. Je t’aime et je t’embrasse de tout mon cœur et sois heureuse et refais ta vie. Pense bien à notre petite Georgette et à toute la famille de Savoie. Embrasse-les. Je t’aime. VIVE LA FRANCE». Résistant arrêté, Henri Mazuir a, comme de nombreux prisonniers, eu la possibilité grâce à un aumônier d’écrire une dernière lettre (ici au crayon à papier) à sa famille quelques heures avant d’être exécuté. De sa cellule de Montluc, il s’apprêtait à payer le prix fort pour a

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Résister aujourd’hui

ARTS | Si la mission première du CHRD est de rendre vivace la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, le lieu s’est attaché depuis vingt ans à nous ouvrir les yeux (...)

Nadja Pobel | Jeudi 22 novembre 2012

Résister aujourd’hui

Si la mission première du CHRD est de rendre vivace la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, le lieu s’est attaché depuis vingt ans à nous ouvrir les yeux sur les résistances et les conflits plus récents dans des expositions temporaires très fortes. La preuve en trois souvenirs, avant qu’en octobre prochain ne soit présentée une exposition sur la mode pendant l’Occupation, ou comment s’habiller en temps de guerre. Chili, une mémoire en route (2002) Quand le CHRD se penche sur le Chili de Pinochet, il défriche un pays qui s’est jusqu’alors obstiné à tout oublier. Pinochet est encore vivant et c’est le travail photographique de Patrick Zachmann qui permet de révéler ce pays mortifère qui cache ses blessures. Un cimetière de croix en bois surgit comme un mirage, des graffitis de militaires, des déserts, des traces effacées et des lieux de désolation ont fait place aux lieux de tortures ou d’exécution, une ancienne prison est devenue un hôtel... Autant de signes expliquant comment, loin de l’Europe, l’Amérique du sud tente de faire son deuil. Prisonniers de guerre (2008) Des matricules, des jouets fabriqués par un soldat pour son enfant, des port

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Le 7e pour un champion

ARTS | Top, je réunis un port, 2 kilomètres de berges, des pôles universitaires, je suis terre d’accueil des population italienne, grecque, arménienne, espagnole depuis le XIXe siècle et plus récemment des Maghrébins, Asiatiques du sud-est, Turcs ou Africains sud-sahéliens… je suis, je suis… le 7e arrondissement de Lyon auquel les Archives de Lyon consacrent une instructive exposition. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 29 mars 2012

Le 7e pour un champion

Deuxième arrondissement en termes de population, premier en superficie, le 7e fête ses cent ans avec jovialité et des manifestations tout au long de l’année. Aux Archives municipales, sur des panneaux didactiques se développent les atouts et l’histoire de cette résultante de la partition du 3e arrondissement, actée le 8 mars 1912 (le 7e ne prendra son visage actuel qu’en 1959 avec le détachement du 8e). Mais loin de n’être que des affiches explicatives rébarbatives, ces installations sont très richement illustrées, notamment par des extraits de reproductions d’une fresque (prochainement installée sous les arches de la gare Jean Macé) réalisée par des diplômés de l’école Émile Cohl. Par ailleurs, l’exposition foisonne d’images, de plans et de cartes postales glanées dans les archives de la ville ou données par des habitants. Se dévoile alors un siècle d’une extraordinaire mutation urbaine. Les cent à la suite Dès 1914, le 7e accueille un événement majeur : l’exposition internationale pour laquelle Tony Garnier construit les Halles (qui serviront ensuite de marché aux bestiaux et d’abattoirs) et le stade de G

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Les chemins de la liberté

CONNAITRE | Rencontre / Le CHRD propose une rencontre autour d'un ouvrage de référence sur l'histoire de la Résistance. L'occasion de découvrir un dictionnaire érudit mais accessible. Yann Nicol

Christophe Chabert | Mercredi 17 janvier 2007

Les chemins de la liberté

La collection Bouquins des éditions Robert Laffont, désormais dirigée par Daniel Rondeau, a la particularité de proposer des ouvrages d'une très grande qualité à des prix particulièrement abordables. Vous pouvez ainsi, pour une trentaine d'euros, vous y procurer les œuvres complètes de Vassili Grossman ou Dino Buzzati (certes en deux volumes), mais aussi certains titres de référence dans les domaines scientifiques et historiques. C'est le cas de ce Dictionnaire historique de la Résistance qui présente une somme de recherches colossale sur une période de l'histoire de France qui a engendré de nombreux mythes et presque autant d'inexactitudes et de simplifications. C'est précisément à sa richesse, sa variété, et aux plus méconnues de ses manifestations que cet ouvrage s'intéresse, et cela dans une formule à la fois exhaustive pour les passionnés et abordable pour les néophytes. La chronologie détaillée des événements en regard des contextes nationaux et internationaux ainsi que de nombreuses cartes et documents qui ouvrent le volume participent à une mise en situation simple et complète et constituent une introduction parfaite au «dictionnaire» proprement dit. Des héros très discret

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