Baisers à la française

MUSIQUES | Festival French Kiss deuxième mouture à l’Auditorium. Le directeur général Laurent Langlois y tient comme à la prunelle de ses yeux et promet un "festival qui embrasse tout le répertoire de la musique française". Pascale Clavel

Pascale Clavel | Jeudi 5 janvier 2012

Photo : Emmanuel Krivine - © Christian Aschman


Voici un Festival qui décline la musique française de tous les temps, de tous les univers, de tous les styles. Le public risque de ne pas trop savoir où il met les pieds et pour s'y retrouver, quelques pistes sont nécessaires : tout d'abord se concentrer sur un programme dense et décousu puis choisir un peu à l'aveuglette. Par prudence, nous attendrons de voir ce que la deuxième proposition va donner. Cette saison, le concept est simple et peut être vu sous la forme d'un grand patchwork où il faut aller piocher pour que de petits bijoux apparaissent de-ci, de-là. La présence du Requiem de Maurice Duruflé sur le programme suffit à elle seule pour donner envie d'y être. Cette œœuvre contemporaine aux accents grégoriens et aux mélismes envoûtants est une pure merveille d'écriture, un vrai bouleversement pour les oreilles d'une beauté musicale rare. Bernard Tétu à la direction, ses solistes au chant, Vincent Warnier à l'orgue et c'est toute une salle qui pourrait croire en Dieu durant quelques heures. Autour du Requiem de Duruflé, dans cette même soirée, ce sont des œuvres de Fauré, Caplet et Thierry Escaich qui viendront amplifier le discours quasi mystique et d'une beauté esthétique sans nom.

Fouillis de baisers

D'autres moments sont plus ou moins bienvenus : un café-concert Bruel (Bernard, pas Patrick !) chante Brel avec les musiciens de l'Orchestre National de Lyon. Dans une ambiance détendue, Bruel fait revivre les plus belles chansons de Brel. C'est un pari risqué que de s'attaquer à un monstre sacré, une histoire de réinterprétation que l'on souhaite exemplaire. Deux ciné-concerts sont proposés : Prix de beauté, film muet des années 30 d'Augusto Genina avec Louise Brooks, est mis en musique live par l'Orchestre National de Lyon. Quant au second rendez-vous, Pécheurs d'Islande de Jacques de Baroncelli avec Charles Vanel, c'est Thierry Escaich lui-même qui improvise à l'orgue. Le chef Josep Pons dirige quant à lui le Requiem de Fauré. Une œuvre qui attire parce que son écriture paraît simple et belle, où la mort y est douce. Pour ce Festival, des grands noms de la direction ont répondu présents. Myung-Whun Chung et l'Orchestre Philharmonique de Radio France placent la barre très haut et proposent dans la même soirée la Mer de Debussy et le Concerto pour orchestre de Bartok. Quant à l'hypnotique Emmanuel Krivine, il revient dans "sa maison" avec Daphnis et Chloé de Ravel et le magnifique Concerto pour violoncelle de Lalo. Cerise sur ce gâteau : c'est Anne Gastinel qui tiendra le violoncelle.

French Kiss, du 10 janvier au 10 février à l'Auditorium

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Un Homme de chœurs

Classique | Bernard Tétu quitte ses fonctions de directeur artistique au sein de Spirito. Rencontre avec un homme généreux, un bouillonnant tranquille, un musicien très éclairé.

Pascale Clavel | Mardi 3 janvier 2017

Un Homme de chœurs

Chef de chœur et chef d’orchestre reconnu à travers le monde, fondateur dans les années 80 des Chœurs de l’Orchestre National de Lyon, Bernard Tétu a révolutionné le chant choral français et a su donner une identité sonore singulière à chacun de ses ensembles. Il peut partir fier et tranquille de Spirito : nous savons qu’il poursuit son chemin de chef et de pédagogue avec ce qui l’anime depuis toujours : la transmission du beau. Vous allez donner samedi prochain vos derniers concerts avec Spirito. Dans quel état d’esprit abordez-vous ce moment ? Bernard Tétu : J’ai pris depuis longtemps l’habitude de vivre à plusieurs vitesses, je suis en ce moment dans la préparation d’autres concerts. Il y a Spirito, mais ma vie de chef se poursuit. Serge Baudo m’invite à diriger l’orchestre de l’Opéra de Toulon en juin. Je continue à être le directeur artistique du Festival Les Voix du Prieuré au Bourget-du-Lac, je dirige cet été le Requiem de Duruflé à Silvanes… mais oui, il faut bien l’avouer, c’est un pincement au cœur de quitter Spirito parce que je dirigerais bien un concert par semaine avec les chanteurs et les

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Mozart est là, à Saoû

MUSIQUES | Sacré, profane, opératique, symphonique, concertant ou chambriste : c’est tout le génie Mozartien que fête Saoû, sans chichi mais pas sans ambition. Philippe Yves

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Mozart est là, à Saoû

Chaque été, le village drômois de Saoû chante Mozart, le célèbre et le donne à entendre un peu partout, à l’église comme sur sa place des Cagnards, épicentre du festival et paysage digne d’une carte postale de Drôme provençale. Le thème de l’édition 2015, "La modernité de Mozart", souligne le génie novateur du compositeur comme l’influence durable qu’il exerce sur des compositeurs tels que Haydn, Schubert ou Beethoven. Le programme, imaginé par le grand flûtiste et chef d’orchestre Philippe Bernold, propose ainsi un Mozart toujours pertinent et accessible, dans une atmosphère toute en décontraction bucolique. Le maître de cérémonie sera lui-même de la fête, entouré d’autre chambristes émérites (dont le pianiste Emmanuel Strosser et le violoncelliste Roland Pidoux) pour une série de concerts "Bernold & friends" – il officiera aussi en tant que soliste avec l’Orchestre de Chambre de Paris dans deux concertos de Mozart. Parmi nos coups de cœur : la violoncelliste Anne Gastinel, accompagnée par l’Orchestre des Pays de Savoie dans le Concerto pour violoncelle n°2 de H

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Cinq à la suite

MUSIQUES | Peu importe la programmation, lorsqu’ Emmanuel Krivine arrive à Lyon, c’est bourrasque sur la ville : il faut aller l’entendre en toute hâte, en urgence (...)

Pascale Clavel | Mardi 25 novembre 2014

Cinq à la suite

Peu importe la programmation, lorsqu’ Emmanuel Krivine arrive à Lyon, c’est bourrasque sur la ville : il faut aller l’entendre en toute hâte, en urgence absolue. Les chefs d’orchestre de cette trempe sont rares, qui transcendent tout sur leur passage, soulèvent un phrasé qu'aucun autre avant eux n’avait su révéler, d’un coup de baguette font surgir l’impensable. C’est ça Krivine : un chef qui décoiffe, ébouriffe et malaxe une musique pour en sortir l’essence pure, donnant l’impression que chaque œuvre qu’il dirige a été composée la veille. Et dont la gestique, captivante et d’une incroyable efficacité, donne à chaque musicien une véritable envie d’en découdre. Sa Chambre Philharmonique toute à sa cause, cet homme aux discours volontiers excessifs s’attaquera à l'Opéra de Lyon, avec la fougue qu’on lui connaît, non seulement à la Symphonie n°5 du plus classique des romantiques, Mendelssohn, une œuvre spirituelle, lyrique et profonde tout à la fois, mais aussi et surtout au beau et très connu Concerto pour piano n° 5 (surnommé "l’Empereur") de Beethoven (dont il a par ailleurs enregistré l’intégrale des symphonies). Pour l'occasion, le maestro gre

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Pas si classique

MUSIQUES | Pour les fêtes, l’Auditorium et l’Opéra de Lyon proposent de festoyer de façon assez conventionnelle, mais toujours dans la bonne humeur - une recette (...)

Pascale Clavel | Vendredi 13 décembre 2013

Pas si classique

Pour les fêtes, l’Auditorium et l’Opéra de Lyon proposent de festoyer de façon assez conventionnelle, mais toujours dans la bonne humeur - une recette efficace, vu comme le public se presse chaque année pour entendre du tube ce soir-là. Le premier célèbre le passage à la nouvelle année avec un programme à la fois gai et réjouissant à base de valses langoureuses et de polkas endiablées. Celles de Jacques Offenbach, décliné en long, en large et en travers, de la brillante ouverture d’Orphée aux enfers au C'est le ciel qui m’envoie de La Périchole - champagne sur toute la ligne mélodique donc, cotillons et serpentins assurés -, et celles de Johann Strauss fils et Gounod. Dans tous les cas, comme Leonard Slatkin et l’Orchestre National de Lyon sont partis en tournée en Chine, c'est au chef suisse Philippe Bach et à son Orchestre de chambre de Bâle qu'ont été confiées les clés musicales. Côté Opéra de Lyon, c’est Emmanuel Krivine qui est à la baguette. Ce chef d’orchestre tout à la fois singulier, impétueux et merveilleux arrive pour ce basculement d’année avec un programme vissé autour des suites p

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L’opéra se fait justice

MUSIQUES | De tous les festivals qu’il a tricoté depuis son arrivée à la tête de l’opéra, Serge Dorny livre le plus spectaculaire, le plus visionnaire et le plus culotté : Justice/Injustice, qui réunit une création mondiale, trois œuvres contemporaines, des metteurs en scène au geste pur et des chefs faisant entendre une musique aux partis pris insensés et jubilatoires. Explications avec l'intéressé. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Lundi 25 mars 2013

L’opéra se fait justice

Le festival Justice/Injustice ne devrait-il pas s’appeler Festival Robert Badinter ?Serge Dorny : Non. J’ai une estime énorme pour Robert Badinter, je le vénère, je suis un "Badinterâtre", à la fois au niveau de l’engagement, de l’éthique, de la personne même. Mais l’opéra Claude, dont il signe le livret, est une œuvre parmi plusieurs. Quand je vois le festival, je vois quatre œuvres : Le Prisonnier de Dallapiccola et Erwartung de Schoenberg, Fidelio de Beethoven et une création mondiale, une nouvelle commande, à partir d'un texte de Victor Hugo, écrite par Robert Badinter et composée par Thierry Escaich. Bien évidemment le librettiste Badinter est une personne immense. Il a une place importante, le personnage est fascinant, intellectuellement et humainement. Sa détermination et son engagement sont exceptionnels. J’ai eu le privilège de travailler avec lui depuis quelques années et au-delà de la commande, j’ai rencontré un être à part.Comment s'est monté Claude ?C'est lors d’un dîner qu'il m’a pa

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Concerto contemporain

MUSIQUES | L’Auditorium de Lyon programme le Concerto pour clarinette de Thierry Escaich, œuvre contemporaine, fraichement écrite par un compositeur hors cadre. De l’émotion en abondance, du spirituel en ligne de fond. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Jeudi 7 février 2013

Concerto contemporain

Thierry Escaich est une figure incontournable et inclassable de la scène musicale contemporaine dont l'œuvre, savante et charnelle, profonde et joyeuse, tempétueuse et consolante, s’inscrit dans son temps. Le critique musical Gérard Condé a des propos radicaux pour définir son univers : «Sa musique est de celles, assez rares, qui parlent immédiatement. Dès lors, à quoi bon en parler ?». Une fois dit cela, on peut rappeler tout de même que sa musique est défendue à travers le monde par les plus grands solistes, de Bertrand Chamayou à Gautier Capuçon, du Quatuor Ysaÿe aux ensembles vocaux A Sei Voci ou Sequenza. Elle ressemble souvent à un dialogue interne où des voix s’entrechoquent, s’entrelacent, où le tout se mue en polyrythmies complexes et d’une grande virtuosité. A d’autres moments, le vide s’y installe comme un contrepoint urgent.   Le compositeur et le clarinettiste Thierry Escaich, le compositeur ; Paul Meyer ; le clarinettiste. De cette amitié est né le Concerto pour clarinette, comme l'aboutissement évident d'une collaboration de longue date. Par la suite, la résidence d'Escaich à l’Auditorium de Lyon a permis d’envisager la

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Claude et Robert en tête

MUSIQUES | Peut-on dire, sans tomber dans le clin d’œil historique trop appuyé, que cette deuxième partie de saison est marquée du sceau de Robert Badinter ? L’Opéra de (...)

Pascale Clavel | Dimanche 6 janvier 2013

Claude et Robert en tête

Peut-on dire, sans tomber dans le clin d’œil historique trop appuyé, que cette deuxième partie de saison est marquée du sceau de Robert Badinter ? L’Opéra de Lyon vient de réussir l’exploit le plus impressionnant de ces dernières années, en choisissant comme clef de voute du prochain Festival Justice/Injustice Claude, premier opéra du compositeur Thierry Escaich. L’ancien garde des Sceaux en a écrit le livret d’après le court roman de Victor Hugo. Lorsqu’on sait que Jérémie Rhorer est à la baguette et Olivier Py à la mise en scène, on jubile par avance. N’en oublions pas le reste de la programmation musicale lyonnaise, riche et diversifiée, savoureuse et délicatement construite autour de quelques pépites à déguster sans modération. Le Festival de musique baroque notamment, qui fête ses 30 ans et fait pour l’occasion venir Marc Minkowski, le baroqueux qui résiste le mieux au temps. Il nous livrera en avril une Messe en ut de Mozart des plus inspirées. Les Journées Grame quant à elles, s’étirent dans le temps pour que nos oreilles puissent enfin s’installer dans leur siècle. De janvier à mai, elles nous invitent

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L’œuvre ultime

MUSIQUES | Le Requiem de Mozart reste entouré de légendes plus ou moins savoureuses et de mystères fort étonnants ; des circonstances bizarres de la commande de cette (...)

Pascale Clavel | Vendredi 14 janvier 2011

L’œuvre ultime

Le Requiem de Mozart reste entouré de légendes plus ou moins savoureuses et de mystères fort étonnants ; des circonstances bizarres de la commande de cette partition jusqu’à la mort du compositeur au beau milieu du Lacrimosa. Dès les premières mesures du Kyrie, c’est un véritable séisme interne qui se produit. Une pulsation lancinante ne nous quitte plus, les cors de basset étirent un phrasé qui semble hors du temps pendant que les cordes installent une puissante et hypnotique rythmique. Et voilà le génie de Mozart, du spirituel et du terriblement terrestre au même instant. Bien sûr, on connaît les tubes de l’œuvre comme l’explosif Dies Irae ou le merveilleux Lacrimosa. Des interprétations du Requiem, il en existe tant qu’on peut se demander pourquoi aller écouter celle du chef d’orchestre Ton Koopman plutôt qu’une autre. Pourtant, pour qu’une partition se réveille et se révèle, il faut des hommes comme lui, capables de faire entendre le sens du texte, la puissance spirituelle par delà un phrasé ou une harmonie. À la tête de l’Orchestre national de Lyon, Ton Koopman saura sans nul doute faire entendre la beauté totale du Hostias ou encore faire émerger les questions existentielles

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Anne Gastinel

MUSIQUES | Violoncelliste. PC

Dorotée Aznar | Mercredi 8 décembre 2010

Anne Gastinel

Petit Bulletin : Quel est, pour vous, l'événement culturel le plus fort, le plus touchant de ces dernières années ? Anne Gastinel : Pour moi, l'événement culturel le plus important et qui n'a pas de rapport avec ma discipline, c'est la Biennale de la danse. Ce rendez-vous incontournable fait rayonner la ville au-delà de la France. Ce qui me plait beaucoup, c'est que la Biennale amène beaucoup de gens à la danse et les fait participer. J'aime l'idée que ce ne soit pas simplement un événement où les gens soient spectateurs, ils sont aussi acteurs. Dans le paysage culturel lyonnais, qu'est-ce qui a le plus changé depuis 1997 ? Toutes les initiatives créées autour de la musique pour un public le plus large possible. Je pense notamment à l'Auditorium qui a réussi à jumeler foot et musique. Au-delà de l'anecdote, c'est une idée très belle d'amener les gens du foot à la musique et inversement. Il y a également beaucoup d'initiatives prises pour le jeune public dans toutes les structures et je trouve cela indispensable parce que le jeune public, c'est le public de demain. Comment voyez-vous évoluer la culture à Lyon dans les prochaines années ? I

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Fin de cycle

MUSIQUES | Entretien / Thierry Escaich est un compositeur qui dilate le temps, joue avec les couleurs et expose une œuvre visionnaire. Pour sa dernière saison en résidence à l’Orchestre National de Lyon, il compose un concerto pour violon et orchestre. Rencontre fascinante avec un véritable créateur. Propos recueillis par Pascale Clavel

Pascale Clavel | Jeudi 1 octobre 2009

Fin de cycle

Petit Bulletin : Pouvez-vous faire un court bilan de cette résidence de trois ans à Lyon ?Thierry Escaich : Avoir expérimenté l'écriture vocale soliste, ce que je n'avais que fort peu fait antérieurement, fut un des points importants de mon travail. Ce furent mes "Nuits Hallucinées" pour Mezzo et orchestre. Cela me prépare pour un prochain opéra qui se dessine peu à peu. Mais aussi j’ai eu le plaisir de travailler avec un orchestre au potentiel énorme, tant techniquement que musicalement. L'énergie avec laquelle tous les instrumentistes ont défendu mon ‘Double Concerto’ ou encore mon ‘Concerto pour orgue’ restera une émotion très forte. Et puis ces concerts de musique de chambre où l'on a cherché ensemble - les musiciens de l'orchestre et moi-même au piano ou à l'orgue - du répertoire, où l’on a monté des programmes avec des formations souvent originales restent des moments inoubliables. Ce sera un beau souvenir musical mais aussi humain. Que dire par avance au public lyonnais de votre dernière création ? Comment s'est formée l'idée d'un concerto pour violon ?C'est une pièce en un seul mouvement, mais où l'on entend clairement quatre épisodes : d’abord

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Chauve-souris sauce grand chef

MUSIQUES | Musique / Emmanuel Krivine est de la trempe de chefs d’orchestre qui se font rares : impétueusement géniaux, musicalement subtils autant que puissants, décriés ou adulés. Avec le temps, son cynisme s’est mué en humour inclassable, son exigence est restée intacte. Rencontre jouissive avec un Maître en pleine répétition de La Chauve-souris de Johann Strauss. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Jeudi 11 décembre 2008

Chauve-souris sauce grand chef

Petit Bulletin : On vous connaît dans l’univers de l’oratorio, moins dans celui de l’opéra. Quant à l’opérette…votre choix peut en surprendre plus d’un. Quel lien particulier tissez-vous avec cette Chauve-souris ?Emmanuel Krivine : J’adore la Chauve-souris. Je prends cette opérette à bras le corps et au tout premier degré. C’est une œuvre merveilleuse, digne des Noces de Figaro. J’ai beaucoup dirigé Johann Strauss, ses valses, ses polkas. J’ai également dirigé des œuvres de son père, de ses frères. Les compositeurs «sérieux» de son temps l’estimaient beaucoup, Brahms l’admirait. Pour moi, c’est d’une tout autre qualité qu’Offenbach, sa musique est digne de celle de Mozart, il n’y a pas une note à jeter, c’est une merveille absolue. La Chauve-souris, c’est une passion. Attention, je n’ai pas une passion pour l’opérette mais bien pour La Chauve-souris. C’est comme les vins, on aime que les bonnes bouteilles. Pour moi, Offenbach, je le dis crument, c’est ce que les jeunes appellent de la daube. À propos de Strauss, Je rappelle l’anecdote où une dame, à la sortie d’un concert, demandait à Brahms de signer sur son éventail. Etait inscrit sur cet éventail «le beau Danub

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Miroir, mon beau miroir

MUSIQUES | Classique / Thierry Escaich va faire de l’ombre à Fauré, Sibelius et Bizet dans la même soirée. Son Miroir d’ombres pour violon, violoncelle et orchestre éblouit tant qu’on en oublierait le reste. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Dimanche 8 juin 2008

Miroir, mon beau miroir

Le reste, parlons en. Le concert proposé deux soirs de cette semaine par l’Auditorium est de belle constitution avec deux Pelléas et Mélisande de factures très différentes. Celui de Fauré, suite pour orchestre presque immatérielle, comme une incroyable histoire en suspens, et le Pelléas de Sibelius, venu du froid, plus charnel et terriblement mélancolique. À ces œuvres rarement programmées, viennent s’ajouter de larges extraits de l’incontournable Arlésienne de Bizet. Faut-il toujours rassurer le public ? Est-il toujours nécessaire de programmer un «tube» – certes plaisant - parce que dans la même soirée ce public va entendre une œuvre contemporaine et qu’il a encore peur de son propre temps. Pourtant, avec Miroir d’ombres, Thierry Escaich a composé une œuvre à la fois ancrée dans son temps et tellement en dehors. Une œuvre bouleversante de tendresse et d’humanité. Il est bon de le signaler lorsque souvent les créations contemporaines paraissent âpres, inatteignables et incompréhensibles. Commandé à Thierry Escaich par l’Orchestre National de Lille en 2005 lors d’une résidence, Miroir d’ombres est un double concerto pour violon, violoncelle et orchestre aux teintes inquiétantes. To

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«Une approche instinctive et poétique de la création»

MUSIQUES | Portrait / Thierry Escaich, compositeur, organiste, improvisateur, poursuit sa résidence à L'Orchestre National de Lyon avec délectation et sérénité. Pascale Clavel

Dorotée Aznar | Mercredi 21 mai 2008

«Une approche instinctive et poétique de la création»

Aller à la rencontre d'un compositeur français actuel des plus inspirés est une expérience singulière. Thierry Escaich arrive des États-Unis, part en répétition dans une heure, a un concert ce soir, un autre demain et pourtant, l'homme est accueillant, prêt à nous parler de la création artistique en toute simplicité. La porte est ouverte, on entre sur la pointe des pieds, on est avec Bach, Mozart et Brahms tout à la fois, on se sent en équilibre fragile au bord de cet incroyable univers qu'est la création artistique. Thierry Escaich est un musicien boulimique d'apparence tranquille et il suffit de lire la longue liste de ses premiers prix de conservatoire pour être déjà dans un total éblouissement : harmonie, contrepoint, fugue, orgue, improvisation, analyse, composition et orchestration. Lui n'en parle pas, c'est sa force tranquille, son bagage obligé pour un compositeur aux œuvres plutôt intranquilles. On apprend par bribes, au fils d'un entretien qui rappelle ses compositions - un peu hors du temps, un peu morcelé - le temps qu'il faut pour écrire. De Bach à lui-mêmeL'œuvre de Thierry Escaich, colossale et éclectique, prend ses sources à des endroits aussi divers qu

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Tétu ce Brahms

MUSIQUES | Classique / Requiem suivi d'allemand précédé de un... Ça ne colle pas vraiment. Lorsque tous les compositeurs, d'Ockeghem à Ligeti, jouent le jeu d'un texte (...)

| Mercredi 13 février 2008

Tétu ce Brahms

Classique / Requiem suivi d'allemand précédé de un... Ça ne colle pas vraiment. Lorsque tous les compositeurs, d'Ockeghem à Ligeti, jouent le jeu d'un texte latin immuable et incompressible «Requiem aetrenam dona eis Donine...», Brahms fait sa sauce. Il prend par ci voire par là des bribes de textes du nouveau testament. Il bricole et compose son Requiem allemand en deux versions. L'une pour orchestre et chœurs, l'autre dite «de Londres», qui est en fait un arrangement pour solistes, chœurs et piano à 4 mains. On peut définir cette œuvre comme l'aboutissement de la spiritualité chez un grand agnostique. Rien n'est religieux, tout est réflexion tendrement humaine. Les textes choisis par Brahms évoquent la mort bien sûr, mais ils rendent surtout compte du caractère éphémère de la vie et exposent l'idée d'une consolation humaine universelle. Cette attitude, peu orthodoxe mais tellement spirituelle est très répandue au XIXe siècle. Bernard Tétu, fasciné depuis toujours par cette œuvre hors-cadre, la dirige dès qu'il peut dans la version de Londres. On le connaît cherchant sans cesse l'intimité d'une œuvre, on l'imagine creusant dans les moindres recoins de la partition pour extraire de

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Haut les Chœurs !

MUSIQUES | Opéra / Champagne à tous les étages au Théâtre de la Renaissance. Offenbach revisité par Jean Lacornerie à la mise en scène, les Solistes de Lyon Bernard Tétu en (...)

| Mercredi 3 octobre 2007

Haut les Chœurs !

Opéra / Champagne à tous les étages au Théâtre de la Renaissance. Offenbach revisité par Jean Lacornerie à la mise en scène, les Solistes de Lyon Bernard Tétu en chanteurs exubérants et les Percussions Claviers en trouble-fêtes, c'est tout simplement du bonheur brut. Par miracle de l'inconscient collectif, nous connaissons tous l'œuvre d'Offenbach. On a tous sur le bout de la langue ses airs sirupeux, ses mélodies dégoulinantes de vie et d'éclats. Ce spectacle en folie constante, en humour décalé, en jouissances ininterrompues, s'écoute jusqu'à l'ivresse. Les Folies d'Offenbach s'est construit autour des thèmes chers au compositeur et rend hommage à la vie, à l'amour : «aimer, danser, boire et chanter...». Depuis longtemps, Bernard Tétu mène ses expériences en décalages et emmène avec lui les Solistes de Lyon dans de folles aventures : «tout ce petit monde s'amuse à être sérieux car il n'y a pas de plaisir sans exigence». Jean Lacornerie, metteur en scène et co-directeur du théâtre de la Renaissance n'est pas nouveau dans l'exploration de formes qui croisent musique et théâtre. Ce n'est donc pas un hasard si ces deux-là se sont donné rendez-vous au cœur de l'univers extravagant d'O

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