Olivier Py assassine Carmen

MUSIQUES | L’Opéra de Lyon remet à l’affiche un Carmen qui avait pourtant déclenché, il y a 3 saisons, plus d’une mauvaise critique. Et pour cause : la mise en scène d'Olivier Py, guère visionnaire, passe complètement à côté du chef-d’œuvre de Bizet. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Mardi 5 mai 2015

Carmen, c'est cet opéra romantique qui a su en son temps bousculer tous les codes du genre. C'est aussi cette œuvre d'une puissance aussi rare qu'éblouissante qui, depuis sa création, exacerbe nos fantasmes les plus enfouis. Carmen, femme libre dans un XIXe siècle corseté par les conventions. Carmen, bohémienne et cigarière, héroïne rebelle éprise de liberté jusqu'à en mourir.

Las, dans cette production, l'oeuvre n'a plus rien à voir avec celle de Bizet. Nous ne sommes pourtant pas les derniers à défendre les mises en scène qui s'attachent à dépoussiérer des univers quelques peu fânés. Mais là où Olivier Py croit faire montre d'un propos moderne, audacieux et transgressif, il n'est que scandaleusement hors sujet.

On est d'emblée médusé devant ce décor monumental qui tourne et tourne encore. Un hôtel miteux d'un côté, un commissariat qui ne l'est pas moins de l'autre et les actes s'enchaînent, tantôt dans l'auberge de Lillas Pastia, tantôt sur une scène de music hall – où travaillerait Carmen – ou dans ses loges. Py tente à ce point de nous éblouir qu'il nous détourne du sujet. Bruyamment. Mille personnages arrivent et repartent : là un singe, ici une panthère, entre autres évocations de la brousse (palmier compris), ailleurs un drapeau français, un nain qui brandit sa pancarte "entracte"... Patchwork d'une tragique incohérence.

Et Py c'est tout

On l'aura compris : l'actuel directeur du festival d'Avignon aime plus que tout la provocation et les travestissements. Le problème ici, c'est qu'il en oublie la musique. Carmen danseuse de cabaret qui chante L'amour est un oiseau rebelle, passe encore… Mais lorsqu'elle entonne Sur les remparts de Séville, la mâchoire inférieure nous tombe du visage : c'est une Carmen dénaturée qui s'affiche.

La distribution vocale est d'ailleurs tout juste honnête. Aurait-on choisi Kate Aldrich pour son physique plus que pour sa voix ? Arturo Chacon-Cruz (Don José) fait lui montre d'un jeu plutôt convaincant, mais vocifère dès qu'il sent la passion l'envahir. Même les chœurs de l'Opéra, d'habitude d'une si belle homogénéité, semblent interloqués par les tempi venus de l'orchestre.

Il faut dire que le chef Riccardo Minasi, peut-être lui aussi subjugué par le décor, se met dans l'ombre, la musique passant comme dans le lointain. Bref, tout cela manque d'humilité.

Carmen
A l'Opéra de Lyon jusqu'au dimanche 17 mai


Carmen

De Bizet, livret Henry Meilhac et Ludovic Halévy, ms Olivier Py, dir mus Riccardo Minasi, par l'Orchestre, les Chœurs, le studio et la Maîtrise de l'Opéra de Lyon, 3h15. Rencontre explosive entre une ouvrière qui n'aime que la liberté et un soldat qui n'aime que l'ordre
Opéra de Lyon Place de la Comédie Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Carmen Maria Vega : La Vida Loca

Portrait | À 35 ans, la chanteuse et comédienne lyonnaise Carmen Maria Vega publie Le Chant du bouc, récit d'une quête hallucinée, entreprise il y a presque une décennie au Guatemala. Celle de la terrible vérité sur son adoption et ses origines sur fond de trafic d'enfants.

Stéphane Duchêne | Mardi 14 janvier 2020

Carmen Maria Vega : La Vida Loca

« Je m'appelle Carmen. Mettons. » En les reprenant à son compte et à son nom, Carmen Maria Vega eut pu faire siens les premiers mots de Moby Dick tels que livrés dans sa traduction française la plus connue, celle de Lucien Jacques, Joan Smith et Jean Giono. Un incipit parfait en ouverture de son Chant du bouc, récit d'une invraisemblable épopée intime à l'autre bout du monde, Carmen y campant à la fois Ismaël, narrateur balloté par l'aventure, et le Capitaine Achab menant la traque. À ceci près que sa baleine blanche à elle est identitaire. Car en réalité, ici, tout réside dans le "mettons" et ce qu'il implique : une identité réglée par l'adoption, via une association belge ; par le récit qui en est fait, posé sur un mensonge par défaut, partagé par tous : celui d'une mère activiste que la politique, la guerre au Guatemala, auraient conduite à faire adopter sa fille pour la protéger. Sur ses papiers officiels, à l'état civil Carmen s'appelle Anaïs. À l'adolescence, Anaïs, qui reconnaît « avoi

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Gitanes sans filtre : "Carmen et Lola"

¡Hola Amor! | de Arantxa Echevarría (Esp, 1h43) avec Rosy Rodriguez, Zaira Romero, Moreno Borja…

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Gitanes sans filtre :

Carmen s’apprête à convoler avec un jeune Gitan de sa communauté madrilène, quand elle rencontre Lola, travaillant sur les marchés comme elle. Rebelle, grapheuse et lesbienne, Lola lui révèle la possibilité d’une autre romance. Avec, comme conséquences, le secret ou l’exil… De la difficulté de sortir du rang et des traditions séculaires… Drame sentimental urbain et bariolé, Carmen et Lola est aussi un film ethnographique où Arantxa Echevarría montre à quel point l’homosexualité féminine, considérée comme une malédiction dans une culture soumise à des codes ultra patriarcaux, peut encore créer de rejet et de violence, avec de surcroît — hélas — la complicité des femmes de la précédente génération. En filigrane, la réalisatrice montre l’ostracisme et la méfiance dont les Gitans sont l’objet en Espagne, qui les contraint à demeurer en vase-clos, dans un analphabétisme humiliant. Ce contexte permet de mieux mesurer la menace pesant sur les deux protagonistes hors du groupe : une marginalisation définitive sans espoir de futur, ni retour en

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Pépins d’avocat : "L'Affaire Roman J."

ECRANS | de Dan Gilroy (E-U, 2h03) avec Denzel Washington, Colin Farrell, Carmen Ejogo…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Pépins d’avocat :

Issu du militantisme afro-américain, vêtu comme l’as de pique et passant ses journées dans ses dossiers, l’avocat Roman J. Israel est un excellent procédurier, mais un maladroit plaideur. À la mort de son patron, un cabinet de prestige le recrute pour ses talents. Il va alors “changer”… Ce film-marathon semble hésiter à cerner son sujet, comme à croquer son personnage principal dont le caractère girouette plus vite qu’un Dupont-Aignan en période électorale. Présentant de nombreuses caractéristiques de certains syndromes d’Asperger (mémoire hallucinante, sociabilité “particulière”, attachement à des rites…), la probité et le désintéressement d’un saint, Roman J. Israel oublie brusquement tous les préceptes ayant gouverné son existence pour commettre une action contraire à l’éthique. En plus d’être improbable, ce retournement psychologique s’accompagne d’une métamorphose physique aussi absurde que le costume hors d’âge / vintage dont ce pauvre avocat est affublé. L’idée initiale de confronter l’idéalisme d’un juriste de bureau versé dans les droits civiques aux requins de prétoire

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Les Chants de Mars

Festival | Mathieu Boogaerts, Carmen Maria Vega, Karimouche, Pomme, Adrien Soleiman, Gaël Faye, Rodolphe Burger… Voici quelques-uns des noms qui viendront (...)

Lisa Dumoulin | Vendredi 3 février 2017

Les Chants de Mars

Mathieu Boogaerts, Carmen Maria Vega, Karimouche, Pomme, Adrien Soleiman, Gaël Faye, Rodolphe Burger… Voici quelques-uns des noms qui viendront enjoliver le silence et sublimer les notes de musique pendant la semaine des Chants de Mars, du 18 au 25 mars. Les mots et les voix se poseront un peu partout dans Lyon, au Marché Gare, à la salle Léo Ferré et à la salle des Rancy, les organisateurs du festival, mais aussi au Périscope, à l’Épicerie Moderne, à l’Auditorium, chez Bizarre!, Sous le Caillou, Agend’arts et au Transbordeur. À suivre !

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"Born To Be Blue" : De déchet à Chet

ECRANS | de Robert Budreau (GB-EU-Can, 1h37) avec Ethan Hawke, Carmen Ejogo, Callum Keith Rennie…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

1966. Vaincu par ses addictions, Chet Baker n’est plus ce James Dean du jazz qu’il a été. Mais la rencontre avec la belle Jane à la faveur du tournage d’un film hommage, l’encourage à entreprendre une renaissance. Ce ne sera pas la première, ni la dernière… La douloureuse trajectoire torve de Baker appartient à cette mythologie du jazz faite de cycles de grandeur-déchéance, de caves enfumées et d’ivresses prolongées ; en cela, elle est éminemment cinématographique. Encore faut-il savoir y prélever les éléments les plus saillants, et confier cette réelle mission à un comédien inventif, capable de surcroît d’éviter l’odieux piège de la surcomposition. Ethan Hawke, décidément abonné aux vieilles gloires éthyliques (voir Les 7 mercenaires), se révèle excellent pour interpréter la partition du bugliste à la voix d’ange et au visage de jeune premier désespéré. Dans cette élégie élégante et délicate, jouant parfois avec sa propre structure et faisant fi

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Marie-Carmen Garcia : les amants enchaînés

Sociologie | Après les cultures hip-hop et le cirque contemporain, la sociologue Marie-Carmen Garci se donne un nouvel objet d'étude original : les amours clandestines de longue durée.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 juin 2016

Marie-Carmen Garcia : les amants enchaînés

« La clandestinité amoureuse paraît méprisable dans un monde qui fournit la possibilité aux couples de se séparer, de s'ouvrir ou de s'échanger d'un commun accord. Les amours clandestines sont ainsi souvent pensées dans différents secteurs de la vie sociale comme le fruit d'une pathologie, d'un problème psychique ou d'un problème de couple faisant porter le poids de la dualité qu'elles supposent sur les individus. » Dès l'introduction de son ouvrage, la sociologue Marie-Carmen Garcia plante le décor : celui de multiples normes sociales qui s'infiltrent jusqu'aux plus intimes de nos activités (on notera aussi ici que la transgression des normes est aujourd'hui souvent traduite par une pathologie mentale, une psyché à la dérive. On ne dit plus : c'est mal, mais va voir un psy !). Malgré ce que notre société offre de possibles séparations simplifiées ou de libertinage assumé officiellement, certains "anormaux" plongent dans la clandestinité et engagent des relations adultères durables (au moins deux ans dans les cas étudiés dans cet ouvrage), objet du livre de la sociologue. Le symbolique caché dans le placard À partir de blogs sur Internet

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Retour réussi pour La Juive à l’opéra de Lyon

MUSIQUES | À l’occasion du festival Pour l’humanité, La Juive de Jacques Fromental Halévy a ravi le public. Créé en 1835, cet opéra a connu un immense succès au (...)

Sébastien Broquet | Mardi 22 mars 2016

Retour réussi pour La Juive à l’opéra de Lyon

À l’occasion du festival Pour l’humanité, La Juive de Jacques Fromental Halévy a ravi le public. Créé en 1835, cet opéra a connu un immense succès au XIXe avant de disparaître des scènes pour ne plus être joué que trop rarement. Les raisons d'un tel désamour ? L'éloignement du public du grand opéra français, une musique qui semble dépassée ? Un livret avec quelques faiblesses ne nous épargnant pas les clichés antisémites de la France de 1835 ? Les applaudissements plus que chaleureux qui ont accueilli la première lyonnaise démontrent que cet opéra mérite un immense respect. La musique est pleine de lyrisme, on retrouve le bonheur des duos, des trios qui font s’entremêler les voix dans une émulsion vocale dont l’opéra post-romantique s'est fait tant avare. Le tout est servi par des artistes de grande valeur, dont le ténor Enea Scala. La mise en scène d'Olivier Py est sobre, efficace et gomme les détails embarrassants du livret en évoquant de manière subtile l'histoire du XXe. Quant au chef Daniele Rustioni, sa baguette est précise tant pour la fosse que pour la scène. Un grand moment d’émotion pour cette Juive que l'on espère

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Aux Célestins, une Carmen de la plus belle eau

SCENES | Quoiqu’un peu fouillis, le "Carmen" de Michel Laubu apparaît comme la somme de tout que ce le créateur de la Turakie a inventé en 30 ans. Où l’on voit que ses marionnettes ont du chien, et même une flamboyance nouvelle.

Nadja Pobel | Mardi 22 décembre 2015

Aux Célestins, une Carmen de la plus belle eau

En une minute, la première, tout le paradoxe Turak est résumé. Un plongeur, palmes aux pieds, arrive de jardin en faisant des bulles de savon. Puis Michel Laubu ôte son masque et prend la parole pour une sorte d’exposé introductif à cette création. Autant l’image est douce et fait instantanément pénétrer dans un univers à part, autant la parole casse illico cette magie, par excès de didactisme et de calembours, par cet agaçant accent un peu slave que Laubu a inventé et qu’il attribue depuis trente ans aux habitants de ce pays imaginaire qu’est la Turakie – dont l’aventure a été contée dans un ouvrage paru récemment. Sur le plateau, foisonnant, il semble avoir mis tout son savoir-faire, quitte à saturer l'espace, comme lors de la scène des taureaux, qui ne fonctionne guère. Ce type de séquence fragilise d'ailleurs le rythme de la pièce (dès 8 ans), qui comporte de fait quelques longueurs sur son déroulé d’1h20. Elle n'en demeure pas moins une surprenante réussite, avec ces marionnettes grandeur nature ou presque, aux traits affinés mais suffisamment irréalistes pour que le charme opère. Mi-femme mi-sermon C’est lorsque Michel Laubu se consacre à se

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Réveillon 2015 : du côté du théâtre

SCENES | De moins en moins de salles restent ouvertes pour le 31. Les Célestins eux, se tiennent à la tradition, avec un spectacle à destination des grands et (...)

Nadja Pobel | Mardi 15 décembre 2015

Réveillon 2015 : du côté du théâtre

De moins en moins de salles restent ouvertes pour le 31. Les Célestins eux, se tiennent à la tradition, avec un spectacle à destination des grands et petits. Cette année, il sera signé Turak, que l’on a connu jadis avec son armée de pingouins en pommes de terre et de retour pour une création où il mêle son univers loufoque à celui d’un classique, Carmen. Ce maître du théâtre d’objets, de son vrai nom Michel Laubu, plonge l’héroïne espagnole dans sa Turakie, ce pays imaginaire pensé comme un «reflet un peu déformé du monde qui nous entoure». Il a choisi au passage de transposer cette célèbre histoire sous l’eau avec, en entame de show, un film d’animation montrant un orchestre composé de moules, crabes et langoustines jouant de la trompette, des cymbales ou du violon – apparaîtront ensuite ses fameuses créatures bricolées, dont une Carmen avec cheveux de vinyle et portant pour robe une toile de tente. À noter que si un musicien est sur le plateau, c’est le précieux guitariste Rodolphe Burger qui a prêté son talent à la bande son enregistrée. Toujours à destination des enfants (dès 7-8 ans), le TNP ouvre lui s

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À l'Opéra, une Carmen endiablée

SCENES | Le Ballet de l'Opéra s'aventurant habituellement sur les terres de la danse contemporaine, il est surprenant de le découvrir au milieu d'une (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 novembre 2015

À l'Opéra, une Carmen endiablée

Le Ballet de l'Opéra s'aventurant habituellement sur les terres de la danse contemporaine, il est surprenant de le découvrir au milieu d'une scénographie très théâtrale, en costumes et... sur pointes ! Ceux, en l'occurrence, de deux pièces de Roland Petit (1924-2011), auteur de plus de cent cinquante créations et chorégraphe difficilement classable. Entre académisme et innovation (l'introduction, par exemple, de gestes du quotidien dans ses pièces), entre théâtralité et abstraction, Roland Petit s'est essayé à tous les genres, signant quelques chefs-d’œuvre (Le Jeune homme et la mort en 1946 notamment) comme des spectacles plus légers (dans le domaine du music-hall, à la télévision ou pour Hollywood). L'Arlésienne (1974) et Carmen (1949), les deux oeuvres sur une musique de Bizet au programme du Ballet, sont représentatives de sa danse "patchwork" où les pirouettes et les figures classiques le disputent à de plus singulières positions "en dedans" ou à des chutes et des mouvements au sol. Les danseurs semblent plus à l'aise et motivés dans Carmen, spectacle aux décors hauts en couleurs (signés par le peintre espagn

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La saison 2015/2016 des Célestins

ACTUS | Toujours plus internationale et comptant 8 créations et 9 co-productions, la nouvelle saison des Célestins, au cours de laquelle sa co-directrice Claudia Stavisky se mesurera au très caustique "Les Affaires sont les affaires" de Mirbeau, s'annonce prometteuse. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

La saison 2015/2016 des Célestins

Belgrade, l'un de leur meilleur spectacle de la saison en cours, n'a pas encore été joué que déjà les Célestins dévoilent déjà leur programmation 2015-2016. Bien que des mastodontes nationaux et internationaux soient à l'affiche, la jeunesse s'y fait une place avec : Piscine (pas d'eau) (du 3 au 13 février), pièce trash de Mark Ravenhill et inspirée de la biographie de la photographe Nan Goldin, récemment passée (plus que furtivement) à Nuits Sonores. La metteur en scène Cécile Auxire-Marmouget travaille par ailleurs avec Claudia Stavisky sur le projet La Chose publique, médiation avec les habitants de Vaulx-en-Velin. Pour Piscine, elle a notamment convié l'excellent David Ayala, l'amant un peu rustre de En roue libre cette année. Un beau ténébreux (du 10 au 13 mars) du très précieux mais pas si populaire Julien Gracq, mis en scène par Matthieu Cruciani, déjà aux manettes de Non réconciliés de François Bégaudeau, vu à la Célestine La fidélité qui caractériste par ailleurs le théâtre permettra cette saison de revoir des artistes particuli

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María Pagès : "Carmen est toutes les femmes"

SCENES | À 51 ans, María Pagès ose enfin se confronter au mythe de Carmen. Mieux : avec "Yo, Carmen", présenté cette semaine aux Nuits de Fourvière, la Sévillane, au fait de son art du flamenco, parvient à insuffler une profondeur inédite à l’héroïne de Mérimée. Nous l’avons rencontrée à Jerez de la Frontera, au cœur de son Andalousie natale. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

María Pagès :

Votre spectacle s’intitule Yo, Carmen ("Moi, Carmen"). Quelle est votre Carmen ? María Pagès : C’est toutes les femmes. Je crois que le mythe de Carmen s’est construit pour de mauvaises raisons. Mérimée a mis en Carmen ses désirs d’homme pour exprimer ses passions. Mais Carmen est le nom le plus commun en Espagne ! Dans ma classe à l’école, il y en avait six ! Carmen c’est donc ma tante, ma cousine, la femme en général, ce n’est pas cette invention masculine. Elle peut bien sûr être sensuelle, mais c’est aussi la femme qui souffre. La situation de la femme a avancé mais pas beaucoup. Il faut toujours démontrer qu’une femme peut être forte, capable… Carmen était une femme sans voix, c’est l’homme qui parlait pour elle et si elle parlait on la tuait. Votre Carmen se plie d'ailleurs à des tâches ménagères… Oui, c’est important de montrer que c’est encore la femme qui s’occupe de la base de la société. On dit d’ailleurs "la langue maternelle". Pourquoi ? Parce que c’est la femme qui transmet la communication. Il faut mettre en valeur cela. Carmen, selon vous, n’est pas qu’espagnole, mais au

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"Orlando", la petite odyssée de Py

SCENES | Il y a des Py flamboyants, dans lesquels le metteur en scène (Olivier de son prénom) fait preuve d’une maîtrise et d’une générosité mémorables – son cycle autour (...)

Aurélien Martinez | Mardi 17 mars 2015

Il y a des Py flamboyants, dans lesquels le metteur en scène (Olivier de son prénom) fait preuve d’une maîtrise et d’une générosité mémorables – son cycle autour des contes de Grimm mené depuis plus de vingt ans, Illusions comiques en 2006, Le Soulier de satin en 2003… Et puis il y a les autres. Oh, des pas forcément honteux, tant sa formule est rodée et efficace. Disons des Py mineurs. Orlando ou l'impatience, mise en scène d’un texte écrit par Py lui-même dévoilée l’été dernier au festival d'Avignon (qu’il dirige maintenant), est de ceux-ci. Py y ressasse ses éternelles préoccupations : des personnages liés au théâtre, du politique et la quête d’un père absent par un jeune idéaliste. Mais bien qu'il ait l’art et le talent pour glisser des réflexions pertinentes (sur le rôle des artistes) et enrober des piques de belles phrases (contre l’ancien ministre de la culture Frédéric Mitterrand, qui l’avait très inélégamment viré de l’Odéon en 2011), l’ensemble est beaucoup trop bavard pour captiver. Reste aussi cette magie du spectacle vivant, également portée par une poignée de comédiens dévoués – en tête les fidèles et excellents Philip

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Deuxième départ

SCENES | Après un premier tiers de saison assez calme, l’activité théâtrale s’intensifie nettement cette rentrée. Entre stars de la scène locale et internationale, créations maison et découvertes à foison, revue de détails. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 6 janvier 2015

Deuxième départ

Une Biennale de la danse enchaînée avec les vacances de la Toussaint auront bien grévé la dynamique théâtrale de ce début de saison, sauf à la Croix-Rousse qui a, en apnée, aligné Laurent Brethome, Emmanuel Meirieu, David Bobée et Pierre Guillois. Le rythme n'y faiblira pas en 2015 avec notamment les très attendus Elle brûle (mars) du duo féminin Mariette Navarro / Caroline Guiela Nguyen et Discours à la nation (avril), manifeste d'Ascanio Celestini dont s’est emparé David Murgia du Raoul Collectif. Claudia Stavisky se confrontera elle à nouveau à un texte britannique après le très réussi Blackbird, en montant pour la première fois en France En roue libre (j

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L'amour à mort (ou presque)

SCENES | Après un Swan Lake magnifique et unanimement ovationné, dans lequel elle revisitait Le Lac des cygnes façon black power, Dada Masilo, bondissante chorégraphe (...)

Aurélien Martinez | Mardi 14 octobre 2014

L'amour à mort (ou presque)

Après un Swan Lake magnifique et unanimement ovationné, dans lequel elle revisitait Le Lac des cygnes façon black power, Dada Masilo, bondissante chorégraphe sud-africaine de vingt-neuf ans, a fait son retour cet automne à la Biennale de la danse de Lyon avec sa version de Carmen, reprise d’une création de 2009. Une Carmen libre et sensuelle, en robe rouge sang, pour qui les hommes se déchirent. Une Carmen moderne qui garde pourtant les traits que la culture populaire lui prête, grâce notamment à l’œuvre de Bizet : tout sauf lisse, à la fois bourreau et victime. Carmen, sur scène, c’est Dada Masilo elle-même, à la présence magnétique, qu’elle incarne à la croisée des genres – le flamenco bien sûr (on est à Séville), le contemporain (elle est passée par l’école d’Anne Teresa de Keersmaecker) ou encore la danse zoulou (dans les tableaux de groupe). Elle explique : «Carmen parle de sexe, de manipulation, de douleur, d’ambition et de mort – ce dont le monde est vraiment fait. Donc, je ne veux pas être polie ou timide à propos de quoi que ce soit. Je suis aussi influencée par ce qui se passe autour de moi dans notre pays».

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Les Sorcières de Zugarramurdi

ECRANS | Alex de la Iglesia fait de nouveau exploser sa colère dans un film baroque et échevelé, comédie fantastico-horrifique qui règle ses comptes avec la crise espagnole et, mais là le bât blesse, la gente féminine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

Les Sorcières de Zugarramurdi

L’Espagne va mal, plombée par la crise et le retour d’un obscurantisme rallumé par le gouvernement Rajoy. Il n’en fallait pas plus pour raviver la colère d’Alex de la Iglesia, dont le cinéma s’est toujours nourri à égale mesure de culture geek et de révolte politique. L’entrée en matière des Sorcières de Zugarramurdi restera comme un de ses gestes les plus éminemment subversifs : en plein cœur de Madrid, un Christ, un soldat vert et Bob l’éponge vont faire un hold-up dans une boutique de cash contre or, autrement dit un usurier moderne qui profite de la précarisation ambiante. La charge est violente, mais pas autant que les images elles-mêmes, puisque le casse vire au carnage, et la mise en scène à un impressionnant morceau de bravoure où de la Iglesia arrive à faire sentir physiquement le chaos de la situation. Les faux mimes et gangsters amateurs doivent donc fuir à bord d’un taxi direction la frontière franco-espagnole, avec étape à Zugarramurdi. En chemin, les voilà qui dissertent hystériquement sur les raisons qui les ont poussés à commettre leur forfait : leurs ex-femmes ou nouvelles copines qui les ont réduits à l’état de mâles pleurnichards et dévirilisé

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Carmen à lui tout seul

SCENES | Ceci n’est pas un opéra. "Ô Carmen" est le solo cartoonesque d’un acteur fou, Olivier Martin-Salvan, qui endosse tous les rôles d’un spectacle lyrique. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 2 mai 2013

Carmen à lui tout seul

On vient de le laisser sur la scène du TNP dans les vêtements d’un Pantagruel plus vrai que nature. Le revoici au Théâtre de la Croix-Rousse dans un nouvel exercice de haut vol : l'interprétation à lui seul de tous les rôles de Carmen. Autant dire que le comédien Olivier Martin-Salvan est unique. Avec son corps et sa voix élastiques, il peut tout jouer à une vitesse folle : faire les questions et les réponses entre un chef d’orchestre et un chef de chœur, se transformer en soprano et redevenir un metteur en scène au timbre posé en une fraction de seconde, le tout en salopette bleu et tee-shirt moutarde, plus Coluche que grande diva. Comme dans Pantagruel ou Le Gros, la vache et le mainate, Martin-Salvan est une émanation presque monstrueuse du spectacle, une créature anormale lâchée dans une pièce par ailleurs simple : un opéra clownesque démontant habilement les codes de l’art lyrique par le burlesque. Pas de décor (ah si, un banc !), pas de costume, juste un pianiste, Aurélien Richard, et ce c

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L’opéra se fait justice

MUSIQUES | De tous les festivals qu’il a tricoté depuis son arrivée à la tête de l’opéra, Serge Dorny livre le plus spectaculaire, le plus visionnaire et le plus culotté : Justice/Injustice, qui réunit une création mondiale, trois œuvres contemporaines, des metteurs en scène au geste pur et des chefs faisant entendre une musique aux partis pris insensés et jubilatoires. Explications avec l'intéressé. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Lundi 25 mars 2013

L’opéra se fait justice

Le festival Justice/Injustice ne devrait-il pas s’appeler Festival Robert Badinter ?Serge Dorny : Non. J’ai une estime énorme pour Robert Badinter, je le vénère, je suis un "Badinterâtre", à la fois au niveau de l’engagement, de l’éthique, de la personne même. Mais l’opéra Claude, dont il signe le livret, est une œuvre parmi plusieurs. Quand je vois le festival, je vois quatre œuvres : Le Prisonnier de Dallapiccola et Erwartung de Schoenberg, Fidelio de Beethoven et une création mondiale, une nouvelle commande, à partir d'un texte de Victor Hugo, écrite par Robert Badinter et composée par Thierry Escaich. Bien évidemment le librettiste Badinter est une personne immense. Il a une place importante, le personnage est fascinant, intellectuellement et humainement. Sa détermination et son engagement sont exceptionnels. J’ai eu le privilège de travailler avec lui depuis quelques années et au-delà de la commande, j’ai rencontré un être à part.Comment s'est monté Claude ?C'est lors d’un dîner qu'il m’a pa

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Claude et Robert en tête

MUSIQUES | Peut-on dire, sans tomber dans le clin d’œil historique trop appuyé, que cette deuxième partie de saison est marquée du sceau de Robert Badinter ? L’Opéra de (...)

Pascale Clavel | Dimanche 6 janvier 2013

Claude et Robert en tête

Peut-on dire, sans tomber dans le clin d’œil historique trop appuyé, que cette deuxième partie de saison est marquée du sceau de Robert Badinter ? L’Opéra de Lyon vient de réussir l’exploit le plus impressionnant de ces dernières années, en choisissant comme clef de voute du prochain Festival Justice/Injustice Claude, premier opéra du compositeur Thierry Escaich. L’ancien garde des Sceaux en a écrit le livret d’après le court roman de Victor Hugo. Lorsqu’on sait que Jérémie Rhorer est à la baguette et Olivier Py à la mise en scène, on jubile par avance. N’en oublions pas le reste de la programmation musicale lyonnaise, riche et diversifiée, savoureuse et délicatement construite autour de quelques pépites à déguster sans modération. Le Festival de musique baroque notamment, qui fête ses 30 ans et fait pour l’occasion venir Marc Minkowski, le baroqueux qui résiste le mieux au temps. Il nous livrera en avril une Messe en ut de Mozart des plus inspirées. Les Journées Grame quant à elles, s’étirent dans le temps pour que nos oreilles puissent enfin s’installer dans leur siècle. De janvier à mai, elles nous invitent

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Py à demi

SCENES | Ni vraiment ennuyeuse ni vraiment convaincante, la version de "Roméo et Juliette" par Olivier Py est en constante demi-teinte et ne restera pas dans les annales. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 9 janvier 2012

Py à demi

Il ne fait pas toujours dans la dentelle. Olivier Py s’amuse avec un rien et joue les fantoches avec le texte shakespearien qu’il revisite à sa sauce : gay. Avec lui, la sexualité n’est pas un sujet que l’on contourne mais que l’on aborde frontalement : «traduire ˝fils de pute˝ par ˝faquin˝ m’a toujours embêté» dit-il. Alors il s’en donne à cœur joie dans la scène 4 de l’acte II lorsque Roméo est poussé dans ses derniers retranchements par son ami Mercutio. Les jeux de mots comme «se faire secouer la poire» qui donne «skakes pear» font rire l’assemblée. Ou pas. Les deux hommes miment sur scène un jeu sexuel explicite accueilli par des «oh» et des «ah» d’embarras dans la salle qui ne pointe pourtant pas le vrai problème de Py. De sexualité et de blagues salaces, il a toujours été question dans le texte de Shakespeare. Mais cette soi-disant provocation d’Olivier Py masque surtout son manque d’idées, à l’image d’un décor bien pauvre et uniquement fonctionnel (quelques caisses et escaliers roulants sans cesse manipulés). Les acteurs ne font que courir, pour entrer et sortir du plateau au sprint, donnant plus l’impressi

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