Py à demi

Ni vraiment ennuyeuse ni vraiment convaincante, la version de "Roméo et Juliette" par Olivier Py est en constante demi-teinte et ne restera pas dans les annales. Nadja Pobel

Il ne fait pas toujours dans la dentelle. Olivier Py s’amuse avec un rien et joue les fantoches avec le texte shakespearien qu’il revisite à sa sauce : gay. Avec lui, la sexualité n’est pas un sujet que l’on contourne mais que l’on aborde frontalement : «traduire ˝fils de pute˝ par ˝faquin˝ m’a toujours embêté» dit-il. Alors il s’en donne à cœur joie dans la scène 4 de l’acte II lorsque Roméo est poussé dans ses derniers retranchements par son ami Mercutio. Les jeux de mots comme «se faire secouer la poire» qui donne «skakes pear» font rire l’assemblée. Ou pas. Les deux hommes miment sur scène un jeu sexuel explicite accueilli par des «oh» et des «ah» d’embarras dans la salle qui ne pointe pourtant pas le vrai problème de Py. De sexualité et de blagues salaces, il a toujours été question dans le texte de Shakespeare. Mais cette soi-disant provocation d’Olivier Py masque surtout son manque d’idées, à l’image d’un décor bien pauvre et uniquement fonctionnel (quelques caisses et escaliers roulants sans cesse manipulés). Les acteurs ne font que courir, pour entrer et sortir du plateau au sprint, donnant plus l’impression de fuir que de s’installer pour nous raconter une histoire.

Croire ou ne pas croire

C’est l’autre problème de ce spectacle : le rapport entre les personnages n’est jamais crédible. Roméo et Juliette semblent aussi amoureux que le Joker et Batman. Si Roméo ne s’en sort pas trop mal en étant constamment affolé et en quête de retrouver sa belle, Juliette est désincarnée. Olivier Py ne lui laisse aucune chance d’exister ; dans une robe blanche informe, elle passe la moitié de ses scènes couchée, cheveux décolorés aux racines comme une quarantenaire en mal de jeunesse. Et quand Py la laisse enfin jouer, elle manque cruellement d’émotion. Son suicide par amour laisse complètement froid. Hormis la nourrice, les autres rôles féminins sont tenus par des hommes (pour la mère de Juliette, Olivier Py se contente d’un voile noir sur la tête de Tybalt). Et pourtant, malgré tous ces griefs, la pièce se laisse voir durant ses 3h20 et offre même parfois de somptueux moments. Il faut pour cela qu’Olivier Py calme sa course effrénée qui ne mène nulle part. Lors du bal masqué chez les Capulet ou du lynchage de Juliette par son père, en figeant le spectacle ou en faisait se répéter une scène brutale (et grâce, à chaque fois, au très bon Olivier Balazuc), Py montre qu’il n’est pas le metteur en scène-directeur de l’Odéon et futur patron d’Avignon par hasard.

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