Los Modernos : Que Viva Mexico !

L'expo de l'hiver | Au début du XXe siècle, de nombreux artistes français et mexicains ont dialogué, au sens propre comme au sens figuré : par le biais de voyages ou par écho des pratiques artistiques. Une fascination mutuelle qui a métissé la production picturale et photographique de l’époque.

Lisa Dumoulin | Mardi 19 décembre 2017

« Juste de l'autre côté de la rue, le Mexique commençait. On regarda émerveillés. À notre étonnement, ça ressemblait au Mexique. »

écrit Jack Kerouac dans son roman Sur la route en 1957. Il résume toute l'ambivalence du Mexique, et peut-être du voyage en général. L'exposition rassemble deux collections, celle du Musée des Beaux-Arts de Lyon et celle du Museo Nacional de Arte de Mexico et illustre les dialogues mais aussi les ruptures entre les scènes française et mexicaine de l'art moderne de 1900 à 1960. Car les artistes présentés dans l'exposition ont pour beaucoup entretenus des relations avec leurs contemporains outre-Atlantique. Le Mexique, alors en pleine Révolution, fascine les artistes français - et américains - tandis que les mexicains s'intéressent aux avant-gardes artistiques d'après guerre en Europe et plus particulièrement en France : fauvisme, cubisme, surréalisme, néo-impressionnisme, recherches sur l'abstraction… Trois principaux points de rencontre sont mis en lumière par l'exposition : le cubisme, le surréalisme et la photographie.

Diego Rivera, du cubisme au muralisme

« C'était un mouvement révolutionnaire qui remettait en question tout ce qui, dans l'art, avait été dit ou fait. Il ne sacralisait rien. Alors même que l'ancien monde volait en éclats, le cubisme dynamitait les formes telles qu'elles étaient perçues depuis des siècles et créait, à partir de fragments, de nouvelles formes, de nouveaux objets, de nouveaux modèles et - en fin de compte - de nouveaux mondes » écrit Diego Rivera dans My Art, my life : an autobiography (1960).

L'artiste mexicain, compagnon de Frida Kahlo, s'installe à Montparnasse à Paris en 1911. D'abord séduit par le néo-impressionnisme, il rejoint le cubisme initié par Georges Braque et Pablo Picasso dès 1907. Leurs expériences sur Ia forme et l'espace s'inspirent de la géométrisation de Paul Cézanne et font disparaître le sujet, tandis que le cubisme d'Albert Gleizes reste attaché à la figuration. En satellite, le futurisme italien, qui cherche à exprimer le mouvement et le dynamisme du monde, évolue vers l'abstraction avec les travaux de Fernand Léger, Sonia et Robert Delaunay sur la forme et la couleur. Diego Rivera, rejoint par Angel Zàrraga, artiste mexicain également installé à Paris, propose une synthèse de ces courants entre géométrie et décomposition des formes et chromatisme expressif.

En 1921, Rivera retourne au Mexique pour participer au muralisme, dont il est l'un des principaux représentants. Premier grand mouvement artistique né au XXe siècle sur le continent américain, le muralisme met l'art à la portée de tous et prend son essor comme support de diffusion de l'idéologie révolutionnaire. Rivera réalise son chef d'œuvre à l'école d'architecture de Chapingo, sur la situation des paysans mexicains. À l'heure de la démocratisation de l'art, les avant-gardes européennes s'intéressent à ce format monumental qui fait sortir l'art des musées pour le placer dans la rue.

De Frida Kahlo à André Breton

Le surréalisme, fondé sur l'inconscient, l'imaginaire et la libération du contrôle de la raison, trouve au Mexique un terreau fertile. L'Amérique latine est aussi le berceau du réalisme magique en littérature, associant onirisme, naturalisme et merveilleux. Vestiges des civilisations précolombiennes, culture de la mort, omniprésence du religieux, mais aussi chaleur, végétation et couleurs, le Mexique exerce une force magnétique, tellurique sur quelques figures surréalistes - qui cherchent également à fuir les troubles qui gagnent l'Europe dans les années 1930. Antonin Artaud se passionne pour les mythes et légendes mexicaines tandis qu'André Breton vient chercher « le sens inné de la poésie et de l'art ». L'exposition met en avant de nombreuses femmes artistes : pendant la guerre, le surréalisme au Mexique est porté par des poétesses. Sont ainsi réunies la mexicaine Maria Izquierdo, la française Alice Rahon et ses hypnotisants Ballets d'Orion, l'anglaise Leonora Carrington, l'espagnole Remedios Varo… André Breton s'enthousiasme également pour la peinture de Frida Kahlo et la photographie de Manuel Alvarez Bravo. Car les photographes mexicains et le surréalisme vont main dans la main... C'est ainsi que la photographie fait son apparition pour la première fois sur les murs du Musée des Beaux-Arts.

Los Modernos. Dialogues France/Mexique
Au Musée des Beaux-Arts jusqu'au 5 mars


Los Modernos

Dialogues France Mexique
Musée des Beaux-Arts 20 place des Terreaux Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

5 expos à voir en décembre

Sélection | ​Le Mexique, la photographie et le design graphique sont au programme ce mois de décembre. Voici notre sélection haute en couleurs et en formes pour vous réchauffer les mirettes.

Lisa Dumoulin | Mardi 5 décembre 2017

5 expos à voir en décembre

Los Modernos, dialogues France Mexique au musée des Beaux-Arts De Frida Kahlo à Henri Cartier-Bresson, de Picasso à Diego Rivera, voilà l’expo de l’hiver qui réunira tout le monde : peinture, sculpture, mais aussi - grande première - photographie, l’exposition Los Modernos fait dialoguer les grands noms de l’art moderne français et mexicain qui se sont mutuellement influencés, notamment les scènes cubistes et surréalistes. À ne pas manquer. Mexique, aller-retour à la galerie Le Réverbère En écho à l’exposition Los Modernos au musée des Beaux-Arts, dont le commissaire associé pour la collection de photographies est Jacques Damez, co-directeur de la galerie, Le Réverbère propose un accrochage plus contemporain, autour des clichés de Pablo Ortíz Monasterio, Bernard Plossu et Denis Roche. Le Mexique et ses mythes en ligne de mire, chacun à leur manière. Une invitation au voyage.

Continuer à lire

Pierre De Maria : vie et œuvre des machines

Peinture | La galerie Descours consacre une exposition monographique au peintre méconnu Pierre De Maria, et à son univers atypique peuplé de "monstres" mi-organiques mi-mécaniques.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 11 avril 2017

Pierre De Maria : vie et œuvre des machines

Fils unique issu d'une famille très fortunée, Pierre De Maria (1896-1984) coule une enfance tranquille à Paris. Les De Maria possèdent l'une des rares industries produisant des appareils d'optique pour la photographie et la cinématographie. À dix-huit ans, la fleur au fusil, il s'engage dans l'armée et est envoyé au front comme artilleur. Il traversera la Première guerre mondiale sans blessure, mais non sans trauma psychique : « Je me suis engagé en 1914 par goût du spectacle rare. Celui-ci fut long et atroce mais j’ai appris l’amour des paysages calcinés, des monstres de fer et d’acier crachant du feu » déclare-t-il dans un entretien en 1980. Le monde industriel, la guerre et ses machines à tuer marqueront durablement Pierre De Maria et trouveront bientôt une place essentielle dans son œuvre picturale. À l'ombre des surréalistes Au retour du front, Pierre De Maria travaille comme peintre décorateur, retrouve sa vie de dandy, se lie d'amitié avec Henri-Pierre Roché, l'auteur du roman Jules et Jim. Il fré

Continuer à lire

Occupe-toi du 31

SCENES | Neuf spectacles de théâtre l’an dernier, autant cette année, pas de danse, pas de cirque, même nouveau : dans cette agglomération pourtant d’une incroyable (...)

Nadja Pobel | Mercredi 11 décembre 2013

Occupe-toi du 31

Neuf spectacles de théâtre l’an dernier, autant cette année, pas de danse, pas de cirque, même nouveau : dans cette agglomération pourtant d’une incroyable densité en la matière tout au long de l’année, l'art vivant n'est pas à la fête en cette fin d’année, le café-théâtre occupant toute la place (voir ci-dessus). Seules les petites salles tentent le pari du 31, à commencer par l’Iris à Villeurbanne, fidèle de cette date festive. Cette année encore, la troupe du théâtre présente une de ses créations récentes, Les Paysans de la farce, dernier volet d'une trilogie sur la paysannerie après Les Tribunaux rustiques de Maupassant et Le Testament du Père Leuleu de Roger-Martin-du-Gard. Plus drôle (quoique les farces moyenâgeuses ne sont pas nécessairement ennuyeuses, loin de là), Feydeau sera à l’honneur deux fois. L’auteur emblématique du vaudeville exigeant sera joué salle Rameau avec On purge bébé - comédie cintrée dans laquelle un gamin prend le pouvoir sur le couple totalement déséquilibré de ses parents - et avec un texte bien moins connu,  Œil pour œil, monté par Claude Monteil dans s

Continuer à lire

¡ E viva Frida !

SCENES | Il faut accepter de ne pas tout dire et de ne pas tout savoir. En une heure seulement, la compagnie Art Toupan a l’honnêteté d’annoncer qu’avec son (...)

Nadja Pobel | Lundi 2 avril 2012

¡ E viva Frida !

Il faut accepter de ne pas tout dire et de ne pas tout savoir. En une heure seulement, la compagnie Art Toupan a l’honnêteté d’annoncer qu’avec son spectacle, elle ne trace qu’une esquisse de Frida Kahlo. Mais une esquisse enivrante des parfums de Coyoacan, ce quartier pauvre où la peintre est née et où elle a grandi dans une maison aux murs bleu Klein. Avec son acolyte guitariste et chanteur, Nadia Larbiouene nous promène par sa voix, et avec la constante délicatesse de s’effacer derrière l’artiste blessée qu’elle incarne, dans ce Mexique secoué par la révolution zapatiste à laquelle Kahlo est d’autant plus sensible que son homme, Diego Rivera, est membre du parti communiste. Car comme toujours, il est impossible de parler d’elle sans lui faire une large place (Le Clézio n’avait pas pu les séparer dans Diego et Frida). Il fait deux fois sa taille, trois fois son poids, il ressemble à un crapaud, dit-elle, mais elle l’aime plus qu’elle-même. En commentant quelques diapos projetées en fond de scène, Nadia Larbiouene se fait parfois professeur es Frida Kahlo mais elle est toujours rattrapée par l’émotion reprenant d’un coup le récit à la première personne

Continuer à lire

Les enfants du surréalisme

ARTS | Exposition / L’exposition «Les enfants terribles» rassemble une douzaine d’artistes appartenant au Lowbrow et à son avatar le Pop Surréalisme. Lui-même avatar du surréalisme tout court et de son penchant à l’imagerie un peu vaine. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 27 octobre 2011

Les enfants du surréalisme

Abstraction faite de son contenu, l’exposition Les enfants terribles a au moins deux intérêts. Le premier est d’ordre architectural, l’exposition étant présentée au cœur du nouveau bâtiment du Conseil Régional signé Christian de Portzamparc. Si, vu de l’extérieur, son aspect balourd et austère donne des frissons d’angoisse, l’intérieur, lui, impressionne tout simplement par l’ampleur et la respiration de ses volumes… Son second intérêt est de nous rafraîchir la mémoire à propos d’un courant underground né en Californie à la fin des années 1970, le Lowbrow (littéralement : front bas). Mouvement qui s’est inscrit en opposition à l’art dominant, à «l’establishment culturel», et qui a développé une multitude d’activités passionnantes autour de la bande dessinée, du graffiti, du geste spontané et artisanal… Le Lowbrow (auquel sont affiliés Robert Williams, Joe Coleman, Robert Crumb…) est un peu aux arts plastiques ce que le punk fut à la musique, et des passerelles directes existent entre les deux. Imagerie virtuose Mais si l’exposition évoque le Lowbrow, elle montre surtout des œuvres et des artistes tenant du Pop Surréalisme, courant issu du Lowb

Continuer à lire

Diego Rivera Luis Martin, Juan Coronel Rivera Taschen

CONNAITRE | Quand Taschen propose un format XL, il n'y a pas tromperie sur la marchandise. Si vous ne vous êtes pas cassés les bras en saisissant cet énorme ouvrage, (...)

Nadja Pobel | Jeudi 4 décembre 2008

Diego Rivera
Luis Martin, Juan Coronel Rivera
Taschen

Quand Taschen propose un format XL, il n'y a pas tromperie sur la marchandise. Si vous ne vous êtes pas cassés les bras en saisissant cet énorme ouvrage, vous verrez tout Diego Rivera défiler sous vos yeux. L'intégralité des fresques murales du plus grand peintre mexicain y sont reproduites et notamment son œuvre réalisée pour le Rockfeller Centre de New-York qui n'aura duré que quelques jours. En incluant le portrait de Lénine, il s'était attiré les foudres des dirigeants américains qu'il vénérait, lui qui avait succombé avec un brin de naïveté à l'appel du pied du «monde libre». Véritable icône aujourd'hui encore dans son pays, Diego Rivera a laissé sa trace jusqu'au palais de l'actuel siège du gouvernement sur le Zócalo. Cette somme, la plus complète à ce jour, montre cet ogre passionné, actif dans les combats communistes et révolutionnaires, comme un artiste incontournable du siècle dernier qui a embrassé le mouvement cubiste et s'est nourri d'amitiés artistiques dans tous les lieux créatifs en ébullitions. Sa plus célèbre épouse, la vénéneuse Frida Kalho est bien sûr présente au fil des pages. En complément à ce livre, le roman de JMG Le Clézio consacré au couple s'impose («Di

Continuer à lire