En terre inconnue

Stéphane Duchêne | Mercredi 6 novembre 2013

Suite à leur inaugural Becoming a Jackal, les Villagers, qu'on prenait pour une bande de gentils folkeux sophistiqués, se sont en fait révélés être un troupeau d'aliens propre à plonger les "cryptozoopopologues" dans des abîmes de doute et de migraine. Après le single teinté d'électro The Waves qui, toute proportion gardée, fit passer sur l'échine des fans comme un sentiment de "Dylan passe à l'électrique" – le second album {Awayland} fut l'objet du délit : une terre inconnue, un univers entier à découvrir, un monde parallèle que le mini-démiurge Conor O'Brien a modelé, en auteur boulimique, à la lueur de l'Abattoir 5 de Kurt Vonnegut.

Un {Awayland} que l'on fantasme autant qu'on l'écoute, prisonnier de l'esprit d'un enfant qui gambaderait partout du moment qu'il ne s'agit pas du monde réel mais d'un eldorado de liberté (In a Newfound Land You're Free). D'où cette atmosphère d'étrangeté rêveuse – depuis sa salle de bain, on voyage jusqu'à la guerre d'indépendance brésilienne sur Earthly Pleasure – et de positivisme naïf jailli de la primale innocence, entre électro cosmique, donc (The Waves), pop-folk grandiloquente façon Waterboys (Nothing Arrived), ballades chavirantes (Grateful Song, du Sparklehorse rendu à l'emphase qu'il eut méritée) et pop multimodale (The Bell, Earthly Pleasure).

En panne d'inspiration avant ce disque majeur, Conor O'Brien semble y avoir été rendu comme si les Tralfamadoriens de Vonnegut l'avaient enlevé pour lui enseigner le don d'ubiquité musicale et leur vision du monde en quatre dimensions. Puis libéré, dans tous les sens du terme.

Stéphane Duchêne

Villagers  [+ Lee Ranaldo & the Dust]
A l'Epicerie Moderne, lundi 18 novembre


Villagers + Lee Ranaldo and the Dust

Folk
Épicerie Moderne Place René Lescot Feyzin
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Le freak, c’est chic

MUSIQUES | Du freak, du fou, de la créature cramée, de l’inclassable, de l’incassable, du fragile, du fracassé, du fracassant, du marginal, du réfractaire, du réfracté, du revenant, du rêveur, du malade, du rageux, cet automne musical va en faire pleuvoir de partout. Du chelou comme à Gravelotte, qu’il va tomber. De belles tronches de vainqueur et des paluches pleines de talent, des noms à coucher dehors, du génie à la pelle, attaqué à la pioche. Ah, inquiétante étrangeté quand tu nous tiens ! Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Le freak, c’est chic

Comme pour toute saison, tout événement, tout lancement, il nous faut un parrain, un type dont la stature et l'aura donnent immédiatement le ton. C'est Florent Pagny en total look peau de zobi à la Star Academy ou Alain Delon tenant des propos contre-intelligents sur l’homosexualité dans C à vous. Car oui, souvent, on a affaire à un type qui peut partir en vrille à tout moment, se mettre à dire n'importe quoi, comme n'importe quel parrain dans n'importe quel événement familial, ou comme un parrain de la mafia un peu sur les nerfs. C'est très bien, ça fait parler. Nous aurions pu assez logiquement choisir le parrain rock Don Cavalli, d’origine italienne et d’aspiration amerloque, comme tout parrain qui se respecte, et dont Les Inrocks qualifient avec raison la production de «rock tordu et primitif», quelque part entre la sève de Johnny Cash et les débordements d’un Beck. Bref, l’éternelle histoire du type né au mauvais endroit au mauvais moment et qui s’en accommode par le voyage intérieur (sur son dernier disque il va même jusqu’en Asie). En plus, dans le civil,

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Villagers

MUSIQUES | {Awayland} (Domino/Pias)

Stéphane Duchêne | Lundi 21 janvier 2013

Villagers

Il est une devise de notre maître-écrivain lyonno-québécois Alain Turgeon, qu'on confesse volontiers citer un peu trop souvent – sans toutefois envisager une seconde de s'en excuser – un adage que l'on peut faire sien pour caresser ses désillusions : « attendez-vous au meilleur, vous serez mieux déçus ». On y pense lorsqu'on entend pour la première fois le single Nothing Arrived, extrait de {Awayland}, le deuxième album de Villagers.   Sur ce titre qui oscille entre le romantisme benêt mais arrache-coeur d'un Tom Petty – le type sait tricoter une mélodie ascensionnelle qui vous retient à jamais par le col –, la grandiloquence éthylique d'un Mike Scott (The Waterboys), et les cavalcad

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