Fête des Lumières 2021 : une nouvelle ère à bas-bruit

Fête des Lumières | Du 8 au 11 décembre la Fête des Lumières version élus EELV ressemblera aux précédentes avec les mêmes sites éclairés. Mais elle renouvelle en revanche grandement les artistes conviés pour plus de proximité et s'adresse aux petits dans le parc Sergent Blandan.

Nadja Pobel | Lundi 8 novembre 2021

Photo : © DR


Il se dit « tellement content de pouvoir enfin parler de la Fête des Lumières ». Après y avoir cru jusqu'au bout l'an dernier et avoir dû l'annuler pour cause de crise sanitaire, Grégory Doucet présente enfin sa première Fête en tant qu'édile, le « premier grand événement culturel et festif gratuit et dans l’espace public de l'ère post-Covid » dit-il avec des pincettes sachant que les contaminations font encore des vagues — oubliant en route que le Tour de France (culturel en un sens) est déjà passé par Lyon en 2020.

À première vue, cette Fête ne diffère pas des éditions menées sous les mandatures de Gérard Collomb et pilotées de main de maître par Jean-François Zurawik, dont le nom n'a pas été prononcé ce lundi matin lors de la conférence de presse. Le quotidien Le Monde a révélé la semaine dernière qu'il aurait dû être placé en garde à vue pour favoritisme en octobre 2020, dans le cadre d'une enquête concernant l’édition 2018, visant la Ville et l'artiste Damien Fontaine. L'organisateur en chef de la Fête et initiateur de ce qu'elle est depuis deux décennies avait été retrouvé mort à son domicile une semaine avant d'être interpellé. Le créateur, lui, triomphe actuellement avec un son et lumière (payant) dans la Cathédrale Saint-Jean jusqu'au 11 novembre, complet avant même que ça ne commence.

Si les principaux sites de la Fête sont toujours les places des Terreaux, Bellecour, Pradel, Bourse, République, Sathonay, Célestins, la façade Saint-Jean, la colline de Fourvière et le parc de la Tête d'Or, une page tente de se tourner, doucement.

Pour les enfants

Les quais sont réinvestis et, les attentats de Paris et Saint-Denis s’éloignant, la Fête peut selon les vœux du candidat Doucet au printemps 2020 revenir vers les quartiers périphériques. On est toutefois loin de ce qui se déployait dans les années 2000. Tous les arrondissements ne sont pas concernés par mais le 7e, au Parc Sergent Blandan, accueille la grande nouveauté de cette édition : un espace dédié aux familles dans la partie supérieure du parc. Une dizaine de jeux tels que Puissance 4, la marelle ou Snake seront proposés en grand format et en lumière. Là-bas, les horaires sont adaptés aux petits : de 18h à 22h durant les quatre jours (contre de 19h à 23h le mercredi 8 et jeudi 9 et de 20h à minuit les vendredi et samedi sur les autres sites).

Autre (demi) nouveauté : le parc de la Tête d'Or sera ouvert en trois endroits pour trois installations et non plus une seule : une créature de 70 mètres de long sur la pelouse face à l'entrée des enfants du Rhône (par Nicolas Paolozzi), une déambulation "Vegetal'lum" sur 200 mètres du multi-programmé Erik Barray pour mener aux "Ricochets" de Jérôme Donna. Le membre de la direction de l’Éclairage Urbain de la Ville, qui chaque année défriche des lieux avec brio (les contes d'enfants de la montée de la Grande Côte, les voûtes sous Perrache en aquarium, la place des Jacobins rénovée showcase ou la colline de Fourvière incandescente...) sera cette fois sur le lac et la berge après l'île aux souvenirs. Sur une surface d'images de 100 à 150 mètres, il fait réfléchir la lumière de ses ricochets sous une canopée.

Des galeries lyonnaises participent

Parmi les innovations : un village dédié aux professionnels chaque matin qui dit la reconnaissance de cette manifestation parfois raillée. Non, ce n'est pas une déclinaison du Puy-du-Fou. Il y aura également une prolongation de la durée d'exposition de certaines installations — comme la lune reproduite au plus près de ce qu'elle est sous la verrière des Subs, visible jusqu'à début janvier ou encore l'installation de l'allée transversale d'un hôpital Saint-Luc-Saint-Joseph retrouvé, par Sylvain Levrouw, commissionné par la galerie Roger Tator.

Un autre galerie, la BF15, sera dans le jeu avec Caty Olive qui dispose, dans les arbres du quai Romain Roland (façon de ne pas encombrer les rues du Vieux-Lyon entre Saint-Jean et Saint-Paul) des perches lumineuses.

En tout, 18 nouveaux créateurs sur 31 propositions participent à une Fête qui avait ses habitués. Les expérimentations étudiantes se dérouleront place Sathonay et ses alentours avec 22 dispositifs (!) — les propositions de 2020 s’additionnant à celles de 2021. La Plateforme de la jeune création franco-allemande (et roumaine) sera à la Fondation Bullukian et le département son de l'ENSATT allié aux sections lumière du lycée Branly et design du lycée Matinière-Diderot seront précisément dans ce dernier établissement cité.

Les grands classiques toujours là

La Fête des Lumières oscille toujours entre projets découvertes et grandes propositions. Parmi elles :

  • la place Bellecour va voir déferler une Vague de 350 voiles sur 80 m de long et 20 m de haut. Sébastien Lefèvre présente-là le troisième opus de ses Oriflammes placés en 2012 sur le pont Lafayette et Sous le vent sur le pont Schumann en 2014.

  • Aux Terreaux, place à une équipe mexicaine (Renato Gonzalez-Gutierrez et Sarah Matry-Guerre) avec projection de vidéos sur deux façades avec de très vives couleurs, celles du conte du Quetzalcoalt, Le Lapin et la Lune.

  • Sur la cathédrale Saint-Jean, regard porté sur l'Iris. La rosace sera le cœur ce travail de mapping du collectif de musiciens et ingénieur Av extended et irriguera toute la façade en sept tableaux.

  • La colline de Fourvière reprend elle forme humaine et semble cristalliser les enjeux de cette première édition de la Fête post-Collomb. Benjamin Nesme et Marc Sicard rompent le cycle de boucles projetées et prisent une approche plus contemplative. Plus que l'ensemble de la colline, c'est le chevet de la cathédrale et le palais de Justice qui sont travaillés avec Visions. Le processus de création est un échange entre le digital (travail de recherche), l'artisanal (dessiner l’œuvre), le digital à nouveau (scanner le dessin) et le retour à l'artisanat pour faire réaliser par des maîtres-verriers des sculptures de 15 cm d’épaisseur et 70 m de haut, loin des dernières installations tape-à-l’œil qui étaient ici installées.


Enfin, la Fête se déploie aussi dans la rue de la République avec des Planetoïdes, petites sphères saturées de lumières led proposées par les fidèles Pitaya (les moucharabiehs du Gourguillon, les lampes d'architectes de la rue de la Ré déjà, les bouquets de fleurs place Carnot...). L'opération des Lumignons du Cœur est renouvelée, non pas au profit d’une association de lutte contre une maladie ou un organisme caritatif tels la Fondation Abbé-Pierre ou les Restos du cœur, mais en faveur.... des étudiants ! Belle initiative qui dit à quel point cette population a été touchée par la crise sanitaire devenue économique. C'est précisément l'association GAELIS (elle a notamment ouvert des épiceries solidaires) qui en sera bénéficiaire au gré des lumignons achetés place des Jacobins (2€ pièce) qui donneront lieu à des bosquets de fleurs.

Si la Ville maintient son budget de 2, 2 M€, les mécènes de leur côté divisent par deux leurs contributions qui s'élèvent cette année à un total 800 000€.

Les sites de la Tête d'Or, du parc Blandan et des Subs seront sécurisés et le port du masque restera obligatoire partout puisque, malgré le plein air, la concentration de public le justifie. Reste à savoir qui viendra. 70% du public est habituellement en provenance de la région Auvergne-Rhône-Alpes, rappelle Audrey Henocque, première adjointe en charge des Finances et des Grands événements. Loin des 4 M de visiteurs en 2012, l'affluence s'était stabilisée à 1, 8 M de personnes en 2018 et 2019.

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CONNAITRE | Si la Fête des Lumières (du 6 au 9 décembre) fait appel aux plus grands créateurs lumière de France et d'Europe, elle permet aussi à de talentueux Lyonnais de faire leurs preuves. Exemples avec les projets de Cité Création, de Dolus & Dolus et, surtout, de la Direction de l’éclairage public de la Ville.

Nadja Pobel | Jeudi 28 novembre 2013

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Et si la plus belle réussite de la Fête des lumières était du fait de la Ville ? On ne parle pas là de l’organisation, du budget alloué ou des enjeux politiques qui sous-tendent ce rendez-vous majeur pour l’édile, mais de la force de frappe des fonctionnaires, ceux de la Direction de l’éclairage public qui, logiquement, ont été les premiers maîtres d’œuvres, dès la préfiguration en 1998 de la manifestation, fête religieuse puis laïque devenue un événement. Chaque année, à l’heure d'en tirer un bilan, leur travail est bien souvent celui qui reste le plus en mémoire. Derrière ce collectif d’agents publics se cache depuis neuf ans la signature de Jérôme Donna, architecte d’intérieur de formation et développeur lumière par passion, mettant notamment en valeur des lieux patrimoniaux. Connaissant parfaitement le terrain, puisqu’il le foule quotidiennement avec ses collègues, il est à même d’explorer des lieux compliqués à éclairer ou de défricher des sites encore jamais mis en lumière. Ainsi en fut-il des grandes serres du Parc de la Tête d’Or, colorées en 2002, ou de la cour de l’Hôtel de ville, illuminée pour la première fois en 2008 et transformée en grand salon de réceptio

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