Les quatre fantastiques

MUSIQUES | Le Sucre sort de sa routine le temps de quatre soirées durant lesquels se produiront autant de fondateurs de labels emblématiques de la musique électronique actuelle... Et qu'on vous recommande plutôt quatre fois qu'une. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 25 février 2014

La vingt-neuvième cérémonie des Victoires de la musique fut, sans surprise, un énième pince-fesses corseté où chanteurs-sandwichs et égéries périmées tentèrent tant bien que mal de faire oublier le déficit d'ambition et d'idées qui grève l'industrie du disque depuis le début des années 2000. Une  mascarade qui ne doit pas faire oublier ce motif de satisfaction : la présence, parmi les nominés, du redoutable Gesaffelstein, aboutissement de deux décennies d'activisme techno.

Un activisme dont le Grenoblois The Hacker est encore aujourd'hui l'une des principales figures, aussi bien en tant que label manager (jadis de Goodlife, aujourd'hui de Zone, qu'il a co-fondé avec... Gesaffelstein) qu'en tant que producteur - d'une musique devant autant à la compacité et à la combativité du new dance sound of Detroit qu'à la morgue mélancolique des souverains de la new wave. A l'approche de la parution d'un album en forme de synthèse esthétique, le sacrément bien titré Kraft/Love (non content de lister les qualités suffisantes et nécessaires à l'exercice d'un art, il fait référence à Kraftwerk et Lovecraft), Le Sucre ne pouvait mieux l'honorer qu'en l'invitant à donner le coup d'envoi de cet événement.

Putain putain, c'est vachement bien

D'autant qu'il sera bien entouré. On ne présente plus Kompakt (ni Michael Mayer, son ambassadeur), cela fait déjà plus d'une douzaine d'années que cette internationale de la techno minimale (du Brésilien Gui Borrato au Suédois The Field) fait référence.

Basé en Italie, Life and Death creuse pour sa part, sur les traces du duo à ses commandes, Tale of Us, un sillon house où la célébration du culte du corps en mouvement - l'an passé, l'EP Another Earth faisait dans la mélodie pour messe dématérialisée – ne se fait pas au détriment d'un vrai souci du dépaysement – trois ans plus tôt, le très organique Upon a Time troquait le dancefloor pour une rainforest.

Quant à Hotflush, il publie depuis 2003, sous la houlette de Scuba, maître du clair-obscur textural s'il en est, ce qu'il se fait de plus lumineux, dans tous les sens du terme, en matière de bass music d'avant-garde, des abstractions couleur petit jour de Mount Kimbie aux hymnes aveuglants - comme peut l'être la lumière du jour après une nuit passée dans une cave à se faire refaire le thorax à coups d'infrabasses - de Joy Orbison. En voilà un quarté qui va rapporter gros.

4 X 4
A Sucre, vendredi 28 février et samedi 1er, vendredi 7 et samedi 8 mars

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Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 12 septembre 2017

Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

15.09.17 > TERMINAL ACID WASHED Le nu disco un brin pervers, pas mal italo et larvé d'acid house que pratique Acid Washed nous enchante, assurément : écoutez Heartbeat Maker, envolée qui ouvre leur album House of Melancholy ; un track parfait pour faire hurler un dancefloor comprimé comme celui du Terminal vers les 3 heures du mat', ivre et joyeux. Sexy. 16.09.17 > GROOM CLÉMENTINE Perle en ascension de la scène locale, activiste de Chez Émile, le disquaire, mais aussi du côté de la pertinente web-radio Lyl où elle mène de main de maîtresse l'émission Mellow Madness, Clémentine s'offre une nuit au Groom où soul, disco et funk s'emmêlent langoureusement pour vous coller la fièvre all night long. Black.

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Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 21 mars 2017

Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

24>03>17 L'EMPREINTE KIKO Un peu tombé dans l'oubli malgré une production jamais interrompue (et pléthorique) sur des labels comme Get Physical ou Suara, Kiko ressurgit en lumière par la grâce de cette toute nouvelle soirée, résidence lancée par un autre ancien qui lui fait un retour en force : P.Moore. Kiko, ex moitié de Phunky Data, mêle des influences techno, new wave, house ou italo disco depuis ses débuts grenoblois en 1992. Nineties. 25>03>17 LA MACHINERIE MICHAEL MAYER Le crew Omā convie dans ce tout nouveau club (ouvert mi mars), qui s'impose d'emblée comme incontournable par sa programmation alléchante, Michael Mayer, boss de Kompakt, et deux de ses poulains : Sandrino (repéré aussi sur l'excellent label Innervisions) et Rex the Dog, le Londonien jouant live. Soit, encore, un line-up bien fat pour amateurs de techno à tendance minimale (ou pa

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Interzone : sur la route de Homs

Oriental Rock | De Noir Désir, aucun doute, c'est le chemin suivi par l'ancien guitariste du groupe bordelais qui nous chatouille les esgourdes, bien plus qu'une virée (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 1 juin 2016

Interzone : sur la route de Homs

De Noir Désir, aucun doute, c'est le chemin suivi par l'ancien guitariste du groupe bordelais qui nous chatouille les esgourdes, bien plus qu'une virée convenue à Détroit. Serge Teyssot-Gay, c'est de lui dont on cause, a rencontré Khaled Al Jaramani à Damas, en Syrie, lors d'une tournée en 2002 : aussitôt les deux ont décidé de marier leurs cordes, celles de la guitare électrique avec celles du oud. Baptisé Interzone, le projet abouti dès 2005 à un premier album éponyme assez hallucinant : écoutez par exemple Vitalité, dérive de Tostaky flirtant avec la transe orientale... C'est encore là, la rencontre furtive et intense entre deux mondes, celui du groupe le plus populaire de France tout juste séparé et d'un virtuose syrien, également partie prenante de Bab Assalam. L'évolution de cette aventure est encore plus passionnante : le dialogue instaur

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Insomniaque : les 3 soirées de la semaine

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 26 avril 2016

Insomniaque : les 3 soirées de la semaine

29.04.16 LE PETIT SALON DEETRON Digne héritier d'Eric Borgo, longtemps le meilleur ambassadeur de la techno groovy en Suisse, Sam Geiser alias Deetron a pris le relais avec vigueur et talent, mariant classiquement (mais efficacement) les influences de la house de Chicago avec celles de la techno de Détroit. Discret comme un banquier genevois, efficace comme un horloger de Berne où il vit, Deetron est largement reconnu par ses pairs qui le convient souvent à œuvrer en tandem ou en remixe, de DJ Hell à Romanthony. Précis. 04.05.16 LA MARQUISE POLAAR #23 Gros line-up pour cette nouvelle édition de la soirée menée de main de maître par Flore & Marc : c'est Branko, le producteur des magiques Buraka Som Sistema, qui officiera derrière les platines. Auteur ces dernières années d'anthems rebondissants, passeur d'un kuduro relifté à la sauce global bass, collaborateur occasionnel de Diplo et MIA, boss du fûté label Enchufada, Joao Barbosa de son vrai nom est l'un des artistes les plus affriolants d

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Les soirées du 28 octobre au 3 novembre

MUSIQUES | 29.10 Polaarism Polaar n'est pas mort, mais vive Polaarism quand même. D'autant que cette nouvelle soirée, proposée au Périscope par le label de Flore, (...)

Benjamin Mialot | Mardi 27 octobre 2015

Les soirées du 28 octobre au 3 novembre

29.10 Polaarism Polaar n'est pas mort, mais vive Polaarism quand même. D'autant que cette nouvelle soirée, proposée au Périscope par le label de Flore, l'est à des horaires respectueux de l'organisme (à savoir 20h-minuit). Les pisse-vinaigres parleront de before, les autres, c'est-à-dire les personnes connaissant la définition du mot "fasciculation", pourront y faire la connaissance de DJ Khalab, producteur romain qui, à l'instar de son compatriote et proche collaborateur de l'Italien Clap! Clap!, aime à faire convoler en justes noces sonorités africaines traditionnelles et grosses basses contemporaines. Good for them.

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Insomniaque - Soirées de la semaine du 25 février au 3 mars

MUSIQUES | 27.02 L'Amour Autre temps, autres mœurs : alors que les blousons noirs des 60's peuplaient les pages "faits-divers" des quotidiens, les nôtres – (...)

Benjamin Mialot | Mardi 24 février 2015

Insomniaque - Soirées de la semaine du 25 février au 3 mars

27.02 L'Amour Autre temps, autres mœurs : alors que les blousons noirs des 60's peuplaient les pages "faits-divers" des quotidiens, les nôtres – Brodinski, Gesaffelstein et autres «princes de la techno» – voient leur style décortiqué dans la presse masculine. The Hacker réussit depuis une vingtaine d'années – et a fortiori sur son récent diptyque indus/new wave Love/Kraft – l'exploit de se situer à l'intersection de ces deux attitudes, mi-voyou aux kicks qui claquent comme des coups de batte mi-gentleman à la tête pleine de mélodies cafardeuses. Autant dire qu'il a toute sa place au Bellona. 28.02 Terminal 2 Years Le Terminal fête ses deux ans d'activité et, considérant les liens profonds qui unissent notre journal au 3 de la rue Terme – des exemplaires ant

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Nuits Sonores 2015 – La programmation de nuit

MUSIQUES | Ouvert sur le monde et recentré sur la musique électronique. Tel s'annonçait Nuits Sonores 2015 à la découverte de sa programmation de jour. Tel s'affirme le festival à l'heure de dévoiler son pendant nocturne. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 11 février 2015

Nuits Sonores 2015 – La programmation de nuit

C'est quoi, être rock en 2015 ? Les lecteurs de Rock & Folk ont sans doute leur (fausse) idée sur la question. Les autres, nous sommes au regret de vous le confirmer, ne trouveront pas la réponse à Nuits Sonores cette année – à moins que le "concert spécial", pour l'instant tenu secret, ne vienne nous contredire. Grande absente de la programmation de jour, la musique électrique ne constitue en effet que la portion congrue de son homologue nocturne, bien que l'on se réjouisse des venues du polarisant Jessica93 (de ce côté-ci de l'écran, on adore sa noise pour périphérique), des intransigeants et déjantés Future of the Left, des industrieux industriels de The Soft Moon ou des Saints, a.k.a. les Ramones du pays des kangourous, à l'affiche du Circuit. Circuit d'ailleurs encore en cours de montage mais qui, outre son habituel cortège d'activistes locaux (Flore, Manoo, Kosme...), promet d'ores et déjà pas mal de dilem

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Insomniaque - Semaine du 18 au 25 décembre

MUSIQUES | Les 3 RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : le cinquantième Puzzle Rumble à La Marquise, Haste reçoit SNTWN au Club Transbo et Nous sommes 2014 au Double Mixte. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 10 décembre 2013

Insomniaque - Semaine du 18 au 25 décembre

19.12 Puzzle Rumble #50 Comment fait-on tenir 16 DJ et 2 MC dans une péniche ? Comme on fait entrer quatre éléphants dans une 2 CV, pourrait répondre l'association Totaal Rez, qui s'est lancée ce défi insensé à l'occasion de la cinquantième de sa résidence à La Marquise. Au-delà de l'exploit, la soirée a surtout le mérite de dresser un véritable panorama de la bass music lyonnaise, de ses locomotives (le turntablist multiprimé Groove Sparkz) à ses étoiles montantes (Salaryman et sa drum'n'bass itinérante, Dual Shock et son dubstep asphyxiant) en passant par ses parrains de l'ombre (le podcasteur fouineur Freddypogo). 20.12 Haste & Friends Avant de passer les fêtes en famille, le collectif Haste fait la fête

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Hallucinante nuit hallucinée

ECRANS | Après une première expérience réussie l’an passé, les cinéphages de Zonebis, coupables chaque année d’organiser l’excellent festival Hallucinations collectives, (...)

Christophe Chabert | Mercredi 4 décembre 2013

Hallucinante nuit hallucinée

Après une première expérience réussie l’an passé, les cinéphages de Zonebis, coupables chaque année d’organiser l’excellent festival Hallucinations collectives, s’associent de nouveau au site Nanarland.com pour une deuxième Nuit hallucinée qui porte bien son nom. L’idée est d’y faire se rencontrer des nanars avérés — ces «mauvais films sympathiques» où l’amateurisme, l’opportunisme et le n’importe quoi règnent en maître — et des films bizarres et inédits. La soirée débutera ainsi avec l’avant-première du très attendu nouveau film de Quentin Dupieux, Wrong cops. En fait, un collage de trois sketchs dont le premier, avec Marylin Manson au naturel, avait fait crouler de rire la Croisette en 2012, et qui fait figure d’en-cas rigolo avant le prochain Dupieux, Réalité, déjà en boîte et qu’on espère voir à Cannes en 2014. Autre avant-première, celle d’HK / Forbidden super-hero où l’on voit un puceau timide se métamorphosé en super-héros après avoir enfilé — par mégarde d’abord — une petite culotte féminine sur la tête. C’est, de fait, plus drôle que de se faire piquer par une araignée radioactive, et cela conduit à s’exclamer

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Lumière 2013, jour 3. Guerres.

ECRANS | Nos plus belles années de Sydney Pollack. Hitler : dead or alive de Nick Grinde. The War zone de Tim Roth.

Christophe Chabert | Vendredi 18 octobre 2013

Lumière 2013, jour 3. Guerres.

Comme on l’a dit au jour 1 de ce festival, c’est au premier rang que l’on a choisi de faire la majorité des séances Lumière 2013. Ce qui évite d’ailleurs de jouer des coudes pour récupérer une place miraculeusement laissée vacante et pas trop proche de l’écran, dans des salles qui ne désemplissent pas. L’expérience, hélas ! n’a pas joué en la faveur de Nos plus belles années, pour l’instant une des rares déceptions de la programmation. Le film de Pollack a pourtant une aura mythique, et son réalisateur, sous l’impulsion passionnée de Pierre Berthomieu, est en train de gagner une incontestable légitimité posthume, par-delà l’étiquette qui lui a souvent été accolée de cinéastes pour grandes fresque académiques. Nos plus belles années n’en est pas une, même si il flirte outrageusement avec un néo-classicisme anachronique pour l’époque — le Nouvel Hollywood des années 70. Le titre (français) et le film lui-même font référence à une œuvre de William Wyler, Les Plus belles années de notre vie, filiation qui ne tient pas du clin d’œil, mais surtout d’un désir esthétique et rom

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Séries B comme Bagnoles

CONNAITRE | On raconte que Roger Corman, qui vendait du cinéma comme on vend des voitures, avait impressionné Ingmar Bergman en projetant ses films dans les drive-in. (...)

Christophe Chabert | Mercredi 26 juin 2013

Séries B comme Bagnoles

On raconte que Roger Corman, qui vendait du cinéma comme on vend des voitures, avait impressionné Ingmar Bergman en projetant ses films dans les drive-in. Cette tradition typiquement américaine qui consiste à se garer sur de grands parkings avec sa caisse (et, en général, une caisse de bières) pour regarder en plein air un double programme constitué de séries B ou de films en fin d’exploitation, l’association ZoneBis et Le Transbordeur ont décidé de l’importer au cœur de l’été lyonnais pour deux soirées qui s’annoncent mémorables. On réservera donc (pour 5 €) sa place sur le parking du Transbo, et on pourra, le 5 juillet à la tombée de la nuit (mais les grilles seront ouvertes dès 19h avec un bar, un camion-restau et un DJ pour patienter) redécouvrir Shaft (l’original, pas le remake avec Samuel L. Jackson), fleuron de la blaxploitation dont le générique signé Isaac Hayes est presque aussi légendaire que le film lui-même. Tout aussi mythique, Mon nom est personne sera lui projeté le 26 juillet, histoire de célébrer cet autre pan de la contre-culture cinématographique qu’est le we

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Nuits Sonores 2013 - Jour 4

MUSIQUES | Nuits Sonores, c'est terminé. Déjà ? Déjà. A se demander si un an d'attente pour quatre jours de réjouissances, ce n'est pas un peu cher payé. Au vue de la somme de glorieux souvenirs que nous avons emmagasinés lors de la dernière journée de cette édition 2013, on peut vous affirmer que ça ne l'est pas. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 12 mai 2013

Nuits Sonores 2013 - Jour 4

N'eut été la présence de Tale of Us et des Raveonettes à son générique, nous n'aurions sans doute pas mis les pieds au quatrième NS Days, histoire de rassembler le peu de forces encore à notre disposition avant le bouquet final. Sans surprise, nous l'aurions amèrement regretté. Car si le duo italien a signé un set à la hauteur de sa précédente prestation lyonnaise (un mix marathon de 4h au Club Transbo en décembre dernier) et si la loud pop spectorienne du duo danois a été au cœur de l'un des concerts les plus troublants – de sensualité et de puissance - de cette édition, c'est un quasi-inconnu qui a livré la prestation la plus inattendue : Squeaky Lobster, producteur bruxellois dont l'abstract hip hop kaléidoscopique, à défaut d'avoir emporté l'adhésion de l'audience, nous a pour notre part durablement scotché. Les "Lee Hazlewooderies" saturées des Liminanas, le rock'n'roll high energy des Mojomatics et les collisions métalliques de The Hacker (qui a remplacé à la dernière minute le pauvr

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Ils ont tout compris

CONNAITRE | Un supplément dans Les Inrocks. Une journée d'émissions dédiées sur France Inter. Des papiers dans tous les quotidiens et magazines culturels du pays. Le moins (...)

Benjamin Mialot | Mardi 23 avril 2013

Ils ont tout compris

Un supplément dans Les Inrocks. Une journée d'émissions dédiées sur France Inter. Des papiers dans tous les quotidiens et magazines culturels du pays. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le Disquaire Day, déclinaison française du Record Store Day américain, a bénéficié d'une bonne couverture médiatique. Sauf dans ces colonnes. Pourquoi tant de haine ? Parce que sous couvert de promouvoir la distribution indépendante auprès du grand public par la vente, exclusivement via ce canal, de disques en édition limitée, cette initiative ne prêche qu'à des convertis - qui se massent devant leur crèmerie favorite plusieurs heures avant l'ouverture et la pillent en quelques minutes - et favorise des comportements de consommation pour le moins contradictoires, une partie des dits convertis réservant leurs exemplaires la veille, parfois pour les revendre à prix d'or aux enchères. Des écueils qu'évite le Free Comic Book Day, son équivalent pour la bande dessinée américaine (super-héroïque mais pas que), pour une raison toute bête : les fascicules mis en circulation ce jour-là le sont gratuitement et dans de

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Nuits Sonores 2013 - La prog de jour

MUSIQUES | «Nuits Sonores n'est pas un festival de blockbusters». La phrase est de Vincent Carry, le directeur de Nuits Sonores et elle a rarement été aussi appropriée que pour l'édition 2013 du festival, l'équipe d'Arty Farty ayant choisi de rester stable sur ses fondamentaux plutôt que de se lancer dans la course à la surenchère que laissait entrevoir le très solennel dixième anniversaire de l'événement. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 24 janvier 2013

Nuits Sonores 2013 - La prog de jour

Ça pour une belle fête d'anniversaire, c'était une belle fête d'anniversaire : de l'édition du bouquin commémoratif 10 ans sans dormir à l'accueil des séminaux New Order en passant par la conclusion de sa programmation nocturne sur un plateau secret, le festival Nuits Sonores a l'an passé mis les petits plats dans les grands au moment de célébrer sa décennie d'existence. A tel point qu'on ne voyait pas bien comment il allait pouvoir poursuivre sa croissance sans verser dans l'excès. Arty Farty nous a ouvert les yeux ce matin : l'édition 2013 de l'événement ne sera ni plus maousse ni plus timide que les précédentes, elle sera dans leur droite lignée, c'est-à-dire urbaine, sélective, éclectique et réflexive. A ceci près qu'elle durera six jours, mitoyenneté calendaire du 8 mai et de l'Ascension oblige.Pour le reste donc, les habitués du festival seront en terrain connu, en tout cas pour ce qui concerne la partie diurne des

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Une nuit à dormir debout

ECRANS | Après le succès remporté par la deuxième édition d’Hallucinations collectives, les esprits frappeurs de ZoneBis viennent mettre un beau cadeau sous le sapin (...)

Christophe Chabert | Vendredi 23 novembre 2012

Une nuit à dormir debout

Après le succès remporté par la deuxième édition d’Hallucinations collectives, les esprits frappeurs de ZoneBis viennent mettre un beau cadeau sous le sapin avec une "nuit hallucinée" placée sous le signe du n’importe quoi. Associée pour l’occasion à Nanarland, qui propose depuis plusieurs années la même chose à la Cinémathèque française, l’association présentera donc cinq films (un court, quatre longs) dont certains brillent par leur joyeuse nullité. On citera par exemple Troll 2, considéré comme le plus mauvais film jamais tourné, ce qu’une horde de fans déviants ne manquent pas de souligner aux États-Unis au cours de séances virant au happening géant. Tout aussi navrant, L’Infernale poursuite est un pur produit d’exploitation foutraque où le méchant est une ceinture noire de karaté ayant perdu ses jambes durant la guerre de Corée. Mais le plus beau morcea

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Nuits Sonores – Samedi 19 - Report

MUSIQUES | Sept lieux, six sessions de 9h de live, trois concerts spéciaux. Il fallait bien ça pour fêter les dix ans de Nuits sonores, fleuron européen de la musique électronique (et plus si affinités). Compte-rendu du jour 4. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 20 mai 2012

Nuits Sonores – Samedi 19 - Report

Trois sur neuf. Nous n'avons deviné les noms que de trois des neuf invités qui, hier, se sont relayés jusqu'au petit jour aux platines de la secret stage des anciennes usines Brossette. Même pas la moyenne. Nulle incompétence derrière ce pronostic de parieur mutuel urbain du dimanche, seulement le reflet du crédit que l'on accorde à Nuits sonores. Quitte à éprouver des regrets là où tout ne devrait être que gratitude.     Stage divin Il faut reconnaître qu'Arty Farty nous a fait un beau cadeau avec ce secret stage, foulé dans l'ordre par Clara Moto, The Hacker, Gesaffelstein, Oxia, Dixon, un Ricardo Villalobos tout juste remis de son examen du très exigeant catalogue du label ECM aux Célestins, Brodinski, Agoria et Laurent Garnier. Reconnaître également que, même si nous étions en attente d'une surprise qui n'est jamais venue, d'un

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Zone Verte

GUIDE URBAIN | Les films de John Waters ayant le pouvoir de couper l’appétit, pas question de prendre le risque d’ingérer du Polyester après avoir vu celui servi par le prince du vomi. Pour mettre notre panse à l’abri, nous irons cette semaine en Zone Verte, une adresse bien saine et proprette. Stéphanie Lopez

Stéphanie Lopez | Jeudi 1 mars 2012

Zone Verte

On ne sait pas pourquoi, en ressortant de Mortville (le royaume trash du film Desperate Living), on n’a pas eu envie d’un plat genre tripes à la mode de queer. Non. Tout bien considéré l’affiche (mmh, un bon gros rat noir dans une chic assiette de porcelaine), on s’est dit qu’il nous fallait cette semaine du bio, du frais, du léger et du grès. Un menu détox, s’il vous plaît. Avec du radis noir en lieu et place du rat – au printemps c’est très bon pour le foie. Une fois n’est pas coutume, donc, nous nous sommes mis au vert. Et pour être sûr que cet abomiffreux rat des villes ne ressurgirait pas sous le couvert (un nem au hamster est si vite roulé dans la roquette), on a carrément choisi un restau végète. De grands murs vert pomme, de hauts lustres groseille, des photos de cucurbitacées et des mixes de crudités : pas de doute, nous sommes bien en Zone Verte. Ici tout est bio, propre, écologiquement correct. On commande son «bento du jour» en zone marchande, puis on s’installe où l’on veut (un peu comme au Mac Do – oups) avec son plateau en bois où s’empilent les bions petits plats. Qui l’eut cru(dité) ?

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City of life and death

ECRANS | Repêché in extremis par la distribution française, voici venir l’un des films parmi les plus puissants de l’année. Attention, choc esthétique et moral à prévoir. François Cau

Dorotée Aznar | Mercredi 7 juillet 2010

City of life and death

Si l’insouciance estivale vous pèse, que la bonne humeur congénitale des vacanciers vous énerve, que vous brûlez d’alimenter votre désespoir du genre humain, n’hésitez plus, foncez voir le nouveau film de Lu Chuan. "City of life and death" relate, en 1937, la prise de la capitale chinoise Nankin par les Japonais, le siège et le massacre qui s’ensuivirent. Sujet doublement tabou, qui aura valu à son réalisateur quatre années de négociation avec la censure chinoise pour valider le scénario : d’une part, le Japon n’a toujours pas reconnu la responsabilité dudit massacre et sa seule évocation charrie son lot d’incidents diplomatiques. Et d’un autre côté, le traumatisme du viol de Nankin (tel qu’il est appelé par les historiens) est toujours aussi vibrant dans l’inconscient collectif chinois et épouser le point de vue compatissant d’un militaire nippon, comme le fait Lu Chuan, équivaut pour certains à une trahison nationale – le cinéaste a arrêté de compter les menaces de mort depuis la sortie du film… Mais "City of life and death" n’est pas que le récit en creux du courage de son auteur, c’est avant tout un coup de boule cinématographique à la puissance incroyable.

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Green zone

ECRANS | De Paul Greengrass (ÉU, 1h55) avec Matt Damon, Amy Ryan…

Christophe Chabert | Vendredi 9 avril 2010

Green zone

"Green zone" opère la jonction entre la part la plus personnelle de l’œuvre de Paul Greengrass (Bloody Sunday, Vol 93) et son nouveau statut de cinéaste d’action imposé par la franchise Jason Bourne. Ce thriller suit les traces, peu de temps après la chute de Saddam Hussein, d’un adjudant-chef (Matt Damon, héros taillé dans le marbre d’un idéal inébranlable) qui découvre que les sites où le dictateur stockait ses armes de destruction massive ne sont en fait que des entrepôts désaffectés. Cherchant à comprendre d’où vient le bug, il va démonter une ample machination impliquant les plus hauts pontes de l’État américain. On retrouve ici le talent de Greengrass pour rendre aussi spectaculaire une conférence de presse qu’une vaste opération militaire dans les ruines de Bagdad, sa mise en scène privilégiant l’événement pur à la distance réflexive. Green zone garde ainsi la tête rivée au présent de l’action, ce qui rend palpitante une intrigue dont on connaît peu ou prou les tenants et les aboutissants. La grande idée, c’est que ce héros n’a pas plus de passé que Jason Bourne ; de sa vie d’avant la guerre, on ne saura rien, et le film s’arrête sèchement sa «m

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Calling Cologne

MUSIQUES | Soirée / Tout est parti d’un Delirium plus trance que tremens. À l’origine, le label Kompakt portait le nom de sa boutique, à Cologne, qui hébergeait à la (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 26 mars 2010

Calling Cologne

Soirée / Tout est parti d’un Delirium plus trance que tremens. À l’origine, le label Kompakt portait le nom de sa boutique, à Cologne, qui hébergeait à la fois un magasin de disques, un service de distribution et une agence d’artistes. L’équipe fondatrice conduite par Michael Mayer produit alors toutes sortes de galettes sous de multiples étiquettes (Profan, Auftrieb, Freiland…) et, pour éviter la dispersion, décide en 1998 de «compacter» ses projets sous un seul nom : Kompakt. Gage d’indétendance et de qualité qui impose vite le «son» de Cologne sur les dancefloors du monde urbain, le label contribue par sa techno hypnotique et linéaire à mettre la clubosphère au parfum du minimalisme, une flagrance aussi vivace que tenace chez nos voisins d’outre-Rhin. Aujourd’hui pourtant, après douze ans d’activisme sur le front de l’électro brute, Kompakt n’est plus seulement synonyme de beats ascétiques et de rigueur germanique. En ouvrant son catalogue aux pérégrinations bucoliques de Justus Köhncke, à l’ambient électronica de Tobias Thomas, aux couleurs brésiliennes de Gui Boratto ou au post-punk des compiles Schaffelfieber, l’aigle Kompakt fait montre d’envergure en prenant sous son aile d

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Une petite zone de turbulences

ECRANS | D’Alfred Lot (Fr, 1h48) avec Michel Blanc, Miou-Miou, Mélanie Doutey…

Christophe Chabert | Samedi 9 janvier 2010

Une petite zone de turbulences

Alfred Lot nous avait bien amusé avec sa "Chambre des morts" (pour les distraits, un "Silence des agneaux" revu par Julie Lescaut !) ; il semble qu’ici, il se soit mis au service de Michel Blanc, qui signe l’adaptation d’un livre de Mark Haddon et se donne le rôle principal, un retraité hypocondriaque et acariâtre qui ne se résout pas au mariage de sa fille. Le résultat est, au choix, anodin ou irritant. Anodin car on peut regarder tout cela comme un téléfilm gonflé, mou du genou et ultra-prévisible — inutile, donc. Ce qui irrite, si on y regarde de près, c’est d’abord l’absence d’ironie face à des personnages égoïstes, qui n’ont d’autres problèmes qu’existentiels — pas de questions d’argent entre nous ! Ensuite, l’hypocrisie avec laquelle le film se refuse à affronter ses recoins les plus sombres : l’exemple parfait reste cette scène où Blanc se mutile avec des ciseaux en pensant s’arracher une tumeur. La scène est brutale, sanglante, et pourtant Lot y ajoute une musique guillerette en complet décalage avec ce qui se passe à l’écran. Ce n’est pas une posture esthétique ; juste une manière de rassurer à peu de frais le spectateur. Ou de le prendre pour un idiot…

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Ensemble c’est two

MUSIQUES | Miss Kittin et The Hacker, DJ et producteurs, après un First Album qui avait durablement traumatisé son monde et donné ses lettres de noblesse à la mouvance électroclash, sortent huit ans plus tard, Two, qui surfe sans complexe sur d’autres esthétiques. François Cau

Christophe Chabert | Lundi 30 mars 2009

Ensemble c’est two

2001. La scène électro française vit tranquillement sur ses acquis, se repose nonchalamment sur les représentants proprets de ce qu’on a appelé, dans un élan d’inspiration à même de décoiffer le brushing de Bob Sinclar, la French Touch. Surgi de nulle part (enfin, de Grenoble, quoi), un duo frondeur, sexy en diable, baigné dans les sonorités électro pop des années 80 et armé d’une ironie mortelle impose un improbable mantra. To be famous is so nice, Suck my dick, Lick my ass. Le refrain de Frank Sinatra, redoutable single du First Album de Miss Kittin et The Hacker, hymne décalé à la fatuité jet-setteuse, entre dans les têtes des amateurs de techno pour ne plus en sortir. Là où tant d’autres auraient capitalisé sur cette soudaine reconnaissance jusqu’à ce que mort artistique s’ensuive, le tandem a alors d’autres aspirations, comme l’explique rétrospectivement Michel “The Hacker“ Amato. «On avait signé en 1997 sur Gigolo Records en Allemagne, on jouait notre live depuis cinq ans, sans équipe, dans un état de stress permanent, à l’arrache complet. Quand la hype est arrivée en 2002, on était heureux mais passablement épuisés. Et les journalis

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