Vies et morts de Michel Polnareff

MUSIQUES | Musique / Avant ses deux concerts à la Halle Tony Garnier, retour sur l'énigme Polnareff, ou la chronique des disparitions d'un artiste novateur, showman rusé et référence discrète mais essentielle de la musique pop française. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 28 mars 2007

Il n'aura échappé à personne que la campagne présidentielle qui s'annonce est marquée par un trou noir historique engloutissant une époque que tout le monde feint d'avoir oublié : la charnière 1968-1973, cet âge des possibles de la société française vite enterré par la crise économique. Il n'aura échappé à personne non plus qu'au milieu des Unes de journaux qui épiloguaient sur les turpitudes de nos candidats, s'est invité un revenant en pleine forme : Michel Polnareff, sur scène pour la première fois depuis vingt ans. Ces deux considérations n'ont rien à voir entre elles, pensez-vous ? Alors, lançons le 45 tours Polnareff...Face A : Le Beatnick et l'exiléDepuis 1964, les clubs parisiens à la mode se sont trouvés une drôle d'idole. Un type seul avec sa guitare chante des morceaux qui ne sont pas, comme la plupart des autres tubes de l'époque, des adaptations de succès rock'n'roll anglo-américains. Polnareff s'est construit un répertoire bien à lui qu'il joue partout, et surtout dans les rues de Paris, incarnation naturelle du beatnick qui sent le monde en train de changer. Certes, il y a d'autres farfelus dans la place : Dutronc et ses déclinaisons amusées du style Dylan chantées avec une provocante décontraction ; ou l'anarchisme inoffensif d'Antoine mordant les mollets des stars du moment, dont un certain Johnny H. Mais Polnareff n'a que faire de tout ça, il se promène en pensées dans le swinging London, où il se retrouvera quand un patron de maison de disques pariera sur lui en 1966 pour un premier album. Le disque est aujourd'hui encore d'une incroyable modernité : on pense aux Zombies, aux Byrds, aux Mamas and Papas, des références qui n'avaient alors rien de populaire... Deux tubes feront sa fortune : Love me, please love me, où il impose son fabuleux falsetto, et La Poupée qui dit non. Deux ans plus tard, les cheveux ont bruni et sur la pochette de son nouvel album, le beatnick ressemble maintenant à un Beatles ; torsion sensible aussi dans le contenu du disque, plus inégal, avec des chefs-d'œuvre comme Âme caline et son psychédélisme furieux, des fantaisies réussies (Pipelette) ou plus pénibles (Y a qu'un ch'veu), et des scies plaintives lorgnant déjà vers la variété (Le Bal des Laze). Dabadie et Delanoé, paroliers respectés, ont passé un premier coup de peigne sur la folie Polnareff. Qui pourtant ressort dans l'ébouriffé Polnareff's. Le pluriel est de circonstance, tant Polnareff semble ne plus savoir où il en est, entre influence anglo-saxonne des débuts et tentation du slow consensuel. C'est que le beatnick a gagné beaucoup d'argent, mais l'a placé entre de mauvaises mains : en 1973, le FISC lui tombe dessus comme la buse sur le lapin, et Polnareff file vers les États-Unis pour éviter la ruine. L'exil sera troué par quelques retours discographiques qui ne convaincront jamais totalement, des bandes originales correctes de films qui le sont moins (sauf La Folie des grandeurs). Il devient ce fantôme de la chanson française, disparu aussi vite que la fameuse parenthèse enchantée du début des années 70, et dont on annonce le retour avec un mélange de crainte et d'espoir. Là, le 45 tours saute, comme définitivement rayé...Face B : Exhibition 70 / Disparition 80Alors qu'il a toujours travaillé à sculpter sa face (la perruque blonde, les lunettes noires...), Polnareff décide en 1972 de montrer ses fesses. Rien d'étonnant pour celui qui, dès son deuxième 45 tours, chantait avec effronterie «Je voudrais simplement faire l'amour avec toi», ou qui bourrait de sous-entendus sexuels sa poupée qui dit non... Mais sous cette affiche annonçant son Olympia à venir, se cache déjà un showman rusé qui sait se mettre en scène et organise la rareté de ses apparitions, peaufine le mythe au fur à mesure qu'il le fait naître. Polnareff, une fois disparu, est terriblement présent ; chaque photo de lui, chaque single, même d'une pauvreté inouïe, est la source d'une curiosité entretenue par l'intéressé. Kama Sutra, son triste essai de variétoche porno en 1990, ou les récentes photos parues dans Paris Match où il pose nu dans un caisson bleu (!), sont des émanations d'un Polnareff finalement plus aware qu'on ne le croit avec l'époque qui l'a pourtant chassée : un homme de l'image (de marque), du concept (publicitaire), du marché (de dupes). Loin du système, il peut lui sucer le sang avec d'autant moins de remords que celui-ci est entre temps devenu accroc à Polnareff... Lors de la dernière saison de la Star Ac', il en était le parrain, mais n'a jamais mis les orteils sur le plateau, se contentant d'un duplex minimal avec ses petits jeunes si propres sur eux. Et Pascal Nègre, éminence grise derrière son retour, ressemble chaque fois qu'il apparaît à ses côtés à un minable soutier venu quémander l'échine courbée une part de la légende. Polnareff, qui chasse les vendeurs du temple-Bercy dans lequel il a trouvé refuge (et surtout le grand couillon chauve qui lui sert du fan en couinant pour mieux piller son héritage), sait-il qu'aujourd'hui ses deux meilleurs disciples musicaux ont pour nom Jean-Luc Le Ténia et Arnaud Fleurent-Didier ? Et sait-il que derrière son dernier single (en promo), le piteux Ophélie flagrant des lits, il nous parle quand même à nous qui pourrions être ses enfants, et qui cherchons toujours notre Ophélie ? Et est-ce vraiment un hasard si cette incarnation des 70's a décidé de faire les poches des médias et des spectateurs de cette France 2007 qui, dans le fond, le préfère au musée que bien vivant ? Alors, à la fin du 45 tours Polnareff, caché dans les sillons, on croit entendre le rire sardonique d'un artiste majeur qui n'a pas fini de nous faire payer notre ingratitude...Michel PolnareffÀ la Halle Tony GarnierSamedi 24 mars à 20h30 et dimanche 25 mars à 18h

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